‹ État des colonies et du commerce des Européens dans les deux Indes (volume 4)Chapitre 5 sur 34 · COLONIES PORTUGAISES · texte numérisé non relu

COLONIES PORTUGAISES

i-jE Portu^I n'était plus depuis loog-temps ce qu'oD l'afait tu à l'époque où Vasco de Gama doubla ve cap si redouté , Dommé depuis Cap de Bonae-EspéraDce. La domioatioD anglaise, le défaut d'esprit public , la superstition et le despotismeyavaient engourdi lésâmes. Contensde sui- Tfe Ja route qui leur avait été tracée, les Portugais De âguraieot plus dans les annales du monde qu'au raog des peuples façonnés aux chaînes de la servitude, et soumis aux intérêts de l'Angleterre.

Des évéDemens inattendus sont venus les en tirer. Le plus considérable est sans contredit le traosfêremeotdela cour au Brésil rattachons-nous ^ en connaître les causes ; elles tiennent essentiellement au sujet qui nous occupe.

Va homme puissant , hardi , perspicace , est iitrti du sein de la révolution française ; tous les genres de gloire et de succès entouraient et codsolidaient sa puissance ; de vastes projets , d'imuienscs combinaisons étendaient ses vues sur le glube entier : il eût voulu le partager avec le seul peuple chez qui le génie des grandes choses s'allie aTCc tes combinaisons d'une politique intéressée. 11 se trompa. Les excès des premiers hommes de la révolution furent pour le cabinet de Londres

des prétextes pour oe pas reconnaître une autorité qui était eo quelque sorte une émanation de ces excès. On ne se donna pas la peine d'examiner s'ils n'étaient pas, en grande partie, dans leurs périodiques accès, l'œuvre même des hommes qui en faisaient des raisons contre la nouvelle domination française. L'alliance de Napoléon fut rejetée par l'Angleterre ; elle le força de chercber dans les arts ténébreux de la déception politique des moyens d'agrandissement, et de'quoi écraser sa redoutable et dédaigneuse rivale.

Toute l'Europe fut subjuguée par Napoléon ; mais il fit l'irréparable faute de créer des rois là où il eût dû établir sur de solides bases la liberté et l'indépendance des peuples. Ce dernier moyen le rendait invincible, et l'Angleterre elle-même succombait à une pareille politique. Il abandonna les peuples, et les peuples, par une juste représaille, se réunirent aux rois pour te précipiter du trdne.

Mais, avant cette chute, il avait tcDté un moyen inconnu jusqu'à lui, qui, changeant pendant quel~ que temps tous les intérêts commerciaux de l'Europe , tint un des continens dans sa dépendance , et l'Angleterre dans l'anxiété.

Le blocus continental fut cette invention. Son influence dure encore , puisque c'est à lui qu'est dû primitivement le changement survenu en Portugal, et rétablissement d'un roi européen sur le continent de l'Amérique.

NapolèoD, parreau à la souveraine puissance, crut pouvoir traiter a?ec le roi d'Angleterre de la paix dont l'univers avait besoin. Passant par-dessas les formes diplomatiques , il écrit au roi d'Angleteterre * ■ qu'appelé par le vœu de la nation française à occuper la première magistrature de la république , il croit convenable d'en faire part à sa majesté. ■ Il ajoute ensuite : ■ La guerre qui depuis huitaos ravage les quatre parties du monde doit-«Ue être éternelle ? N'est-il donc aucun moyen de s'entendre ?

I Comment les deux nations les plus éclairées de l'Europe, puissantes et fortes plus que ne j'exigent leur indépendance et leur sûreté, peuvenftellessacrifterà des idées de vaine grandeur le bien du commerce, la prospérité intérieure, le bonheur des familles? comment ne sentent-elles pas que la paix est le premier des besoins comme la première des gloires P

« Ces sentimens ne peuvent être étrangers au cœur de votre majesté , qui gouverne une nation libre et dans le seul but de la rendre heureuse. Votre majesté ne verra dans cette ouverture que mon désir sincère de coatribuer efficacement pour la seconde fois à la pacification générale par une démarche prompte , toute de confiance, et dégagée de ces fermes qui, nécessaires peut-être pour déguiser la dépendance des états faibles . ne dé-

■ Lt S nivOM B» 8 tb t> nymWfiM; c'al Binii qu'en datte la

dip«clM!.

K,,Goo<^le

64 ÉTAT ACTITBL DC COHHEKCE

cèlent dans les états forts que le.désir mutuel de se tromper.

* La France , l'Angleterre , par l'abus de leurs forces, peuvent long-tempB encore, pour le malheur de tous les peuples, en retarder l'épuisement ; mais, j'ose le dire, le sort de toutes les nations civilisées est attaché à la un d'une guerre qui embrase le monde entier. ■

Cette ouverture fut repoussée par la cour de Loadree, et dès ce moment le premier consul s'aperçut aisément que son plus grand ennemi serait l'Angleterre , et que c'était contre elle qu'il ne devait cesser de diriger des moyens hostiles pour te contraindre à faire la paix.

Rien n'était moins.aïsé que de parvenir à un pareil but. L'Angleterre , puissante , conduite par un cabinet habile , et souteaue de cet esprit public qui n'exista jamais que faiblement eu France, devait entraîner tout le monde dans sa cause et embraser l'Europe plutôt que de céder à une autorité qu'elle ne voulait pas reconnaître. L'Angleterre d'ailleurs ne pouvait que gagner à la guerre : elle restait maîtresse de la mer et des colonies , dont elle s'empara successivement.

Certain de l'inutilité des moyens ordinaires pour amener sa redoutable ennemie à des arrangemens pacifiques « et , après en avoir tenté de plusieurs sortes, qu'il n'est pas de notre objet de faire connaître , il eut recours à une mesure inconnue jusqu'alors. Il mît en état de blocus les

n,gt,.etJNG00gle

DES OECX INDES. 65

tksbritaDniques et l'Eurnpe, et enfanta ce système appelé eontinentat , source de taot de guerres et du changement qui nous occupe ici. Il entre dans llûstojre des colonies de le connaître : il fait partie de celle du commerce et de notre plan. Re- [veDODS les choses à leur principe.

Par. le traité d'j4 miens, > entre tes républiques firançaise, batave , l'Espagne d'une part, et l'Angleterre de l'autre , le» îles de la Trinité et Ceylan, la première appartenant précédemment à l'Espagne , et la seconde aux Hollandais • furent cédées à la Grande-Bretagne. L'île de Malte devait être rendue à l'Ordre reconstitué, et rester indépendante. La France ne perdait rien de ses colonies, au moyen de sa rentrée stipulée dans celles dont les Anglais s'étaient emparés. De plus , elle conservait les provinces connues depuis sous le nom collectif de Belgique , toutes tes parties de l'Atlemagoe situées sur la rive gauche du Rhin, enfm Avignon, la Savoie , Genève et le comté de Nice. £lte retenait en outre hors de son territoire l'état de Parme , et toutes les possessions contineO'» taies du roi de Sardaigne, réfugié à Cagliari. Elle érigeait le grand - duché de Toscane en royaume d'Étrurie , et en faisait don au duc de Parme, qui ne dépeadatt d'aucune autre puissance. Elle r^issait la république italienne , formée de la Lomhardie autrichienne , d'une partie de l'état de Venise , des états de Modène , et des

vGooglc

trois légations de Ferrare, de Bologne et de la Romagne. Elle devenait enquelqne sorte Diaitresse de l'Helrétie et de la république ligurienne, et dominait en Holinode par l'ascendant de as puissance et son voisinage. Enfin, dans le Nouveau- Monde , elle réunissait la partie espagnole de Saint-t>omtDgue, et conservait la Louisiane , excellente possession, qui pourait offrir un jour le moyen d'établir d'utiles colonies.

Telle était la situation brillante de la république française, à qui tant de gloire et de puissance promettaient d'autres destinées que celles qui ont terminé sa courte existence. Le traité d'Amiens en faisait la première puissance f;ur le continent, et peut-être un jour sur mer. Ce n'était point )k ce qu'il fallait aux Anglais , et à ceux pour qui cette prospérité était un continuel sujet de haine et de sinistres projets.

Le traité ne fut point exécuté de la part de l'Angleterre. Napoléon , qui gouvernait despotîquement la France, n'avait pas mis non plus de son côté une scrupuleuse fidélité à suivre l'esprit qui l'avait dicté , c'est-à-dire à mettre des bornes fixes et positives à l'agrandissement de la France^ rt à donner des garanties contre l'esprit de conquêtes qui le poussait.

La reprise des hostilités eut lieu au mois de mai iSo3. L'Angleterre commença dès ce moment i mettre à exécution son système de déclarer bloqués, Qon-seulement des ports , mais

DES DEUX INDBS. 67

des ririères et des cAtes entières. La France , 9'ëlaDt emparée de l'électorat d'HanoTrc, l'Elbe et M9 cAtes fureot déclarés ea état de blocus par l'&o|;leterre, c'est à dire qu'aucun bâtiment neutre ne pourrait s'j introduire sans être exposé à M voir pris et déclaré de bonne prise. Il en fut de même quelques jours après du Weser et de l'Ems. Le blocus fut étendu ensuite à la Seine et aux cdtea de Normandie. G<nes et la Spezia furent soumis i la même mesure. Enfin, dans le courant de 180/1 et i8o5 , toute l'étendue des côtes occupées par la France et ses alUés fut déclarée bloquée , et ainsi interdite à la navi^lian des puissances restées nentres, c'est-i-diredesÀméricaÏDS, des Danois, des Suédois, des Ottomans. Ils furent contraints ou de ne pas DaTig:uer , ou de porter leurs chai^emens, même entièrement neutres, en An^eteire.

D'après ce système ainsi étendu , il est érident que l'Angleterre devenait i'entrepôt des marchandises et des denrées du glol>e;que les denrées coloniales qui pouratent être portées dans les parties de l'Europe occupées par la France ou vouées à ses intérêts politiques araient été en Angleterre, ou avaient payé i cette puissance des droits de fret, des commissions, des droits d'entrepôt, etc.

La France, soumise à la domination absolue d'un homme que la gloire militaire environnait à la vérité , mais qui ne souffrait aucune représentai tion,adopta des mesures de repré&ailles.£Ue différa

ji-vGooglc

68 iTAT ACTUEL DU COHUEItCS

cependant d'en faire usage tant qu'elle eut quelque espérance de négocier la paix avec l'Angleterre. Hais, après le départ de lord Lauderdale, en octobre 1 806 , la bataille d'iéoa , et la conquête de la partie allemande de la monarchie prussienne , Napoléon jeta les bases de son système contineotal dans son décret de Berlin '. Il y déclara les Hes britanniques en état de blocus. Les motiù de cette mesure y sont énoncés avec la brièveté et l'expression du plus fit ressentiment contre cette puissance. ■ L'Angleterre , dit le despotique empereur, n'admet point le droit des gens universelletpent suivi par les peuples policés. Elle répute ennemi tout individu appartenant à l'état ennemi, et fait en conséquence prisonniers de guerre nonseulement les équipages des vaisseaux armés en guerre , mais encore les équipages des vaisseaux de commerce et des navires marchands , et même les facteurs du commerce et les négocians qui voyagent pour les affaires de leur négoce. Elle étend aux bâtimene et marchandises du commerce , et aux propriétés des particuliers le droit de conquête, qui ne peut s'appliquer qu'à ce qui appartient à l'eut ennemi. Elle étend aux villes et ports de conunerce non fortifiés , aux h&vres et aux emWucIiures des rivières le droit de blor eus , qui , d'après la raison et l'usage de tous les peuples policés, n'est a[4>licable qu'aux place» fortes. Elle déclare bloquées des places devant

* 11 ooTembic 1806.

IfïsqueDes elle n'a pas même un seul bâtiment de guerre, quoiqu'une place ne Boit bloquée que quand elle est tellement investie , qu'on ne puisse tenter de s'en approcher sans un danger imminent. Elle déclare même eo état de blocus dé» lieux que toutes- ses forces réunies seraient incapables de bloquer , des eûtes entières , et tout un empire. Cet abus monstrueux du droit de blocus n'a d'autre but que d'empécber les commùnicalioDs entre les peuples, et d'élerer le commerce et l'industrie de l'Angleterre sur les ruines de l'industrie et du commerce du continent. Tel étant le but érident de l'Angleterre , quiconque fait sut le continent le commerce des marchandises anglaises faTorise par là ses desseins et s'en rend le complice. Gomme il est de droit naturel d'opposer à l'ennemi les armes dont il se sert , et de le combattre de la même manière qu'il combat , lorsqu'il méconnait toutes les idées de justice et tous les sentimens libéraux parmi les hommes, nous avons résolu d'a{^liquer à l'Angleterre les usages qu'elle a consacrés dans sa législation maritime, et tes dispositions du présent décret seront eonstammeut considérées comme principe fondamenul de l'empire , jusqu'à ce que l'Angleterre ait reconnu que le droit de la guerre est vu , et le même sur terre que sur mer ; qu'il ne peut s'étendre ni aux pro priétés privées, quelles qu'elles soient, ni à la peri-onne des individus étrangers au métier des ar-

■JO iTAT. ACTUEL DU COHHBRCE

mes, et que le droit de blocus doit être restreint lui places fortes réellement investies pur des forces suffisantes. >

GoDsëquemment à ces principes, Napoléon déclara les îles britanniques en état de blocus , ordonna que les lettres ou paquets adressés ou en Angleterre, ou à ud Anglais, ou écrits en langue anglaise , n'auraient pas cours aux postes , et seraient saisis; que tout individu sujet de l'Angleterre , de quelque état et condition qu'il soit, qui sera trouTé dans les pays occupés par nos troupes ou par celles de nos alliés, sera £ait prisonnier, de guerre ; tout magasin , toute marchandise , toute propriété appartenant à un sujet de l'Angleterre sera déclaré de bonne prise; le commerce de marchandises anglaises est défendu, et toute marchandise appartenant à l'Angleterre ou provenant de ses fabriques et de ses colonies est déclarée de bonne prise ; la moitié du produit de la confiscation des marchandises et propriétés déclarées de bonne prise par les articles précédens sera employé à indemniser les négocians des pertes qu'ils ont éprouvées par la prise des bâtimens de commerce enlevés par les croisières anglaises ; aucun bâtiment venant directement de l'Angleterre et des colonies anglaises, ou y ayant été depuis la publication du présent décret, ne sera reçu dans aucun pOTt î tout bâtiment qui , au moyen d'une faos?c déclaration , contreviendra à la disposition

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DES DEUX IKDES. -(

ri-dessus sera saisi , et le navire et la cargaison seroDt coofisqués , CAmme s'ils étaient propriétés anglaises. >

Ce décret annonçait un violent et nouveau système d'hostilités contre le commerce anglais; il fut communiqué aux rois d'Espagne, de Naples, deHollande et d'Étfurie, et aux autres soiirerains alliés de la France. Dès le 34 do mois où il fut publié , M. de Bourienne , consul-général à Haôibourg y en donna connaissance au sénat de cette Tilk , qui , malgré ses liaisons d'intérêt avec Londres, fut obligé de s'y conformer, et de laisser le commandant de l'armée française en assurer l'exécution par une proclamation. Tous les détenteurs dépositaires , agens du commerce anglais , marchands ou banquiers à Hambourgqui avaient des fonds ou devaient aux Anglais, furent tenus, sous des peines très-graves, de faire leurs déclarations , et de donner l'état des propriétés anglaises i leur consignation et dep6t dans leurs magasins, sous quarante-huit heures. Les Anglais qui se trouvaient à Hambourg furent prisonniers de guene.

La généralité , l'activité et la réalité de l'exécution de cette mesure insolite firent bientôt disparaître le ridicule de bloquer les îles britanniques sans le secours d'une marine puissante, et cette loi de représailles ne fut connue en Angleterre que par l'annonce des effets désastreux dont elle avait été immédiatement suivie.

7a 1ÊTAT ACTVEL DU COMMERCE

Ce fut à Hambourg que le commerce anglais ressentit les premières et les plus fâcheuses conséquences du blocus des !les britanniques. Les agens anglais qui s'y trouvaient, ainsi qu'à Cuxharen , Kiel, Gtucstatt, tous ports remplis de marchandises et denrées anglaises , firent bien tous leurs efforts pour terminer leurs comptes et renvoyer en Angleterre les cargaisons qui ne pouvaient être vendues ; mais ils furent surpris , et l'Angleterre , qui en général règle assez tardivement ses comptes sur le continent , éprouva des pertes considérables, et ressentit dans ses manufactures un contrecoup de la plus grande intensité. Beaucoup de maisons anglaises qui conduisaient leur commerce avec le nord de l'Allemagne sur la plus grande échelle, et avec cet esprit d'entreprise et d'audace qui les caractérise, furent ruinées, et leurs faillîtes en entraînèrent beaucoup d'autres.

Ces premiers effets du blocus firent sentir à celui qui eu était le créateur qu'il avait trouvé le moyen sûr de nuire à son ennemi; il en poursuivit donc l'exécution -sur tous les points où les armées françaises s'avançaient; tout le nord de l'Allemagne se trouva enveloppé dans la rigueur du décret; des saisies de marchandises anglaises se succédaient avec rapidité; il n'y eut plus de sûreté pour les marchands de Londres à envoyer des cargaisons dans la Baltique. On vit des navires revenir de cotte mer sans avoir pu faire de déchargcmens pendant toute nue campagne; enfm le&

prises faites par des corsaires français dans ces mêmes parafes portèrent un coup fata) au commerce anglais, et exercèrent une influence fâcheusesur toutes lestransactioDs qui en dépendent.

n fut dès-lors aisé au cabinet britannique et aux puissances continentales de Toir que le système de représailles imaginé par le redoutable empereur n'était ni aussi absurde, ni aussi impraticable qu'on s'était plu d'abord à le supposer. et qu'il était possible que la France tint bloque le commerce britannique en l'expulsant de tous les ports , quoique toutes les forces anglaises fussent ocaipées à tenir fermés ceux de France.

On a estimé que les pertes qu'éprouva l'Angleterre par suite du blocus continental s'étaient élerées à plus de 300,000,000 sterling, évaluatioD visiblement exagérée, mais qui montre à quel point il nuisit au commerce britannique et it toutes les brancbes de son industrie et de ses entr^rises.

L'Angleterre s'est tirée de cette crise par la Inrce de sa constitution , par l'esprit public qui y règne, et l'art avec lequel chaque indiTidu y sait employer son traTail et ses capitaux ; mais elle n'en a pas moins donné le secret de sa faiblesse, et fiait corinaitre son côté vulnérable. Aussi depuis ce moment s'est-elle appliquée à s'assurer en Europe , et à sa portée , des places de sûreté pour son commerce , et d'où elle puisse ^provisionner 1« continent de ses marchandises , et établir une

74 ÉTAT ACTCEL DU COUHERCE

concurrence victorieuse sur celles de» fabriques . continentales. Ainsi elle a Bornholm dans la Italtique. Héligoland , Jersey et Guernesey, Gibraltar, Tarifa et Malte. Dans le traité de Paria ' et au congrès de Vienne elle a soutenu dans ses intérêts ceux des villes anséatiques; enfin elle s'est réservé Corfou et la suprématie des ileslonniennes. Ces possessions lui permettent de ne point craindre les résultats d'un blocus continental , ou du moins la mettent à l'abri de suites aussi fâcheuses que celles du dernier.

Celui-ci n'avait pas seulement porté un coup funeste au commerce des manufactures anglaises. La prohibition de l'introduction des denrées coloniales venant de la même nation excitait de vives alarmes chez les colons et chez les propriétaires de denrées coloniales, qui étaient obligés de donner leurs sucres à un prix bien inférieur aux frais de confection. L'Angleterre eut dabord à remédier à cet inconvénient, qui était une véritable calamité ; les colonies anglaises, et surtout celles qui avaient été cédées par les traités ou conquises, et dès-lors peu affectionnées, se plaignaient, et |>ouvaient donner de l'inquiétude. Pour les calmer, on modéra les droits sur les sucres destinés aux distilleries d'esprits ardens et aux brasseries de grains. Mais cette mesure, applicable seulement à la consommation intérieure de 1 Angletejrre , était iosuflisante ; elle n'allégeait en

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rien la détresse du commerce extérieur ; et bien qu'elle eût produit un emploi plus considérable de sucres bruts anglais , une très-grande quantité de sucres étraD|;erB pourrissaient dans les magasins de< ports francs. On finit plus tard par en faire consommer des parties considérables pour l'engraissèment des bestiaux. La liste des banqueroutes , tonjoars croissante, montrait que déjà déclinait cette prospérité du commerce de l'Angleterre qui s'était élevée si haut depuie le commencement de la ^«rre de la lévolution.

