II
Total de la valeur des exportations des Antilles , y compris Honduras et la consommation des habitans des îles en fruits , légumes et subsistances. . . i8,5i6,54o
*fc
On voit encore , par les états qui nous fournissent ces renseignemens , qu'à la même époque les mêmes établissemens offraient uâe population générale de soixante-quatre mille neuf cent quatrevingt-quatorze blancs; trente-trois mille quatrevingt-un individus de couleur libres; six cetit trente -quatre mille quatre-vingt-seize nègres cultivateurs. Total des individus , sept cent trente» deux mille cent soixante-onze ;
Qu'il y avait un million trois cent un mille quatre-vingt-dix-sept acres de terre en culture 5 trois millions huit cent six mille six cent quatre-vingtdix-huit acres incultes ; une navigation coloniale de vingt mille trois cents tonneaux ; Que la valeur dés productions en li^. steri.
total était de r i8,5i6,54^
596 ÉTAT ACTUEL DU COMltEKGB
Les exportations dans le ro7a.ume- Ht. tterh
uni de 10,387,144
Dans tous autres ports de 800,716
ToTAX de l'exportation. ... 11,1 87,860
Que la Grande-Bretagne importait
dans ces mêmes établissemens
pour une valeur en marchandises
de ses fabriques de Tlnde. ..... 5,979,940
Et que tous les autres ports étrangers
ou autres y portaient pour 1 ,630,796
Total des importations dans
ces établissemens 7,610,736
Nous ne pousserons pas plus loin ces détaild statistiques 9 ils sulQ&sent à notre objet; passons aux dernières acquisitions des Anglais.
Tabago, qui a donné son nom au tabac ^ fut occupée par les Hollandais dès i63â; les Français s'en emparèrent depuis, et c'était la plus ancienne colonie qu'ils eussent en Amérique. Les Anglais, qui en avaient déjà été maîtres, la reprirent sur les Français en 1766 ; ils l'obtinrent à demeure par le traité de 1763. Nous la leur reprimes dans le cours de la guerre d'Amérique septentrionale, en 1781; ils s'en sont remis en possession dans la guerre de la liberté en 1 793. Par le traité d'Amiens , ils nous l'avaient rendue ; mais ils la reprirent ^ et elle leur est restée.
L'âir j est salubre , lés oUragâns n'y sont pas communs , le sol est bon, le pays boisé et bien arrosé.
Deux rades sous le vent peuvent recevoir des vaisseaux de toute grandeur : des embarcadaires commodes entourent toute Tile. On peut de là se porter promptement dans toutes les échelles des Antilles : ii n'en serait pas de même du retour , toujours contrarié par les vents. Tabago , par son voisinage de la Trinité , peut en recevoir des animaux pour sa subsistance. C'est aussi une excellente station pour la contrebande du continent ^.
Quelques écrivains assurent que , malgré les soins que nous nous étions donnés pour franciser cette colonie, entièrement peuplée d'anciens sujets de la Grande-Bretagne, nous n'avions jamais pu détacher ses habitans, ni de cœur, ni de rapports commerciaux , de leur ancienne métropole. On en conclut que le sacrifice n'a pas dû être grand de laisser à Tabago ses anciens maîtyes. Puissent les Anglais en agir de même à l'égard du Canada , dont les habitans sont, au dire de tous les voyageurs , restés attachés de cœur à la mère-patrie !
Tabago offrait à peu près , à l'époque où les Anglais s'en emparèrent en 1 793 , une population de quatre centsblancs, et de huit millenègres esclaves.
Ils exportaient vingt mille deux cent cinquante
' Foyez pour l'histoire de Tile de Tabago , le Voyage à ia Trinité, eo 1807^ de M. Dauxîon Lavaysse, tome i; et VHistoire fthOptojrhique des deux Indes,
quintaux de sucre brut, valant 760,000 fr. ' ; cent cinquante - neuf quintaux de café ; douze mille trois cent dix-huit quintaux de coton ; quarante-cinq quintaux d'indigo ; et pour 3o,ooo fr. à peu près d'autres objets.
On comptait dans Tile, en i8o3, d'après M. Dauxion Lavaysse , quatre cents blancs , siiç cents individus de couleur libres ; dix-sept mille cinq cents nègres cultivateurs. Total , dix-huit mille cinq cents habitans.
Terres cultivées, trente - quatre mille quatre cents acres ;
Terres abandonnées ou incultes , vingt-quatre mille trois cent soixante-treize acres ;
Terres en réserve , deux mille cinq cents acres.
Total général de Tîle , soixçinte-un mille deux cent soixante-treize acres de terres.
On récoltait deux cent soixante-quatre .mille quintaux de sucre à 65 francs le quintal ; c'était 17,1 60,000 fr. ; le rum fabriqué s'élevait à onze mille poinçons de chacun cent dix gallons, valeur 4j4<>o>ooo fr. ; le coton et le café n'offraient guère qu'une valeur de 140,000 fr.
Sainte-Lucie, autre possession nouvellement acquise à l'Angleterre , a aussi l'avantage d'une position au vent de la Martinique et de la Guade-
« Ce sont les prix de l'arrivée dans le port, non compris par conséquent les droits d'entrée.
On doit faire la même remarque pour les valeurs des produits anglais donl il a été question plus haut, el en giînéral pour les valeuw de toutes les importations de denrées.
DSS DEUX IN|)9S. SqQ
loupe , et de plus celui d un excellent port appelé le Carénage joint aux fortifications imposantes du morne Fortuné, qui le domine. Elle a quarante lieues de circuit , et est en général fertile.
Les Français et les Anglais s'étaient alternativement chassés de cette île , qui resta décidépient à la France par les traités de 1 763 et de 1 ^83 ; mais les Anglais la reprirent en 1 8o3. Elle leur est restée par le traité de 1 8 14«
On avait tenté d'y faire d'abord l'entrepôt des fournitures étrangères , ensuite d'y établir des cultures coloniales , mais avec peu de succès ; sans contredit, parla faute du gouvernement, puisque depuis, et sous la domination anglaise, des cultivateurs des îles voisines y ont transporté avec avantage»et succès leurs eapitaujip et leurs ateliers.
Sainte-Lucie exportait en 1789 pour 6,000,000 de denrées en sucre , ep indigo , en cQtpn. La pop^ilation était alors de deux mille cent cinquanteneuf blancs, de quinze cent quatre-vingt-huit individus de couleur libres, et de dix-sept mille deux cent vingt-un esclaves noirs.
A la même époque 9 cinquante sucreries occupaient sei%e cent trente carreaux ou carrés de terre , cinq millions deux cent quarante mille pieds de café , deux millions cinq cent douze mille pieds de cacaoyers, et six cent cinquante carrés de coton ï. Toutes ces productions rapportaient près de
1 Le carrean est une mesure agraire des colonies françaises , qui a trois cent cioquante pieds sur chacun de ses côléii; ce qui fait trois
4j00o,ooo de liv. tournois de revenu à ses habitans» Sainte-Lucie a fait de nouveaux progrès depuis que l'Angleterre en est en possession. En 1812, on y comptait cinq cents blancs , trois cent cinquante gens de couleur libres , vingt-quatre mille nègres cultivateurs. Elle avait quarante mille acres de terre en culture , une navigation de deux mille tonneaux. On évaluait ses produits à cinq cent quatrevingt-quinze mille six cent dix liv. sterl. Ses exportations allaient à trois cent trente-cinq mille quatre cents liv. sterl. ; ses importations , à cent mille neuf cent quatre liv. sterling.
L'estimable auteur des Harmonies maritimes et coloniales dît , en parlant de cette île : « Il est pour la France dii plus grand intérêt de se faire rendre cette colonie, tout à la fois agricole et militaire. »Nous ne voyons qu'une difficulté à l'exécution de ce vœu , c'est d'y contraindre l'Angleterre ; car, àmoinsd'un échange de même valeur, elle ne cède jamais ses possessions, et tâche de ne point se mettre dans le cas d'y être contrainte.
Occupons-nous maintenant des établissemens qu'elle possède aux Indes orientales et dans les mers adjacentes. Nous parlerons d'abord de l'île Maurice , des Séchelles . et de quelques autres îles situées dans le golfe Persique, la mer Rouge et l'Océan atlantique.
mille quatre cent ciaq toises carrées pour la surface d'uD carreau.
Od estime que te produit d'un carreau de bonne terre, bien cultivé ,
planté en cannes ^ est de trois mille quatre cent quatre-vingt-neuf li-
rres pesant de sucre brnt.G'était son produit à Saint-Domingue en 1789-
DES DEUX INDES. 6ol
Sans la liberté du golfe Persique, le commerce anglais serait privé des débouchés que présentent les contrées méridionales de la Perse. Sous ce prétexte donc de détruire les corsaires qui infestaient ce golfe, et de trouver un point de relâché pour ses vaisseaux dans TOcéan indien , la compagnie des Indes a fait explorer le golfe ; et ce n'a pas été sans succès.
Au mois de juillet 1816, le capitaine Ashley Maude , commandant du vaisseau le Favori ^ envoyé par le gouverneur de Bombay, a découvert dans le golfe Persique un groupe de sept îles qui ne se trouve sur aucune carte hydrographique ; mais que les Portugais^ont fréquenté autrefois. Le capitaine en prit possession au nom de sa nation. Ces îles sont réunies autour d'un banc d'huîtres à perles qui peut avoir soixante-deux lieues de long sur vingt-cinq de large du nord au sud.
Un pareil résultat n'a pu qu'encourager la compagnie à faire de nouveaux efforts pour s'assurer le donîaine de cette mer ; aussi est-elle déjà en quelque sorte maîtresse de la mer Rouge.
La conquête de l'Egypte par la république française, sous le commandement du général Bonaparte , avait montré aux Anglais que leurs possessions de l'Inde et leur commerce dans l'Océan qui en baigne les côtes pouvaient être compromis par la puissance qui serait maîtresse de cette belle portion de l'Afrique'. Dès-lors ils ont dû chercher
* Il faut être aTsuglé par la passion, par le dégoût de son paysj
602 ETAT ACTUEL DU CaMMERGE
dans la mer Rouge, ou sur les côtes orientales de TAfrique, un appui dans quelques possessions isolées , mais sûres.
La mer Rouge a donc été explorée comme l'avait été le golfe Persique : Tîle de Socotora a p^ru aux Anglais propre à remplir leur objet ; et si Ton s'en rapporte à quelques relations récentes , la compagnie anglaise s'est rendue maîtresse de cette île , qui lui donne la clef de la mer Rouge , du commerce de l'Arabie heureuse et de la côte orientale d'Afrique.
La mer Rouge méritait l'attention que lui donnent les Anglais, non- seulement par les motifs politiques que nous venons d'indiquer, mais encore à cause de son importance commerciale. Elle est le centre d'un commerce très-étendu , indépendamment des perles qu'on y pêche. C'est là que viennent aboutir la myrrhe et les autres parfums de l'Arabie dans les ports de Djedda, d'Aden et de Bfoka, son ambre gris, ses chevaux, jugés les plus parfaits qu'il y ait au monde ^ et surtout le café de ITemen, si recherché sous le nom de moka. L'Abyssinie orientale dirige vers la même
par le mépris de sa gloire > pour ne pas apprécier tout ce que la conquête de rÉgypte présentait de grands résultats pour la France et la civilisation d'une des plus belles moitiés du monde. La baine^ l'esprit de parti ont jeté de la défaveur sur cette grande expédition^ dont les Anglais euK -mêmes pouvaient tirer de nombreux avantages en s'uaissant à la république dans le partage des résultats qu'elle attendait : le temps apprendra aux Anglais s'ils se sont trompés f et si une monarchie turque établie en Egypte peut, à l'égal d'une puissance européenne « combattre leur redoutable rival au Levant.
DES DEtX INDES. 6o3
mer et les ports de Souakem et de Masuah ses cotons , son ivoire , des cuirs , des. grains , des bestiaux , de Tor en poudre.
Lord Yalentia^ fut donc chargé par la compagnie des Indes de reconnaître cette mer. Il a étendu ses recherches sur la côte d'Abyssinie, et y a fait la découverte d'îles nommées, Tune Hotac^ et Tautre Valentia^ ainsi que de quelques autres îles moins considérables , mais où le commerce fait abonder tout ce qui est nécessaire à la vie.
Ce voyageur a vérifié que l'ancienne aversion des Abyssins pour les nations de l'Europe n'exis-» tait plus ^. Les Anglais ont en conséquence établi des relations utiles av«c l'Abyssinie. Ils fournissent à la côte de Masnah , pour la côte d'Habesch et les provinces intérieures , des draps d'Angleterre , des armes, des munitions, et des produitsdes manufactures de l'Inde ; ils prennent en retour des cuirs ^de l'ivoire^, de la civette, des moutons , du beurre fondu, de la poudre d'or, etc. Passons à Madagascar,
L'Angleterre n'a fait jusqu'à présent aucune tentative sérieuse pour s'y établir. Cependant les
' Le vicomte Georges V^ienlia fut chargé par le gouverneur général de l'Iade de parcourir la mer Rouge. Il a rendu compte de son expédition dans un voyage traduit en français , et imprimé en 181 5.
* Cette partie de l'Afrique semble se présenter aux expéditioas de nos armateurs 4 aux recherches de nos voyageurs, et aux spéculationii diverses du commerce. Malgré la supériorité anglaise , les Français ne pourraient-ils pas encore y trouver place à quelques établissemens ou entreprises de commerce f Fuissions-nous être entendu de nos compatriotes, si peu attentifs à leurs intérêts, ou si faciles à s'en laisser distraire par de misérables divagations 1
6o4 ÉTAT AGT15EL DU COMMERCE
baleiniers anglais, qui viennent préparer dan» cette grande île les produits de leur pêche de l'océan du nord , se disposaient il y a deux ans à demander que leur gouvernement y formât sur la côte jnéridionale un établissement où ils pussent se livrer sans crainte à leurs utiles opérations.
Nous ignorons s'ils ont réussi dans leur demande ; mais il eàt difficile de croire que le gouvernement anglais n'y ait point fait attention. On doit présumer qu'il en prendra occasion d'établir un fort et des magasins sur ce point de l'île ; et peut-être ce fort et ces magasins seront-ils formés avant qu'on en ait connaissance en Europe.
Il en a été à peu près ainsi des îles de Trîstand'Acunha, situées dans l'Océan atlantique méridional , au sud-ouest du Gap de Bonne-Espérance. Elles forment un archipel de quatre îles, susceptibles de bonne culture , et dont nous devons une description intéressante à M. Du Petit Thouars. Les Français pouvaient s'y établir , d'après la relation qu'en a donnée ce savant navigateur. Un Américain de l'Union en avait eu l'idée : mais les Anglais, qui craignaient que ces îles ne leur échappassent, prétextèrent (ils n'avaient pas besoin de prétexte ; qui leur aurait résisté?) que là sûreté du prisonnier de Sainte-Hélène exigeait qu'ils y eussent des forces. En conséquence , ils en prirent possession en 1 8 1 7. Au moment où nous écrivons , Tristan-d'Acunha ' est une colonie an-
' C'est la plus grande qui donne ion nom au groupe ; elle a environ
DES DEUX INDES. 6o5
glaise y protégée par un détachement de troupes , par des forts et par des batteries.
Sainte-Hélène j dans le même océan , a aujourd'hui une tout autre importance pourTAngleterre que celle de son commerce:c'étaitauparayantlelleu de relâche des vaisseaux allant de l'Inde euEurope, ou d'Europe dans Tlnde. L'Ascension , dont nous allons parler , l'a remplacée pour la relâche. .
Les tables statistiques de Golquhoun donnent à Sainte-Hélène (, pour l'époque de 1812 , une population de dix-huit cent quarante-six Européens, sur quoi , trois cent quarante-six , tant de troupes royales que de personnes au service de la compagnie des Indes; deux mille neqf cent soixante-dix naturels de l'île., dont neuf cent soixante-^dix au service de la compagnie. Total général des habitans de Tile , quatre mille huit cent seize ^
C4es forces, dispropottioi^nées avec le peu d'étendue de cette possession, devenue-si célèbre depuis, anaoncent que, dans tous les temps, rAngletegrre y a mislaplus haute importance. L'île est imprenable.
Sainte-Hélène , située à i5 degrés 55 minutes de latitude sud , et à 5 degrés 49 minutes; de Ipngitude ouest de Greenwich, est à trois cent qua-
cinq lieues de tour. Ces parag^es sont fréquentés, par beaucoup de baleiniers.
' Un recensement fait en iSoi donnait pour la population de Sàinte- Hâène cinq cent quatre blancs , quinze cent soixante nègres « dont trois cent Tingl-neuf libres y en tout deux mille soixante-quatre « non compris la garnison et les employés de la compagnie.
6o6 ETAT ACTUEL DU COMlfERCE
rantè lieues marines du cap Négro en Afrique, et à six cents de celui de Bonne-^Espérance,
L'île a, dans sa plus grande longueur , enTÎron dix milles anglais , et six milles et demi de large '• Sa circonférence est de yingt-huit milles , et sa surface de Tingt^quatre mille arpens.
L'endroit où l'on débarque est une petite baie en forme de demi ^ lune , et ayant tout au plus cinq cents pas d'ouverture. Elle mène à un chemin bordé d'un côté de canons de gros calibre, et de l'autre de deux rangées d'arbres. Pour entrer dans la yille , nommée Jamestwon ^ on passe sous une porte construite dans une es«pèce de rempart, qui forme un. des côtés .d'une place d'armes d'etiviron cent pieds en carré. On y voit sur la gauche l'hôtel du gouvernement et un corps-de-garde. L'église, située en face de la porte, est d'une architecture simple , mais élégante. Les maisons delà grande rue , qui vient aboutir à cette place, sont propres et bien bâties. Deux autres rues la traversent , où l'on voit plusieurs boutiques etplusieurs magasins bien fournis en marchandises de l'Inde et de l'Europe. Cette ville est placée entre deux très-hautes montagnes qui la dominent. Les routes par où l'on se rend dans l'intérieur de l'île sont tracées le long de ces montagnes , et sont commodes et sûres. L'île est partagée en deux parties inégales par une chaîne de montagnes- Le
■ Le mille anglais est le tiers de la lieue de deux mille deux cent quatre-vingLs toises.
pic de Diane y qui se trouve à l'extrémité d'une de ces chaînes , est le point le plus éleyé de Vile ; il a deux mille six cent quatre-vingt-douze pieds audessus du niveau de la mer. Il y a un assez grand nombre de sources d'eaux vives et limpides qui coulent de ces montagnes; mais elles ne forment que de faibles ruisseaux par leur exiguïté.
A environ une lieue de la ville est la maison du gouverneur ^ ; elle est agréable , et entourée de riantes et belles plantations. L'air de l'île est en général bon ^ et rarement le thermomètre s'élève à Jasàestown au-dessus de s i degrés ; mais la chaleur, réfléchie parles coteaux ^ s'élève , à certaines expositions, au degré de celle de la presqu'île de l'Inde.
On croit que l'île recèle des mines de fer. Où y trouve ime pierre susceptible d'un beau poli , et qui pourrait être employée à la lithographie *. Le sol de l'île ée Sainte-Hélène est en général gras et argileux ; sa qualité, jointe à la température du climat ^ le rend également propre aux productions de l'Europe et de l'Inde. On y trouve plusieurs espèces de bois et d'arbres prédeux transportée de riftée. Le beau gommier suriout , qui est tou* jours vert , et d'où découle une gomme aromati-
' HudsoD Lowe, gouverneur de cette île, s'est rendu célèbre par sa dureté, sa surveillance inquisitoiiale et minutieuse, qui éloigne de Sainte-Hélène les navires anglais venant d'Asie, etles force à se rendre m l*île de V Ascension, dit M. Beaumont de Brtvasac. De ^Europe et de ses colonies y tome 2 , page 169.
' On assure que des personnes attachées à là suite de Bonaparte s'occupent en effet sous ses yeux de lithographie ;i et qu'elles y emploient cette pierre.
6o8 ÉTAT ACTUEL DU GOUUERCÈ
que f est un des plus beaux ornémens de Tîle. On y cultive avec succès le raisin, les figues et les oranges dans les vallées près de la mer. C'est là aussi que croissent les bananes et d'autres productions des climats chauds. Les bœufs et les moutons d'origine anglaise y ont bien réussi; mais on n'en élève pas assez pour que la viande soit abondante dans l'ile ; elle y est fort chère , ainsi que la volaille, et d'autres provisions que l'on tire du Cap de Bonne-Espérance. •
L'ile de Sainte-Hélène ne forme qu'une paroisse. Elle, est divisée en trois districts, et il y a une église dans la ville, et une dans la campagne. De grands travaux ont été faits pour la demeure du prisonnier et de sa suite ; en sorte qu'on pourrait dire qu'il a^ une prison superbe, si jamais il pouvait y avoir une belle prison ^ L'île de Sainte-Hélène avait été donnée à perpétuité à la compagnie anglaiae des Indes. Elle a été rachetée pour le temps nécessaire,, afin d^en faire l'emploi actuel. Il y a un gouverneur, un sous-gouverneur et un conseil ; mais l'importance de cette île.aujourd'hui en a fait remettre toute la police entre les mains du gouverneur ^.
t Bonaparte fut conduit à Saiute-Hélène sur un vaisseau de ligne ie NoHhwmiteriand , suivi des bâtimens U Feimouth , la Havanah , U RedpoU^ la Zénoéie^ Vleartts , sous le commandement du contreamiral Georges Cockburn. La flotte sortit du canal le ii août 181 5 , et arriva à Sainte-Hélène le i5 octobre. Bonaparte débarqua le 18; Ton tira trois coups de canon lorsqu'il mit pied à terre.
* Nous avons épargné à nos lecteurs tout ce que les écrivains d^
L^ile de rAscensiou, située et comme perdue au milieu de l'Océan atlantique, qui était, disait-on, dépourvue d'eau, et dont on n'approchait que pour y prendre des tortues , est devenue un établissement anglais important. En 1817 , des bàtimens chargés de matériaux de construction sont partis des ports d'Angleterre pour l'île de l'Ascension. De l'artillerie , des soldats , quelques déportés et des femmes ont suivi ces premières expéditions. L'ile a pris depuis un accroissement considérable ; plusieurs navires venant d'Asie préfèrent cette station à celle de Sainte-Hélène , où les mouvemens du commerce sont nécessairement entravés par les dispositions qu'exige la nouvelle police de l'île.
S'il fallait en croire un écrivain que nous citons souvent , et dont l'ouvrage indique un patriotisme éclairé, quoique mêlé d'un peu de prévention contre l'Angleterre , M. Beaumont deBrivasac , les Anglais, en s 'emparant de l'Ascension comme de Tristan d'Acunha, sous prétexte de veiller à la sureté de Napoléon, n'auraient eu d'autres vues que de prévenir les Américains , qui avaient témoigné l'intention de s'y établir. Loin de s'en incftiiéter, le monde commerçant , préoccupé d'une autre crainte , en a été satisfait. « Le véritable objet du cabinet britannique , ajoute l'auteur, n'a été de-
parti , ou plutôt de mensonge » se «ont permio en parlant de Sainte Hélène. On trouve renfermées dans cette sentence : Disoitejusii* iiann moniti^ toutes les réfle&ions que pourrait faire naître la captivité du prisonnier.
6lO ÉTAT ACTUEl. DU COMMERCE
YÎné que par quelques hommes iatelligens^; ntiais ils se sont tus. »
L'île Rodrigue, les Séchelles et rile-de-Francc , aujourd'hui ile Maurice , que les Anglais ont acquises dans la mer des Indes , sont d'une plus grande iqiportance *•
L'île Rodrigue est à cent lieues à l'est de l'Ilede-France ; son étendue est de sept lieuea sur deux de large. Elle est environnée d'un banc fort pois- SQnnçux 9 mais où se trouyent deux chêoeaux qui permettent aMX petits bâtiment de s'approcher de la côte; le fond du sol n'est qu'un rocher de pierre calcaire covivert dVne couche plus ou moins épaisse d^ tej^re fertile : les tortues y sont en grande abopdauce.
Les Français y tenaient un poste militaire pour la gs^rde de l'ile. Depuis que les Anglais en sont maîtres, ils y ont établi des cultures ; mais le principal objet qu'lLsoj^teu en vuç en s'en emparant aélé de se fortifier dans cette partie de l'Océan indien pour y protéger lev»r navigation. Les Séchelles ont une plus grande valeur territoriale, et contribuent au mâip(ie but. Cowme elles sont peu conaues » nous enidonnerons une idée plus détaillée.
L'arclpiipel qui les compose a pris son nom de Morcay de Séchelles , officier supérieur au service de la compagnie des Indes de France, à l'époque où l'on en fit la découverte. La principale se
' L'article 8 4u traité dii 5o mai i}ii4 itur confirme La possettion de ces îles , dont ils s^étaient emparés pendant la guerre.
DBS DBUX INDES. 6l I
Domoie Mahé^ parce que de petits bâtimens envoyés par M. Mahé de La Bourdonnais, gouverneur de rile - de - France, y abordèrent pour la première fois en 174^ '•
L'archipel réunit une douzaine de petites iles, et un plus grand nombre d'îlots et de rochers, éparpillés sur un banc de corail. et de sable qui s'étend du sud - est au nord - ouest , sur un espace de soixante^ix lieues.
Trois lies de celles qui composent l'archipel des Séch^lles sont seules habitées , Mahé , Praslin et Ladigue.
Le havre de Mahé est excellent, et Ton y est parfaitement à l'abri du vent. Cette île est la plus peuplée et la mieux cultivée ; elle a cinq à six lieues de longueur sur une largeur d'une lieue et demie. Elle n'a qu'un seul village, qui est la présidence du commandant. On y compte deux
' Mahé de La Bourdonnais, dont un descendant siège aujourd'hui au côté droit de la chambre des députés, cU^it né à Saiot-Malo, en i69<), d'une famille de négocians. Il fqt chargé de bonne heure des affaires de la compagnie des Indes , qu'il servit utilement en augmeutant sa fortune. Le roi le nomma en 1741 gouverneur des iles de France et de Bourbon. Les Anglais dominaient dana Tlnde. La Bo^fdonnais arme une flotte, les attaque, les bat> xpet le siège dçvant Madras, qui se rend en septembre ly^S, Les vaincus se rachetèrent moyennant 9,000^000. Les ricJiesses que La Bourdonnais av^it acquises lui firent dex ennemis plus que sa gloire. On peignit le vainqueur de Madras comme un prévaricateur qui avait exigé une rançon trop faible, et s'élait laissé corrompre. En arrivant en France, La Bourdonnais fut mis à la Bastille. Son procès dura trois ans et demi. Une cominÎMion du coni^eil fut chargée de le juger : eUe l'acquitta ; il fut mis en liberté et rétabli dans ses honneurs , dont il joutt peu. li mourut en 1754» âgé de cinquante-cinq ans.
6lâ ÉTAT ACTUEL DU COMMERCE
mille six cent quarante-huit âmes , y compris la garnison.
Praslin tire son nom du ministre qui le portait ^ : elle est la seconde du groupe en grandeur et en population. Elle a deux cent soixante-un habitans , y compris le militaire.
Ladigue a reçu son nom du premier vaisseau qui y aborda; elle n'a que soixante-onze habitans *.
Les habitans de cet archipel possédaient à la même époque six bâtimens pontés, le plus considérable de quatre-vingts tonneaux , le plus petit de vingt : ils servent à échanger leurs productions avec les Ile-de-France et de Bourbon, à entretenir quelques relations commerciales avec Madagascar et la côte de Mosambique.
Aujourd'hui Mahé et Praslin fournissent annuellement au commerce trois cent cinquante à quatre cents balles de coton , du poids de trois cents livres chacune. Les habitans ont commencé à planter le café , et ils en récoltent assez pour leur consommation pendant dix-huit mois. Le sol est favorable à la culture du girofle et du cinnamome.