Le commerce français, et par contre-coup eeiui de l'Europe, était soumis à des gênes excessives pour maintenir l'exécution du blocus. Comme il ne pourait arriver dans les ports du continent aucune denrée du produit de l'Angleterre ou de ses colonies, il fallait, pour y en introduire, être munis de certificats d'origine qui constatassent que ces denrées provenaient des colonies françaises, quelque peu nombreuses qu'elles fussent. Les Américains recevaient d'elles tous leurs produits en paiement des farines, salaisons, bestiaux, légumes, fruits et bois de toutes sortes qu'ils étaient habitués i leur fournir, et d'autres objets de consommation dont la guerre les avait rendus les seuls pourvoyeurs. Les administrateurs de ces colonies , d'après l'autorisation de leur gouvernement, avaient été obligés, en raison de la guerre, de tendre te commerce libre, et de ne plus limiter les exportations des Américains en sirop do.

76 ÉTAT ACTDEL DU COyMKKCE

mélasse. Les coloaies françaises n'aTaient'plus même depuis loDg-tcmps de communicatious suivies arec la métropole.

Ce fut dans ces circonstances que le conseil du roi d'Angleterre, ^afio de diminuer les effets désastreux du blocus , fit rendre une ordonnance en forme de proclamation ' , qui interdisait aux bâtimens neutres le commerce d'un port à un autre , tous les deux français ou sous la domination des alliés de la France, ou enfm dans lesquels ne seraient pas admis les bâtimens an~ glais.

Les Américains sentirent vivement le tort que leur faisait une pareille disposition , et s'en plaignirent amèrement; elle forçait leurs armateurs à vendre dans le premier port où ils arriveraient la totalité de leur cargaison, et dès-lors très-souvent à perte, ou à retourner en Amérique. Aussi furent-ils soutenus dans leurs représentations par les conseilsde la couronneen Angleterre, qui, par l'organe de l'avocat-général, déclarèrent qu'il était ïllicite de défendre à un bâtiment américain qui aurait encore sa eargaison entière de ta porter dans un autre port. On annonça doue au ministre dpi États-Unis, à Londres, qu'on app<»1erait â l'ordonnance des modifications qui satisferaient ou du moins blesseraient peu les intérêts de la république.

Mais le ministère qui succéda à MM. Greknville

DIS DEEX INDES. -J-J

et Grey, loin d'adopter des mesures de douceur, atxrut eDcore la rigueur et étendit davautage les représailles du blocus coolioeotal.

Le roi Georges, en conseil, rendit donc trois ordonnances plus sévères que la précédente '. Ces nouveaux ordre» du conseil, c'est ainsi que ces actes furent appelés , étendirent le système de blocasi pat déclaration, aux ports de l'Italie et de la mer Adriatique qui avaient passé sous la domioatioD française ou dans son alliance; défendirent aux neutres d'entrer dans un port non bloqué de la France ou de ses alliés , s'ils n'avaient pas relicbé en Angleterre et payé un droit sur les denrées de la cargaison. Tout bâtiment porteur de certifiealt d'origine rencontré à la mer fut déclaré de bonne prise, et te commerce d'un port français ou d'un allié de la France à un port de la même espèce fut interdit.

Les choses furent portées plus loin encore. En soumettant les ordres du conseil à la sanction du parlement, dans la session de 1808, les ministres proposèrent que l'exportation de l'Angleterre pour le continent, du coton, du quinquina et autres drogues , fût interdite.

Hais ils trouvèrent une violente opposition dans le parlement Les nouveaux ordres du conseil y furent attaqués sous le rapport de l'injustice et de l'inhumanité. Ils étaient, à la vérité, des actes de représailles ; mais la prohibition de l'exporta-

• Ln 1 1 , iSct *6 Dovcmbie 1807.

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79 ETAT ACTCCL DU COHHBUCE

lion du quinquina, médicament indispensable â

tous lea peuples, était odieuse, et rappelait les siècles de barbarie. Les mesures indiquées par les ordres du conseil étaient-elles d'ailleura conformes aux intérêts de l'Angleterre i> Ces questions furent discutées avec une liberté, une profondeur et une impartialité qui font également honneur et aux membres de l'opposition qui parlèrent contre la proposition, et aux ministres, qui ne cberchèrent pas, par de sourdes manœuTres et de basses poursuites, i se venger de leurs bonorables adversaires. Les ministres annonçaient que le but des ordres du conseil et des lots demandées au parlement était de priver la France d'objets de consommation qu'on devait regarder comme de première nécessité , de remèdes pour les maux de ses habitans , des drogues les plus essentielles à l'art de guérir, et d'une multitude de commodités de la vie devenues presque indispensables, pour forcer ainsi le peuple français à secouer le joug de l'homme qu'ils appelaient le tyran de l'Europe «t l'implacable ennemi de l'Angleterre. L'opposition releva arec beaucoup de force l'horreur que de tels motifs inspiraient  l'Angleterre, et la flétrissure qu'ils devaient imprimer à sa politique ; il y etit une protestation des pairs sur la loi de prohibition de la sortie du quinquina.

Plusieurs membres du parlement établirent, dans le cours de la discussion, que ta France et le continent étaient approvisionnés de denrées co-

DES I>EGX INDES. ;;()

loDÎales pour loog - temps ; que le premier effet des ordres du conseil serait d'en hausser les prix , et dès - lors d'en diminuer la consommation '; que , dans le long intervalle qui s'écoulerait du moment actuel à celui de l'épuisement des magasins , on s'habituerait à la privation de quelques-unes de ces denrées, du sucre et du café, et qu'on trouverait le moyen de suppléer à celle des autres, comme le quinquina, l'indigo, et certaines drogues-, que, dans tous les cas, la culture des Tignobles de la France, la consommation de ses Tins et de ses eaux - de - vie , qui souffraient de l'état de guerre , seraient relevées de leur détresse et prendraient même des accroissemens utiles à l'agriculture, par l'emploi qu'on en ferait pour remplacer, en un grand nombre de cas, l'usage des denrées coloniales.

Napoléon n'avait pas attendu les débats du parlementpoar répondre par de nouveaux décrets aux ordres du conseil. A peine ces ordres lui étaîent-ils

■ I« wnsl ■■teoc de l'/ftftoîf» trttffiw tt raUemUt A l'ÀngUttrr», M. de Heat*«nB,a établi dani loa ountga qu'aTtat U lérofailîoia la comomnidiOB du lucre , au momcat où il élait i jo ou jS fr. te quintil, poid* de mtfrc, l'àlevait II an pca pin* d'une Bfre dcui owMpvItlc. Elleiétien iSii et iSii , co tcoini MBpte de l'Mti- «itc d« la cootiebande, i peu pré* d'une lÏTrc t'a oncei par l£tc, Is ■nciCi i la Tèrilt, ttiol de iio i foorrano le quioUl , poûli de Duc. En iBi4 , la ctawKunatiOD du taett a éU de MHXBDIe-qiiinie mlllîiM* de line* ji riant , ce qui donaerut, m déduMaat du calcul de la ««MeoinialiM» c« que la Fnoce founiit lui ilatt limittopkM mn nan'lime* , eoiirul aae Uitc douM oncu pai lêU de la huiik de U popolalioa de ce rsjauine.

connus , qu'il rendit en quelque sorte, ab irato^ le décret de Milan '.

( Vu les dispositions arrêtées par le gouvernement anglais , en date du 1 1 novembre dernier , qui assujettissentlesbâtimensdes puissances neutres , amies et même alliées de l'Angleterre , nonseulement à une visite par les croiseurs anglais > mais encore à une station obligée en Angleterre , et une imposition arbitraire de tant pour cent sur leur chargement qui doit être réglée par la législation anglaise ;

■ Considérant que par ces actes le gouvernement anglais a dénationalisé les bâtimens de toutes les nations de l'Europe ; qu'il n'est au pouvoir d'aucun gouvernement de transiger sur son indépendance et sur ses droits, tous les souverains de l'Europe étant solidaires de la souveraineté et de l'indépendance de leurs pavillons ; que si , par une faiblesse inexcusable , et qui serait une tache ineffaçable au X yeux de la postérité , on laissait passer en principe et consacrer par l'usage une pareille tyrannie , les Anglais en prendraient acte pour l'établir en droit . comme ils ont profité de la tolérance des gouvernemens pour établir l'infâme principe que le pavillon ne couvre pas les marchandises , et pour donner à leur droit de blocus une extension arbitraire et attentatoire ù la souve- Taineté de tous les états :

« Nous décretons que tout bâtiment, de quelque

DES DEUX IHDE8. 8l

Dation qu'O soit, qui aura souffert la visite d'un taisseau anglais , ou se sera soumis à ud voyage en Angleterre , ou aura payé une imposition quelconque au gouvernemeot anglais, est, par cela seul, déclaré dénationalisé , a perdu la garantie de son pavillon , et est deveou propriété anglaise { que , soit que lesdits bâtimens ainsi dénationalisés par les mesures arbitraires du gouvernement anglais entrent dans un port de France ou dans ceux de nos alliés , soit qu'ils tombent au pouvoir de nos vaisseaux de guerre ou de nos corsaires , sont déclarés de bonne et valable prise ; que les Iles britanniques sont déclarées en étal de blocus sur mer comme sur terre ; que tout bâtiment, de quelque nature qu'il soit, quel que soit son chargement expédié des ports d'Angleterre ou des colonies anglaises , ou des pays occupés par des troupes anglaises, est de bonne prise, comme contrevenant au présent décret ; il sera capturé par nos vaisseaux de guerre ou par nos corsaires , et adjugé au capteur; que ces mesures, qui ne sont qu'une juste réciprocité pour le système barbare adopte par le gouvernement anglais , qui assipule sa législation à celle d'Alger, cesseront d'avoir leur effet pour toutes les nations qui sauraient obliger le gouvernement anglais à respecter leur pavillon ; qu'elles continueront d'être en vigueur pendant tout le temps que ce gouvernement ne reviendra pas anx principes du droit des gens qui régie les relations des états civilisés dans l'état de guerre ;

Sa ÉTAT ACTUEL DU COUHEBCE

qu'eDÛn les diapositioas du préseat décret seront abrogées par le fait dès que le gourerDement aaglaÎB sera revenu aux principes du droit des gens* qui soDt aussi ceux de la justice et de l'honneur. ■

11 est évident que Napoléon voulait , par une aussi violente mesure , forcer les Etats-Unis à déclarer la guerre à l'Angleterre ; mais cette r^ublique , plus ûdèle i ses intérêts qu'empressée i q>ouser des ressentimens étrangers à sa position, se borna à mettre un embargo sur ses ports , et à interdire aux sujets de l'état de faire commerce avec les puissances du continent

Cependant, malgrél'apparenteégalitédeiperteB que ces représailles réciproques causaient à chaque état , en examinant bien attentivement la situation des deux nations , on s'aperçoit que l'avantage restait du côté de l'Angleterre. Mais ce serait, trop nous éloigner de notre but que d'entrer dans l'examen des causes qui opérèrent cette différence. Noos ne nous arrêterons pas non plus i suivre les effets du t^tl^nw continental sur le commerce du monde , et en particulier des colonies : quelque intéressante que soit une pareille étude pour quiconque désire connaître l'influence des mesures politiques sur l'état des nations, et les causes de leur décadence oa de leur prospérité , nous nous hfltons de montrer les résultats qu'eut ici l'amlHtîon de Napoléon sur le Portugal , et comment la crainte qu'elle inspirait j c^ra te grand changement dont il l'a^t.

DIS DECX inDEfi. 83

Depuis la rupture du traité d'AmienB, cette puissaoce aiait fait de grands sacrifices pour conser- Ter la paix et sa neutralité ; mais, un mois après la signature du traité deTîlsit ' , Napoléon demanda au prince régent de Portugal qu'il adhérât au système continental , fermât ses ports aux Anglais , empêchât les o^ociaos anglais établis en Portugal d'en sortir , confisquât toutes les pn^riétés anglaises, et réunît ses raisseaux de guerre aux escadres de France : iJ avait donné au prince trois semaines pour prendre une déteroiiaatioo décisire.

Le prince régent de Portugal pourait sans doute faire approuver i l'Angleterre la fermeture de ses ports exigée par l'empereur Napoléon ; cette mesure pouvait n'être que temporaire ; elle était d'ailleurs éridemment forcée. Napoléon , maître dé l'Espagne , tenait dans ses fers la cour de Lisbonne. Le Portugal laissait aux négocians anglau le temps de soustraire leurs personnes et leurs propriétés i l'arrestatioû et au séquestre : ainsi l'Angleterre pouvait ne voir-dans l'obéissance du Portugal aux mesures du système continental qu'une dure nécessité.

Le ministère portugais avait donné ces assurances an ministre anglais â Lisbonne , et remerciait le cabinet de Saint-James d'avoir acquiescé A la ddture des ports ; mais il demandait qu'une escadre anglaise , si la cour passait au Brésil , vint

84 ijÀT ACÏCEt DD COUHERCE

jrepforcer l'escadre portug;aîse ; il désirait aus» que l'ÀDgleterre annonçât qu'elle déclarait la guerre au Portugal , guerre qui n'aurait été qu'apparente. Le cabinet de Londres se refusait à la guerre apparente , et offrait au prince régent de Portugal , s'il passait au Brésil , tous les secours qu'il lui aurait donnés pour la défense du Portugal.

Il fut conrenu entre les deux puissances qu'on «e refuserait à recevoir des troupes françaises en Portugal. Cette condescendance du prince régent pour les Anglais tenait à une circonstance épineuse pour la cour de Lisbonne. Cette cour était informée qu'une armée anglaise de huit à dix mille hommes se trouvait dans la rivière de la Plata ; et elle craignait avec raison que, sitôt que le territoire portugais européen serait occupé par des troupes françaises , le Brésil ne fût envahi par les Anglais , et qu'elle ne perdit ainsi tous les états de la monarchie à la fois. Il fallait donc ménager au moins momentanément les Anglais , céder ensuite aux forces de Napoléon , et prendre un parti extrême : c'est ce que fit le prince régent.

11 annonça positivement à ta cour de Londres qu'à l'instant où les troupes françaises paraîtraient sur la frontière , il partirait pour le Brésil avec sa famille , sa cour et son ministère. Les préparatifs de ce départ se firent avec activité ; la 0otte fut armée et équipée. Les meilleures troupes du Portugal furent réunies à Lisbonûie et dans les autres ports.

DES l)BnX 1ND19. 85

Ce projet de retraite au Brésil était plein de sagesse ; il présentait des caractères de prudence réunis aux convenances politiques et à la dignité du prince qui l'avait conçu. Cependant l'Angleterre montrait de l'indifierence à l'exécuter ; la France et l'Espagne alors y étaient opposées ; le régent du Portugal lui-même ne s'j déterminait qu'à regret Les partisans comme les adversaires de cette importante détermination ne prévoyaient pas combien et à quel degré elle convenait aux véritables intérêts du Portugal , à la conservation et aux pn^rès de la prospérité de cette partie de l'Amérique méridionale.

Lisbonne était dans l'attente de ce grand événement quand Napoléon apprit la sortie de quatre convois anglais emportant les propriétés , les marchandises et les familles de cette nation qui se trouvaient en Portugal , et se soustrayaient ainsi aux mesures tyranniques du système continental. Dans sa colère, il déclara , à uu de ses levers, çue la maiton de Braganee avait ceué de rigner ^. Le chevalier de Lima , ambassadeur de Portugal à Paris, crut avoir obtenu l'assurance des ministres de Napoléon que les troupes françaises n'entreraient pas en Portugal, si son altesse royale la prince régent changeait de résolution et mettait le séquestre sur les propriétés anglaises. Cet ambassadeur part de Paris en courrier le i S octobre 1807 , au moment où une armée française , sous

ji-vGooglc

le commaDdemeut du géoéraIJaaot, marchait sur le Portugal. Toutes les personnes attachées i l'ambassade de Portugal reçoirent , peu après son dél^art, l'ordre de quitter la France. Les naTires et les propriétés portugaises sont saisis et séquestrés.

A l'arrirée du chef alier de Lima à Lisbouoe , le I* novembre, le c-ooseil d'état s'assembla. Le prioce régent avait à choisir , ou une alliance étroite avec l'Angleterre , ou le séquestre des propriétés anglaises . s'il en existait encore en Portugal ; le point capital était d'empêcher l'armée franvaise d'entrer sur le territoire portugais. Le prince rendît donc , le 8 novembre , son décret de séquestre des propriétés anglaises. Le 1 1 , le ministre anglais partit de Lisbonne, et se rendit i bord de l'escadre qui était dans le port. Le a3 , Tamirat anglais déclara ce port bloqué. Une expédition , partie de Cork le 8 décembre , alla prendre possession de Hle de Madère. Des ordres furent donnés & la compagnie des Indes d'occuper Goa et Macao. Le Portugal était en état de guerre effective avec l'Angleterre : on ne tarda pas cependant  s'entendre.

Le 34 novembre le prince régent apprit l'arrivée de l'avant-garde française à Gastel-Braoco, petite ville du Portugal à environ quarante-cinq lieues de Lisbonne. A ce moment le prince n'hésita plus; il s'embarqua le 36 avec sa famille, et le 39, dans la nuit, au moment où te général Junot, avec les premières troupes françaises , parut dans

DES DEDX INDES» 87

les eoTiroiu de Lisbonne, la flotte portugaise &o> tait du Tage et des ports de la monarchie. Composée de huit Talsseaux de ligne , de trois grosses frégates , et de vingt-quatre bfttimeos de moindre force : cette flotte portait an Brésil quinze mille personnes qui suiraient la fortune de leur sourerain. Un conseil de régence fut établi avant son départ pour Teiller aux destinées de l'état et le gouTemer au nom du prince. Le Portugal fut occupé par l'armée française. Elle y resta jusqu'au moi» d'août de l'année suivante , qu'elle l'évacua en rertu de la capitulation de Cintra.

■ Par ce grand changement , dit l'auteur du Traité des colonies ' , le Portugal est devenu luimême colonie. La métropole n'est plus en Portugal, et désormais c'est au Brésil quil faut l'aller chercher ; elle a passé en Amérique , et la colonie est restée en Europe.

I Cette révolution ( quel autre nom donner & un événement de cette importance ) change entièrement les rapports du Brésil avec le Portugal ; ils sont entièrement intervertis. Le gouvernement, passé au Brésil, n'enverra plus en Portugal les trésors de cette immense et riche contrée ; il les gardera pour lui , et les consommera sur les lieux. Cependant ees tributs servaient à acquitter la balance du commerce , qui était contre le Portugal d'une somme de plus de 60,000,000 de francs.

■ Dm taUmit». H de U rivolmttfn aaMcM* *U l'yimérir^^ f M. d* Pradi , loDW s , pig« 5o.