Les fruits et les légumes y sont rares , par la négligence des habitans à se livrer à cette culture. Les bois y sont excellens pour la charpente et les
' 11 s'agit ici de César Gabriel de Ghoîscul, duc de Prasiio, qui entra en 1761 au ministère des aifaires étrangères ; il s'en retira ea 1766 pour passer à celui de la marine, et mourut en 1785.
' Ceci se rapporte à l'année 1819.
DES DEUX INDES. 6l3
bordages de navires ; on y trouve des tortues de mer d'une grosseur prodigieuse , quelques-unes pesant jusqu'à cinq cents livres. Quant aux tortues de terre, très - abondantes dans ces îles autrefois, elles y sont devenues rares par la destruction.
Terminons ces détails par un tableau statistique des Sécbelles, que nous tirons, ainsi que lesprécédens détails > d'une relation imprimée en Angleterre en 1820.
Population^ en 1819, des (tes Mahéj Praslin
et Ladigue.
Blancs. De couleur , libres. fsclaves.
Hommes.^... 97 18 3,533
Femmes .... 69 39 2,533
Garçons .... 107 54
Filles 77 3o
^^^MMB^M^B^^B^ m^m^i^a^m^mmmi^'^ ^■^^■^^^^■^^^m»-»*
Totaux.. 34o i4i 6,066
Total général de la population, 6,547 individus.
Cultures.
Acres cultivés en vivres 2,432
en coton ... ; 2,720
en canne à sucre .... .r^r-^ 220
Total 5,372
6l4 ETAT AGTIJEI DU COMMERCE
Troupeaux.
Bêtes à cornes , 3oo
Brebis. w 2200
Chèvres 1 5o
Porcs 800
Total 1 ,4^0
Cet état fait assez connaître l'infériorité des cultures dans les Séchelles ; aussi n'est-ce pas par ce côté qu'elles intéressent l'Angleterre. L'auteur anglais a soin de nous en instruire. « On ne peut douter, dit-il^ que ces îles ne fussent très-importantes pour la France. A l'époque où cette puissance possédait celles de France et de Bourbon, elle y trouvait des facilités pour nuire à notre commerce de l'Inde..... Quant aux avantages que l'Angleterre où l*Ile -de -France peuvent retirer aujourd'hui des Séchelles, ils consistent à tenir nos ennemis éloignés de cette derhiére possession. »
Les îles de l'Amirauté ou de l'Amirante , qu'on trouve au sud -ouest des Séchelles entre Madagascar et la côte d'Afrique, au nord du canal de Mosâmbique, et dont les principales sont CofnorOj Jdhanna , Mvyotte^ Albreda^ n'ont pas été négli- ^s par les Anglais ; ils en tirent diverses subsistances. A s'en rapporter à l'écrivain anglais qui a décrit les Séchelles, les groupes des îles de l'A-
DES DEUX INDES. 6l5
mirauté Qourrissent habituellement deux cents bœufs et une centaine de moutons. Les habitaus peuvent fournir aux vaisseaux en proportion de cette quantité. Ces ilôts ne produisent d'ailleurs aucun graminée ou céréal pour la subsistance , si l'on en excepte le blé d'Inde et le riz , qui suffi* sent à la consommation des habitans et de leurs esclaves,
La mer, dans ces parages , renferoie beaucoup de poissons ; mais la rareté du sel ne permet pas que l'on fasse de salaisons : les habitans n'en pèchent donc que la quantité nécessaire à leurs besoins.
Le groupe de ces iles est au re^te si oial indiqué sur les cartes, que Ton ne peut sans danger naviguer alentour. On croit que le gouvernement anglais s'e^t occupé d'en faire faire le relevé î il ne man-^ quera pas, dans ce cas, de les classer<tout-'à''f^it au nombre des possessions britanniques ; et qui osera lui en disputer la jouissan^ce ?
Nous pourrions , en suivant la direictioB trs^céQ sur la carte, passer aux possessions anglaises du continent indien, après ce que nous venons de^ rapporter de celles qui en forment en tfuelique sorte les avant- postes ; mais nous préférons de continuer l'analyse; des établissemens insulaires de TAugleterre dans les deux océans , avant de nous arrêter à ceux de l'Inde, par où nous te^rmineron^ le vaste et riche tableau de son empire ^^ns Ijè^ deux hémisphères.
6l6 ÉTAT ACTUEL DU COMMERCE
Sumatra s'offre d'abord : les Hollandais y ont quelques établissemens ; mais les Anglais y ont jeté les fondemens d'une domination qui doit finir par envahir toute l'ile.
Sumatra , dont l'étendue est de trois cent soixante-seize lieues de long sur une largeur variable depuis trente jusqu'à quatre-vingt-cinq lieues, n'était connue que sur ses côtes; aucun Européen n'avait osé s'enfoncer dans l'intérieur, qu'on supposait habité par des nations féroces. Cependant les naturels, qui, depuis un temps immémorial, viennent vendre sur les bords de la mer l'or, le camphre , la casse et d'autres productions du pays, ne justifiaient pas le préjugé qui s'était accrédité contre eux.
Sir Thomas Raffles , gouverneur de Bencoleen , établissement anglais dans l'ile , et iin de ces Anglais qu'anime un grand zèle pour leur patrie , tira parti de cette observation : il conçut et exécuta le projet d'explorer Sumatra. Il y pénétra jusqu'au centra, et traversa trois fois sous différentes directions les provinces intérieures. Quelle a été sa surprise ! des terres riches, un sol fertile et aussi productif que Java ; presque partout de belles cultures , un air sain , aromatique , vivifiant, de belles montagnes couvertes de forêts et recelant des trésors dans leur sein ; une population nombreuse , sociable, active; des hommes plus fojrts, plus courageux, mieux faits que ceux des côtes; des mœurs douces » hospitalières, sans
. DES DEUX INI>£^ 617
doute entretenues par la paix et Tabondance dont ils jouissent dans leur heureuse indépendance.
Sir Baffles n'a pas manqué dans sa traversée de se faire aimer de ces peuples. Il a conclti des traités avec les souverains ou chefs qui les gouvernent ; et depuis ce moment L'Angleterre ne néglige rien pour concentrer, s^il est possible, à Sumatra le commerce de Tar^îhipel indien , dont Java jusqu'à présent avait été presque seule en possession. Les Anglais y multiplient les plantations , y introduisent de nouvelles cultures. Bencoleen et le fort Marlborough ' en sont entourés, et les voient s'étendre chaque jour. Un nouvel établissement formé au nord de l'île en 1818 fait de )*apides progrès, et voit s'élever de belles plantations d'arbres à épices et d'autres végétaux précieux.
Les Hollandais, qui ont leur établissement à Padang, avec un territoire assez étendu, ne voient qu'avec une extrême jalousie ces entreprises des Anglais : niais le temps n'est plus ou les premiers dominaient dans ces mers; leurs rivaux s'y sont fait aimer par plus d'adresse et d'intelligence dans l'art de gouverner ; la marine britannique d'ailleurs a pris possession de tous les ports occidentaux de l'île , et ne craint point d'en être dépossédée par celle du roi defr Pays-Bas. On ne peut donc révoquer en doute que l'Angleterre comptera sous peu une belle colonie de plus à Sumatra.
' Le fort Marlborough donnait à la compagnie des Indes , en 181 a , un revenu de i3,755 1. st., et les dépenses allaient à 75,734 Uv. sterlv
6l8 ÉTAT ACTUEL DU COMMERCE
Cette colonie est déjà digne de tous les soins qu'y apporte le gouvernement ^
Ce n'a pas été assez pour les Anglais d'avoir accru leurs domaines et leur puissance à Sumatra , ils ont acquis alentour d'autres possessions.
C'est ainsi qu'en 1819 ils ont acheté l'île de Sincapore , que le sultan de Johore " leur a vendue. Cette lie, outre sa position favorable pour la défense des établissemens de Sumatra , réunit des avantages qui doivent la rendre précieuse. Les Anglais y ont formé une colonie qui prospère^ Voici comme en parlait un officier de la marine anglaise dans une lettre datée de Madras, 23 août 1819. . • •
« Les nouveaux colons de Sincapore s'y trouvent bien, et semblent devoir prospérer. Tout annonce que la colonie deviendra florissante. Le faâvre est sûr, accessible à volonté , et situé près de l'île Saint-Jean , de manière à commander le passage du détroit comme Poulo-Pinang en commande l'entrée. L'eau de cette île est excellente. On y respire un air pur, et les indigènes ne connaissent aucune des maladies qui s'attachent aux climats chauds. Le long de la rade s'étend une plaine superbe, dans laquelle nos colons vont donner un libre essor à leur industrie. Lorsque je visitai cette
' L'Histoire fhiioiopkique fait coBDattre avec détail la topographie de cette fie ci Tori^pne de »a découverte, filous y reovoyoo» uos lecteurs.
* Ce sultan est un des princes ou cijefs de U presqu'île de MaUcca, •loff tributaire du roi de Siam.
DES DEUX IMDES. 619
île en 1816, on y voyait* à peine trente maisons : oiaintenàut on eh bâtit de tous côtés , etc. »
Les Anglais avaient déjà acquis en 1782 la possession de Poulo-Pinang à l'entrée du détroit de Malaeca.
Cette ile^ située en face du royaume de Queda, et qui forme avec la terre ferme une baie assez vaste et à Tabri des vents, fut donnée au capitaine anglais Light, par le souverain de ce petit état : il en avait reçu des services dans des troubles élevés chez lui. Le roi de Queda, pour témoigner sa feconkiaissance au capitaine, lui donna sa fille , et pour dot Tile de Poulo-Pinang. Vraisemblablement k prince malatis n'avait en vue dans Ciette alliance que de s'attacher l'Anglais. Mais le capitaine Light , officier au service de la compagnie des Indes , aima mieux céder sa souveraineté et en faire hommage à ses maîtres qu« de jouer le rôle de vassal du roi de Queda. L'offre du capitaine fut acceptée par eux; ils prirent possession de Tile, qui est appelée aujourd'hui île du Prince de Galles.
Ce poste est devenu d'autant plus précieux pour ks Anglais, qu'il assure à leurs flottes, pour y être réparées à la suite d'une bataille, ou pour se maintenir, dans toutes les saisons, à tane petite distance de la côte de Coromandel et du Bengale, un port sûr et commode.
L'île de Poulo-Pinang ou do Prince de Galles a près de don^ lieues de tour. Elle est arrosée par plu-
sieurs petites rivières qui donnent de Teau en abondance. Ses montagnes sont couvertes de bois propres à la construction, et même pour les mâtures. Elle produit du sucre, du riz, des fruits , des végétaux de toutes espèces , des bestiaux , de la volaille , qui s'y vendent à prix modéré.
Le plus grand avantage de cette possession pour les Anglais , c'est de les rendre maîtres du détroit de Malacca, et de protéger leurs projets sur Sumatra, à quoi ne doit pas peu contribuer aussi l'acquisition de Sincapore.
Suivant les tables de Golquhoun, l'île du Prince de Galles présentait en 1 8 1 2 une population de cent soixante-quinze Européens', et de dix-huit mille huit cent deux indigènes ; savoir : cent dix-neuf Européens au service de la compagnie , y compris les troupes royales ; cinquante-six Européens, non au service de la compagnie ; six cent vingt-sept indigènes à ce service, et dix-huit mille indigènes qui n'y sont pas.
Les revenus que la compagnie retirait de cette possession s'élevaient seulement à 75,406 1. sterl. et les dépenses de toute espèce à 166,084 !• sterl. ; résultat qui prouve que c'est bien pljus pour l'avantage de ses autres établlssemens que pour ceux qu'elle présente , que Poulo-rtnang est précieuse aux Anglais , et surtout à la compagnie des Indes.
Ces nouveaux domaines de l'Angleterre lui sont d'une plus grande importance que l'île Maurice, dont ils nous ont fort mal à propos dépossédés. Eux-
mêmes avouent que , sans la possession de Tile Bourbon , Tilç Maurice ne pourra jamais prospérier comme au temps où elles étaient sous une même administration.
On connaît trop cette île par ce que Tauteur de ï Histoire phibsophique en a dit pour que nous nous attachions à la Récrire. Son état de culture et de population se trouve dans les tables de Colquhoun ; nous nous bornerons à le faire connaître.
Elle est située , ainsi que ses dépendances , et Tîle de Bourbon , à la côte orientale de Madagascar ^ et plus près de l'Afrique que de l'Inde ; mais, comme elle était le premier échelon de nos établissemens aux Indes orientales , on la rangeait dans la classe des possessions dépendantes de ces établissemens.
L'Ile-de-France a en étendue une surface de quatre cent mille arpens. La température y est saine, et la chaleur modérée ; mais cette île est sujette aux ouragans. Les terres y sont en général peu profondes et pierreuses.
On y cultive le blé , le riz , le maïs , le sucre , le café , le coton , les épices. Mais , après la consommation de l'intérieur prélevée , il reste peu de chose pour l'exportation.
Originairemept découverte par les Portugais , occupée, ensuite par les Hollandais , qui lui donnèrent le nom de Maurice ' , elle ne reçut
* Maurice de Nassau , prince d'Orange , dit (e Taciturne, fondateur de la liberté bata?e. 11 soutint les efforts de la république de Hol-
qu'en 1720 les premiers habitans français venus de l'ile Bourbon. Quinze ans après, la compagnie des Indes chargea M. de La Bourdonnais d'y faire un établissement solide.
Elle est susceptible de grands accroissemens de culture. Les recensemens de 1789 annonçaient soixante mille noirs cultirateurs.
On y remarque un établissement appelé Jardin des plantes^ qui réunit les productions régétales de tous les climats. L'origine en est due à M. Poivre, intendant des îles de France et de Bourbon , à qui CCS deux colonies doivent la prospérité à laquelle elles s'étaient élevées ', et qu'il administra depuis 1765 jusqu'à 1773, qu'il les quitta.
Les Anglais s'étaient emparés de ces deux îles : par le traité de Paris du 3o mai i8i4 j ils u'ont gardé que celle de France , et nous ont rendu l'ile Bourbon.
On comptait dans la première , en 1 8 1 2, dix-sept mille blancs, quatre mille habitans de diverses cou leurs libres, soixante-dix mille nègres cultivateurs
laode à «a naittsance coatre toutes Ie« furets de TËspagDe^ alors sou mise à PbiUppe ii , appelé le Démon du midi, Maurice <l« Namau aurait pu afiTranchir la Hollande à soo profit : il ne le leqia mâffie pas , et l'affranchit au profit de la liberté^ qui , pendant près d'un siècle, fit de ce coin de i%urope une des première» puissances continentales Elle n'est pltt« qu'une province jdu rojaume des Paja-Bas.
■ On doit à M. Poivre d'excellentes observations sur l'état de la culture en Afrique, dans I^ïs InJea, à la Chine et à la Gochinchine. Elles ont été imprimées sous le titie de Voyage d'un fhUoiopKe» Elles se trouvent dans le recueil.de ses œuvres, imprimé'en 1797, et précédé d'une notice ft»iographique rédigée par son ami Dupont de Nemours , qui épousa sa veuve , encore vivante.
DES DBUX INDES. ^ 623
L'état des terres cultivées les portait à quatrevingt mille acres , et celui des terres incultes à cent cinquante-deux mille six cent quatre-vingts acres.
Sa navigation employait un tonnage de trois mille tonneaux.
La valeur des productions , y compris les Vivres et les fruits t était estimée 906,000 liv. sterl. ; celle des exportations, 4^0^000 liv. sterl.; et la valeur des importations, 260,000 liv. sterl.
L'année moyenne des principales productions était ainsi qu'il suit :,
Café, six mille balles, de cent livres pesant chacune ;
Indigo , trois cent mille livres pesant ;
Coton, deux mille balles, de deux cent cinquante livres pesant chacune ;
Sucre , vingt millions de livres pesant ;
Cloux de girofle , vingt mille livres pesant.
Port-Louis, capitale de l'île , est défendu par une batterie garnie de cent quatre-vingt-dix pièces d'artillerie, soutenuiepar l'île oontiguë des Tonneliers^ qui est armée de soixante mortiers, et par le fort Blanc , garni de trente - cinq canons. Plusieurs autres ouvrages et batteries contribuent à la défense de la place.
Les propriétés publiques de l'île sont évaluées 800,000 liv. sterl. par les Anglais; les propriétés particulières, territoriales, maisons, marchandises, €tc., 10,212,340 liv. sterl. Dans cette der-
nière somme est comprise Févaluatîon de soixantedix mille noirs, à 55 liv. sterl. par îndii^idu, faisant une valeur totale de 3,85o,ooo liv. sterl.
Malgré ces avantages , les Anglais se plaignent de l'état de langueur de cette possession. Sans l'ile Bourbon, elle ne peut offrir aux colons des débouchés et un* commerce proportionné à son importance. Une lettre insérée dans les papiers publics, et écrite par un habitant de l'île Maurice , semblerait faire croire que ce.tte dernière concevrait quelque jalousie contre la prospérité de l'autre ; jalousie d'autant plus injuste qu'il s'en faut de beaucoup encore que l'île Bourbon offre à ses habitans les mêmes avantages qu'on trouve à l'Ile-de-France : mais la cupidité ne connaît point de limites, et les Anglais s'en montrent susceptibles , en matière de commerce et de domination ', autant qu'aucun autre peuple.
Passons des mers de l'Inde dans le grand Océan indien, appelé Pacifique ou Équinoxialy et nous y verrons encore des preuves de l'activité de l'Angleterre, et des heureux résultats 'de son vaste sys-
1 Une lettre écrite dç riie-de-Fraoce, à la date du i4 septembre iSao , porte : « Nous avons la désolaote perspective de voir notre pays devenir un désert. Bourbon , au contraire , protégé par son gouvernement, est dans un état florissant. Ses productions sont abondantes et se vendent bien; par conséquent l'argent y e»t abondant. Ces deux îles n'auraient jamai» dû être séparées. Elles s'aidaient mutuellement, et Bourbon surtout nous était d'une grande utilité. La balance du commerce est maintenant en sa faveur, parce que les productions y surpassent la consommation. Il n'en est pas de même i l'Ile-de-France , où nous dépensons plus que nous ne gagnons. »
aSS DEUX INDES. 6â5
tème de colonisation. Ainsi Tyr autrefois étendit le sien des rives orientales de la Méditerranée aux côtes occidentales de l'Europe , aux côtes de l'Afrique, et à celles de l'ancienne Hespérie.
La Nouvelle -Hollande, Van-Diemen, les îles Sandwich, Otaïti , Norfolk , nous offrent partout l'industrie anglaise soumettant les peuples aux arts et à la civilisation.
Presque toute la côte occidentale de la Nouvelle - Hollande vient d'être colonisée par eux '. L'immense étendue de cette île lui a valu le nom de continent; l'Angleterre lui a donné celui de Nouvelle "Galles du sud. « Les Anglais avaient droit, dit M. Beaumont de Brivasac ^, de baptiser une région qu'ils ont conquise sur la nature agreste et sauvage au profit de l'humanité. »
Quel est donc l'empire de la liberté et de l'esprit public sur la conduite des nations pour qu'il ait pu mettre une si grande différence entre la conduite des Anglais et la nôtre ? Nos bagnes , nos prisons offrent de tous côtés le spectacle de malheureux condamnés: les, uns désirant la mort, les autres se la donnant, et quelques-uns maudissant une législation qui sait punir et ne sait point rendre la peine profitable à la société. Avec des mœurs douces , des lumières , de l'industrie , des ressources immenses, la France n'a pas encore pu créer un Heu de déportation qui ne soit pas un
* P'^oyez la carte.
. * De i'Eurofe et de se* eôioniet , tome 2 , page 5o.
séjour de mort ou de douleurs. Pas une île , pas une plage n'a pu devenir entre ses mains une imi-^ tation, même imparfaite, du magnifique établissement de Botany-Bay.
Quelles peuvent donc être les causes d'une si grande différence ? Une seule opère ce contraste , non pas seulement entre Londres et Paris, mais entre l'Angleterre et les gouvernemens les plus civilisés après elle.
L'Anglais a su mettre l'humanité au rang des devoirs publics ; l'orgueil national s'est emparé de ce noble sentiment. La liberté, qui enfante des prodiges, et sans laquelle il n'existe rien de grand, , est venue à l'appui de ce mouvement dès âmes ; l'esprit public l'a combiné et l'a fait tourner avec un bonheur admirable à l'avantage de la puissance et de la prospérité de l'état. Puission&-nous suivre , un pareil exemple ! Mais en prenons - nous le chemin?
La Nouvelle - Galles du sud , plus grande que l'Europe , va bientôt être le domaine exclusif de la Grande-Bretagne , qui en même temps a jugé le Van-Diemen trop susceptible de prospérité pour l'abandonner à d'autres nations. La ville de Dalrymple, qui vient d'y être fondée, en est la capitale, et deviendra bientôt une pïace coloniale importante.
La Nouvelle - Galles du sud a pour chef -lieu Sydney-Cove , siège du gouvernement de la colonie, qui y fut établi par le gouverneur Philippe,
DES DIVX INDES. Gâ^
parti d'Angleterre le i3 mai 1787 avee une escadre de sept Yoiles , ayant huit cent vingt-huit condamnés à bord. Il arriva, dans le mois de janvier 1 788 , au port Jackson , où il fonda le bel établissement qui s'y trouve.
On comptait dans la colonie de la Nouvelle- Galles, en 1 8 1 â, une population de onse mille neuf cent cinquante personnes, savoir : deux mille deux cent quatre-vingt-onze hommes de troupes , dixsept cent onze condamnés ou prisonniers, sept mille neuf cent quarante-huit colons. ( SetUers , fondateurs d'établissemens. )
II y avait cent mille acres de terre en culture , et le pays en présentait autaût qu'on en pouvait désirer pour l'extension de la colonie. /
La navigation employait douze bâtimens faisant deux mille tonneaux, et occupant cent quarante-quatre hommes.
La valeur des productions annuelles , y compris les fruits et la nourriture , n'allait encore qu'à i69,5oo.liv. gterl. ; celle de^ exportations à 5o,ooo liv. st. ; celle des importations à 59,760 liv. sterL
On portait à| 100,000 liv. sterling la valeur de pr<^riétés publiques, telles que casernes, arsenal, édifices, provisions ; et à 760,000 liv. sterl. les propriétés particulières, savoir : 5oo,oooliv. sterl. pour la valeur des terres cultivées; 260,000 livres sterling pour celle des maisons , des marchandises , des fournitures , etc. Total général de la projfJriété , 860,000 livres sterling.
6â8 ÉTAT ACTUEL DU COMMERCE
On. cultivait à la Nouvelle - Galles du sud ,611 1818, quatorze mille cinq cents acres en pomnies de terre; douze cent cinquante acres en blés de toute espèce.
Il y a dans les forêts des chevaux et d'autres bestiaux abandonnés à eux-mêmes, et qui s'y étaient considérablement multipliés. Indépendammejât de cette ressource, due à la prévoyance, on comptait en 1818, dans Tétat de domesticité, deux mille huit cent cinquante chevaux , soixante-six mille sept cçnt moutons , trente - trois mille six cent trente bêtes à cornes, et soixante mille quatre cents cochons.
Le fer est le àeul métal qu'on ait découvert dans cette contrée 2 îl y est abondant et d'une trèsgrande pureté ^ On y trouve de la houille excellente, du sel gemme, de l'ardoise, de la pierre, à chaux, de l'argile à potier, etc.
L^^ mer et les rivières abondent en poissons , parmi lesquels on distingue l'anguille, l'éperlan^le maquereau , et beaucoup d'autres qu'on ne trouve pas dans nos mers d'Europe.
Il y a beaucoup de quadrupèdes, tels que le chien de la petite espèce, le vfombat, le kangarou, l'opossum, l'écureuil , le renard volant , etc. Mais on n*y voit ni lièvres , ni lapins s ni aucun gibier, excepté des canards sauvages, des cailles, des
' Dticftifiiion, 4iisU)rique et folitique de ia colonie de ia NouveUe- Galles du sud , publiée (en Anglais ) par W. C. Wentwortb. i vol. în-8o. Londres, 1819.
pigeons, des bécasses, et quelques autres oiseaux en petite quantité.
Les reptiles , les insectes , les espèces les plus venimeuses , tels que le serpent , la tarentule , les millepieds, le scorpion^ y sont en grand nom*bre , fort incommodes , et dangereux.
Les naturels du pays semblent occuper le degré le plus bas dans Téchelle de l'espèce humaine : ils n'ont ni maison, ni vêtementi ils ne connaissent aucun des arts de l'agriculture ; les armes même dont ils se servent pour se défendre contre leurs ennemis et pour se procurer leur nourriture, soit à la chasse , soit à la pêche , sont du travail le plus imparfait et le plus grossier. Trente années de relations avec les Européens n'ont pu changer leur caractère, et un très-petit nombre d'individus ont reçu les impressions de la civilisation. En sont-ils plus malheureux ? et cette civilisation, que nous vantons tant, n'est - elle pas compensée par des peines, des inquiétudes inconnues dans l'état sauvage? Gardons- nous de blâmer ce que nous ne connaissons pas, et de placer le bonheur dans une table bien servie , dans un appartement décoré , ou dans des habits somptueux. Le sauvage, enfant de la nature, s'accoutume à la douleur physique,, la •upporte comme une conséquence de son état,, à peu près comme nous supportons l'insolence des grands, l'injustice des cours, les chagrins de l'état social , et les tourmens de la proprié|é ^
conditions de la TÎe civilisée et de la scrritude qu'elle entraîne.
Sydney-Cove , capitale de la colonie anglaise , est située à environ deux lieues et demie de l'entrée du port Jackson, sur deux parties d'un terrain élevé qui forment entré elles un port appelé port intérieur ou de Sydney-Cove.
Cette ville occupe un espace considérable , et au premier coup-dœil on pourrait croire qu'elle contient un plus grand nombre d'habitant qu'il ne s'y en trouve : elle n'en renfermait pas plus de sept mille à l'époque de i8i&. Quoique les maisons soient petites pour la plupart^ et sans apparence, quelques-uns deô édifices publics, aussibien que quelques maisons particulières , ne seraient point déplacés dans les grandes villes de l'Europe.
Les loyers y sont très-chers; une petite maison , dépourvue même de presque toute espèce de commodités, s'y loue, sans meubles, jusqu'à cent guinées , et au-delà.
On a établi à Sydney-Cove un marché qui se tient trois fois la semaine, et où on trouve en abondance des grains , des légumes , de la volaille , du beurre , des œufs et des fruits ; ils y sont apportés par les coloûs ou par des déportés devenus cultivateurs. • j,
On a créé à Sydney-Cove une banque en 181 7; elle est d'un grand avantage à la colonie: son capital est d« 20,000 liv. sterl. divisé en deux cents
DES DEUX INDES. 63l
actions ; elle est régie par un président et six directeurs annuellement choisis par les propriétaires d'actions.
Sydney a deux écoles publiques : dans l'une les jeunes garçons reçoivent une éducation gratuite ; l'autre est destinée aux filles pauvres ou orphelines. Cette dernière contenait environ soixantedii enfans. On les marie, lorsqu'elles ont atteint l'âge , avec une petite dot , ou on les place domestiques chez des familles recommandables.
Cette école fut dotée par le gouverneur King, qui lui donna quinze mille acres de terre et un certain nombre de têtes de bétail. La dot de la jeune fille consiste en cinquante ou cent acres d^ terre , et du bétail pour les faire valoir.
Ces deux écoles, qui contenaient ensemble deux cent vingt-quatre enfans en 1818, ne sont pas les seuls établissemens consacrés à l'instruction ; il y en a encore d'autres également gratuits dans chacun des autres districts de la colonie. Les maîtres de ces écoles reçoivent un salaire fixe du fonds des orphelins; outre ce fonds, le huitième des revenus de la colonie, s'élevant à environ 2,5oo 1. sterl. , est appliqué à ces estimables institutions que la secte des méthodistes propage dans lear possessions anglaises avec un zèle qu'on ne saurait trop louer.