88 ijkT ACTUEL DU COHHEKCE

Si le gou¥crnemeat du Portugal métropole s'occupait assez peu du Brésil colonie , à sou tour le gouveruemeot du Brésil devenu métropole o'accordera plus la même attention au Portugal tombé daDS l'état de colonie. Transporté dans un pays tout neuf eu lui-même, comme tout nouveau pour lui , dans lequel tout est à faire , où tout est vaste , riche , où ta nature est grande , féconde, imposante, où la population surpasse déjà celle du Portugal , et, par son mélange, demande des soins et une attention soutenus , le gouvernement du Brésil n'aura pas beaucoup de temps à donner à un pays éloigné qui lui paraîtra trèsinférieur, sous tous les rapports, à celui qu'il occupera. Les grands , les hommes qui ont besoin de cour ne passeront- ils pas du Portugal au Brésil ? Le Portugal, devenu colonie, ayant à recevoir ses lois de loin , appauvri par la retraite deb tributs du Brésil , par la suppression des dépenses de la cour et des grands , s'accoutumerat-il i un changement par lequel il se sentira vivement blessé ? Consentira-t-îl toujours à rester dans un état de colonie dépendante, à supporter ce qu'il a d'humiliant et de fâcheux dans toutes les parties de l'administration ? Les deux fractions du gouveruement ne se lasseront -elles pas de relations si lointaines , si tardives , si incommodes ? et le Brésil ne sera-t-il pas aussi peu apte à gérer les affaires du Portugal que le Portugal à gérer celles du Brésil? De plus, l'Europe verra-t-elle

'DES DEUX INi>E3. 89

toujours le Portugal colonie du Brésil du même œil doDt elle considérait le Portugal métiopole du Brésil , co-état européen de tous les membres de l'association souveraine de l'Europe ? Ensuite le (ourerain du Brésil ne passera-t-il pas nécessairement des affections de l'Europe aux affections • de l'Amérique ? Il ne peut manquer de devenir tout Américain, et anti-Européen , dès qu'il s'est foit extra- Européen. Placé au centre du grand mouTement qu'éprouve ce vaste continent, Il sera bien plus occupé de ce qui se passera à ses portes que de ce qui se passera loin de lui. Ce changement , ce transport du gouvernement du Portugal en Amérique dénature donc le caractère d'état colonial du Portugal ; ou plutôt , en le rendant lui-niême colonie , il a fait qu'il n'y a plus de colonies pour lui. *

Cet état des choses s'est encore compliqué par les mouvemeos survenus depuis l'époque de ce récit. Le Portugal, entraîné par l'exemple de l'Espagne, parla fâcheuse position de son coounerce, de soo état politique; par l'absence d'une cour qui, comme le prévoyait l'auteur que nous venons de citer, et comme tout le monde devaitle prévoir, absorbe les revenus qui font la principale ressource du pays , te Portugal a changé la forme de son gouvernement. En conservant sa rehgion, son prince , le trône dans la famille régnante , il s'occupa d'une nouvelle constitution.Le temps seul apprendra le résultat de ce grand mouvement ; son

ÏDflueoce sur son commerce extérieur et sur sou système colonial ne peut être douteuse. Une nouvelle ère se forme pour ta oaiion portugaise. La conséquence la plus immédiate qui doit en résulter, c'estl'affranchissement de la domination anglaise, qui depuis 1703 n'a cessé d'aller en croissant, et qui , depuis le départ du roi pour le Brésil , absorbait toute autre autorité dans l'administration intérieure. Nous n'en rappellerons point ici les preuves multipliées ; qu'il nous suffise de remarquer que l'effet naturel de la révolution qui vient de s'opérer à Lisbonne doit en amener une générale dans son système politique, donner plus d'essor à son industrie, et tirer cette nation intéreseante de l'état de torpeur et de nullité où son ancien gouvernement l'avait tenue jusqu'ici.

Les faibles chaogemens survenus dans le commerce portugais depuis plus d'un siècle ne nous . obligent A aucun détail étendu pour compléter le récit de l'historien des deux Indes. L'industrie intérieure n'ajant fait que peu de progrès, et la culture étant encore dans le même état qu'il y a trente ans, aucune grande amélioration n'a pu s'opérer dans sa prospérité et son activité commerciale ; nous nous bornerons donc à un petit nombre de considérations.

Et d'abord , jetons un cuup-d'œit sur les causes qui ont tenu l'agriculture portugaise dans l'état où elle se trouve encore , et d'où les événemeos qui se préparent dans ce rojaume , sagement

, DES DBDX INDES. 9I

conduits, ne peuvent manquer de la tirer, par Hofluence qu'ils doivent avoir sur l'industrie individuelle , sur la liberté du travail et les spéculations agricoles.

Pendant long-temps le cultivateur portugais, borné à la consommation intérieure, se contentait de demander à la terre ce qni lui était absolument nécessaire pour sqfBre à ses besoins ; mais , c<Hnme il n'jr avait pas d'abondance, le blé se maintenait constamment h un prix élevé. Il n'en fallut pas davantage pour que l'Angleterre , toujoufs attentive à ses intérêts , offrît aux Portugais de leur iournir des grains à meilleur marché qu 'ils ne pouvaient les avoii dans leur propre pays. Le gouvenkcment permit facilement cette importation , et ne prévit pas les suites qu'elle aurait pour l'agiriculture , si en même temps on ne protégeait point celle-ci. I>e Portugal était alors riche en espèces; c'était vers le commencement du dernier siècle. Le» grains arrivèrent ea Portugal, et furent vendus ua tiers au-dessous de ceux du pays. Les Anglais perdirent ou gagnèrent trop peu d'abord; mais ils savaient, en négociaas habiles, que ce n'était qu'une avance qui leur rentrerait bientAt avec usure. Les cargaisons de grains, quoique multipliées, disparaissaient et ne pouvaient suffire aux demandes des marchés. Aussitôt que ' le blé airivait, il était enlevé , et le paysan retournait dans son village sans avoir rien vendu de ce qu'il avait porté au marché. Peiné d'une pareille

situation , le cultivateur se découragea , et la plupart des fermes furent abandonnées ; chaque possesseur de terres ne cultira juste que ce qu'il lui en fallait pour sa subsistance. Bientôt de vastes champs qu'on avait fus couverts de moissons restèrent ÏDCultes, et se changèrent en savanes abandonnées. On ne s'aperçut que plusieurs années après de la faute qu'on avait faite ; il n'était plus temps d'yremédier. Les gens intéressés dirent que c'était la faute du sol , qui était naturellement stérile ; qu'il ne pouvait suffire à la subsistance de la nation ; et que, sans s'occuper de l'agriculture, c'était dans le revenu de ses mines et les produits de ses riches colonies que le Portugal devait placer son soutien; que l'Europe pourvoirait sufQsaroment aux besoins de ta consommation de ce pajs. Le marquis de Pombal , dont la mémoire sera toujours chère aux Portugais, n'était point de cet avis. Pendant tout son ministère il combattit cette doctrine favorable au commerce anglais, et ruineuse pour l'agriculture de son pays. Mais ses soins furent inutiles : quelque chose d'ailleurs d'impatient, de hautain et d'absolu dans son caractère , dans ses procédés et sa conduite , donna des armes contre lui , et empêcha le bien qu'il voulait faire : tant il est vrai que le despotisme est l'ennemi de toute pensée utile, et qu'il étouffe les semences généreuses que lui-même cherche à répandre ! Cependant le mouvement que Pombal avait donné se soutint quelque temps; et nous

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DES DECX INDES. 9$

TojoDS par les récits des voyageurs qu'à l'époque où commeoça la guerre entre l'Angleterre et ses coloDÏea , les Portugais se félicitaient déjà d'être parvenus à suffire à plus de la moitié de leur subsistance, situation dans laquelle ils oe s'étaient pas trouvés depuis plus d'un demi-sïècle. Mais cet heureux aspect cessa bientôt , et l'agriculture , ainsi que les arts et l'ioduetrie, retombèrent à peu près dans l'état précédent.

Cependant l'expéileoce avait commencé i éclai* rer les Portugais sur les véritables richesses des états. Ils savaient que l'agriculture était infiniment plus importante pour eux que les mines d'or et d'ai^ent. Ces sources illusoires ont perdu de leur prix à leurs jeux depuis qu'ils ont comparé la situation de leur pajs avec celle des peuples dont les revenus sont fondés sur ^agriculture , la liberté du travail et l'activité du commerce.

L'académie de Lisbonne, établie en i775,n'apaB peu contribué par ses recherches et par ses écrits, par les prix d'encouragement qu'elle a distribués, à éveiller l'iodustrie agricole et manufacturière dans le royaume. L'objet de ses sollicitudes fut surtout de faire creuser des canaux , de rendre les rivières navigables , d'introduire des machines utiles aux arts, de faire défricher des marais, d'ouvrir de nouvelles routes au commerce, de nouveaux débouchés à l'industrie , soins frappés en quelque sorte de stérilité tant qu'une domination étrangère a tenu ce pays en tuiclle et gou-

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94 ÉTAT ACTCEL OU COMMEItCB

Terné dioa des vues d'intérêt étranger. I/iostant est venu où ils doivent avoir plus de réalité.

Peut-être y a-t-il un vice capital dans l'organisalioD territoriale du royaume, et qui s'&pposera toujours à l'essor de la culture et des richesses qui en naissent : c'est que les propriétés y sont trop vastes , trop étendues ; il n'y a pas assez de petits propriétaires; les grandes routes sont mal entretenues , et des rivières sont obstruées dans leur cours. Les laboureurs ne sont pas assez nombreux , ni aussi considérés qu'ils devraient l'être ; ils sont accablés de redevances féodales, d'impositions , et quelquefois d'oppression de tout genre. Les jours de fêtes sont beaucoup trop multipliés ; les fermiers ignorans ; leurs enfans abandonnent trop facilement leur état pour aller dans les villes, où souvent ils se dépravent ; enûn l'agriculture n'a point pour prospérer une quantité suffisante de bestiaux.

Ces faits , dont plusieurs doivent cesser par la révolution qui s'opère aujourd'hui dans le gouvernement , expliquent comment plus de la moitié du Portugal est encore inculte , et comment la portion qui est cultivée en tignes, blé, légumes* olives, etc. , ne l'est pas au degré de perfection auquel elle pourrait atteindre , et où elle était.

Les plants d'oliviers , une des premières richesses du Portugal , sont négligés. Les vignobles occupent beaucoup de terrains qui seraient plus propres au blé et au maïs , et les anciennes forêts

DES DETX L-ÏDES. 95

ne sont pas admioùtrées avec soin. Le lio n'est pas cultivé en quantité suffisante pour la coosommatloD intérieure, et la culture du chanvre est encore plus négligée. Celle des poinmea de terre n'est pas assezrépandue en Portugal : on s'occupe au contraire encore trop de topinambours, qui . sont moins farineux et moins nourrissans. Les prairies sont 4rop rares ; on ne cherche point assez i les multiplier et à les entretenir. De belles vallées , propres à ce genre de culture , devraient y inviter les cultivateurs. La manière de labourer est encore très-imparfaite : la charrue ne fait qu'égratigner la terre. On emploie peu la herse , si utile pour enterrer les grains , enlever les mauvaises racines et rompre les inégalités du ' terrain. On sarcle peu les champs. L'usage est de semer après avoir labouré , sans laisser à la terre le temps de subir les utiles impressions de l'atmosphère.

Les engrais sont peu connus et mal employés. Cette partie essentielle est encore dans l'enfance. En général , on se borne à fumer avec de la bruyère qu'on fait pourrir sur les routes , et qui n'offire à la terre aucun suc fécondant. A)OUtez que , faute de soins , il arrive souvent que les récoltes sont entraînées parles torrens. C'est en dire assez pour montrer que le Portugal est loin d'avoir donné Â son agriculture tous les soins qu'elle exige , et que cette première source de richesses demande une attention particulière. Fuisse la révolution qui

96 ÉTAT ACTUEL DU COUllERCE

fi'opère y dérelopper l'esprit public , sans lequel il n'est point de rentable puissance natiouale !

L'industrie a besoin du même secours : l'Aa-. gleterre ayant toujours fourni à la consommation du Portugal les objets de fabrique, les manufactures y sont restées dans une grande insuffisance pour les besoins , et dans un degré d'imperfection qui ne leur a pas permis de soutenir la concurrence avec les fabriques étrangères. Écoutoos sur cette matière un des hommes qui ont le mieux connu lés véritables principes du commerce, M. le comte'Chaptal, ce ministre à qui la France doit l'impulsion donnée à tous les genres de travaux productifs et au développement qu'ils ont obtenu depuis '.

I Le traité de Metbuen de 1 70? ' . dit-il , coqclu entre l'Angleterre et le Portugal, avait presque fait de ce dernier royaume une colonie anglaise. Ce traité , qui ne renferme que deux articles , a été une des sources de la prospérité manufacturière de l'Angleterre. A la vérité , le Portugal consomme peu par lui-même de l'industrie anglaise ; mais ses belles propriétés d'outre-mer lui présentent un immense déboijché « surtout pour la bonneterie, la quincafllerie, la draperie légère, la toilerie, l'horlogerie, la bijouterie, etc. Un traité de 1810 entre les deux états a stipulé de nouveaux

' Dt^lnduttritfroKfit», tome i, page iS. ' Hethuen eat te nom du négociateur babile à qui l'ADglelrrre doit 0 tculé iTiatigeui.

DES DEUX INDES. g^

avantages pour l'Angleterre, au détriment des autres nations.

« L'industrie française a conslamment essayé d'établir des relations de commerce avoc le Portugal, et de se^ mettre en concurrence avec les fabriques anglaises. Nos tissus légors et variés d'Amiens, nos batistes et linons, nos serges, nos toiles et notre draperie fine, nos cuirs apprêtés, nos eaux-de-vie, ont été successivement recherchés. Les soieries, l'horlogerie, les bronzes dorés, ont eu le même succès. Mais la domination de l'Angleterre et les habitudes contractées depuis UD siècle n'ont pas permis que notre commerce prît en Portugal une grande importance; et il lui a été constamment impossible d'y établir des relations durables , et de se lier , comme on dit, par des affaires tuivies.

■ Comme les vins de Portugal forment la principale production de son sol , le gouvernement anglais les reçoit dans ses ports moyennant un droit qui n'est pas la moitié de celui que paient les vins de France ; de sorte que la presque totalité passe en Angleterre, qui lui donne en échange des produits fabriqués. Cette différence dans les droits établis sur les vins transportés en Angleterre a dû en exclure tous nos vins ordinaires , qui auraient pu y entrer sans cela , en commerçant avec ceux du Portugal. Le privilège accordé à ces derniers en assure la consommation d'une manière presque exclusive, en mépae temps qull. force le

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98 ÂT&T ACTUEI DU COMMEKCI

commercfe portugais k extraire de la Grande-Bretagne les produits de son industrie pour se payer de ses Tins. Cet état de choses doit exister tant que l'Angleterre continuera à imposer nos vins au-dessus de ceux du Portugal ; et dans cette position nous nepourons jamais fournir à la Grande- Bretagne que quelques qualités supérieures qui n'appartiennent qu'à notre sol ; ce qui n'est rien en comparaison de ce qu'on pourrait 7 porter. Ce système du gouvernement anglais produit un doubleeffetégalementDuisible à notre- commerce, le premier , de fermer un débouché à la principale production de notre territoire; le second, d'empêcher que nos relations commerciales avec le Portugal deviennent aussi considérables qu'elles pourraient l'être.

■ Mais , malgré ces entraves , l'intérêt des deux pays , la France et le Portugal, est tellement lié , i^u'on a pu réduire nos relations commerciales , ioais non les anéantir.

< En 1787, nos exportations pour le Portugal se sont élevées à une râleur de 3,935,ooo francs , qui se composait de 1,306,900 francs en blé; 70,000 francs en thé ; 1 o^,5oo francs en légumes ; 46,opo fr. en goudron et résine ; 797,500 fr. en étoffes et biinneteric , et le reste en objets divers de notre industrie. Les importations en France ont été , dans la même année , de la valeur de 9,307,000 fr. Elles consistaient en vins, fruits, cacao, poivre, girofle, cannelle, laine, soie, filo-

■elle , cuirs , bois de teinture , huile de poisson et coton. Ce dernier article fi^re pour une somme de a,4io*4oo fraocB.

■ En 1 7S8 1 les exportations de France pour le Portugal présentent un résultat de ^,si5,6o9 francs , dans lesquels les blés sont compris pour 1,694*300 fr. ; les<:uirs apprêtés pour 100,000 fr. ; \eê toiles de Un pour 44^<ioo francs ; les draps pour 37 ,5oo francs ; les tabacs pour 27 ,800 francs* Les importations faites eo France dans la même aoBéesontnn objet de 9,i53,io6 francs, et pié- M*a(eot les mêffles articles qu'en 17S7.

• En 17^9, il j eut poux 3,107,000 fr. d'«Xf portatiouB de France pour le Portugal , presque tous en objet» d« fabrique , tels que teîJerîc , rubaonerie de soie , bonneterie ,- tissus dé soie , de laine , etc. Les importations en Francs eat été à peu près les mêmes que dans les années préoéclentefl.

« Quoique ces CJ^iortatioDS ne balancent pas les importations, dont elles forment à pes près le tiers , le commerce de la France av«c le Portugal nous était très-utile , en ce qu'il consistait priaci* paiement dans l'échange de quelques objets de notre industrie contre des matières premières ; et il pourrait devenir très - étendu , si jamais cette nation se dégageait des liens qui l'asserrissent Ji l'Angleterre.

« Les porcelaines , la bijouterie , le4 meubles , les cuirs travaillés, les draps, les toiles avaient

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obtenu en Portugal une grande faveur, daos un temps où notre industrie était Iota de la perfection où elle est arrivée ; et je ne doute pas que BOUS ne parvinssions aujourd'hui à y établir des relations solides et durables , quand je considère que la France lui présente un débouché plus étendu pour ses denrées coloniales que ne peut le faire l'Angleterre , qui a dans ses possessions une grande surabondance de ces objets.

' t La translation du siège du gouvernement por- ^gais i Rïo-Jàneiro a déplacé les intérêts commerciaux de l'Europe avec le Portugal ; c'est, vers iles riches contrées du Brésil qu'il faut tes diriger aujourd'hui. Toutes les nations seront admises sans dou^ à y porter leurs marchandises pour en «xtraire les productions du sol; la concurrence dans les ventes et dans les achats sera toute  l'avantage de ses habitans, et ce pays doit parvenir à un grand degré de prospérité par la nature et la qualité de ses denrées , pourvu que le commerce ;f rçste libre.

■ Dans ce nouvel état de choses, le commerçant portugais qui a ses comptoirs, ses habitudes et ■d'anciennes liaisons au Brésil , doit y trouver des avantages sur ceux des autres nations de l'Europe, «t son gouveinement, en lui accordant ces faveurs légères dont - tous les souverains font jouir leur propre pavillon , peut lui conserver un commerce étendu et prospère. >

oie» » pas été entièrement comme l'espérait

nzs DEUX INDES. 101

l'habile mÎDisfre qui nous fournît ce passage; si tous les peuples commerçans ont été- adiots dans les ports au Brésil , ce n'a pas été avec la méiue faveur et les mêmes avantages. L'Angleteire, où l'instinct national l'emporte toujours sur toutes les divergences ministérielles, n'a pas perdu de. rue le Brésil. Elle a saisi l'occasion où la France , sortie d'une longue guerre, et encore affaiblie des secousses qu'elle avait éprouvées , a'oflxait dans son gouvernement aucun obstacle à tout ce que le commerce britannique exigeait , sur le continent américain comme dans rinde> Llndifierence , peut-être l'incurie ou le manque de principes fixes dans nos ministres , a laissé udc libre carrière à ceux de l'Angleterre pour mettre de leuc cdté tout ce que le nouvel établissement du Brésil pouvait leur offrir d'avantageux. Par une ordonnance du roi de Portugal et du Brésil du 18 juin 1814 1 le commerce anglais a obtenu un avantage de neuf pour cent sur les marchandises qui seront, importées par les vaisseaux de cette nation. dan& les états du Royaume-uni du Brésil, du Portugal et des Algarves ; l'intérêt général a été sacrifié à l'habitude d'une domination étrangère , et à l'ascendant qu'obtient depuis long-temps l'Angleterre dans de semblables transactions par l'effet naturel de l'esprit national, enfant de la liberté qui y règne.

Cependant les grands événemens qu'offrent- aujourd'hui les rives du Tage, les conséquences qui

lOd ÉTAT ACTUEt DC COHSEnrE

CD doivent résulter en farreur des totéréts natiooaux donnent lieu de croire que, mieux éeUirés, les Portuf^ift fleeou«ronf entièrement le joug des intérêts étrangers ponr ne roir qoe ceux de leur nation , et traiter arec ton» les peuples sur le pied d'une parfaite réciprocité. Le Brésil réclame surtout cette sage politique. Mai», avant de nous j transporter, donuon» on aperçu de la force et de^ retendue que présente aujourd'hui le Portugal ' dans les quatre parties du monde.

Leâ dix provinces qui composent le royaume situé en Europe n'offi'ent qu'une superficie de quatre mille »x cent trente lieues carrées, et trois millions six cent quatre -vingt mille habitans; mais ce royaume possède en Amérique le Brésil et la Guyane portugaise, dont l'étendue irniueusc et encore peu connue of&eune coutrée iertilet sur laquelle, il est vrai , semble perdue une population qui ne s'étève au plus qu'à quatre miltloDS d'individus , y compris les natureb , les Européens et les nègres.

En Afrique, Madère et Porto-Santo, les Açore», les lies du Cap-Vert, les établissemens d« la Guinée , le gourernement d'Angola f celui de Mosambique, forment des possessions appréciées, d'après la carie , à environ six cenrt soixante-quinze lieues carrées, avec une population d'euTiron quatre cent cinquante à quatre cent soixante mille babitans. En Asie, le gouveinement de Goa ^ et Macao , dont on peut estimer la superficie territoriale de

cent quarante lieues carrées, avec une population de cent dix mille habitans enviroD.