La charité particulière a fondé deux autres établissemens : l'un sops ïe nom de Saciété auxiliaire de la Bible , a pour but de coopérer av«c la société
biblique d'Angleterre à la distribution et à la propagation des saintes Ecritures ; l'autre, appelé l'Ecole du dimanche , est destiné à lire les livres sacrés à des individus de tout âge.
11 y a en outre, pour l'éducation des enfans des personnes riches, des pensionnats particuliers, signe certain d'un bon gouvernement et de l'état prospère de la colonie.
Le havre du port Jackson est nn des plus vastes et des plus sûrs du monde ; il est navigable jusqu'à huit milles au-dessus de la ville de Sydney pour des vaisseaux du plus fort tonnage ; on ne saurait donc douter que cette ville ne devienne un jour^dans cette partie du globe le centre d'un commerce immense.
Une autre ville nommée Paramata est située au fond du havre à la distance de Sydney d'envi-ron six lieues par eau, et de cinq par terre ; elle est bâtie sur les bords d'un petit ruisseau d'eau douce qui tombe dans le havre. On n'y peut arriver qu'avec des bateaux du port de douze à quinze tonneaux. La population de Paramata, qui se compose de marchands en détail , d'artisaBs et de journaliers, est d'environ douze cents âmes; on y tient deux foires , en mars et en septembre , qui sont très-fréquentées.
Paramata n'est pas dans un état de prospérité comparable \ celui de Sydney ; mais sa situation centrale entre des districts florissans donne lieu de croire qu'elle y parviendra promptement.
On y voit un hôpital , un hospice pour les filles orphelines ', et un dépôt dans lequel les femmes déportées, qui continuent à se mal conduire, et celles qui à leur arrivée dans la colonie ne sont pas immédiatement placées chez des particuliers , sont employées à fabriquer du drap de qualité grossière. Ces femmes sont ordinairement au nombre de cent soixante , sous la direction d'un surveillant.
Un autre établissement remarquable dans la même ville, est une école en faveur des enfans des indigènes, fondée par le gouverneur. On y comptait une vingtaine d'enfant que leurs parens y avaient placés volontairement , et dont les progrès étaient égaux à ceux des Européens.
Windsor, autre ville située au confluent du Southcreek avec THawkesbury , est sur une colline élevée d'environ cent pieds au-dessus de la rivière. Il y a une église , comme dans les précédentes , une maison pour le commandant, une prison^ un hôpital , un tribunal, et des magasins publics. La population , de six cents âmes, se compose de cultivateurs qui ont leurs fermes dans les environs ,
' La prostitution est alimentée en grande partie dans nos villas par les orphelines sans moyens d'existence, qui, livrées dans les premières années de la jeunesse aux séductions des riches el à la licence des militaires > n'ont plus de ressource que dans ce déplorable métier. C'est donc un trait de sagesse de la part du gouvernement anglais de donner des soins particuliers aux jeunes orphelines. Cette conduite e«t préférable à nos règlemens de police , à nos dépôts de mendicité' à nos dispensaires j et à nos maisons de correction.
de quelques marchands et de quelques artisans '.
La ville de Liverpool , située sur les bords du Georges-River, à environ six lieues de Sydney, a été fondée il y a huit ans. Sa population est d'environ huit cents âmes ; elle se compose d'un petit détachement de soldat», de cultivateurs, de marchands, d'artisans et de journaliers.
Les routes et les ponts qui existent dans la partie habitée de la colonie sont construits avec un soin, une élégance et une solidité comparables à ceux des états de l'Europe ; les droits de barrière établis sur les routes principales ont été affermés en 1817 pour 267 liv. sterl.
Le climat de la colonie est doux et salubre ; la température y est modérée les deux tiers de Tannée.
On rencontre dans le pays toutes les variétés de terrains depuis la lande sablonneuse et l'argile froide, jusqu'au terreau et à la terre végétale la plus fertile.
Au-delà de la lande qui règne le long de la côte, le terrain s'amélioi*fe tout à coup ; il offre une mince couche de terre végétale recouvrant un banc d'argile jaune qui est posé sur un lit profond de schiste. Les arbres y deviennent plus grands ; et l'extrême épaisseur des forêts ne permet qu'à
' L'EIai!?kerburj est sujet à des débordemens qm donnent Heu à de fâcheuses inondations. Elles s'élèvent jusqu'à quatre-vingts pieds au-dessus des basses eaux, et produisent des ravages eonsidërables dans les propriétés environnantes.
DIS DEUX INDES. ft35
très -peu d'arbustes de croître en liberté. Celte seconde zone a environ trois lieues de largeur ; de sorte que le territoire de la colonie jusqu'à cinq à six lieues dans rintérieur, n'oJEEre généralement qu'un sol inculte, qui , pour devenir productif , exige un travail assidu.
Plus loin le pays pren^i une meilleure apparence ; les forêts deviennent moins épaisses ; on voit de nouvelles espèces d'arbres. Enfin, si l'on pénètre quelques lieues plus avant, on arrive dané un pays magnifique ; une longue suite de collines et de vallées tapissées de la plus riche verdure et couvertes de troupeaux annonce que l'on y est dans des cantons susceptibles de tous les genres de prospérité.
Tel est l'aspect de la portion du pays qui s'étend de l'extrémité de la seconde zone jusqu'à Népean -River. La plaine qui borde cette rivière est d'une fertilité plus grande encore, et s'élargit graduellement jusqu'à sa jonction avec THawkesbury. Sur les bords de ce fleuve elle est communément depuis un quart jusqu'il une demi-lieue de large. La terre y peut disputer de fertilité avec les rives du Nil : un acre de terre y donne annuellement cinquante boisseaux ' de froment et cent boisseaux de maïs.
' C'est le imshel, boisseau anglais, dont huit font le qtuvriër, ou tfeptier anglais.
Le boisseau anglais contient de cinquante -cinq à soixante livre» de blé; relui de France n'en contient que vingt; il j en a douze au septier.
636 lÉTAT ACTUEL DU GOHHEKGE
Des portions de ce terrain ont été concédées aux colons ; d'autres plus considérables ont été affectées aux diverses communes : parmi ces dernières se trouvent les terres réservées pour les troupeaux sauvages 9 qui ont presque tous disparu depuis quelque tjemps , soit qu'ils aient pénétré dans l'intérieur en se frayant un chemin à travers les montagnes , soit, comme il est plus probable » qu'ils aient été détruits par la guerre d'extermination que leur ont faite les colons pauvres. Ces bœufs sauvages provenaient des troupeaux du gouvernement 9 dont plusieurs s'égarèrent dans les forêts et qui y furent laissés.
La seconde partie des terres réservées est le district appelé les Cinq-îles. 11 commence à environ quinze lieues au sud de Sydney, et s'étend jusqu'au bord du Coal-Haven-River. Ce vaste distrrct , qui contient plus de sept cent mille acres de terrain éminemment propre à ragriculture , n'avait été découvert que depuis quatre ans. Il produit une grande abondance de cèdres magnifiques, et de bois excellent, qu'on recherche beaucoup pour les constructions navales au port Jackson.
La troisième portion de terres qui n'était pas encore concédée en i8i8 , est le district de Coal- River. La ville de New-Castle , qui en est le cheflieu , est située à l'embouchure de cette rivière , à environ vingt lieues au nord du port Jackson. Sa population n'était encore que de cinq cent qua-
rante habjtans , qui , à Texception de quelques colons libres établis dans le haut de la rivière ^ et environ cinquante hommes de troupes , sont tous des malfaiteurs qu'on a reconnus incorrigibles 5 condamnés à une nouvelle déportation. Ils sont enchaînés et forcés de travailler depuis le matin jusqu'au soir. On les emploie à extraire de la houille, qui est en abondance dans ce canton, à couper du bois , à faire de la chaux pour le compte du gouvernement.
Le pays situé à l'ouest des montagnes bleues ' l'emporte sur le reste de la colonie, tant par son sol plus fertile que par son immense étendue et sa diversité de températur^. La chaîne des montagnes bleues , au point où l'on a ouvert une route pour communiquer avec Sydney, a une largeur de vingt lieues à peu près ; et comme la distance de Sydney à l'endroit où cette route commence est d'environ quatorze lieues , c'est à trente-quatre lieues de distance qu'on entre dans le beau pays nouvellement découvert à l'ouest des montagnes. La route qui y conduit offre des difficultés ; on s'occupait d'en tracer une autre plus commode et plus sûre. On avait découvert aussi une belle rivière venant du sud et traversant une partie de cette contrée , dont la découverte ne . remonte qu'à i8i4*«
' Ftnf0z la carte.
' Les papiers anglais ont rapporté des détails sur cette colonie , insé-
rés dans une gazette de Sydney-Gove, à la date du mois de mars iSao.
On y lit que ia Minerve j avec cent soixante-diji-sept condamnés
Il parait que, la Nouvelle-Galles pouvant offrir des mojens de s'échapper aux déportés , ou n'offrant pas asseï de lieux commodes pour les placer , et peut-être aussi pour se hâter d^ prendre possession d'une ile grande et féconde , les Anglais ont établi une seconde colonie de déportés sur la terre de Van-Diemcn.
Cette ile, au sud de la Nouvelle -Hollande ou Nouvelle-Galles , n'était peuplée que d'un petit nombre de naturels encore plus sauvages que ceux de la Nouvelle-Galles. Les Anglais en ont fait une belle colonie.
Les rives de Van-Diemen n'offrent pas l'aspect aride de la Nouvelle-Galles* Des terrains fertiles s'étendent jusqu'aux bords de la mer, et dans l'intérieur du pays la qualité du sol est admirablement adaptée à tous les besoins d'une société
^déportés d'Irlande, et U Recovery avec cent quatre-vingt-huit déportés d'Angleterre , étalent arrivés au port Jackson au mois de décembre 1819; que (e WeUinfftony avec cent>viugt femmes condamnées et quarante-cinq onfans, et Vbiisa avec cent soixante hommes déportés d'Angleterre, étaient arrivé« à Sydney le 19 janvier i8ao; ie Princerégent avec cent soixante , et (e CastU-Forhet avec cent quarante hommes déportés d'Irlande.
Un vaisseau français VUranie» capitaine Freycinet, qui faisait un voyage hydrographique et de découvertes, avait mouillé à Sydney dans les premiers jours de décembre 1S19. A un bal donné par lesi offiders de é^Uranie, de jeunet filles indigènes , natives de Paramata , et élèves des écoles établies à Sydney , prirent part aux danses et aux récréations européennes^ et se firent remarquer par les grâces et l'aisance de leurit mouvemens : ce qui prouve que , dans tout les pays du monde, les femmes ont plus de disposition que les hommes aux arts de 1b volupté , et ce qui prouve aussi qu'elles ont déjà fait des progrès ^ Sydney-Cove.
naissante.L'île, généralement montueuse, abonde en eaux courantes. Il y a trois belles rmères reconnues, le Derwent, le Huon et le Tamar.
Aucune autre île ne possède peut-être autant de beaux et bons ports : les meilleurs sont ceux de Derwent , de Davy , de Macquavie , de Dalrymple et d'Oyster-Bay.
Les productions, soit végétales, animales ou minérales, de Van-Diemen et de la Nouvelle- Galles n'offrent presque point de différence.
HobartVTown , capitale de Tîle, est située sur les bords de la Darwent, à trois lieues de son embouchure dans rOcéan. Cette ville , qui comptait mille habitans en 1817 , n'est pas comparable à Sydney-Cove pour la beauté et la régularité des édifices. Elle est bâtie sur deux collines entre lesquelles coule un beau ruisseau qui sort de la montagne de la Table et tombe dans la petite rivière de Sullivan. Il fait tourner quatre moulins à farine , et peut en recevoir davantage.
L'élévation de la montagne de la Table , ainsi nommée d'après sa ressemblance avec celle du Cap de Bonne-Espérance , est d'une hauteur estimée de six mille pieds au-dessus du niveau de la mer. Pendant les trois quarts de l'année elle est couverte de neige.
Toutes les baies et les havres de l'île sont, à certaines époques de Tannée , fréquentés par les baleines. Ces cétacés y entrent ordinairement dans le mois de novembre. Quelques barques de la colonie
viennent poursuivre à cette époque les baleines ; mais les gros droits mis sur les huiles vendues par tout autre que par les pêcheurs pourvus d'une commission anglaise empêchent que les colons n'en prennent qu'autant qu'il en faut pour la consommation de l'île et pour l'exportation aux Indes orientales : ce qui ne va pas au-delà de deux cent cinquante à trois cents tonneaux.
Le. port Dalrymple fut découvert par le capitaine Flinders en 1 798. La ville de Launceston , située à dix lieues de son entrée, n'est guère qu'un médiocre village de trois à quatre cents habitans. On a commencé une nouvelle ville nommée Georges-Town plus près de l'entrée du port Dalrymple. Elle est destinée à contenir les établissemens civils et militaires ; c'est le siège du gouvernement.
A quelques lieues de Launceston on trouve des mines de fer abondantes et riches. Le minerai donne soixante-dix pour cent de métal pur : ces mines ne sont pas encore exploitées.
Il n'y a pour cette île qu'une cour de justice, dont la juridiction est purement civile et se borne aux affaires qui n'excèdent pas 5o livres sterl. Les autres, et les affaires criminelles, sont portées devant les tribunaux tlu port Jackson.
Le climat de Van-Diemen est aussi salubre et semble convenir mieux aux Européens que le port Jackson. Les étés et les hivers y sont tempérés.
DES DEUX INDES. 64l
L'île offre relativement à sa surface plus de bonnes terres que la Nouvelle-Hollande , surtout dans les environs du port Dalrymple. Il reste encore des quantités considérables d'acres à concéder, qui peuvent être nais en culture sans retard et sans frais. Le maïs n'y est pas cultivé , parce que le pays est trop froid ; mais l'orge , l'avoine et le froment que l'on y récolte sont d'une qualité supérieure , et obtiennent la préférence dans les marchés du port Jackson. Les prairies naturelles offrent des pâturages abondans en toute saison. Les bœufs de trois à quatre ans y pèsent ordinairement sept cents livres , et les moutons de deux à trois ans quatre-vingts à cent livres , tandis qu'à Port- Jackson le poids des bœufs n'excède pas cinq cents livres , et celui des moutons quarante livres. C'est sans doute à ces avantages réunis et à la plus grande facilité de surveiller les déportés qu'il faut attribuer la supériorité de la popufation de Van-Diemen sur celle de l'établissement de la Nouvelle-Galles. En effet, en 1817, celle de Van-Diemen était de vingt mille trois centsoixantedix-neuf habitans, pendant que la première n'était que de dix-sept mille cent soixante-cinq '.
Le commerce de la Nouvelle-Galles et de Van- Diemenn'a eu long-temps rien à donner en échange
1 Les tableaux de statistique anglaise fixent ainsi le nombre des condamnés qui faisaient partie de la population de Van-Diemen : quatre mille cent déportés pour crimes ; treize cent quarante femmes idem: total cinq mille quatre cent quarante individus^ ajant huit ceàt cinquantie cnfan» entre eux tous.
des marchandises qu'on portait dans ces contrées. Tout s'y achetait à prix d'argent. Les choses ont bienchangé: ces colonies exportent aujourd'hui les productions du sol qui excèdent leurs besoins. Les moutons donnent des laines de (juaiité supérieure, et il s'en fait des envois jusqu'à Lofidres , où elles se vendent bien. Plusieurs maisons de commerce, qui ont des commissions anglaises , expédient de rhuiiede baleine et d'autres produits de la pêche.
Les progrès des manufactures ont été rapides. On fabrique à Sydney et dans les autres villes des draps communs , des chapeaux , de la poterie , des pipes , du sel , du savon , de la ehandelle ; il y a des brasseries , des tanneries , des ateliers de tout genfre.
On estime que ie capital employé à lactdture, ainsi qu'aux autres travaux et aux entreprises ne peut être au-dessous de 5o,ooo liv. sterling.
Les revenus de la colonie de la Nouvelle- Galles consistent , en argent dépensé par le gouvernement 5 8O5OO0 liv. sterl. ; dépenses des na*vires étrangers, 12,000; divers objets recueillis par la marine de la colonie dans les mers adjacentes, tels qu'huile et baume de baleme exportés , 1 5,000 ; laines exportées , 8^000 ; articles diversde revenu , 20,000. Total , 1 35,ooo liv. sterl. Les taxes levées par le gouvernement s'élèvent à 2 1 , 1 79 liv. sterl. '.
Ces renseignemens montrent l'importance des
' Le comité de la chambre des communes , charge de lui faire un
DBS DEUX INDES. 643
iM^ux^talilisseméDS de la INouvelle^alles, et justifient les détails dans lesquels nous sommes entrés.
En nous enfonçant dans TOcéan austral, et remontant ensuite vers le nord , nous rencontrons encoire des établissemens anglais. Quoique leurs rapports commerciaux soient encore nuls , leur possession donne à la Grande-Bretagne , dans ces parages éloignés, une supériorité et des ressources qu'on ne peut lui ravir.
La nouvelle Zélande est de ce nombre. Cet archipel comprend deux grandes îles au sud^st de Yan-Diemen,, et plusieurs autres îles ou îlots très-€ertîles. Les blés, les légumes et les plantes potagères d'Europe y ont par£aittement réussi. Les flancs des hautes montagnes qui dominent les
rapport sur l'état de la colooie 4e la Sfouvelle-Galks 4u si^d , 4it eo , substance > à la séaoce du lo juillet 181 1 , Que les districts les plus considérables étaient :
Sydnejj contenant au 1^ mars 1811 6,1 58 habitans.
Paramata... • * • •••• 19807
Ha'vrkersburj. ,. 3,689
liew-Gastle loo
Total 10^4^4 batiitADs.
Sur ce nombre on comptait cinq mille cinq cent treize hommes , deux mâle deux eeat vingt femmes; deux mille sept cent vingt-un «nfans. Parmi eux un quart ou un cinquième de condamnés.
On peut ajouter, continuelle comité, que les établissemens du port Ddrymple et d'Hobarts - Town , dans l'Ile de Van - Diemcn , k environ 5 degrés sud de ^jdnej 9 coBtenaient treiae «eut vingt - un Ihabitans, et à la date des dernières nouvelles cent soixante dix-sept se trouvaieùt dans Tile de Norfolk; mais des ordres avaient ëlé don^ nés pour qu'on abandonnât cette colonie.
deux grandes îles sont garnis d'excellens bois de construction.
C'est dans la grande île méridionale que des colons anglais de Yan-Diemen se sont établis pour cultiver dans sa terre natale la production la plus estimée de cet archipel , cette espèce de lin fort et durable qui unit le moelleux du coton à la finesse de la. soie. Malheureusement les habîtans féroces de l'île empêchent de pousser cette culture dans l'intérieur ; ils ont même fait périr erf 1818 l'équipage d'un navire parti du port Jackson.
Malgré de pareilles difficultés , les Anglais n'ont point renoncé à leur établissement ; ils l'ont fortifié 5 et se disposaient , au départ des dernières nouvelles de cette île , à prendre des mesures pour se mettre à l'abri des violences des Zélandais. Ils finiront par s'y établir d'une manière durable , et par ajouter cette conquête à toutes celles qu'ils ont faites dans ces parages éloignés.
Ils comptent trois autres établissemens , dont l'Europe ne soupçonnait presque pas l'existence , Norfolk , Otaïti , et l'archipel des Sandwich.
Norfolk , à cent trente lieues nord-ouest du détroit de Cook ï , n'a point pu tenter les Anglais par son étendue, puisque cette île n'a pas six lieues de tour ; mais , outre qu'elle peut servir de
relâche auxbâlimens qui, de la Nouvelle-Galles ou
' Ce détroit dépare les deiix grandes Iles de la Nouvelle-Zélande. Foyt^ la carie.
du Van-Diemen, vont vers l'orient, elle justifie par sa beauté et la fécondité de ses terres Tempressement avec lequel les Anglais s'y établirent pour la première fois en 1 788. Les graines, les animaux domestiques y prospèrent. Le lin soyeux , dont nous venons de parler, croît spontanément dans. cette île , où il acquiert par la culture une supériorité marquée sur celui de la Nouvelle-Zélande : les Anglais le manufacturent sur les lieux. C'est un objet de commerce extrêmement important.
Norfolk est encore un point d'appui pour les établissçmens coloniaux de la Nouvelle-Zélande, où les Anglais peuvent avoir à redouter les attaques des naturels contre leurs cultures. Malgré cette importance de l'île Norfolk, Colquhoun assure que Tordre fut donné en 1812 d'évacuer cette possession *, qui n'avait que cent soixantedix-sept habitans ; ordre qui vraisemblablement n'a pas été exécuté , puisqu'il contrariait les intérêts de l'Angleterre dans ces mers.
Depuisi la Nouvelle-Calédonie et l'archipel du Saint-Esprit jusqu'au 25o* degré de longitude^ et à la hauteur du Pérou , s'étendent des îles divisées en groupes épars dans l'Océan équinoxial. Toutes sont favorisées de la nature , et peuplées d'habitans qui joignent à des mœurs moins barbares que celles des autres insulaires une candeur et une confiance dont les missionnaires ont su tirer le plus heureux parti pour la propagation de l'Evangile
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Parmi ces fles, où les Anglais ont conservé des relations et jeté les fondemens de quel^jues établissemens , on distingue celles de ta Société , dont Otaïti forme la principale.
La nommer , c'est rappeler au lecteuf les descriptions Toluptueuses qu'on en a faites. L'arbre à pain y abonde, ainsi que le bananier ^ et d'autres arbres fruitiers inconnus à nos climats. La carine à sucre d'Otaïtl est ^i supérieure aux autres , qu'on l'a naturalisée en Asie j en Afrique et en Amérique. Mais Otaïti a d'autres titres à la^ prédilection des Anglais. La nature y a creusé deux excellens ports , l'un au nord , et l'autre au sud. L'Angleterre a fortifié ceue île de manière i ne craindre aucune attaque ; c'est yraisemblablement le résultat d'un plan général de domination dans ces mers, qui baignent d'un côté les côtes du Pérou , et de l'autre celles de la Chine et du Japon ^
Au nord des îles de la Société est le groupe des Sandwich , découvert par le capitaine Cook , et
' Les mœurs des OtaTdens et leur cÎTilisstion ont fait des piogrès, et se sont améliorées. Voici ce qu'un missioooaire anglais, méthodiste , écrivait de cette île , à la date du 3o mai 1818.
«L'impression de l'évangile de Saint-Luc en langue otaîtienne, au nombre de trois mille exemplaires» est achevée, et le peuple montre un vif désir de posséder ce livre. Beaucoup d'habitans des îles PaiUssers, et d'autres îles situées vers Test ont également détruit leurs idoles, et n'adorent plus que le vrai Dieu. Trois cettt Ttngt de cei insulaires sont venus dernièrement ici pour nous demander des exemplaires de la sainte Écriture , et nous avons eu le chagrin de no pouvoir en donner qu'à un petit nombre* *
DES DEVX INDES. 647
dans Tune desquelles ce célèbre navigateur fut assassiné par les naturels en 1779.
La principale de ces iles est nainn^ée Owhyée. Sa circonférence est de cent cinquante lieues. Elle compose , avec cinq autres , Tensemble de cet archipel , qui produit abondamment des patates, des cocotiers 9 des arbres à pain, de la canne à &uc):e , du bois de sandal » etc.
Les l^abitans sont déjà presque entièrement civilisés; ils se livrent avec goût à Tagriculture, à la. pèche, à la navigation. Ils possédaient à la fin de 1818 vingt-sept bâtimens de commerce construits par eux, et sur lesquels ils font des voyages à la côte nord-ouest d'Amérique.
Les Anglais ont d'abord eu de grands ménagemens pour les naturels des Sandwich; ils les ont gagnés , et en 1817 ils y ont établi leur donaination. Le souverain ou chef d'Owhyée s'est l'econnu vassal de TAngleterre , et s'est obligé à fournir des vivres et du bois de sandal aux navires anglais qui relâcheraient dans l'île.
Elle n'a pas été moins fortifiée qu'Otaïti , et fait aujourd'hui un poste important pour Teippire des Anglais dans cçs mers.
Il parait qu'ils ont Tintention de coloniser aussi les archipels d^s^Marquise^fdea Amis . des Navigateurs , et tant d'autres iles qui pourront , en favo^ risant leur commerce, tenir leurs possessions de rind€ en garde contre les empiètemens inqulétans de la Russie , qui a étendu sa puissance colossale
aux côtes nord-ouest dé rAmérique , d'où elle peut se porter à Test et au sud.
Maïs nous tie suivrons pas plus loin les projets de TAngleterre ; nous ne doutons pas qu'ils ne soient proportionnés à ses moyens , et qu'elle ne les exécute un jour.
Parvenus aux extrémités de l'Océan austral et boréal , rapprochons-nous de l'Inde , et contemplons le vaste domaine des Anglais dans cette belle région de la terre.
C'est à l'influence d'une compagnie souveraine qu'çst dû ce prodige de la politique et du commerce. Il est douteux en effet que , sans ce corps compacte et homogène , le gouvernement britannique eût pti jeter les fondemens d'une aussi vaste domination, et en tenir toutes les parties unies. L'intérêt particulier, soutenu et balancé par celui de l'état, pouvait seul y réussir. C'est, au reste, un des plus grands phénomènes politiques , phénomène dont nous ne chercherons pas à expliquer les causes.
Les progrès de la puissance anglaise dans l'Inde se sont accrus pendant la dernière guerre. L'Angleterre forme aujourd'hui un empire fondé sur des possessions territoriales les plus riches du monde , sur un commerce immense, et sur la surveillance d'un gouvernement habile à profiter de toutes les conjonctures qui lui sont favorables.
On n'attend pas de nous que nous donnions ici la description géographique dès contrées qu'elle
embrasse , l'histoire philosophique en présente le tableau tracé avec le talent du savant auteur à qui on la doit ^ ; mais nous entrerons dans les détails nécessaires pour faire connaître les progrès du commerce que l'Angleterre y entretient , les revenus que la métropole en retire, et les richesses que verse ce commerce dans toutes ^les clasjses des agens qui y sont employés.
Nous tâcherons de mettre quelque ordre dans cette analyse , et surtout d'éviter les exagérations , les méprises où sont tombés la plupart des auteurs qui en ont parlé. Nous nous appuierons, pour être plus exacts de l'autorité de Colquhoun , dont les tables officielles sont les meilleurs guides qu'on puisse suivre pour ne pas s'égarer.
L'accroissement de la puissance anglaise dans l'Inde depuisla guerre de 1 766 jusqu'à celle de; 1 778 avait à peine été remarqué en Europe , et la France elle-même n'avait rien fait pour s'y opposer. L'Angleterre possédait en réalité ou par ses alliances un empire aussi étendu que l'Europe , et qui mettait à sa disposition 100,000,000 de revenus et trente millions d'individus. Les faibles secours que la France fit passer à Hyder-Aly la dernière année de laguerrede 1780 arrivèrent trop tard. Les promptes mesures d'Hastipgs et les succès des troupes anglaises avaient déjà anéanti la coalition des puis-
' On peut voir , au surplus , dans le sixième volume de la Géografthie de M. Malte-Brun , une bonne description de Tlndc britannique» tirée des auteurs anglais.
sances indiennes. Le chef desMarattes était mart avant Tarrivée de M. de Bussy. La paix de 1 783 qui suivit donna de grands avantages à l'Angleterre , et surtout celui de pouvoir réparer les pertes que les dévastations des Marattes et les ravages de la guerre leur avaient fait éprouver dans le Carnate et^le Bengale. Dès 1786 le niveau était rétabli entre les dépenses et les revenus de la compagnie des Indes , qui avait supporté les plus grands frais de cette guerre.