Deux capitales aujourd'hui partagent la sourelaineté portugaise. Lisbonne, qui, atec: près de deux cent cinquante mille &mes , a le plus vaste et ie plus ÈÙt port de l'Europe ; c'est l'entrepAt de toutes les marchandises que les Portugais tirent de l'Amérique et de l'Inde. On y voit une junt» royale, fondée dès 1755, pour l'administration du commerce, de l'agriculture, des fabriques et de la D8Tigatiou. Maïs cette institution, paralysée par l'actrré influence de la factorerie anglaise , n'a eu jusqu'à présent que des résultats peu avantageux poar les colonies et l'industrie portugaises. Tout porte à croire que , sous un régime plus libéral , cette toipeur cessera , et que la junte pourra donner une solide extension à son ïéle en fateur des intérêts du commerce national. Nous en pourrions dire autant d'une adminîsiration intéressanle, formée d'une compagnie pour encourager et diriger la culture de la vigne et le commerce des vins dans le haut Douro. Sans l'heureuse influence de la liberté , ces établissenrens n'auraient que des effets imperceptibles et toujours subor> donnés aux intérêts des Anglais.

Rio-Janeiro ou Saiot-Sébastîen , autre capitale , jusqulci colonie, aujourd'hui métropole, vient d'acquérir une grande importance : résidence du roi, elle offre maintenant une population d'au moins cent cinquante mille habitans. Comme Lis-

104 ÉT&T ACTCEL DV COHHEItCE " '

bonne, cette seconde capitale possède des juntes ou conseils de commerce» d'agriculture, de fabriques et de navigation, créés en 1808; elle a aussi une académie de marine et de commerce, tous établissemens qui prospéreront aussitôt qu'une heureuse et paisible révolution aura amené les changemens que nécessite l'état actuel, des choses.

Le savant auteur de VHittoire philosophique a traité, arec tous les détails qu'exige l'intérêt du sujet, des colonies portugaisi^s dans les deux Indes. Le peu de cbangemens que le commerce et la culture j ont subis, si on en excepte le Brésil , nous permet d'y renvoyer le lecteur; nous nsus bornerons à des considérations générales sur les colonies portugaises , réservant de plus amples développemens lorsque nous parlerons du nouveau siège de la monarchie en Amérique.

Mais, avant d'entrer dans cet exposé, le lecteur trouvera peut-être utile d'av(Tir sous les yeux l'état du commerce exiérieiir du Portugal avant l'époque de sa révolution commencée, et depuis l'établisscmentdu gouvernement au Brésil. Il faut remarquercependiint qu'indépendamment des ex-, portations faites par ses propres vaisseaux, d'autres nations, et surtout tes Anglais, en ont effectué sur des navires de leur nation.

Le Portugal lui-même exporta, année moyenne, dans cet intervalle, principalement en Angleterre et dans le aord , les articles suivans :

DES DELX INOES. lo5

Vtju , cinquante-huit mille pipes,, de la valeur de 9^00)000 crusades.

Laine 1 un milHoD de livres pesant, principalement de la proriDce d'Âlentejo.

Fruiu verts. Citrons , oranges , etc. , quatrevingts cargaisons.

Fruitsêea. Figues, amandes, raisins, quinze cargaisons.

Selt cent mille mojos ou boisseaux.

HaiU , sept cents pipes , dont cinq cents vont au Brésil.

LeBiésû fournit aonuellement au Portugal les articles suivans , d'après une estimation approximative :

Sucre , quarante-cinq mille caisses de douze à quinze cents livres.

Café, uD millioD cent vingt mille livres pesant.

Coton, soixante-dix mille balles de cent vingt i. cent quatre-vingts livres chacune.

Peaux de bctuf, sécbées et salées, deux cent quarante mille pièces.

— Idem , tannées , quatre mille pièces.

Boit de teinture rouge, vingt mille quintaux.

Riz , cent mille balles de cent cinquante livres.

Cacao, cent mille balles de cent vingt livres.

Sabepareille , cent vingt mille livres,

CanneUe sauvage , soixante mille livres.

Huile de copayve, deux cents petits tonneaux.

Cureuma, soixante mille livres.

Pécharis ( fève aromatique ) , six mille livres.

ji-vGooglc

106 ÉTAT ACTUEL DU COUUEnCE

Indigo, cent quatre-Tîngt mille lÎTres.

Or, pour la valeur de douze à quinze millions de crusadee.

Diaman», pour deux à trois milIioDs.

Bois de construction Cl de menuiserie, etc. , etc.

Le commerce aux Indes orientales D'est pas d'une grande importance. Lisbonne envoie par an huit bâtimena de quatre à six cents tonneaux au Bengale ; ils j portent des piastres, et prennent en retour du coton.

Parmi les importations en Portugal , les blës tiennent le premier rang ; le ftays ne produit que le tiers de ce qu'il consomme. Voici ce que les diverses nations européennes vendent aux Portugais :

L'Angleterre : des tissus en laine et en coton de toute espèce, des bas de soie noirs, dç la quincaillerie, âes ouvrages en métal, des charbons de terre , de l'étain , etc. , etc.

L'Irlande : du beurre, quatre-vingt mille cantara; de ta viande salée.

La France : toile de Bretagne, soixante mille pièces; toiles, batistes, étoffes de laine, clous, fusils, cuirs de bœuf et de veau tannés, trente mille pièces ; quincaillerie, bijouteries , montres. Il faut j ajouter des draps et des odvrages de fantaisie.

La Hollande : grains , fromage , couleurs.

L'Allemagne teptentrionale : grains, toiles, cinq à six cent mille prèccs; ouvrages en fer, en ferblanterie et hochets.

DES DEUX INDÏâ. IO7

Le Danemark : grains , bois de consfnictîon.

La SuèJê et la PanUranie iuédoiae : grains , fer , acier, cnÏTre , goadroo.

La Ruuiê : giiini, chanvre, lin, toiles k voiles , ou peu de toile ; câbles et cordages , bois de con- Etmclion, goudron, suif, pelleteries, etc.. etc.

Dantziek : graiiH, chaDm,boisde construction.

LEapagne : fer de Biscaye , beaucoup d'articles de contrebande.

Connnepresque toutes tes colonies dépendantes des puissances continentales , quelques-unes de celles du Portugal avaient cbangé de domination pendant la guerre qui a précédé k traité du 3o naai i8i4' Mais par ce traité elles ont été rendues à leurs anciens possesseurs. L'article lo de ce traité porte : • Sa majesté très-iidèle , en conséquence d'arrangemeni pris avec ses alliés, et pour l'exécution de l'article 8, t'engage à restituer à Ht majesté très - chrétienne , dans le délai ciaprès fixé, la Guyane française telle qu'elle existait aa premier janvier 1793. L'effet de cette stipolaljoo étant de faire revivre la contestation existante à cette époque au sujet des limites , il est oonvenn que cette eonicstation sera terminée par un arrangement convenable entre les deux cours , sous la médiation de sa majesté britannique. > Hais, par l'article 106 de l'acte du congrès de Vienne ' , on voit que des difficultés s'é- ^vérent promptement entre la cour de France et

•9J<»a.8iS.

Itra ETAT ACTUEL DU CUHUERCE

celle de Rîo-Jaiieiro sur l'exécution de cette stipulation ; car on y Ut : < Afin de lever les difficultés qui se sont opposées de la part de son altesse royale le régent du Portugal à la ratification du traité signé le 3o mai i8i4 entre le Portugal et la France , il est arrêté que la stipulation contenue dans l'article lo dudit traité , et toutes celtes qui pourraient y avoir rapport, resteront sanseiïet, et qu'il y sera substitué, d'accord avec toutes les puissances , les dispositions énoncées dans l'article suivant , lesquelles seront seules considérées comme valables. Au moyen de cette substitution, toutes les autres clauses dudit traité de Paria seront maintenues et regardées comme mutuellement obligatoires.

( Article 107. Son altesse royale le prince régent du Portugal ' et du Brésil, pour manifester d'une manière incontestable sa considération particulière pour sa majesté très - chrétienne , s'engage à restituer à sa dite majesté la Guyane française jusqu'à la rivière d'Oyapock , dont l'embouchure est située entre le quatrième et le cinquième degré de latitude septentrionale , limite que le Poi^' tugal a toujours considérée comme celle qui avait été fixée par le traité d'Utrecht.

■ L'époque de la remise de cette colonie à sa majesté trés-chréticnne sera déterminée, dès que

' Le ra! JeiiiTt n'£talt rncore alur» ijuc prince légCDl; il DC dodU un le Irône que le 10 inin 1S16, pu la mon 4e Marie-Françoise ËliMbclb, reine du Portugal et du Bi^iil.

les circonstances le pennettront, par une convention particulière entre les deux cours ; et l'on procédera à l'amiable , aussitôt que faire se pourra , i la fixation définitiTe des limites des Guyanes portugaise et française, conformément t» sens précis de l'article 8 du traité d'Utrecht. »

Il ne fut point statué sur les autres intérêts coloniaux du Portugal i cette époque , ni depuis. L'Angleterre , qui dominait dans le congrès et les cabinets alliés, était trop habile pour y laisser discuter et régler de pareils objets. C'est par la même raison qu'elle empêcha qu'on y traitât de l'importante question des parilloos neutres pendant la guerre; et nos ministres n'étaient ni assez puissans, ni assez zélés, ni assez forts pour oser coU" tredire l'Angleterre dans sa suprême Tolonté sut ce point. Si quelque chose cependant avait pu attirer l'atteutioo des puissances dans ce moment, après les grands intérêts du jour, c'était de jeter les bases d'une législation marîtioie à cet égard , et, tout en reconnaissant la différence qui doitexister entre un état insulaire et un état continental sous le rapport de la police de la mer, déterminer les droits des neutres relativement au commerce dans les temps de guerre.

Uais celte discussion nous entraînerait hors des limites que nous nous sommes prescrites. Revenons aux possessions portugaises , quelque pea intéressantes qu'elles puissent être pour le commerce de France , si on en excepte toutefois le

ji-vGooglc

Brésil , dont notu dous occuperons avec plus d'étendue.

hi première qui se présente , c'est i'tte de fAadkn ■..l'Histoire pkUotopkiqtu fait assez connaître «t la pAitioo et les détails de la découverte de cette ile ; elle forme avec Porto-Saoto et quelques îlots un petit archipel dépendant du Portugal. Un atr toujours tempéré, pur, un terroir extrêmement fertile , surtout en vins exquis , en oranges» en bananes » etc. , font de cette ile un séjour dont les voyageurs n'ont ceisé de faire l'éloge. Arrosée d'un grand nombre de rivières et de ruisseaux , elle est peuplée d'environ cent mille habitant, plus actifs qu'on ne l'eet dans les autres possessions de la même nation. Les Anglais sont les plus grands consommateurs des productions de Madère, et surtout des vins. Ils ont toujours désiré avoir ce pajs en propriété, quoiqu'euz seuls j fissent i peu près tout le commerce ; aussi ont-its été sur le point de le réunir à leurs nombreuses colonies pendant la guerre du blocus continental.

Quand le gouvernement anglais vit qu'il s'établissait des rapports entre le prince régent et le gouvernement français ', feignant de croire que ces rapports étaient volontaires , il se hâta de préparer une expédition à Cork. A peine eut-il appris que, par un décret arraché par la circonstance ', le régentfennaitauxAnglais tes portsdesês états, que

1 foyw ce que nooi an aïoo* dit plus tmul. * •■ ootobre 1807.

l'escadre de Cork eut ordre de mettre sur-le-f^hamp i U voile , sous les ordres du maréchal Béresford . depuis gouveroeurou plutôt roi du Portugal jusqu'au moment de la révoluliou opérée depuis. Il CDtra dans le port de l'île le 9(1 dé(:embre 1807. 11 j ^prit que le prince régent avait toucbé quelques jours auparavant k Madère, s'expatriant de l'Europe avec sa famille et sa cour. Le drapeau britannique flotta le même jour sur les établiesemens publics de l'île. Quoique le cabinet britannique laissât eotendre à celui du régent du Portugal que cette mesure n'avait été e;cécutée que pour soustraire l'île aux Français , qui auraient pu s'en emparer, on oc s'en plaignit pas moins à la cour de Bio-4aneiro. Une assez longue négociation eut lieu entre les deux puissances. Ënfio l'Angleterre a restitué l'île au Portugal; mais pendant l'occupation elle a su en quelque sorte se l'approprier de fait. Ses négocians ont prêté au commerce des insulaires des fonds qui l'ont mis dans leur dépendance; une grande quantité de vignobles sont devenues propriétés anglaises ; il y a une factorerie de l'Angleterre qui ménage trèsbien les intérêts de ses commettans ; les Anglais ont UD parti dans l'île , «t l'on ne peut point douter qu'A la première rupture Madère ne tQaiJ>e entièrement en leur pouroic. L'iia a une surface d'k peu prés cent quarante et ua aâS* cinq cent vingt-sept hectares , et , conosoe nous l'avons dit * environ cent mille babitans.

113 ÉTAT ACTUlLt DU COMMERCE

Forto-Santo est à quinze lieues au Dord-est de Madère, sotis le même gouvernement; on y compte de cinq à six mille tiabitans dans une étendue de huit lieues de long sur trois de large ; on y cultive la vigne et un peu de blé ; elle est sans port; mais elle offre une baie commode aux vaisseaux qui font la route de Lisbonne en Afrique.

Les Açores, autre possession portugaise, présentent peu de ressource au commerce. Ces îles , qui comptent près de cent cinquante mille habitans , jouissent d'un airsalubre, et sont généralement assez bien cultivées ; on y recueille du blé, du vin, du pastel; cnfm la volaille, les bestiaux et le poisson y sont abondans ; elles sont au nombre de sept. On les dit sujettes à des trcmblemens ; elles n'en offrent pas moins une excellente relâché aux bâtimens qui vont au Brésil.

Nous ne faisons qu'indiquer ces possessions portugaises, parce qu'elles n'ont éprouvé aucun changement qui nécessite des détails autres que ceux qu'a donnés l'auteur de l'Histoire philosophique. Nous nous arrêterons plus long-temps aux îles du Cap- Vert, non à cause d'elles, mais parce que leur nom désigne en même temps un point du continent africain oi^ de zélés Français ont eu l'intention de former une colonisation ; dessein resté sans succès jusqu'à présent, parce que , dans une nation où l'esprit public n'est rien, où le gouvernement est distrait , on oe peut compter que par ae-

DES DBDX INDES. I l3

ces sur les entreprises liées à la prospérité de l'état et au bien général.

Les îles du Cap- Vert tirent leur nom de la pointe de terre en face de laquelle elles se trouvent. Elles sont au nombre de dix : l'air y est chaud et peu sain ; la population ne s'y élère pas au-delà de qoarante-cinq à quarante-huit mille habitans. Us cultifeot le vin, le maïs, les bananes, le coton et un peu de canne à sucre ; un vice-roi en a le gouvernement, il réside à Sant-Iago ou Saint- Jacques , une de ces iles.

Le Cap-Vert forme une pointe très-avancée dans rOcéao atlantique ; il était connu des navigateur» avant l'arrivée des Portugais sur la ct>Xe en i474 > sa situation entre le Sénégal au nord et la Gam' bie an sud en rend la position favorable à la formation d'établîssemens coloniaux. Aussi essaya- ' t-on d'en former, et peut-être en verrons nous un iout en pleine prospérité, si une nation rivale et intéressée dans de semblables projets ne s'oppose pas à la réussite de celui-ci.

Quoi qu'il en soit, il entre dans le sujet que" nous traitons de faire connaître ce qui a été tenté pour l'établissement d'une colonie française au Cap-Vert. Nous emprunterons le récit du savant qui lui-même s'en occupa sur les lieux *, et qui

' H. Gmffinù, dodmr en médecine, dana un ouinge inlîluli £V/nfM> on Hittoirr, nururjj lun^ex tl eautumi d»t Africaitu, tmi», i8i4-

Il4 ÉTAT ACTUEL DD COHMERCK

daos une relalioo aussi élégante que succincte i nous en a transmis les détails.

■ A la suite d'uD royage au Sénégal en 1 786 et 1 786. avec M. le cbevaUer de Boufflers, alors go«ver neuf de cet établissemeat , dit M. GeofEcoi , je fus chargépar le gouvernement, en 1787, de visiter l'intérieur de l'Afrique entre les rivières du 5éné< gai et de Gambie. Le but de ce voyage était de connaître les ressources de ce pays, d'en examiner les produits, de conclure divers traités avec les princes d'alentour, et surtout de terminer avec le Damel ou prince de Cayor , un traité déjà entamé pour la cession de la presqu'île du Cap-Vert au gouvernement français. Cette cession fut faite par le Damel , et l'écrit authentique qui en est la preuve , revêtu de toutes les formes usitées dans le pays, fut déposé au grefCe du Sénégal. H. le chevalier de Boufflers, qui réfléchissait dès-lors sur l'importance du projet que je propose aujourd'hui , me chargea de parcourir la presqu'île , d'examiner ses productions , la nature des terres . la population , et de lui donner sur ces objets les détails convenables. Tout se trouva d'accord avec ses vues.

■ La presqu'île du Cap-Vert, située entre les quatorzième et quiniième degrés de latitude nord, a environ douze lieues de longueur sur six de largeur dans sa plus grande étendue. Elle ne tient au continent que par un col rétréci par deux ma-

DES DEUX IHDZS. u5

«ÎB qui oe lui laissent au plus qu'une demi-lieue de large. Elle est à trente lieues sud de Hle Saint* Louis du Séoégal ; celle de Corée n'en est éloigoée que de trois quarts de lieue. Elle est à huit cents lieues de la France ; la durée moyenne de la traversée est de vlogt à riogt'ciDq jours { c'est peutêtre l'endroit le plus salubre de la cdte t c'est celui où lesFrançaismaladesvieonent, soit du Sénégal, soit des autres comptoirs , respirer un air plus tempéré et plus pur. De toute la presqu'île, Ben eat le seul endroit sujet quelquefois à des maladies épidémiques, i cause du voisioage des maraist auxquels il serait très*factle de donner un écou-* }emeDt , puisqu'ils ne sont éloignés de la mer que de quelques toises ; ce trarail serait même nécessaire pour la défense de la presqu'île , comme pp le verra tout à rfaeure>

■ La verdure coutiauelle de cette côte , d'où le cap a tiré son nom ^ la vigueur singulière de ses productions , annoncent une terre fertiliiiée par les d^rie de végétaux de plusieurs siècles , et par ceux des volcans dont ou voit partout des traces. Examinez la nature du sol , ce n'est pas le gable brûlant du Séuégal et de Gambie qui dévore la plupart des semences que la nature lui conûe : c'est une terre végétale d*un rouge foncé * qui , même sous un ciel ardent, sait conserver une fraîcheur salutaire. Je ne saurais mieux la comparer qu'à ces plaines fertiles de la plus belle de DOS colonies , Saint-Dopiingue. Une terre aussi

Ild ÉTAT ACtCKt DU COHMEBCI

féconde n'a pas besoin , comme on doit le croire , d'une culture pénible. En quatre mois, depuis la fin de juin jusqu'au commencement d'octobre, le nègre gratte la superficie de la terre avec une espèce de houe , l'ensemeace , voit le mil et le maïs croître et jauDir, le récolte, et, assuré de sa subsistance , passe le reste de l'année dans des occupations qui sont plutôt des plaisirs que des travaux.

t Parmi les plantes les plus utiles qui font la richesse de cette contrée , sont le coton et l'indigo, tous les deuxiDdigènes. J'ai tu tes plantations d'Afrique; j'ai tu celles de Saint-Domingue: je puis assurer que les premières ne le cèdent en rien aux setondcs ; et s'il fallait juger entre elles, je crois que celles d'Afrique ont plus de force etplus de Tigueur. Le nègre ne cultive ces deux plantes que pourses besoins. C'est aTCc le coton seul qu'il s'habille , qu'il fait les Toiles de ses pirogues, qu'il fabrique ses cordages et ses filets. L'indigo est la couleur générale des toiles de toute la Guinée, et celle des Maures ou Arabes qui l'avoisinent. Si jusqu'ici l'Afrique n'a pas fait de ces deux articles un objet de commerce étranger, c'est qu'elle manque de ces mécaniques ingénieuses qui ne sont connues que des nations civilisées, et qui, en simplifiant le travail, diminuant la main-d'ceuTre, procurent des jouissances promptes et peu dispendieuses aux peuples qui les possèdent.