A ce tt e dernière époque les revenus d uBengale s 'élevaient, d'après les dépêches demilord Wellesley, à 1 00,940,000 fr., y compris les subsides du soubab d'Oude et du rajah de Benarès. Les frais de perception et la pension de 4«ooa,ooo accordée au soubab du Bengale se montaient à 1 7,800,000 fr., ce qui laissait un revenu net de 85,i4o,ooo ff.
Cet ordre de choses subsista jusqu'en 1802, que lord Wellesley réduisit le soubab d'Oude à une simple pension, et s'empara de tous les revenus de la soubabie , estimés 48»^<^9^^^ ^^ francs. Sur ce revenu, le soubab payait en 1786 un subside de 9,600,000 francs, qui sont compris dans l'état déjà indiqué des revenus du Bengale. L'augmentation du revenu , au commencement de 1802, était donc de 38,4oo,ooo fr. ; somme qui , ajoutée aux revenus des autres possessions , donne celle de i8o,6oo,aoo francs pour augmentation du revenu de l'Inde britannique depuis 1786.
DES DEUX INDES. 65l
Tel a été le résultat des opérations politiques et militaires des Anglais sous TadministratioD de lord Wellesley, d'après les dépêches mêmes de ce lord 5 auxquelles nous renvoyons lé lecteur '.
Par les traités arec le soubab du Deeaù , et le rajah de Berar, les Anglais sont en possession de toute la côte depuis les bouches du Gange jusqu'au cap Gomorin; depuis ce cap jusqu'au territoire maratte de Poonah , ils possèdent toute la côte de Malabar; et depuis le territoire des Marattes du Poonah jusqu'au golfe de Gambaye et Tindus , aucune nation européenne ne peut former d'établissement en vertu d'autres traités.
Les Anglais seuls peuvent entrer dans les ports marattea, et par ces traités conclus avec
' Lord Wellesley, frère de lord Wellington, est, comme lui, fiU de lord Gairet Colley, comte de Moroington^ d'une famille d'Irlande trèf-anoienoe. lié en 1760, il se dialingua de bonne heure par ses études et son talent comme orateur^ d'abord dans la chambre des pairs, en Irlande, ensuite dfens ceUe des communes, en Angleterre. En I797 il fi^t nommii gouverneur-génëral des possessbns anglaises dans l'Inde, emploi qu'il remplit jusqu'en i8o5> époque à laquelle il fut remplacé par lord Gomwallis, qui mourut trois mois après. La conduite de lord Wellesley fut attaquée dans le parlement ; mais il triompha de ses ennemis « et reçut dc^ remercîçien» de la chambre pour son administration. C'est un des plus grands hommes d'état de l'Angleterre, qui en peut ofl&ir beaucoup.
Au mois de juin i8o5, la traduction des dépêches du marquis de Wellesley interceptées par les Français fut insérée au MonUeur, Cet aete du gouTemem^nt français fut à juste titre Regardé comme une représaille de la publicité donnée à Londres a la correspondance de l'armée d'Egypte , tombée entre les mains des Anglais. La correspondance du marquais de Wellesley contient beaucoup de documens officiels sur les possessions anglaise» de l'Jnde.
le peschewa ^ de Poonah , le soubàb du Decan , le rajah de Berar et Scindia , seuls souverains qui conservassent alors quelque puissance, ils sont reconnus les arbitres de tous les démêlés qui pourraient surveiiir entre ces princes; c'est à l'arbitrage des Anglais qu'ils doivent s'en remettre.
Par des traités particuliers d'alliance défensive conclus à la même époque avec le peschewa, le soubab du Decan , et Scindia , chef des Marattes , ces princes sont obligés d'entretenir une armée de vingt -deux mille hommes de troupes toujours prêtes à marcher, toujours pourvues de ce qui est nécessaire pour entrer en campagne.
Ces conventions ont depuis été changées, mais toujours en faveur de la domination anglaise , sous
le gouvernement du marquis d'Hastings ^, gou-
> Ce mot signifie chef ou comnaandant suprême, imferator, dans le 'sens primitif que lui donnaient les Latins. C'est de lui que dérive le mot fâcha ^ qui désigne' également un chef militaire.
^ Le marquis d'Hastings, dont il est question ici, n'e»t ni fils ni neveu du fameux marquis d'Hastings dont la conduite aux Indes fut si vivement attaquée au parlement, et qui ne dut son salut qu'aux grandes scènes politiques qui , lors de son jugement , influèrent sur l'opinion publique.
Le marquis d'Haatings, aiijourd'hui gouverneur de l'Inde anglaise, est ne en Irlande en 1754. Son nom est François Ranvdon Hastingd, depuis lord Moira, par la mort de son oncle , dont il hérita du nom et de l'immense fortune. Lord Rawdon fit avec honneur, courage et distinction, la guerre d'Amérique. Il ne se distingua pas moins dans la chambre des pairs par ses opinions en faveur de l'abolition de la traite des noirs, et pour les catholiques irlandais. Il fut moin^ heureux dans le commandement des émigrés armés contre la France. Il regardait avec raison ces tentatives comme monstrueuses , puisqu'il
verneur de l'Inde anglaise. Cet habile politique, qui avait forcé en 181 5 le rajah de Napoul à céder à l'Angleterre une partie de ses états, saisit, deux années après , la conjoncture d'une conspiration des chefs marattes, lepeschewa de Poonah, Holcar, et Ameer-Khan , pour étendre encore le territoire britannique. Après les avoir battus et dispersés , il envahit sur leurs états les villes et les districts à la convenance des Anglais, fit déposer le peschewa , et le confina pour le reste de ses jours dans la forteresse de Benarès. Holcar n'échappa au même sort qu'en abandonnant les contrées les plus fertiles de ses domaines.
Ainsi lord Hastings , suivant les traces de son prédécesseur,' a affermi dans ces derniers temps la puissance anglaise contre une des plus dangereuses tentatives qui aient été dirigées contre elle , et a même fait tourner à son agrandissement un projet qui devait en opérer la ruine.
« Dans l'espace de trois années , disait à ce sujet M. Grant , dans la chatobre des communes ',
j était toujours question d'exciter la guerre civile entre deux part» d'une nation généreuse et puissante. Il désapprouvait l'eipédition de Quiberon, dont il eut le commandement ; et certes lui et , ceux qui la conseillèrent eurent à gémir de ses tristes et sanglans résultats.
Lord Moira rendit des services à la famille royale anglaise en contribuant à la réconciliation du roi Georges^avec le prince de Galles. Ce bit pour lui donner une marque de reconnaissance que celui-ci le fit nommer gouverneur-général des possessions anglaises dans l'Inde, au mois de janvier 1814.
' Séance du 3 février 1819, où l'on vota des remercîmens à M. Hastings pour la manière dont il avait conduit et terminé la guerre contre les princes marattes coalisés.
654 ]ÊTAT ACTCEL BU GOMMERGB
le gouteroement britannique a e^ à lutter contre ' les puissances marattes ; il a glorieusement soutenu deux guerres maritimes qui nou« ont acquis beaucoup de gloire et une grande extension de propriétés territoriales , mais qui ont en même temps accru la dette delà compagnie des Indes de plusieurs millions sterling ; et les résultats de ces guerres désastreuses ne s'arrêteront pas là.
f Le peschewadePoonah, n'étant plus souverain indépendant , perdit toute influence envers les états étrangers, qui méprisaient sa position dépendante de la compagnie : son gouvernement était mal conduit, la justice mal administrée; les impôts étaient perçus sans conscience et avec cruauté. Ce peuplé , qui gémissait sous un gouvernement atroce et nous imputait tous ses maux, prit le nom anglais en aversion.
« Une partie de l'armée ^u peschewa fut licenciée lorsque ce prince se mit sous la protection britannique '. Il eo fut de même che^ les autres princes indiens qui avaient été assez confians pour réclamer notre appui ; de sorte que plusieurs ^ ou la plus grande partie de ces hommes licenciés, étant militaires depuis l'enfance , par profession et par ^oût, et ne pouvant suivre aucune ajutre carrière , se sont trouvés dans la nécessité d'aller ailleurs tenter fortune ; ils prirent du service chez
' C'est-à-dire après la gaerve terminée en i6i5 ; car, dans celle de 1817, ce chef ou prince > s'étant je nouveau ligue contre l'Angleterre , fut déposé , comme nous venons de le voir*.
les pindarées ' , et ont, parce fait ^ augmenté la force de ces bandes liévastatrices. On ne saurait nier que les cbefs marattes , Holcar, Scindia , et Ameer-Khan , n'aient encouragé ces brigands , ayant envie de se servir d'une force qui , sans paraître agir sous leurs ordres, pût néanmoins nuire au ^gouvernement de la compagnie.
« Le marquis d'Hastings a très* bien fait d'attaquer et de battre les pindarées qui avaient envahi notre territoire *, et maltraité ses habitans ; mais Textension de ce territoire ne doit pas nou« inspirer une joie excessive, et tous ces avantages ' si vantés ne doivent point nous imposer silence, qnaïid 'des objets d'une aussi grave importance sont soumis à notre discussion. Plusieurs des directeurs de l'honorable compagnie sem]blent croire que iKMat est >terminé dans l'Inde parce que les
* Les piodarées sont«ar t^re ce que les flibustiers étaient sur mer, quand ils faisaient trembler tous les paYÎlIons. C'est un amas de brigands et de déserteurs de toutes les nations de l'Asie. Leur premier nojran fut trè»^faibie; n^ais^ depuis, l'attrait du pillage a conduit auprès d'eux tous les mauvais aii^ets qui ne peuvent vivre que de brigandage. Ils -sont divisés par bandes plus ou moins nombreuses , sou» des chefs électifs ; ils font peu d'usage des armes à feu , et se servent de sabres et de piques. Leur principale résidence est dans lé Décan; c'est de là qu'ils «e portent avec la rapidité de l'éclair sur les plaines du Bengale , de Goromandel et de l'Iodostan. Les princes marattes Scindia, le pescbewa de Poonah, Holcar et Amer-Eban , s'étaient ligués avec les chefs de ces brigands pour atuquer tous à la fois les possessions anglaises dans la coalition que lord Hastings a si heureusement détruite en 1817.
' Vfers la fin de 1816, les pindarées envahirent la présidence de Madrafi , brûlèrerit plusieurs villages , et dévastèrent le pays.
troubles y paraissent momentanément apaisés; ils pensent que notre pouvoir dans ces immenses contrées est placé sur une base solide et permanente. Je désire sincèrement qu'il en soit ainsi ; mais il est bien à craindre que les peuples de Tlndostan ne persistent avec leurs chefs dans le système de haine , de jalousie et de déloyauté que nous avons fait naître çhe^ eux. Les pindarées ont été battus et dispersés , j'en conviens ; mais, d'après les habitudes du peuple indien , de nouveaux corps viendront prendre la place de ces brigands.
« Nos possessions au centre de l'Indostan s'étendent d'un manière alarmante. D'après le marquis d'Hastings , notre pouvoir est directement ou indirectement reconnu jusqu'aux bords de l'Indus. Voilà des espaces effrayans sur lesquels il faut nous disséminer; et pour contenir la population de ces domaines , nous n'avons en tout que quarante mille Européens , tant négocians qu'ouvriers , employés civils et militaires , y compris les femmes et les enfans '.
a Nous dominons à présent dans l'Inde sur un espace plus étendu que n'en posséda jamais aucun souverain mogol. Les gouvernemens raje-
I D'après des relevés dignes de confiance t la compagnie possède aujourd'hui les trois cinquièmes de l'Indostan. Ses revenus s'élèvent à près de 35o,ooo,ooo de francs » dont plus des troi8 quarts suffisent à peine aux frais. Le surplus acquitte les intérêts de sa dette, qui grossit tous les jours. Les avantages qu'elle procure à l'état résultent des richesses immenses que cette compagnie fait circuler par le
poutes V, dispersés dans le centre et dans roccident de l'Inde , sont composés du même peuple que les gouvernemens marattes. Ils ont les mêmes défauts , et ont seulement moins de pouvoir. Lorsqu'ils seront affranchis de la domination des chefs
moyen de» fortuoes particulières des nombreux employés de ses comptoirs, de ses armées, de ses flottes et de son gouvernement.
L'armée de la compagnie était en 1817 de ai3,4o4 hommes, savoir :
En troupes anglaises ,
Cavalerie du roi 49^^ homnes*
Infanterie 17)S58
Artillerie d'Europe 4,583
Infanterie légère.' 3, 1 ao
En troupes indiennes régulières «
Cavalerie des natifs 1 1,01 1
Infanterie idem i3a,8i5
Artillerie idem 8^769
En troupes irrégulières indiennes ,
Cavalerie des natifs» 796^9
Infanterie idem i7»o8a
Invalides et pensionnés 5,8 1 5
Total ai3«4o4 gommes.
Cet état est plus fort de ia,ooo hommes que celui de 181a, donné par Colquhoun , ce qui s'explique par les événemens. Il paraît même que depuis 1817 le gouvernement anglais, sur la demande de hi compagnie , a fait passer deux régimens aux Indes orientales.
' Les Rajepoutes n'occupaient originairement que le pays entre le nord-ouest du Guzurate et les bornes occidentales du territoire d'Agra^ à cinquante lieues de Delhi. Les Rajepoutes ont toujours été célèbres par leur résistance au gouvernement du Mogol , et par leur amour pour Tiodépendance. Us tiennent à la cau^>e ou au parti indien opposé à la domination européenne. Le Malva et rAgimèrc sont habitée en partie par des Rajepoutes.
màrâtted , les Rd)epoutes se disputeront ; la compagnie devra intervenir avec une force militaire , et cette force devra être d'autant plus considérable qu'il y aura plus de pays à maintenir en sujétion. Si la guerre éclatait en Europe lorsque l'Inde sera en état de trouble , je le demande , la Grande-Bretagne pourrait-elle fournir ce contingent de troupes européennes qui doit toujours entrer dans la composition de nos armées en Asie ' ?