■ Le nègre, dira-t-oo, pourrait au moins livrer

ces denrées brutes ; mais , pour les rendre commerçables , il faut encore aussi divers travaux préparatoires qu'il oe coonaît pas ; il faut des mou- Uds pour retirer la graine du coton ; la fabrication de l'indigo exige des connaissances que peu de colons même possèdent à un certain degré. Dans la Guinée , ce sont les femmes qui séparent la graine du coton par des moyens extrêmement longs, qu'il est inutile de décrire ici.

• L'indigo est simplement pilé, feuilles et branches. L'on en fait des gâteaux qui, après avoir été séciiés au soleil , sont employés dans l'occasion pour la teinture. L'on peut juger d'après cela que peu de marchands européens se soucient d'acquérir des denrées surchargées d'un poids inutile* et auxquelles il faudrait faire subir en Europe des préparations qui ne sont employées que dans les colonies. Mais, pour un gouvernement qui aurait des vues étendues sur ce pays , ces obstacles seraient bientôt levés ; car rien n'est si simple que le mécanisme d'un mouUn pour égrener le coton, et l'on trouverait facilement encore quelques indigotiers instructeurs qui réuniraient la pratique à la théorie. ^

• Des quatre principales plantes coloniales , le ' Cap-Vert en possède donc deux qui y sont indigènes, l'indigo et le coton ; le climat et le seul aspect du sol peuvent donner l'assurance que la canne à sucre y viendrait parfaitement. Ce qui . ajoute à cette certitude, c'est qu'on en trouve

Il8 ETAT ACTCIL 00 COHHERCB

dans les îles du Cap-Vert , qui ne sont éloignées de la presqu'île qued'enTJron soiiante lieues. Le défaut d'eau est ce qui s'opposerait le plus à la ' labricatjoii du sucre ; on remplacerait l'eau comme on le fait sur nombre d'habitatious de nos colonies , par des moulins à mulets.

< Le café est un arbuste qui se platt dans 1«b endroits un peu élevés. Les deux montagnes, nommées Mamelles dn Cap- Vert, qui servent de point de ralliement aux Taisseaux qui viennent reconnaître cette côte, conviendrait parbitement A cette culture. On trouve dans cet endroit la fraîcheur nécessaire à cette plante ; on y rencontre fréquemment, comme dans les mornes de Saint- Domingue, de ces sources d'eau vive nécessaires pour toute habitation , mais surtout pour les cafeyéres et les indigoteriea. Ces deux montagnes sont entièrement boisées ; l , comme dans tout le reste de la presqu'île , la nature a de même répandu ses bienfaits, et l'on j trouve un village assci considérable que l'on nomme lucarne.

* On j pourrait aussi introduire la culture du tabac. Les nègres connaissent cette plante et en font un grand usage ; car ils fument tout le jour. Les peuples de Galam en fabriquent qui a une odeurextrêmement suave; mais ce tabac est rare; les nègres de la Cdte préfèrent d'aillçurs celui de Tili^ie , qui a plus de montant. Les procédés employés pour la préparation de cette feuille sont connus ; il serait possible de s'en servir dans la co-.

DES DEUX 1MDE8. i tg

looie, d'en fabriquer pour l'intérieur de l'Afrique, et même pour l'Europe, si cette culture était regardée comme aranta^use.

« Outre ces différeutes plantes que produit la presqu'ile, et que l'on pourrait y acclimater facilement, OD y trouve en abondance du mil etdu maïs, principale nourriture des habitaos ; différeutes espèces de plantes légumineuses d'une saveur agréable , et qui peuvent se garder facilement ; des giromons ou citrouilles , des melons d'eau ou pastèques ; le tamarin et un grand nombre d'autres fruits acides, qui, sans avoir le goût et la bonté de ceux d'Europe , sont beaucoup plus utiles et plus sains dans ces climats, où l'on ne saurait trop en faire usage. Le Cap- Vert produit en outre d'excellent vin de palmier, qui a ta même vertu que notre vin, et dont l'excès est aussi dangereux pour la raison , mais non pas aussi nuisible à la ganté. Les volailles et les bestiaux y sont très • communs. Les forêts lui fournissent du gibier en abondance, et la mer une variété infinie de poissons. Eofîo les vivres sont si abondans , la vie am'male est i si bon marché à Corée , que dans le temps de la traite l'on calculait que la nourriture d'un nègre esclave revenalt.par jour à deux sous, argent de France, au marchand qui achetait tout de la seconde main.

* Quant au logement , rien de moins dispendieux que les cases des nègres ; rien de si propre lorsqu'elles sont nouvellement construites ; leurs

ji-vGooglc

mO ETAT ACTCEt DD COHHEKCE

toils sODt très - artistement tressés en côtes de feuilles de palmier ; et des roseaux , serrés avec des lanières de cuir dod préparé, serrent de murs, et sont une défense suQisante contre l'ardeur du soleil et les intempéries du climat.

« La presqu'île du Cap-Vert contient six villages i celui de Dacar est le plus considérable : il est en face et à trois quarts de lieues de Corée ; il fait un grand commerce de comestibles avec oe comptoir. Les habitans de Dacar sont les plus civilisés de toute la côte ; ils aiment beaucoup tes Français, et commencent à prendre les coutumes et les manières des Européens; plusieurs même ont déjà construit des maisons en pierre. La population des six villages peut se monter  trois ou quatre mille £mcs. Censés sujets du Damel , ils sont réellement indépendans ; car ils lui refusent le tribut au moindre mécontentement. Leur position les a toujours mis à l'abri des vexations de ce tyran, qui n'ose s'engager dans un paya dont il serait si facile de lui couper la retraite.

■ La salubrité du climat, la bonté du terrain, l'abondance de toutes les cboses nécessaires à la vie, la facilité des constructions, les cultures intéressantes que possède la presqu'île, celles qu'on pourrait lui procurer encore avec tant de certitude de réussir, la population, qu'elle renferme déjà , tout semble appeler les regards du gouvernement sur cette partie de l'Afrique, comme sur le point

de l'uDÎvera qui peut remplacer avec plus d'avantage DOS établissemeDs coiouiaux.

• A ces motifs déterminaDS combien D'en estil pas d'autres que I'od pourrait joiadre encore ! La population de la presqu'île pourrait être augmentée d'une grande partie de celle de Corée, qui s'élève à près de dix - huit cents habitans , tant nègres que mulâtres ; elle pourrait l'être aussi d'une partie de celle du Sénégal, qui va à près de six mille , compris les captifs de case. Car il n'est pas douteux qu'un grand nombre de ces habîtans, dont Je commerce faisait autrefois toute l'occupation, commerce que la suppression de la traite va beaucoup diminuer, envoyant s'élerersi prés d'eux uoe nouveUe colonie, ne tournent leurs vues sur cet établissement, et n'aillent s'y fixer pour devenir agriculteurs. La protection accordée par un gouvernement qui saurait se faire aimer de ses administrés, respecter de ses voisins, craindre de ses ennemis, attirerait aussi une multitude de nègres des états limitrophes. La connaissance de jouissances nouvelles , qui bientôt seraient pour eux des besoins, l'espérance d'améliorer leur sort, celle d'un heureux avenir, leur donneraient une iirdeur constante pour le travail. Déjà pendant quatre mois de l'anuée ils en donnent de nombreuses preuves ; car rien de plus pénible alors que leurs travaux, qu'ils suivent avec gaUé, tant ils sentent le besoin pressant qui les y force; alors s'établirait un échange avantageux pour la

%2a ÉTAT ACTUEL DD COHHERCE

mère -patrie avec U colonie, qui paierait aveâ usure, par ses produits, les soïds qui lui seraient rendus.

( Ce n'est donc pas parmi des déserts, ce n'est pas sur une terre abandonnée que le gouvernement transporterait ou chercherait à attirer une partie de ses sujets ' ; c'est au milieu d'une population déjà nombreuse , sous un ciel favorable , parmi un peuple à qui il ne manque , pour être civilisé , que des exemples et une instruction appropriée. Avec de tels moyens, bientôt la culture ferait des progrès rapides ; bientôt l'on verrait s'élever de toutes parts de belles et nombreuses habitations , surtout si le gouvernement avait soin d'attirer dans la nouvelle colonie des personnes intelligentes et versées dans la culture du sucre, du café, de l'indigo et du coton, ainsi qu'un certain nombre d'uuvrîere pour les arts les plus nécessaires. Alors la colonie, sortie de l'enfance, ne se tiendrait plus dans les bornes de la presqu'île i elle s'étendrait sur le continent. La civilisation, l'agriculture, qui en est la suite, pénétreraient dans l'intérieur de l'Afrique ; l'on verrait dans cette partie du monde une révolution d'autant plus facile, qu'elle n'y aurait pas de préjugés à vaincre.

I Aux environs de Dacar se trouve un endroit

* Tout doit porter le goureniement i offrir linu *ui cliuci oictM- ■U«iiK* ftprlfca da Innui, doDt le nODibra l'aocrolt ctiique foor , un lieu prépirë i l'iTince, où elle* puiiaenl M fixer et fonner de graod* itibJiuenieiNigricdci. Notureviuodroai rat cet importaal objet dan» an autre «ndroït de cet oomgs.

qui pourrait of&irune rade suffisamment Spacieuse pour les bâtimens marchands , oà ils trouveraieDt DD abri assez sûr contre la riolence des ouragans du sud-ouest, qui se foot sentir dans la mauvaige saison. L'où reocootrerait aussi des embarcadaires pour le comnaerce daos plusieurs endroits de la cdte de la presqu'île, quoique des brisans assez forts lui servent, pour ainsi dire, de ceinture et de défense.

• La presqu'ile du Cap-Vert ne tient au conti- Deot que par un col d'une demi-lieue de large , rénéci par deux marais. Celui de Ben , qui serait oureit jusqu'à la mer, rendrait l'endroit plus salubre , et cette ouverture fermerait le seul passage qui existe de ce côté. Celui d'Iof est une espèce de petit golfe très-profond : l'art n'a rien ici k «jouter à sa défense naturelle. D'un marais i l'autre , on tirerait un large fossé garni d'une palissade et de quelques redoutes. Les forêts qui se trourent sut les lieux fourniraient les bois suffisses pour ces constructions.

< Quatre ou cinq cents hommes de troupes réglées suffiraient dans le commencement pour la défense de la colonie. L'a moitié serait répartie sur les redoutes qui garniraient les palissades du câté de la presqu'île, et sur celles qu'on construirait sur la côte ; l'autre moitié servirait de garnison i Corée. Cette troupe devrait être composée en grande partie d'artilleurs. Le gouvernement nunit des magasins d'armes suffisaos pour armer

nig^edi-vGoOgle

la4 ÉTAT ACTUEL DD COMMERCE

les habitaos , qui seraient organisés en garde na* tiooale. On les exercerait au maniement des armes , et ils feraient le service en cas de besoin.

f Tous les Européens qui veulent passer à la côte d'Afrique doÏTcnt tâcher de s'y rendre dans le courant de novembre, pour être déjà faits au climat lors de la mauvaise saison , ou saison des pluies , qui commence à la fin de )uin et dure jusqu'au commencement d'octobre. »

Telle est l'heureuse idée qu'un esprit de philanthropie et de prévoyance a inspirée ; mais ce projet, comme nous le verrons ailleurs, a éprouvé plus d'un obstacle. Les principaux ont dû naître de la part des Anglais , qui verraient avec jalousie cet établissement rivaliser avec celui de Sierra- Leone, encore faible et peu avancé lui-même. D'ailleurs les partisans de la traite, ce commerce odieux qui brave les mesures tendantàle détruire, ne manquent point de jeter de la défaveur sur de semblables projets ; il faudra encore bien du temps avant de les voir réussir. Au reste , ce n'est pas l'objet qui nous occupe ici, et nous ne nous sommes livré à cette intéressante digression qu'à propos des îles du Cap-Vert, une des possessions portugaises dont nous présentons l'éaumération avant de nous arrêter à la principale , le Brésil , qui mérite toute notre attention.

L'établissement que les Portugais ont sur la cfRe d'Angole, et dont Saint-Paul-de-Loanda est ' le chef-lieu, est tombé dans une grande auUité

DBS DStIX INDB8. 133

SOUS le rapport du commerce. Quelques mînesd'ar- ^nt mal ejiploitées sont le seul objet qui excite l'attention du gouvernement. Cette possession mériterait plus de soïds ; et, entre les mains d'un peuple plus libre que n'ont été les Portugais jusqu'ici , Loanda sortirait de son oubli et deviendrait une colonie importante pour la métropole. Le moment n'est pas encore arrivé.

Il n'en est pas de même de Mosambique, situé sur la côte orientale d'Afrique, dans une petite Ile du même nom , à quinze degrés cinq minutes de latitude méridionale, et trente -neuf degrés TÎo^ miaules de longitude. Elle est grande, ricbe et commerçante , et son port un des meilleurs de ces mers. On y trouve beaucoup de marchands maures, qui vont à Sofala, dans la mer Rouge et dans l'Inde , faire le commerce d'épiceries et de pierres précieuses. La ville est bien fortifiée ', et par sa situation elle tient dans la dépendance de la nation portugaise les petits princes voisins. C*est un lieu de rafraîchissement pour les vaisseaux portugais qui vont aux Indes. Elle est soumise à un gouverneur qui relève du vice-roi de Goa,et qui est renouvelé ou continué tous les trois ans. On trouve dans l'ile et aux environs tous les toits délicieux des climats chauds , des figues , des limons , des oranges.

La grande proximité de la côte d'Afrique avait reodu Mosambique le inarché continuel des noirs que cette partie du monde fournissait et fournit

encore au moment où nous écriTons , au mépris de TaboUtioD. C'était là que les îles de France et de Bourbon s'apprOTisionoaient d'esclaTes. Ile sont d'un caractère plus doux et plue indolent que ceux de la câte occidentale. Ils supportent aussi , diton, l'esclavage arec plus de résignation. Ils sont bons cultivateurs ; mais leurs maîtres les accusent d'être paresseux : témoignage suspect.

On part eu tout temps des îles de France et de Bourbon pour la côte orientale d'Afrique. Lestra" versées pour s'y rendre sont ordinairement de quinze jours ; celles pour le retour, de quarante» à cause des vents d'est qui régnent constamment dans ces parages. Ordiuairementlesarmateui^se pourvoyaient de riz pour aller à la traite à Ho- «ambique , afin d'éviter de relâcher à Madagascar pour en acheter. Comme le climat de la côte voisine est malsain , les équipages des navires étaient plus nombreux qu'à l'ordinaire, lorsqu'on y allait pour la traite. On suppléait ainsi aux matelots malades, et l'on se procurait du monde pour cette opération, qui exigeait delà célérité.

Le temps qu'on employait pour se procurer une cargaison de noirs à Moaambique «tait proportionné à la quantité de ceu:if que l'on j achetait « ainsi qu'au nombre des bâtimens portugais qui s'y rencontraient, et qui jouissent du droit de faire leur traite avant les navires étrangers. Ceuxci ne pouvaient y procéder qu'après le départ des premiers. On était dans l'usage de faire inoculer.

Dla DEDX INDI3. 137

arant de les embarquer, les nègres qui n'araieot pas eu la petite vérole. Od les faisait aussi baptiser avant de les conduire à bord : espèce de sacrilège tout à la Ibis religieux et politique , puisque le premier privilège du chrétien comme de l'iioinnie est de naître libre, et qu'ici , par une impiété barbare , OD n'administrait au nègre les eaux du baptême que pour le couvrir de chaînes. Écoutons au reste M. Blancard sur les autres usages qui avaient lieu à Hosambique pour la traitej et puissioasuous ne faire qu'un travail inutile , en tranacrivant ici ce qu'il en dit ' !

• Va navire qui va faire la traite à Mosambique, dît cet auteur, pour porter sa cargaison aux colonies françaises de l'Amérique, doit avoir de quoi fournir un pantalon , une chemise de grosse toile , et un vêtement de drap grossier pour chacun des esclaves qu'il a traités. Cette précaution est nécessaire pour les préserver, du froid qu'ils éprouvent aux approches du cap de Bonne-Espérance , et pendant tout le temps que le vaisseau se trouve hors de la zone torride. Sans cette précaution on s'expose i perdre beaucoup de nègres par l'effet des maladies que le froid leur occasionne.

■ Il est une mesure non moins importante pour leur conservation , qu'il faut prendre lors de l'armement du navire qui part d'Europe pour la

' Mtmutt du ewmnerec ibi Inda, pu H. BUncird , tncicD ■»•!' pitroT, aienibte de l'acwlémie de Muicillti 1 vol. ia-folïOi 1H06,

laâ lÉTAT ACTUXL D0 COHHBaCE

traite. Elle consiste à faire mettre dans les entreponts du navire des pitons à œil; ils doirent être placés à la distance de dix pieds l'un de l'autre i à peu près à dix pouces au-dessus du premier pont. L'ouTcrture de l'œil du piton doit être assez grande pour que l'on puisse y passer un cordage d'environ troispouces. On conçoit son utilité dans les forts roulis que les tempêtes, que l'on rencontre souvent aux parages du cap de Bonne-Espé-* rance , font éprouver au navire. Les nègres , au moyen du cordage tendu, ont alors un point d'appui qui les empêche de se heurter les uns contre les autres , ou plutôt de s'écraser mutuellement.

« Une circonstance , continue M. Blancard , me fait insister sur une précaution dictée par l'humanité, et qu'exige l'intérêt de l'entreprise. Je me trouvai, en novembre 1788, sur, le cap de BoDue-Espérance avec le vaisseau l'ArgonaïUCt que je commapdais, lequel était d'environ sept cents tonneaux. Quoique je ne dusse pas m'attendre à rencontrer un gros temps dans cette sair son, nous éprouvâmes néanmoins un coup de vent de nord-ouest des plus violens , qui noud obligea de fuir à la lame pendant dix-huit heures. Un bâtiment négrier venant de Mosambique , qui avait à son bord près de quatre cents noirs, éprouva le même coup de vent. Une dunette trop élevée l'ayant empêché d'arriver, il s'engagea, et se démâta de son grand mât de hune. On fut alors obligé de couper l'artimon pour fuir à la lame. Les

DES DEUX INDES. lag

nègres, n'ayant rien daoa l'entrepont pour les empêcher de céder au mouTemcnt du roulis , tombaient en masse les unssur les autres ', saos qu'il fAtpossîble de leur donner aucun secours. Les cris ^Ktuvantables de ces malheureux augmentèrent les horreurs de la tempête , et rendirent la situation de l'équipage d'autant plus affreuse que le calme qui lui succéda , loin de faire ressentir cette joie qu'inspire toujours le plaisir d'être échappé d'un péril imminent, lui présenta l'horrible spectacle de cent soixante-quatre hommes ou femmes morts ou mouians , qu'il fallut jeter à la mer.

■ Va autre moyen de conserver les noirs, et que l'on ne saurait trop recommander, c'est de désinfecter l'air qui règne dans l'entrepont, où quatre cents individus sont entassés , et d'où on ne leor permet de sortir qu'en petit nombre à la fois- On conçoit combien ce lieu, resserré par luimême , doit être pestilentiel , de combien de maladies il doit être le principe, la mortalité qu'il occasionne parmi les esclaves , et souvent même dans l'équipage.

■ Le procédé pour désinfecter l'air est aussi simple que peu dispendieux. Il consiste à mettre une petite quantité de sel commun dans un vase que l'on puisse chauffer graduellement avec un bain de sable , c'est-à-dire plongé dans de la cen-

' Cdj f'npiîque uHipeltt, <]iiuid on f*il itleatioD que cm buU btiurui Mot garrotléM, et ne pcuTCDlIaireiiiGaa OMge île leur* mcoi-

l3o ÉTAT ACTUEL DU COMHEKCI

dre chaude ; de rerser sur ce sel une moins grande quantité d'acide sulfureux [ huile de vitriol } : le gaz qui se dégage de ce mélange purifie parbitement l'atmosphère.

t La descente i teire des fusils et de la poudre k canon est défendue à Mosambique : ces objets ne peuvent être vendus qu'à Querimbe. i

Mosambique voit arriver tous les ans un assez grand nombre de bâtimens portugais venant de Goa , de Diu . de Daman , chaînés de toiles nécessaires i la consommation du pays, et à l'achat des nègres dans l'intérieur des terres , qui se fait en marchandises. Ces bâtimens font leurs retours dans llnde en dents d'éléphant, en piastres, et encore aujourd'hui en esclaves.