« Qu'avons-^nous gagné par ces accroissemens de territoire ? La dette de la compagnie est encore aujourd'hui ( 1819) telle qu'elle se trouvait en i8o5 : elle s'élève à 33,ooo,ooo sterL ( environ 800,000,000 de francs ). Il a fallu accroître nos établissemens dans la proportion de nos conquêtes 9 et les revenus sont au-dessous de là dépense,
* Cette nécessité dr maintenir ses possessiotis dans l'Iade explique beaucoup de choses obscures delà conduite de la Grande-Bretagne dans la politique du continent ; mais il est évident pour toute personne qui a quelque expëriencé que, malgré la capacité bien avouée de ses hommes d'état, l'Angleterre s'expose à une ruine probable dans un prochain avenir en favorisant les grandes masses ))olitiques en Europe, plutôt que d'y maintenir autant que possible les états secondaires et gouvernés avec des formes populaires: il n'y a rien de certain en politique, si ce principe n'est pas conforme aux intérêts des Anglais. Les progrès de la déi!nocratie chez eux , dont on Jes effraie , sont peut' être aussi dangereux avec le système qu'ils ont adopté , puisque de tout temps les grandes puissances s'en sont servies pour donner de l'embarras au ministère anglais; jamais les petites ne troublent la paix domestique des autres états. Le minbtère de Louis xiv , qui s'entendait en pareille matière, eut toujours pour maxime de favoriser les petites puissances, de les multiplier , d'assurer leur indépendance et leur liberté politique. Voyez « lisez l'histoire, et jugez.
même en temps de paix. Lorsque nos possessions étaient d'une moindre étendue , nous avions toujours up excédant de revenu. Jusqu'à présent nous avons eu une succession de victoires glorieuses sans éprouver aucun revers ; mais devonsnous toujours compter sur les faveurs de la fortune ? Tout doit donc nous porter à diminuer l'état gigantesque civil et militaire que le noble marquis entretient dans l'Inde. »
Ces débats montrent assez que l'opinion n'est pas uniforme en Angleterre sur les opérations de la compagnie et du gouvernement dans llnde.
Pour mettre nos lecteurs à portée d'en juger et de se faire une idée juste sur cette grande question \ nous allons tracer rapidement le tableau des établissemens qui sont sous la dépendance de l'An* gleterre, et des résultats du commerce britannique sous le privilège de la compagnie '.
En commençant par l'estimation du revenu des propriétés territoriales, on voit, d'après les détails qui ont été soumis au parlement , que ce revenu s'élevait en 1812 à la somme de i8,o5i ,478 livres sterl. , et les bénéfices faits dans le commerce pendant l'espace de quatre années à 1,692,732 livres sterl. ; ce qui fait un total de 19,7449^10 livres sterl.
' GolquhouD a, siir des pièces officielles « établi ces données pour l'époque de 1812; depuis ce moment, l'état de la compagnie s'est «grandi dans l'Inde ; mais non de manière i rendre inutiles les documens consignés ici.
66o ÉTAT ACTUEL DU COMMERCE
Mais ce ne sont pas là les seuls bénéfices ré^ sultans de la possession des territoires de la compagnie aux Indes orientales. Il parait que les diverses branches d'importations faites annuellement par la compagnie de l'Europe, de l'Asie , de l'Afrique et de l'Amérique, dans les contrées de l'Inde soumises à son privilège , sont évaluées ,
année moyenne sur cinq, à la somme de 11,943,447 livres sterl. , et que les exportations faites de ces
contrées aux différentes parties du globe se sont
élevées à 1 1 ,674)454 livres-sterl. ; ce qui présente
contre les Indes anglaises une balance de 268,993
livres sterling.
La portion du vaste commerce que la même compagnie est reconnue avoir fait entre ses propres possessions et l'Angleterre consiste , savoir :
En importation de la part des Indes anglaises, pour 1 5747î77 1 livres sterl. ; en exportation, pour 1,35 1,483.
Les importations faites par la voie du commerce particulier sous son privilège ' s'élèvent à 970,03 1 livres sterl. Les exportations faites par la même voie de l'Inde en Angleterre s'élèvent à 1,270,123 livres sterling ;
Les importations faites par les Indes anglaises aux différentes contrées du continent d'Europe, 564>388 liv. sterl. ; les exportations de ces mêmes pays, 44^)697 livres sterling;
' C'est -à- dire d'après les coaditions prescrites dans la charte de i8i3.
DES DEUX INDES. iSGx
Les importations faites des États-Unis d'Amérique dans rinde , 908,362 livres sterl. ; les exportations à ces mêmes états, 846,445-
Les importations extraites de l'Asie et de l'Afrique par ce qu'on appelle le commerce du pays se sont élevées également, pendant une année moyenne sur cinq , à 75775,899 livres sterl.
« Les ressources qu'offre à l'Angleterre le com^ merce des Indes orientales et ses possessions terr ritoriales dans ces contrées , dit M. Colquhoun , procuïent des emplois avantageux à un grand nombre de sujets instruits , d'origine anglaise , attachés aux différens départemens civil, militaire et de la marine ; elles entretiennent un commerce libre, exploité par des marchands trafiquant avec licence de la compagnie ; elles tiennent en activité vingt-cinq mille marins naviguant sur les vaisseaux de l'Inde ; elles dotent des établissemens en Angleterre qui sont soutenus par les fonds de la compagnie : tous résultats qui tendent plus ou moins à accroître les richesses et les forces de l'état. , Et si l'on ajoute à tout cela les avantages qu'ont procurés les capitaux répandus en Angleterre dans le cours de ce siècle par un grand nombre de personnes revenues de l'Inde, ou par leurs héritiers; si Ion y comprend encore les richesses acquises par des particuliers qui reviennent chaque année dans leur pays natal pour y jouir de leurs propriétés , on verra que les profits du commerce auquel se li,vre
66â ÉTAT ACTUEL DU COMMERCE
la compagnie, et qui étaient, dans Torigine, le seul objet que Ton eût en vue , ne sont aujourd'hui qu'une portion des avantages que Ton retire de ce même commerce , et des richesses qui résultent de la possession des territoires dont jouit la Grande-Bretagne dans l'Inde. Ce qui le confirme, c'est que , pendant le temps assez; long que la compagnie a été à lutter contre le désordre de ses finances , et avec une dette causée par des emprunts qui étaient la suite de guerres dispendieuses et presque toujours inévitables, la mère -patrie n'a point discontinué de retirer du commerce de l'Inde des avantages et des bénéfices pécuniaires, et qu'il en est résulté pour elle les élémens d'une prospérité qui n'a point cessé jusqu'ici de s'accroître.
« Il paraît, continue le même écrivain, d'après l'examen des papiers relatifs à la compagnie des Indes, mis sous les yeux du parlement, qu'elle considère ses possessions dans l'Inde comme susceptibles d'être distinguées par la dénomination àe fonds actif ou propriétés flottantes^ telles que créances qui peuvent étire réalisées, balances de comptes courans, et marchandises qui peuvent être vendues et converties en numéraire ; et par celle de fonds niôrt ou propriétés qui, bien qu'ayant une valeur intrinsèque, ne donnent aucun revenu, et ne sont pas dans le cas d'être converties en argent, telles que fortifications, comptoirs, munitions de guerre , casernes et magasins , etc. , etc.
Le total des dettes de la compagnie des Indes orientales payables en Angleterre, consistant en bons de Tlnde, en lettres de, change et autres effets , en comptes ouverts à solder, s'élèvent *, ainsi qu'il résulte des liv.stérl. documens rendus publics , à la somme de. . . 1 3,886,4^ «
Les dettes dans l'Inde, en objets semblables , et d'après ce qui est établi par les mémeâ documens /montent à 39,227,869
La dette flottante s'élève donc, en total 9 à (fip 1 14929?
En opposition à cette somme , on pe^i faire figurer les créances de la Uv.gterl.
compagnie en Angleterre, pour 5,369,420
De plus , les marchandises non vendues , et l'argent existant dans le trésor au i*Vmar8 1812, pour 5,795,55$
Le résultat de la balance du fonds actif dans l'Inde , constituant un capital effectif d'après l'apurement des comptes arrêtés au 5o avril 181 1 , à. 13,786,610
Les créances que la compagnie possède dans l'Inde, et provenant d'avances faites pour des chargemens et expéditions de sel et d'opium , montaut à « . . . . 10, 1 58, io5
Les cargsusons expédiées d'Angleterre qui -n'étaient point encore arrivées dans l'Inde ni à la Chine à l'époque ci-dessus montionnée, pour ^ 1,876,872
4 reporiter. .. 56,986^542 46,^14,^3
liv. sterl. lif . ftterl.
D'autre part 36,986,542 46, 1 i4»a95
Fonds morts en Angleterre , comprenant les maisons , magasins , meubles, navires, sloops et autres espèces de barques , pour une valeur de n^^ .le^i.
Fonds morts dans rinde, tels que fortifications,bâtimen9, argenterie, meubles, plantations , fermes, magasins , navires , sloops, etc., y compris les forts et bâtimens de Tîle du Prince de Galles. . . 10,870,132
Total des créances et fonds... 49*0649694 4950645694 Dettes flottantes et autres 469 1 ^49^9^
Balance en faveur de la compagnie 2,950,401-
« En estimant que le capital circulant et actif de la compagnie , qui s'élève , comme il est établi cidessus 5 à 36,986,542 liv. sterl. 5 pût être converti en argent , et appliqué au paiement des dettes cidessus mentionnées de 46,1 149293 livres sterl. , la dette existante serait véritablement réduite à 9,127,751 liv. sterl. ; mais, en opposition à cette somme , on peut présenter non-seulement la valeur du fonds mort ou non productif, qui s'élève
au moins à la somme de 129078,162 liv. sterl. , mais en outre le montant du revenu territorial, et d'autres branches de revenu, ainsi que les bénéfices du commercé, faisant ensemble annuellement un total de 19,744^210 liv. sterl. ; sur lequel on peut raisonnablement attendre une augmentation considérable, aujourd'hui que les expéditions contre les puissances ennemies en Europe cesseront d'avoir lieu , que les forces des princes de l'Inde , qui jusqu'ici avaient montré des dispositions hostiles , sont ou anéanties ou considérablement diminuées , et que l'on a l'expectative de jouir d'une longue paix dans les possessions anglaises. On peut s'attendre aussi que cet état de choses donnera la possibilité de diminuer l'immense état militaire qui existe , et de supprimer une partie des dépenses des établissemens civils actuellement en activité ; que , par suite de ce système d'économie, une portion plus considérable des profits annuels faits dans le service de la compagnie doit se fixer dans la mèrepatrie, d'autant plus que la plus grande partie de ces profits est actuellementdépensé dans l'Inde.
« En considérant les progrès successifs et la situation actuelle des affaires de la compagnie des Indes avant le mois de décembre 181 3, on peut tirer les conclusions suivantes :
« 1** Que le commerce des Indes orientales dans la situation où il est aujourd'hui , et de la manière dont il se trouve lié aux revenus des pos-
666 ÉTAT ACTUEL DU GOMlfERCE
sessions territoriales , ne peut jamais être une source de profits pour les propriétaires d'actions, quoiqu'il puisse être extrêmement àyantageux à la nation en général, comme il l'est en effet.
a a* Qu'aux termes de la dernière charte ' , on ne peut pas compter que les revenus des ptossessions territoriales, puissent produire aucun bénéfice à la compagnie ; Iç gouvernement croyant être autorisé à réclamer en tout temps l'excédant* quel qu'il puisse être sur ces revenus ; et cela , comme une indemnité pour les frais d'équipement des flottes envoyées dans les mers de l'Inde 5 pour la protection du commerce et des territoires acquis à diverses époques dans l'Inde par la compagnie , et qu'elle n'aurait jamais pu ni acquérir, ni conserver, sans l'intervention, les secours et la protection de. sa majesté britannique.
« 5** Que le commerce de l'Inde en objets manufacturés de l'Angleterre n'est pas ( ainsi que diverses recherches l'ont démontré ) susceptible de prendre plus d'extension que n'en out aujourd'hui les exportations de la compagnie , celles du commerce des particuliers et du commerce étranger; que dès lors ceux qui font en ce genre de vastes spéculations et comptent sur un accroisse^ ment de consommation des marchandises manu-
'Vacteda 17 décembre i8i5.
facturées de ]a Grande-Bretagne dans l'Inde, peuyerit être induits en erreur, bien que les entreprises de quelques individus à 'part puissent causer avec le temps un changement heureux.
« 4** Que , pour rendre le commerce des Indes orientales aussi avantageux qu'il peut l'être , il est nécessaire que les marchandises importées par la Grande-Bretagne le soient au taux du fret le plus modique, et avec le moins de frais possible ; mais qu'il soit en outre donné toutes facilités pour que les articles ainsi importés^ puissent être ou vendus ou exportés dans le plus court délai aux dififérens marchés de l'Europe. Le système de la compagnie des Indes ne paraît pas devoir donner à cet égard les facilités qui sont nécessaires pour que le commerce marche avec l'activité désirable. Il se passe beaucoup de temps avant que les marchandises puissent être mises en vente. Les négocians privilégiés qui font le commerce poux leur propre compte souffrent surtout de ces délais par la baisse des prix dans les marchés ; ils cessent d'avoir la faculté de disposer librement de leurs marchandises ; et telle est, dit-on, le laps de temps qui s'écoule pour l'expédition des navires , le voyage de retour et l'emmagasinement des marchandises dans les magasins de la compagnie , jusqu'au moment où elles peuvent être mises en vente, qu'il est arrivé à des vaisseaux des Etals-Unis de faite un voyage en Amérique ,
et d'en revenir avec des cargaisons presque entièrement composées de marchandises de Tlnde , et de faire même une seconde fois ce voyage avant que les mêmes articles importés par la compagnie pussent être mis en vente à Londres.
« 5** Que les productions des Indes orientales venâuespar la compagnie, aux ventes de 1809- 10 9 consistaient dans les articles suivans, et ont produit les sommes ci-après :