Querimbe, dont il vient d'être parlé, et qui sert d'entrepôt pour Mosambique , en est à cinquante-cinq lieues uord; c'est une petite lie appartenant aux Portugais, qui y ont un fort et une garnison. Les navires expédiés de l'He-de- France pour la traite des noirs relâchaient souvent dans cette ile , où ils trouvaient tous ceux dont ils avaient besoin. Lorsque leur nombre n'était pas complet, ils allaient à Mosambique achever leur cargaison. Ce malheureux ordre de choses subsiste encore dans ces deux possessions malgré l'abolition prononcée de la traite , et jusqu'à présent si mat exécutée ^

' Lei papien «ngUi doo* »■( tùl coankNrc le* piècea rfinim wr )c boKan de )i chunbrc du commune* par lord Gutdreigfi, le iS

DEa DEDX IN&BS- l3l

Goa, possession portugaise et gourernèmeot sur la côte de Malabar , est trop connu par tout ce que VHitloire des deux Inde» eo a dît pour que nous rerenions ici «ur l'époque et les éTénemeas qui ont signalé sa conquête. C'est plutôt à dei détails sur les ressources que le coranaerce peut y trouver que nous devons noua arrêter, et ce sera l'objet des reoseigoemeos qui suivent.

La ville deOoa, située dans. une lie sur la cÔte des Marattes et de Canara , au fond d'une baie qui la cerne en très -grande partie, ne tient au continent que par un canal d'environ une lieue de large. L'entrée de cette espèce de goulet n'est praticable au sud que pour des bateaux. Au nord , une barre en obstrue le passage. On n'j trouve que doute pieds de fond dans le flot des grandes marées ; et en basse mer que deux i trois pieds.

L'intérieur de ce canal serait un des plus beaux ports du monde , si l'on parvenait & donner une profondeur suffisante à son entrée ; ce qui ne serait peut^tre pas impossible. Dans l'état actuel, c'est avec la plus grande difficulté que l'on fait CDlrer sur la barre des frégates de trente canons,

féfrio iSi9,rclKif>aiuconfireDcei qui iTHeot m lity li Loadm, «■ 1817, ralre le( raioûlm de Romm , de Pnnie, d'Aatridie, d« FtMca «1 de PoTtngil, >ut h tiule. Il en rfulnit que ce commerça oAna aratt refrâ «a* HnmHe rignev depui* le rélabliuMiaBl de U pÊn., mut priacip«kmn>t lut Ii cAle d'A&îqiw , ih vowi de b Bgae , f I que loi» Ici elbrl* de l'ADgleteTre n'anient eocore pu U dAtwc : l« cAcea* oM encore empM de|MiÎL

et qui ne peuvent la fraocfair que désannéee et entièrement vides.

Si la France eût possédé Gôa, qu'elle l'eût fortifié et qu'elle en eût fait le chef-lieu de ses possessions dans llndc, cette ville n'eût pas été envahie aussi facilement que Pondichéry l'a été dans tous les temps. Elle eût opposé aux Anglais une résistance qui les eût dégoûtés de cette entreprise, et la possession constante de cette place nous aurait assuré en Asie la considération que nous y avions autrefois, et qui nous est indispensable, si nous voulons rétablir notre commerce dans l'Inde.

Mais la jalousie et l'habileté du gouvernement anglais auraient vu arec inquiétude une pareille possession entre nos mains. Il a dû s'j opposer à toutes les époques qui auraient pu favoriser une semblable acquisition. Aujourd'hui moins que jamais l'Angleterre permettrait à la France d'être maîtresse de Goa, quand des chances de guerre la feraient tomber en son pouvoir. L'Anglais veut dominer dans le Malabar comme à la côte opposée. A défaut d'autres preuves en grand nombre , on en trouverait une dans l'acquisîtiun qu'il a fait de Cochin , en échange duquel ', par le traité de Londres du i5 août 1814, le cabinet britannique a cédé au roi des Pays-Bas l'île de Banca , l'une des îles de l'archipel de la Sonde. Mais ce que la France n'a pas fait , l'Angleterre le fera , et peu d'années se passeront peut-être &ans que Goa soit réuni au gouvernement de Bombai.

DES DEUX INDES. l55

On s'est toujours plaint de l'immoralité des faa- 'ititans de Goa , quel'ÎDquisitioD établie dans eette rilie semble plutôt proléger que combattre. La Tille est UD Heu de dépravation. La garnigon est composée en partie d'hommes adonoés à toutes sortes d'excès : on les craint plus encore que les brigands qu'ils sont destioés à arrêter. Les oégociaos se sont' tus quelquefois tellement exposés , qu'ils ont pris alors le parti de faire garder leurs magasins par des hommes armés. Il est dangereux , disent les voyageurs qui ont visité cette YÎIIe, de s'y trouver la nuit éloigné de chez soi. La poUce est mal faite , comme dans tous les lieux où elle est dirigée dans d'autres vues que celles de la sécurité, de la tranquillité et de la Uberté des habitans : effet déplorable du gouvernement despotique , où tout se concentre dans l'intérêt de l'autorité et de ceux qui la partagent ou qui en abusent !

Le commerce a anssi ses entraves à Goa. Dès qu'un vaisseau entre, on y voit arriver un garde de Ja douane pour prendre note de ce qu'on débarque ; il exige un état de la cai^aison. Si l'on mettait à terre quelque chose qui n'eût pas été déclaré , le vaisseau courrait risque d'être confisqué, et ce serait avec la plus grande difficulté qu'on parviendrait à le soustraire à la cupidité des douaniers.

Le lieu du commerce pour les navires étrangers se nomme Pangin. C'est un village situé sur

l34 ETAT ACTUEL BU COHMEIICE

l'Ile de Goa, à une lieae de l'entrée du port. Mais la douane «st dans la ville même , c'est-à-dire à deux liebes de distance de Pang:in. Les étrangers sont obligés ainsi de faire transporter leurs marchandises à cette distance pour aller en acquitter les droits à Goï ; ce qui leur occasionne des frais et une perte de temps asset considérables.

L'île de Goa est peu fertile ; elle produit cependant une assez grande quantité de riz et de cocotiers , dont on fait du vin en abondance '. Les comestibles se tirent de Salsette, île au nord de Bombai , d'environ neuf lieues de longueur, appartenant aujourd'hui aux Anglais , qui t'ont conquise SUT les Marattes.

Il arrive tous les ans à Goa quelques vaisseaux portugais venant de Lisbonne , qui vendent leurs cai^isons^ et qui prennent pour leur retour du poivre , du gingembre , de la fausse cannelle . des percales, des toiles bleues à carreaux , dites gui~ nies, et que l'on emploie A la traite des nègres.

Goa anne tous les ans plusieurs bâtimens pour

' Loitquc l'arbre ni en pleiot TégéMioa , ci que h boorfeuD . qui doit produire la fcnit ert ptrienn ■ uoe certniDu gn»Kur , oa en bât 11 «cctian ; 11 tn découle ilon aa suc daia qui a It »>eur et U couhnr da pdît-tait ; on \t recucilte dsi)> d« vinu, eo le porte entnite dmi dtt CMTt» , ttù il put* promplefaest i 1> fcrmeotatioD tpîritneiue. Il forme alon an vio blaac a^ible, miii opiteai, qui ne peul M conierrer qno pen de JDun. En diitillint ce tin, on en retire une liqaeur forte qu'on nomme mr.iek, dool il M fait un grand oointnere*, et que l'on peut coDierrcr conune do> e>ui-de-Tie. Il rit one autre ■orte d'nack qui eit le produit de la fermenlilioD du rii, itool on fiit nue MWi ptnde quinlili k StUfh.

DXS DEOX IKOE». l35

)6 c<HDinerce d'Iode en Iode. Lee villes que ces fcâtimens fréquentent le plus Aont , Baçaîm , sur la cAte dite deê Piratet j à neuf lieues nord de Bombai , Daman , à vingt -cinq lieues notd du même comptoir, Surate et Diu. Ils vont aussi A M osambique , et f<mt avec cette Île un commerce assez considérable' Ils j portent des toiles blanches de coton , des toiles bleues A carreaux , des mouchoirs , des tapis de lit ; ils en rapportent de rÏTOÎie , de l'argent et des esclaves.

Le gouvernement de Goa était dans l'usage d'armer tous les ans deux frégates de trente canons chacune, qui allaient à Cochin prendre sous leur escorte les vaisseaux portugais arrivés dans ce p<«t , et les convoyaient à Goa ; mats , depuis que Co<^in e«t au pouvoir des Anglais , et que les mers sur la cMe sont plus sûres qu'autrefois , cet usage n'a plus lieu ; peu de vaisseaux portugais relâchent aujourd'hui à Cochin.

Le« marchandises que l'on peut avantageusement porter i Goa sont , surtout du "cuivre en plateaux , du cuivre en planches ; du papier commun ; des draps légers , jaune , vert et écarlate ;' des gobelets de verre commun ; de ta porcelaine ; de la cochenille , du corail , de l'horlogerie , des ancres et grapine , du fer, des cordages , des toiles i voiles, du vin, des baeins, des mouchoirs Mancs, des toiles de coton des Indes , etc.

De toutes les potsessions portugaises qui peuvent intéresser le commerce dans l'Inde , Macao

ji-vGooglc

mérite surtout une attention particulière; on ftaît que cette ville, d'environ douze mille habitans^ est située dans une petite fie placée à l'embouchure de la rivière de Canton, à environ trente lieues de la ville de ce nom : elle fut cédée aux Portugais moyennant un tribut, et jouit d'un grand éclat pendant tout le temps qu'ils furent maîtres de la navigation aux Indes. C'était alors un très -grand entrepôt; il est encore aujourd'hui d'une grande importance , et ne peut manquer d'en acquérir davantage , si la nation portugaise sait désormais avoir un gouvernement plus attentif à ses véritables intérêts.

L'entrée du port de Macao est défendue par une forteresse à deux batteries , qu'il faut longer en entrant ù une portée de pistolet; la rade peut recevoir des vaisseaux de soixante -quatre canons.- L'ile compte uue lieue de longueur sur une demi-lieue dans sa plus grande largeur ; la ville n'est liée au reste de l'île que pat une langue de terre qui ne passe pas cinquante pieds de large. Les terres sont en général cultivées , et les arts exercés à Macao par des Chinois ; le gouverneur est nommé par le vice-rpi de Goa.

La situation de cette place et les facilités qu'elle donne pour le commerce de la chine ont dû inspirer aux Anglais le désir de la posséder; ils sont trop habiles pour ne pas en apprécier les avantages; aussi s'en soot-ils emparés. Feu s'en est £ïUu qu'ils n'aient réussi i la couservei.

DES DZCX INDES. |37

A l'époque où Napoléon se rendit maitre du Portugal, le cabinet britannique, feignant de croire à la nécessité de garantir les possessions portugaises du joug du conquérant , fit prendre possession deMacao.En vain le gouverneur portugais, qui avait reçu une flotte anglaise et des troupes comme amis, allégua-t-il qu'il se sentait assez fort pour repousser les Français , s'ils se préseutaient , contre toute vraisemblance, pour attaquer la Tille; les Anglais n'en tinrent compte. Alors le gouverneur portugais courut les risques des plaideurs de la fable : il s'adressa au cabinet de Pékin, qui pouvait cbasser les Anglais et les Portugais , et reprendre l'ile, dont la possession rend maître de l'emboucbure de la rivière de Canton. Mais heureusement il n'en fut pas ainsi. Les mandarins de cet empire , soumis à tous les genres de despotisme , crurent qu'il était de leur intérêt de conserver les Portugais à Macao. Les Anglais auraient inspiré de l'ombrage, et n'auraient pas été aussi dociies. L'ordre vint donc à ceux-ci d'évacuer la TÎJle et l'ile ; on menaça de confisquer les bâtimeus anglais qui se trouveraient dans les ports chinois; il fallut obéir : le commandant anglais remit au gouverneur les clefs des forteresses , et il fallut renoncer à une possession qui était devenue en quelque sorte indispensable à la compagnie anglaise pour protéger son commerce dans les parages de la Chine.

Quoique les Portugais aient la disposition et

l38 ÉTAT ACTUEL DO COMMERCE

la jouisMince du port et de la ville , l'empereur de la CRine coDaerve le haut domaine de Hacao ; il y entretient un mandariD , espèce d'agent de l'autorité, qui ne connaît que l'ai^eot et l'obéissance passive nécessaire pour se conserrer enplace.

C'est à Hacâo que résident le!i commissionoaires ou subrécargues des négocians etiropéens qui font le commerce dé la Chine et de l'Inde ; mais ils ne peuvent rester dans l'Ile que pendant le temps de la foire, qui dure environ sept mois , après quoi il faut qu'ils se retirent dans la. ville; loi, au reste, qui n'est exécutée que foiblement et irrégulièrement.

£n abordant sur les eûtes de la Chine on trouve une grande quantité de bateaux pécheurs dont les patrons s'empressent d'ofTrir leurs services pour piloter les navires jusque dans la rade de Macao. On leur donne pour cet office depuie vingt-cinq jusqu'à cinquante piastres, suivant la grandeur des bâtimeos et l'éloignement du point oit on les a pris.

Les vaisseaux européens qui vont à Canton sont obligés de mouiller devant Macao, afin d'y prendre un pilote pour remonter la rivière jusqu'au mouillage de Houang-Pou ; on donne i ceux-ci , pour leur assistance , cinquante piastres gourdes , lorsque le navire n'est que de six à sept cents twrhneaux. On augmente ce traitement à proportioa du plus grand port.

DES DEUX IHDE3. 1 3^

Le mouillage de HouaDg-Pou , oà s'arrêtent les naTÏres destinés pour Canton , est fiùr et corn- , mode ; il est k trois lieues au-dessous de la ville, devant laqudle il n'est pas permis aux vaisseaux étrangera de remonter.

Il y a à Hacao quelques négocians portugais qui font le commerce d'Iode en Inde avec d'assez grands navires ; ils commercent aux Philippines, i Siam, i la Cochinchine, au Bengale, à la côte de Malabar, et jusqu'à Surate, où ils prennent défi marchandises pour la Chine.

Maîê tx commerce est proportionné au peu d'aC' tivitë de celui que peut faire une nation dont le gouvernement a été si long - temps dans la dépendance des Anglais. Privé de l'appui que donne l'esprit public , eafint de la liberté, le gouvernement portugais n'a pu que seconder faiblement les efforts des particuliers ; de plus favorables dispositioUK naîtront sans doute de la crise où est cette nation , si la sagesse et le véritab|,e esprit d« liberté président à ses délibérations.

Mais c'est surtout au Brésil que la nation portugaise doit tessentir les premiers effets des grands événranens qui se préparent chez elle , et du passage du monarque sur Je continent américain.

Nous en avons feit connaître t«s antécédens; on sait que le despotisme militaire a forcé Jean vi i abaAdoaber l'Kuope pour m réfugier dans la plus belle et la pras riche de ses possessions i

l4o illLT ACTOEL DU COMHEKCE

celle qui fera au premier jour un état indépeudaot, ou du moins régi par des formes régulières, suus un monarque qui ne pourra s'en écarter.

Il est temps que nous fixions l'attention de do» lecteurs sur cette partie du monde. Nous ne répéterons pas ce qu'en a dit l'éloquent historien des deux Indes ; nous nous bornerons à présenter ce que les changemens qui s'y sont opérés peuvent offrir d'intéressant pour lé commerce, et surtout pour celui des Français.

L'intérieur du Brésil est encore peu connu ; il demande les sqïdb du gouvernement, les efforts de l'industrie, et surtout des institutions favora-' blés au développement des principes de civilisation.

Ce beau royaume est divisé en neuf grandes provinces , chacune sous un gouverneur particulier ; trois de ces provinces' sont connues sous le nom de Provinces - aux - Miinet ^ parce que c'est d'elles que viennent l'or et les diamans du Brésil ; les autres sont remarquables par la culture des productions utiles à l'bomme, ou qui peuvent fournir d'aliment à un grand commerce.

Le Brésil offre une étendue de huit cent trente* trois lieues de longueur sur deux cent trente-trois de largeur, et une surface estimée de cent quatre mille quatre cent quarante -cinq lieues carrées, entre la rivière des Amazones et l'Océan au nord, la mer à l'est, le gouvernement de Buenos-Ayre« au sud; et des marais, des OnDtagnes, des lacs

OIS DBDX 1HDB8. l4l

et des contrées peu habitées , qui le séparent à ' Touest des possessîona espagnoles.

On sait que ce fut le Portugais Alvarës Cabrai qui décou?rit ce pays en i5oo, et lui donna le nom de Sainte-Croix , remplacé depuis par celui de Brésil, à cause de la grande quantité de bois rouge de ce nom qui j croit. Les naturels du pays étaient alors divisés en plusieurs nations vivant du produit de la chasse et de la pêche; iU ont presque résisté à tous les moyens de civilisa- ' tioo qu'on a voulu établir chez eux : tant est grande l'horreurqu'ilsoDt conçue pourleurs dominateurs. La presque totalité de la côte de San-Satvador à Rio-Janeiro est habitée par eux ; un plus grand' nombre se trouve dans l'intérieur du pays; tuais ceux-ci ont quelque teinture de civilisatioD.

L^ premiers conquérans du Brésil n'en fîreot d'abord qu'une sorte de terre d'exil où l'on envoyait les malfeiteurs ou les juifs qui ne voulaient pas se faire chrétiens. Les Hollandais l'ontpossédé quelque temps ; les Français ont aussi essayé d'y fonder de& colonies ; enfin il est retourné sous ses premiers maîtres, et il est aujourd'hui le siège du ^uvemement royal. Son titre est affecté à l'héritier présomptif du royaume, qui porte le nom de frinee du Brétit.

C'est un des pays du Nouveau -Monde le plu^ fertile eç sucre; les nègres, qui ont remplacé \mf natureJs dans la culture de cette plante , l'ont pro< digîeusement étendue. Elle fait avec le coton la

44? ÉTAT ACTCXL ttV COMHBIICE

prÎDcipalç richesse de ce royaume. Le café, Viûdigo , le riz , le mais , le froment , y sont cultivét avec soio. Il faut y «jouter le tabac , qui est aussi UD article considérable de commerce. Eufin la pêche de la baleine y est de?eDue fréquente sur les côtes, et offre aux armateurs d'abondantes cargaisons- La population du Brésil s'est accrue sensiblement depuis l'armée de la cour à Rio - Janeiro : on ne la connait pas avec une précision parfaite. Un seul dônombrement peut offrir des résultats positifs, mais il est déjà ancieu; c'est celui de X 797 et 1 798. Avant ce temps, les évêques étaient obligés d'envoyer au roi,. comme grand -maitre de l'ordre du Christ, et par là chef spirituel des colonies , à des époques fixes , un état de la population de leurs diocèses. Ces états étaient rédigés au tribunal dts ordre$.Va de ces états de 1776 ne donnait au Brésil qu'un peu plus d'un million cinq cent mille Âmes. Or, les évéques ne coit^taient que lea Amei de la communion j parce que, selon l'usage établi, c'étaient les seules dont les curés tinssent registre, i cause de la petite rétribution qu'ils en retiraient. Tous les habitans audessous de dix ans n'étaient par conséquent pas dans leurs listes, et les Indiens non encore bap- ^sés étaient omis de même. On pourrait donc, sans Vrainte d'exagérer, porter la population à cette époque à un million neuf cent mille Âmes, à peu près. . Le dénombrement de 1 79S a été fait avec un

■DES DBDX INDIS. 143

grand soio; mais jusqu'à présent il n'a pas été rendu public : on sait cependaDt , par les documens recueillis dans le temps,, qu'il portait la population i plus de trois millions; ce qui supposerait que le dénombrement de 1776 aurait été trop Taible; car en si peu de temps la population n'aurait pu s'élerer d'un tiers à l'époque de 1 798. A U vérité, le Brésil offre des institutions qui favorisent cette augmentation. Le gouvernement y a toujours donné très-facilement aux colons des terres, et des moyens pour les cultiver. Dé plus, le «jstëme d'esclavage adopté par les Portugais, comme doub l'avons dé)à' rémarqué, tend i multiplier les nègres; aucune nation n'importe plus de négresses et n'est plus attentive à l'éducation de leurs enfans. Il y a déjà longr-temps aussi que le gouvernement a pris une mesure qui assimile les Indiens aoz Portugais pour tout ce qui tient k l'existence morale. L'opinion publique a approuvé cette disposition. Enfin on a remarqué que , des. Portugais qui passaient au Brésil, unpetit nombre seulement revenait en Europe, et que la pkipart s'y établissaient ; usage contraire à ce qui s'observe dans les autres colonies européennes, où l'on ne se rend que pour faire fortune et revenir dans la métropole.

Depuis quelques années on a publié différens tiétaitssnr la population du Brésil, qui paraîtraient extraite du dénombrement de 1798- I) résulterait deces extraits qu'elle se compose de buitcentmille

l44 lÏTAT iCTUSI. DU COHUEKCE

blancs, d'uD million dlndieDS, et d'un million cinq cent mille nègres ; ce qui fait en tout trois millions trois cent mille individus. Si l'on j ajoute l'augmentation qui a dû avoir lieu depuis 1 798, et celle qui résulte du séjour de la cour dans la .colonie, on peut sans erreurportertoute la population duBrésil à quatre millions d'individus, libres et esclaves.

Nous répéterions ce qu'on peut lire dans VHttioire pkilotophique ^ si nous suivions chronologiquement l'exposé des faits qui constituent les progrès et les variations survenus dans le régime et le commerce du Brésil. C'est à des renseignemens de plus fraîche date et aux considérations présentes que nous devons nous borner, et les seuls qtie le lecteur doive trouver ici.

On a fait quelques recherches plus curieuses qu'utiles sur le produit des mines du Brésil et les quantités d'or et d'argent qu'elles versent dans la circulation.

Le savant auteur de YEstai politique sur le royaume de ta Nouvelle-Etpagne, M. de Humholt , estime , d'après divers calculs , que les mines du Brésil donnaient , au commencement de ce siècle, en or, six mille huit cent soixante - treize kilogrammes ; ce qui représentait une valeur de 4,360,000 piastres. 11 ajoute, et cette assertion est appuyée de l'autorité de M. Corréa de Serra, que cette quantité d'or ne provient que des mines d'altuvions, puisqu'il n'y a encore que les mines de cette espèce qui soient exploitées au Brésil.

DES DECX INDES. t^b

Il serait inutile de s'appesantir ici sur la richesse desmioes de dîamans, sur leur exploitatioa et leur commerce, l'historien des deux Indes en a suflBsammeut entretenu ses lecteurs. Nous tâcherons de donner quelques reneeigncmens qui puissent aujourd'hui servir de guide pour établir arec ce royaume un commerce utile.

L'arrirée du roi a dû j opérer un commencement d'amélioration. Des voyages ont été entrepris dans l'intérieur pour explorer les parties encore ignorées. Des hommes de divers pays , Jaloux de faire des découvertes nouvelles dans le domaine de la nature , ont trouvé dès facilités auprès de la cour de Rio-Janeiro pour prendre des renseigoemens sur les productions et l'état du pays. Un Anglais, H. Mawe, a même obtenu la permission d'examiner les fameuses mines de diamans , où nul étranger n'avait été admis avant lui. Un Allemand , H. le colonel d'Esch^vege , a visité sans obstacle toutes les capitaineries ou provinces du royaume. Tout prouve que l'esprit de liberté se f'jrtiBen au Brésil par ces communications jusqu'ici inconnues parmi les peuples qui l'habitent. On doit i H. le prince Maximilien de Neuwied des recherches curieuses sur l'histoire naturelle et les peuples de la partie orientale, qui, si elle était plus connue que tes autres , n'avait pas encore été décrite.

De nombreuses hordes de sauvages errent dans les provinces du Brésil. Ces hommes n'ont près*

I46 ilAT ACTUEL DU COMMERCE

que aucune civilieatioD ; plusieurs sont anthropophages et Tendent leurs enfans pour des objets de peu de valeur ; il 7 a parmi eux des guerriers redoutables, et qui défendent contre les Portugais leur iadépendance avec une courageuse opiniâtreté.

Le temps amènera ici ce qu'on voit aux Etats- Unis: ces peuplades sauvages finiront par se livrer i la culture, et se réuniront aux autres habitans ciTilisés ; c'est la marche des choses et de l'esprit humain. Un gouremement farouche ou tyrannique pourrait seul s'opposer à ces heureux résultats ; et c'est ce qui n'est point à craindre de aelui qui domine au Brésil; moins encore de celui qui se formera sous l'inQuence du changement que tout annonce.

Mais ce qui accélérera les améliorations de toute espèce dans cette partie du Nouveau-Monde, ce seront les arts de l'Europe, les connaissances et les cultures utiles qu'on y introduira ; c'est un des premiers soins dont s'est occupé la cour du Brésil depuis l'époque de son installation.

On doit au défunt comte de Barc», ministre du roi Jean vi, des tentatives qui, si elles n'ont pas eu tout le succès qu'on pouvait d'abord en attendre, laissent au moins l'e^érauce fondée de réussir à l'avenir. Par les soins de ce ministre , une pépinière d'arbres à thé a été établie au Brésil. S'il fallait en croire les relations , le succès aurait été complet, et trois mille pieds de ces arbres ré-

gulièrement plantés , florissaient  trois lieues de la résidence royale.

On pense bien que ce ne serait pas sans une opposition secrète frès-actJTe de la part de la compagnie an^ise des Indes qu'on naturalise-rait le Ihé au Brésil ; jusqu'à présent les craintes de cette compagnie ne paraîtraient pas fondées ; au récit de quelques voyageurs, le climat serait peu faTorable i cette culture, de même qu'il semble rebelle à celle des épices, de la muscade et du girofle; mais le temps et d'heureux essais Taincront ces difficultés, ettout déjà donne lieu de l'espérer. Les piantattoDS de la vigne par une colonie de Suisses ont mieux réussi ; et dirersea autres ne peuvent manquer de s'y former, quand on considère l'attention qui est donnée à ces importantes parties de la prospérité de l'état.

C'est pour en accélérer la marche que le roi a cherché à attirer au Brésil des étrangers, et qu'un ajsct grand nombre s'y sont déjà établis. Nous transcn'rmis ici le règlement du 16 mars 1820 qui a été publié sur cet intéressant sujet.

• Sa majesté très-fidèle, y est-il dit, prenant en considération la tendance à émigrer qui se manifeste chez les différens peuples d'Allemagne et d'autres états , à cause de l'excès de la population de ces pays, et jugeant convenable d'appeler au Brésil des colonies étrangères qni soient réciproquement avantageuses à ce royaume , ainsi qu'aux familles et personnes qui les formeront, a bien'

l48 ÉTAT ACTUEL DU COHKERCE

voulu faire déclarer les condîtioDs auxquelles seront admises et \e.a pmiléges dont jouiront les colonies qui viendront s'établir.

« En conséquence , sa majesté accorde aux colonies étrangères qui passeront au Brésil, dans le but de s'y fixer, des portions gratuites de terres où elles puissent former leur établissement. Ces portions seront d'une lieue carrée , plus ou moins , selon le nombre des familles ou des persoaues qui formeront la colonie. Si la colonie se compose de différentes familles qui s'accordent entre elles pour se réunir et former l'établissement, le terrain qu'on leur destinera sera partagé en lots d'un huitième de lieue à peu près, pour chacune des ' familles, lesqu'elles tireront au sort les lots qui doivent leur appartenir. On désignera eo même temps UD terrain suffisant pour l'établissement, dès qu'il pourra se former, d'une ville , de places , de communes, etc.

1 Mais si la colonie est composée de familles d'artisans ou de personnes qu'un entrepreneur rassemble pour les mener à ses frais , le terrain qu'on lui destinera sera divisé en deux parties , dont l'une pour l'entrepreneur, et l'autre pour $tre dicisée entre les familles ou les personnes composant la colonie. Le gouvernement se charge .de reconnaître valides et de faire exécuter les contrats ou les capitulations faits entre les ^milles ou le9 personnes que l'entrepreneur aura amei»ée».

DES DEUX INDES. l/|9

« Les colonies établies de l'une ou dé l'autre de ces. deux manières jouiroot pendant dix ans de l'exemption de dîmes et de toute autre imposition quelconque sur les terres accordées pour leur établissement. Cependant les colons seront tenus de payer les mêmes taxes ou impôts que les nationaux dans les terres' dé&ii!bées qu'ils pourroot acheter, ainsi que le droit du cinquième dans le cas où ils exploiteront des mines d'or, et les

droits de douane et de péage sur les denrées qu'ils

livreront au commerce.

* Les familles ou les colons qui voudront retourner en Europe avant le tenne de dix ans au" ront la permission de le faire ; mais ils ne pour* ront ni rendre ni disposer de quelque manière que ce soit des terres qui leur auront été accordées ; lesquelles , en ce cas , seront réversibles à la couronne pour être distribuées à d'autres familles , ou comme il plaira à sa majesté d'eo ordonner. Hais si les colons désirent, après dix an», retourner en Europe, ils pourront le faire librement, et il leur sera permis alors de disposer des terres â leur gré.

« Les colons qui s'établiront au Brésil dans les terres accordée» gratuitement seront dès-lors considérés comme sujets de sa majesté. Ils seront soumis aux lois et aux usages du pays , et ils jouiront de tous les avantages et privilèges accordés aux sujets portugais.

• Chaque peuplade de colons sera provisoire-

IJO ETAT ACTUtL DU COHHERCE

ineot administrée par uu directeur nommé par sa majesté, jusqu'à ce que la population soit assez nombreuse pour qu'on puisse ériger une ville , et y constituer alors des autorités locales administratives et judiciaires, suivant les lois portugaises.

■ Tous les colODS , pour être admis comme tels, doivent être de la religion catholique romaine , C0UDU8 par leurs principes et bonnes mœurs : ce qui sera constaté par un certificat Térjfié par les ministres, ou autres employés au service de sa majesté dans l'étranger. >

Ce règlement semblerait supposer qu'il n'y a que des familles ou des personnes professant la religion catholique romaine qui puissent jouir des avantages quiysont établis. Un article inséré dans Ja gazette officielle de Li8])onne dit néanmoins : c Nous sommes autorisés à ajouter à ce règlement 1* que nulle défense n'est faite aux individus d'une communion autre que la catholique romaine de se fixer au Brésil et d'y acquérir des terres , quoiqu'ils ne puissent réclamer les mêmes faveurs accordées par le règlement .: on ajoute que tous les émigraos sont tenus de pourvoir aux frais et aux besoins de leur transport. ■

On a déjà connaissance du succès de ces sages dispositions, dans une relation officielle du canton de Fribourg, sur la colonie formée d'émigrés suisses. Il en résulte que les colons ont eu lieu d'être pleinement satisfaits du gouvernement du Brésil. On leur a procuré d'abord tous les moyens

D£S nEOX INDCN. |5l

de se transporter du lieu de leur débarquement à la Nouvelle-Fribourg , où ils ont trouYé des matsons construites d'après les usages de leur piys. Ces maisons, au nombre de plus de cent, ont été mises à la disposition des colons; on leur a en outre donné differens encouragemeos et des facilités pour se livrer à la culture et à des défrichemens.

La KouTelle-Friboui^ est située dans une belle plaine, entourée de montagnes escarpées; le sol T est très-fertile et susceptible de tous les genres de culture. La vigne y a réussi très - bien sur le coteau des montagnes exposé i une température convenable.

Dans l'étroit vallon où la colonie se trouve renfermée, coule le Bengala, petite riTÏère peu poi»< sonneuse, mais qui route quelques paillettes d'or. Les montagnes qui entourent la vallée sont couronnées d'arbres ; mais plusieurs endroits sont défriches. La température y est modérée et favorable à la santé ; le vent du nord y règne fréquemment et assainit l'atmosphère.

On regrette que le choix du terrain n'ait pas été plus près de la capitale ; on compte près de trente - six lieues de Rio - Janeiro à la Nouvelle- Fribonrg, et les routes exigent d'assez grands travaux avant d'être praticables. Mais l'attention du gouvernement et l'intérêt des colons lèveront facilement ces difficultés dans un pays qui offre tant de ressources, si surtout les principes d'une sage

132 iTAT ACTUEL DU COMUERCE

et indispensable liberté ajoutent leur active in fluence aux efforts de l'industrie particulière.

L'exploitation du fer, si utile à tous tes genres de travaux, prend un nouvel essor au BrésU. La conduite des mioes est confiée à des Allemands fort instruits dans la métallurgie. En peu de temps on a vu s'élever deux hauts fourneaux, huit fours, et dix-sept roues mues par l'eau , avec toutes les machines nécessaires. Une grande fabrique d'armes a aussi été établie , ainsi qu'une fonderie de canons considérable , due en grande partie à M. de Vamhagen, oEGcier ingénieur allemand, très-distingué dans son art. Voici au reste comme un homme d'état qui a résidé sur les lieux ' s'exprime sur tes avantages que lé Brésil offre à ceux qui voudront s'y établir. Ses observations s'appliquent surtout à la province de Kio-Janeiro, celle où la population est plus nombreuse et la culture plus avancée.

■ Cette province , étant située sur les confins et hors du tropique du capricorne , est en général, par celte situation, moins chaude que les terres qui se trouvent situées près de la ligne. Toute la province de Rio-Janeiro , d'une longueur de quaire-TÎngt-dix lieues sur trente-cinq de large , est montagneuse, à l'exception du district de Goy-,

' H. ledievalier d« LangidoTffi coDtal-gJoinl de BuMieia Briail, membre de l'aeidèiiiie impi)ri*le dn «cieoMi de Suot-Piternbouiiçi diDi un m^nuJfw mr U BritU, four wrvir lia gaiJ* â ttux f"' miifcnJ l'y HMir, iSjo>

taeaaes , ordiDairémeot appelé Campoê. Elle est donc divisée Daturellement en terres élevées ou montagneuses, et en terres basses. Ces dernières sont tuut aussi chaudes que quelques Auisffi situées entre les tropiques , et par conséquent on y Tdit cultirer , non-seulement toutes les denrées coloniales , comme le café , le sucre , le coton , llndigo , le cacao , le riz , le tabac , etc ; mais on a commencé aussi à planter, et on Toit prospérer arec beaucoup, de succès tous les arbres épiciers des Iodes, lecanoellier, le giroflier, le poivrier, etc., et toutes les productions les plus recherchées de l'univers , tous les arbres fruitiers de l'Orient. Le manguier, ta plante à thé de la Chine, l'arbre à pain de la mer Paciûque , le camphrier du Japon, le gingembre, le cardamome et la casuariue de la Nouvelle-Hollande, enfin toutes les espèces d'arbres ou plantes des pay» chauds j viennent parfaitement bien.

■ Sur les montagnes, élevées jusqu'à trois mille pieds anglais, couvertes jusqu'au sommet de forêts vierges impénétrables, daus leurs vallées riautes, arrosées d'eaux limpides et délicieuses, la température est tout aussi diïTéreDte que les productions. Les forêts abondent eu gibier et en bois précieux de tout genre ; dans les terres neuves et défrichées les arbres fruitiers et les plantes de l'Europe, le pécher, le figuier, la vigne, le pommier, le coignassier, le fraisier, réussissent à merveille. • Les fruits du pays sont très-variés et en grande

abondance ; par exemple , les bananes ou plantains, les guyapes, les ananas, les oranges, les citrons, les limons, les grenadilles ; quantité d'espèce^délicates du genre eugénia , comme les pitanga», \es Jambon, les gromischamatt etc. ; enfin nue infinité d'autres qui sont presque toutes dans leur état naturel , et qui ne font qu'attendre l'industrie de l'homme pour être cultirées et serrir à l'agrément de la vie.

■ En résumé , la situation, le climat et les productions quiy viennent spontanément, avec celles qui peuvent y être cultivées , rendent ce pays le plus heureux et le plus indépendant.

■ 11 n'y a ni hiver ni été ; il n'y fait ni une chaleur excessive ni un froid sensible. Toute l'année parait être un printemps continuel. La verdure non interrompue, les couleurs vives et variées des fleurs dont sont couverts les arbres les plus hauts des forêts paraissent changer leurs formes et leur aspect chaque mois de l'année, et nous transportent involontairement dans un nouveau monde, inspirant à l'âme la plus insensible des sentimens d'admiration et d'étoonement.

( 11 n'y a pas de jour dans l'année oh on ne paisse semer. Les récoltes suivent les semis, et il ne faut que le soin de confier la semence à la terre pour s'assurer des récoltes.

( Les légumes, tels que les choux , les radis , les navets, les concombres, les haricots, les melons , et bien des plantes qui sont de première

X>LS b£CX IKDES. 1 55

nccessiié , par exemple les pommes de terre ' , le maïs =, la mandioque. les bananiers et autres* peuvent être plantés et ensuite récoltés , chaque jour de l'année, dans les montagnes tout aussi bien que dans les plaines.

• On peut aisément conclure de ce que je Tiens de dire que la végétation doit être extrêmement rapide* puisque les deux grands principes, la chaleur et l'bumidité, s'f trouvent dans une heureuse proportion.

• Je devrais craindre d'être taxé d'exagération, si je roulais citer les exemples extraordinaires de la végétation et de la ferlilité du pajs, tels qu'ils me sont connus ; je me contenterai donc d'alléguer seulement les exemples ordinaires, que l'on peut vérifier cbaque jour.

« Le père Correiaj établi dans la gerra d'Etirella, un des principaux cultivateurs de cette province, a planté une mesure de riz, et en a récolté plus de cinq cents. J'ai été étonné de voir planter le lix dans les terres élevées sans qu'elles fussent préparées, et sans inondation. Il suGBt que le terrain soit humide , et que les pluies de l'été ne manquent point.

' Ln pocnmei de terre, lu moÎDt cellei que l'on j culiÏTe, pnufèreot DÙns dioi Ici montignei et daai la proriacet élev£ei de * Hiaw<ie»e*, Saial-Pmli ele. , que d>Di lei pUioci de Rio-Jaaeiro. ■ Ln «prêa de mata qui j Nul cultiréei oe mOriiieiit que deui fon l'ao : duh , en y iDtroduiual ln eapècF* pr^cocei de la Fnuce miMiomalt et da l'Italie , ou obtiendrait, )c le piétume, pluiieurii ifcvlic* dasa le même eapace de tempa. [A'ofc d§Si' it Langidorff. )

l56 ilkt ACTiriL DU COHHERCE

* La récolte ordinaire du maïs est de ceot TÎDgt à cent trente pour un.

t Le cafeyer, cultiïé cdoTenablement et dans de bonnes terres, commence à porter après vingt mois, ce que que j'ai tu chez M. le docteur Lezeine, ancien habitant de Saint-Domingue. A sa soixante-neuvième année , et après avoir perdu , à différentes reprises et eu dïfférens pays, la plus grande partie de sa fortune , il a recommencé à former une plantation de café au Brésil , et , par ses connaissances supérieures eu agriculture, a rendu au gouverDement les plus grands services ; car c'est la seule personne au Brésil qui jusqu'ici ait entendu la culture du cafeyer. Son établissemeut, qui se trouve dans les montagnes de Tejuea, à deux lieues environ de Rio-Jaueiro , peut servir d'école à tous ceux qui veulent bien en profiter.

« Il n'est pas rare de trouver des plantations de cafeyers où cbaque pied donne par an ciuq ou six livres de café.

a J'ai observé des greffes de pêchers , de deux années , formant des arbres de la grosseur de trois à quatre pouces de diamètre, et chargés de fruits.

■ J'ai vu des orangers de trois aus , venus de semis, former des arbres couverts de fruits.

< Dans la pépinière du gouvernement à Lagoa de Freites , on peut voir des allées de mimosa lebbeck ( bois noir ) , dont les semences furent apportées de l'Ile-de-France. Après trois ans, les

DES DEDX I5DES. 137

arbres uvaient trente à quarante pieds de hauteur, et de dix à quatorze pouces de diamètre.

■ Uoe personoe de ma connaissance a formé un enclos autour de sa plantation de cannes à sucre, en faisant couper des arbres de plusieurs espèces et de moyenne grosseur dans les forêts voisiaes. Il en fit planter des morceaux de six ù huit pieds de long ; et sur cent il n'y en a pas dix qui aient manqué .de rererdir. Aujourd'hui, trois ans après, OD De peut passer sans admiration devant ceMe enceinte formée de grands arbres qui se touchent l'uD l'autre, et qui défendent l'entrée à toute espèce d'animaux.

■ On devrait supposer, d'après ce que je viens d'énoncer, que le pays dont )e parle est la terre promise; que c'est le paradis terrestre; que tout y Tient en abondance , et qu'on n'a qu'à y récolter; mais on se tromperait bien en prenant cette idée. La vie y est chère ; les objets de première nécessité sont rares; et on y rencontre une foule de difficultés.

■ Araot tout , il y manque de bras ; en gêné.* rai, la population et le nombre des artisans ne sont point en proportion arec la grandeur de ce royaume et l'étendue de son commerce; et jusqu'à ce jour OD n'a pas encore au^samment facilité les communications par l'établissement de grands chemins.

■ Que dira-t-on, si je donne l'assurance que les caravaDes qui transportcDt le coton de Mina»-

l58 ÉTAT ACTUEL DU COUUERCE

NoTas et de Hioas-Géréas, à plus de deux cents lieues de distance , à dos de mulet , rencontrent les plus grandes difficultés pour le transport devant les portes de la capitale?

• Le gouTemement a fait des dépenses trèsconsidérables pour faire une chaussée par les montagnes d'Estrella, à septiieues de Rio-Janeiro ; mais , en arrivant au pied de cette montagne , à deux lieues de la baie de Rio-Janeiro , on ne peu t quelquefois passer qu'au risque de la vie. Les mu* lets , qui portent la toile de coton , les marchandises et les vivres, tombent dans des marais, sont emportés par tes rivières , et il n'y a ni pont ni routes i six lieues de la capitale ; et tes nègres , les mulets et les marchandises se perdent, comme je viens de le dire , à la proximité de la résidence du roi.

t Tandis que l'on aurait dû finir la chaussée commencée , laquelle ferait honneur à toute nation , quelques richards, propriétaires de plantations dans d'autres parties de la chaine de ces montagnes . ont su déterminer la junta do cammereio à commencer ou k ouvrir une autre route qui doit passer près de leurs terres ; on y a dépensé plusieurs cent mille crusades; et ni l'ime ni l'autre n'est finie.

■ Aussi long -temps que le gouvernement ne Axera point son attention sur l'amélioration et l'établissement des chemins, que tes agriculteurs ne pourront transporter leurs vivres au marché ,

BJ les négocians recevoir l«8 denrées coloniales qu'au risque de ]a vie des conducteurs et des mu* lets, le pn^riétaire s'efforcera en vain de tirer parti de la fertilité d'un territoire que le gnurer- Dement lui a accordé gtaluitemeot. Quelque productif que soit le terrain , le pauvre paysan ne trouve aucun encouragement à planter plus qu'il ne lui faut pour son existence ; souvent il n'a pas asisex pour Dourrir sa famille ; la basse classe mène une vie misérable ; et dans le pays de l'abondaece le« babitans sont pauvres et mal nourris *.

■ Malgré ces inconvéniens et bien d'autres , il j a toujours des personnes qui désirent s'établir au Brésil ; mais , en examinant les choses avec attention , on trouvera que de certaines gens ont tout autsDt tort d'y aller que le gouvernement peut eo avoir de les bien accueillir. 11 est rare

■ D*Bt le mènent mime où j'écrii en obicrrmlion*, dit H. ta cbr*iUin LaDgfdarff, je rrçoM dci leKm de Bio-Jineiro dan* leaf avUe* oa me naDdc qM let SaiiMt qui •'; «oat ^ikbKa k leuti bau , F> qui ODt oblcan gnluitcmeot du gouireracmcnt dei lelrrei dani Im mootignn d'Orpiei , k dû à douie lieue* de t* capitale , teli ijoe :

Hcmicon Frad. et Jame* de Lme , de IteucUlel (

De CnSnaiied , Hufal, Fiacbet riérca, de Berne;

Cooataatia Maodral, Pred. Uaodnil, Sterki, de Uoigei ;

HdkI, 3e Fijemci

BcftlMMd, deSeudrfMll

Schmidt, da Valaia.

Hneieara Maulaa , Crocliaud ri beaucoup d'aulrca dcaquela j'ignore ■ca BOA*, mi lut yitmaUi i aa oufetUlrta'Bdéh one requlle dam laqaeUe ib deaaaadeiit l'iatialiaca da gMTcrnentent pour Moit un dtcrnia pnricable depuia te port de RioJaneiro jutqu'à leura éUbiia- ■onena, aur quoi *i majeatè le roi a lout de auite Jonné lia ordna atcaaaanti po«r qo'uoa Mil* loot* *oil «iJcatéa. J'

l60 ÉTAT ACTUEL DO COHMEnCE

qu'un homme industrieux, qui se trouve bien au milieu de sa famille, quitte l'Europe pour chercher ailleurs UQ mieux fort iocettain ; il est plus rare encore qu'un homme de fortune , ou jouissant d'un certain bien-être, quitte ses parens et ses relations pour employer son capital au hasard dans un pays étranger.

■ Tout émigrant doit aToir un but conforme à ses connaissances et à ses moyens pécuniaires. Le capitaliste , avec les sommes les plus considérables, ne peut réussir seul ; et l'ouvrier le plus habile ne peut rien faire sans être employé par des entrepreneurs, soit qu'ils le patent à la journée , ou qu'ils lui prêtent quelques fonds pour un certain temps. J'appelle aventuriers ceux qui y vont sans connaissances requises, sans informations, et sans l'assistance , soit du gouvernement , soit d'un entrepreneur, ou d'une personne déjà établie dans le pays.

* Le gouvernement, en accordant gratuitement des terres étendues aux colons européens , leur fait présent, par cette donation, d'un capital considérable ; mais, quand le colon n'a ni les connaissances ni les moyens pécuniaires nécessaires pour pourvoir d'abord à sa subsistauce, pour se construire une demeure, pour acheter des bestiaux et des instrumcns aratoires et autres, alors que fera-t-it dans les premières années? ^e connaissant pas la langue du pays, il ne saura où trouver dfi travail ; les ressources insuffisantes s'épuiseront

DIS DEUX 1NDB8. l6l

bieDtdf; il se dégoûtera d'un pays qui, sous d'autres auspices, pourrait faire soo bonheur ; it manquera même de moyens pour retourner en Europe. et il se croira le mortel le plus malheureux.

■ J'ai TU des aventuriers de toute sorte, dont quelques - uns , sous différens prétextes , ont su obtenir du gourernement des sommes extraordinaires pour leur établissement, et, n'entendant TÎeo à l'agriculture, ont causé et à l'état et ù euxmêmes des pertes considérables. De telles personnes sont plus à la charge qu'au profit de l'état.

■ Leprincipal objet quelegouTeroementdeTrait envisager, en admettant des capitalistes et des colons, serait, selon moi, la qualité des personnes qui veulent s'y établir, leur bonne conduite, leur fortune, l'étendue de leur famille, et les branches de If ur industrie.

■ Parmi les artisans les plus recherchés sont les charpentiers , les menuisiers , les maçons , les maréchaui-ferrans , les serruriers, les charrons, les tanneurs et les mécaniciens. Le pays offre encore beaucoup d'avantages pour construire toutes aortes de moulins, de scieries, de filatures, de tuileries , briqueteries , poteries , etc. Dans quelques années , et quand des filatures y auront été établies, je croirais que les tisserands, et autres artisans d'un luxe moins indispensable, trouveraient leur compte à y porter leur industrie. Mais il est tout aussi ridicule de voir quelquefois y arri-

l63 ÉTAT ACTUEL DU CUHHKRCE

Ter et demander l'assIsUtace du gouTernemeat, des fabric«D8 de bas, des tisserands de soierie et de draps , des fabricans de bronEes, etc. , qu'il est naturel que dans la capitale il j ait des tailleurs, des cordonniers, des perruquiers, des modistes , etc. , venus de pays étrang;ers , qui , par leur industrie, s'y sont procuré une existence agréable.

< La province de Rio^aneiro étant presque aussi grande que la France , et tout le Brésil embrassant une étendue aussi vaste que IXurope, les colons et artisans , auxquels le gouvernement offre généreusement l'assistance, peuvent à leur gré choisir l'endroit le plus propre à exercer leur métier, ou la branche d'industrie qu'ils veulent Ibire valoir.

■ Je n'ai parlé que de quelques-uns des avantages qu'offre la -province de Rio-Janeiro; mais je ne prétends point dire que tout cultivateur t trouverait les mêmes facilités.

« Les entrepreneurs doivent donc s'attacher à bien connaître la province où ils veulent s'établir, sa situation naturelle , ses produits , et la facilité que leur offre ta localité puur le débouché des récoltes.

« Je ne citerai que quelques exemples , pour donner plus de développement à cette idée.

■ Les émigrans qui veulent s'adonner à la culture des productions céréales doivent s'établir hors des tropiques, ou bien dans les provinces

DES DEUX INDEfi. 163

étevées, telles que celles de Minas -Geraes, de Saiot-Paul et de RJo-Grande du sud. Leur terraÎD est en outre très-propre i la culture de la vigne : elle ne peut pas réussir à Rio-Janeiro, à cause des chaleurs excessives qui donnent à la ▼égétation trop de force et de rapidité.

« On élève beaucoup de gros bétail dans ces mêmes provinces, et principalement iRio-Grande du sud, dont les habitans tuent leurs bètes à cornes pour le seul avantage des peaux, que l'on Tend à t'étranger dans leur état naturel , sans aucun apprêt. Quelque temps après, les mêmes peaux reviennent d'Europe tannées, apprêtées, et travaillées en objets de première uécessité , tels que bottes, souliers, semelles, etc. On sèche quelquefois la viande; mais on ta vend moins avantageusement que si elle était convenablement préparée en salaisons , nécessaires aux marins qui naviguent dans les ports du Brésil.

■ Les provinces de Rio - Grande , de Mioas- Geraes , de Saint-Paul et autres, offriraient donc aux tanneurs, aux cultivateurs, des productions céréales de l'Europe, à ceux qui voudraient s'occuper de laitage, aux tonneliers, etc., etc. , des ressources et des richesses infinies.

< Les provinces de Babia et de Fernambuco sont les plus propres à la culture de la canne k sucre^ do coton , du tabac , etc. , et offrent plus de facilité et plus d'avantages à tous ceux qui veulent faire une entreprise de cette nature , ou diriger

l64 ÉTAT ACTUEL DO COHHERCE

des fabriques qui ont du rapport avec leurs pro~ duits; par exemple, une filature de coton, une distillerie, une scierie, une fabrique de tabac, etc., etc.

• Le cultivateur de riz devrait aller à Maranhaô et ; établir des moulins à l'instar de ceux de la Caroline du sud.

« Le cacao et les arbres à épices prospèrent principalement à Para et Searà ; de manière que toutes les proTÏDces du vaste pays qui s'étend depuis l'équateur jusqu'à la rivière de la Plata, et depuis le cap Saint- Augustin (Saint-Rocb), jusqu'aux frontières du Chili et du Pérou , offrent des avantages particuliers à chacune.

« Plusieurs endroits , entre autres les Abrolhos et les embouchures de la rivière des Amazones , abondent en poissons ; et les pêcheries, sur ces lieux, offriraient des ressources infinies à l'industrie turopéenne. On pourrait y préparer les poissons de différentes manières , et dans la suite rivaliser avec les pêcheries de New-Foundland ( Terre-Neuve ).

< On a déjù commencé à faire à Para , et avec le plus grand succès , de la colle de poisson ; et les établissemens de ce genre qui se formeraient seraient , sans aucun doute , secondés par le gouvernement, qui en même temps aurais l'avantage de voir s'élever par de telles entreprises des pépinières de marins.

• Le voisinage de plusieurs ports offrant beau-

DES DEUX INDES. l63

coup de bois de coostruction , donnerait encore les moyeas d'établir des scieries, et de faire construire des barques et de petits navires de cabotage , pour faciliter dans ]a soite tes communications de cea parages avec la capitale et les ports sur la côte étendue.

■ D'après ces considérations , il est , par conséquent, contraire à l'intérêt même des entrepreneurs de Toutoir suivre sans de mûres réflexions les premières impulsions qui leur sont communiquées, et de s'établir dans la pr'oximité de Rio- Janeiro ; car il y a près des rivières navigables , sur la cdte, à Sainte-Catherine, à Porto>Seguro, à Caravellas, sur les bords de la belle rivière Moucouri , etc. , etc. , plusieurs milliers de lieues carrées , que le gouveruemeiit bienveillant offre à tous ceux qui veulent s'y fixer, et où l'on rencontre moins de difficultés pour la communication et les transports que dans le voisinage de la capitale.

■ Je ûois mon exposition en assurant qu'un pauvre paysan, seul, sans aucune assistance, ue pourrait guère trouver d'avantages à s'établir comme colon au Brésil, et qu'au contraire le capitaliste entrepreneur, en se fixant dans uu lieu convenable de ce riche pays , pourrait facilement doubler et quadrupler en peu d'années son capital, et rendre heureuses beaucoup de familles souffranies ou végétant en Europe, eu même temps qu'il est de l'iolérét du gouvernement por-

l66 :ÉTAT ACTUEL DU COHMERCE

tugais de faciliter autant que possible les émigrations pour ce beau pays. »

]] semble que l'Europe doive partager l'iDtérêt qui porte la cour du Brésil à accroître rapidement ta prospérité de ce pays, si propre à un grand développement de ricbesses. C'est te seul peut-être qui conserrera des tiaisous nalionates avec te continent européen ; toutes les autres parties de l'Amérique tendent à l'indépendance et à la séparation absolue. Le Brésil ne formant qu'un état avec le Portugal sous la domination d'une monarchie contititutionnelle , doit entretenir un esprit d'union et de rapprochement entre tes deux hémisphères , empêcher un trop grand isolement , et ménager les intérêts du commerce entre l'un et l'autre monde.

La situation du Brésil donne des avantages au Royaume-uni que n'offre aucune autre colonie. Placé presqu'en face des possessions portugaises en Afrique , le Brésil peut entretenir arec elles de rapides communications, et former ainsi de doubles rapports de commerce et de sûreté. Une grande prospérité dans un état ne peut pas arriver sans que les autres en profitent; ainsi ce qu'on peut espérer des succès du Portugal dans ce grand mouvement, est un héritage que doivent partager toutes les nations commerçantes avec plus ou moins d'avantages, suivant l'habileté ou l'industrie qu'elles sauront y apporter.

Jusqu'à présent le commerce du Brésil , con-

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centré arec la métropole , se bornait à des exportations ùûhles en comparaisoD de ce qu'on a droit d'en attendre.

Rio-Jaoeiro fournissait anouellement dix mille caisses de sucre , chacune de quinze cents livres pesant; deux mille balles de coton ordinaire, chacune de cent quatre-vingts livres; huit cent mille livres de café; deux cent mille peaux de bœuf sécbées; entre douze k quinze millions de cnisades en or ( 36 à 45>ooo,ooo de francs ); entre deux et trois millone de crusades en dîamans (de 6 à 9,000,000 de francs); la plus grande partie de ces diamans passant en Hollande et en Angleterre pour j être vendus au compte du gouvei^ ncment.

L'Indigo ne figure que pour très-^u de chose dans les eovois; il est presque nul.

Bahia fournit vingt mille caisses de sucre , de douse cents livres pesant chacune; dix mille balles de coton de cent vingt livres pesant ; quinze à ringt mille rouleaux de tabac de quatre cents livres pesant; vingt à vingt-cinq mille peaux de bœuf salées ; une grande quantité de bois de cbarronage, de construction jet de menuiserie.

Femambuco fournit quatorze mille caisses de sucre de treize cents livres pesant chaque ; quarante mille balles de coton de cent vingt livres ; vingt mille quintaux de bois de teinture , dont la coupe est aCFennée au compte du gouvernement;

Haragnan donne seize mille balles de coton de

l68 l^TAT ACTDEt BO COMMERCE

cent cinquante livres pesant ; cent mille balles de riz pesant chacune cent cinquante livres ; cent mille balles de cacao pesant chacune cent vingt livres ; cent vingt mille livres pesant de salsepareille ; soixante mille lirres pesant de cannelle sauvage; trois cent soixante mille livres de café; vingt mille peaux de bœuf salées ou séchées; deux cents petits barils d'huile dite de copayva ; soixante mille livres de safran d'Inde; six mille livres de pécoriom (espèce de noix muscade); cent quatre -vingt mille livres d'indigo; beaucoup d'amidon, de bois de charpente et de menuiserie ;

Santo fournit mille caisses de sucre pesant chacune quinze cents livres ;

La pêche de la baleine sur les côtes du Brésil se fait presqu'en totalité par les Anglais, les Hollandais et les Français. Quarante bâtimens envoyés aux cAtes d'Afrique j chargeaient trois cents noirs pour le Brésil, commerce encore existant, quoique interdit dans ce dernier royaume ', et qui devrait l'éti* de fait partout , malgré les réclamations intéressées de ces hommes qiïi comptent pour tout l'argent et le lucre , et pour rien la justice et les droits humains.

' L'écIc do CM^rèade TieDD«,da cj juio iSiS, é»ot Irqi»! le Portogil c*t inlcrrcDO, idople (>rt. t iH) t'abolilion delà tnile |jronon< c^c par 11 déclaralian du 8 février do li memi! mitée ; m a majtni le roi du RojninM-aBi du Porlogal et du Dréiil, a, pir un décret da 6 mai iSiS, ordooD^IacoiiGicaliond» bdtimri» emplojidali traite, et l'affrinchiBement deg oègin irouTét i bord , au profil di->queU le> ibtrtcleiin piieroat l'imcnde.

La présence du gouverneoient , nous le répétons , oe peut que tourner à l'avantage de cette brillante et riche contrée; mais le commerce ny a pas encore été traité avec une égalité de droits qui puisse appeler la concurrence dans les marchés du Brésil.

Od sait que, neuf jours après sou arrivée, 'le roi, alors régent, publia une ordonnauc^ qui ouvrait le commerce du Brésil aux Anglais et aux puissances en paix avec la couronne, moyennant ■vingt-quatre pour cent de droits d'importation. L'exportation fut également permise, en pavant les droits déjà établis, à l'exception du bois de teinture et des autres articles déjà prohibés. Cette ordonnance ouvrait, comme on voit, principalement aux négocians anglais les ports du Brésil.

Il est bon de remarquer ici ce que produisit cette mesure.' Les espérances exagérées qu'on avait conçues en Angleterre sur le passage du roi au Brésil déterminèrent les négocians et les spéculateurs de Londres à expédier des marchandises en quantité dix foisplus considérable que ne comportaient les demandes et les besoins de l'Amérique portugaise. Les envois furent si nombreux ^ que les facteurs' et commissionnaires anglais se virent contraints de mettre leurs marchandises aurabais et à l'encan. Les prix tombèrent et furent tels, que jamais on ne les avait vus si bas. A mcsureque les marehandises anglaises baissaient, lespra-

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duits du Brésil haussaient en valeur. La demande en était énorme, parce que les nombreux vaisseaux qui attendaient une cargaison se trouvaient en concurrence les uns avec les autres. Un an aprèft l'arrivée de la cour, toutes les productions du pays avaient doublé de prix. L'or disparut promptement, parce que les Portugais riches , s'apercevantde l'empressement avec lequel les marchands offraient leurs marchandises , forcèrent ceux-ci à recevoir en échange, à un très-haut prix , les productions du Brésil.

Les Anglais se plaignirent, et les deux cour» signèrent an traité de commerce et de navigation dans lequel les droits sur l'importation des marchandises anglaises furent diminués de neuf pour cent; ils eurent un juge conservateur de leurs privilèges au Brésil, et obtinrent ainâi dans ce royaume un avantage immense sur les autres nations. L'ambassadeur du Brésil à Londres fut autorisé par sa cour à donner des permissions à tous les vaisseaux anglais ou brésiliens qui voudraient porter au Brésil des cotons manufacturés. Ces bâtimens recevaient , à leur arrivée au cap Rio , des instructions relatives au port où ils devaient se rendre. De riches négocians anglais viu' rent alors former des établissemens au Brésil. Ainsi, parleur activité et l'intérêt que chacun prend en Angleterre au succès du commerce , les Anglais partagent encore avec un avantage immense le commerce qui se fait au Bré^.

ji-vGooglc

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Il en reste pourtaot encore une branche immense pour la France; c'est celle des objets de luxe , des meubles , des bronzes , des étoffes de goût, que nous pouYons porter dans ce pays ; mais l'énorme différence de neuf pour cent sera toujours pour nos négocians un principe de découragement et un obstacle qui réduira de beaucoup nos envois au Brésil. Espéroni que te gouvernement français prendra cet objet en ccnsidératioo, et que nos ministres pairiendront à égaliser les droits par des concessions réciproques ou par un traité de conunerce entre la France et les états du roi de Portugal.

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