‹ État des colonies et du commerce des Européens dans les deux IndesChapitre 16 sur 27 · O PS · texte numérisé non relu

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DES DEUX INDES. 68l

Ce tableau n'offre aucune des nouvelles conquêtes des Anglais. Nous les avons fait connaître précédemment : il nous reste seulement à rendre compte de Ceylan, une des plus importantes, et celle qui semble placée exprès pour faciliter le commerce de l'Angleterre et assurer sa puissance sur les deux côtes de la presqu'île et dans les mers qui l'environnent.

Cette île passe pour une des plus riches du monde. Non-seulement elle produit d'excellens fruits de toute espèce , du poivre long , du coton fin , de l'ivoire , de la soie , du tabac , de l'ébène , du musc, du cristal, du salpêtre, du fer, du plomb, de l'acier, du cuivre; mais encore elle abonde en volaille, en bestiaux, et nourrit un grand nombre de chevaux et d'éléphans propres à supporter la fatigue, et supérieurs à ceux de l'Inde. Ses côtes fournissent d'excellent poisson. On y trouve de l'or , de l'aident , et diverses sortes de pierres précieuses.

On cultive à Ceylan l'arbre à pain , le cafier, comparable à celui de Moka , le poivrier , la canne à sucre, le riz et le coton, et surtout lacanuelle, qui passe pour la meilleure du globe.

Il s'y fabri^e parmi les naturels des étoffes de coton d'un très-beau rouge. On sait au surplus que la pêche des perles se fait sur ses côtes. L'historien des deux Indes est entré sur cet article dans des détails auxquels nous renvoyons le lecteur.

On compta à Ceylan , d'après les calculs donnés pair M- Colquhoun , huit cent soixante mille habitans répandus dans les parties de TUe occupées par tes Anglais , savoir six o>ille Européens , et le reste en hommes ]ibxe3 de diverses nations et en gens de couleur.

Il y avait ep iÇis, dans le$ mêmes parties , cinq cent mille acres de terre cultivés , et quinze cent mîUc acres non cultivés. On estimait la valeurdes productions récoltées chaque année , y compris les comestibles et les fruits, 2^3069000 livres sterl. Celle de^ eiçportations se montait à 1 ,5oo,ooo livres sterl. 5 et les importations dans Tile à i,ooo>ooQ livres sterling ^

Les principales villessont Trinquemale, Colojmho et Jaiïna. l^a richesse particulière des Anglais dans ces trois places est de 294^0,000 li^ vres sterl. , et les propretés appartenant au gouvernement, de 5i9 0QO,ooQt, Le gouvernement por^ tait à 100,000 livres sterl. seulement les espèces

CE circulation.

Il s'exporte de Ceylan, année moyenne sur dix ans, les quantités suivantes de denrées coloniales, savoir ;

Café, six mille balles pesant chacMne cent livres.

Indigo , trois cent miUe livres pesant.

Coton, deux mille balles de deux cent cinquante livres pesant.

' li n'y a ni enclaves noirs ni autres dans les possessions anglaises à Ceylan ; la culture 8*y &it par des hommes libres et salaries.

Sucre , vingt millions de livres pesant.

Ck)us de girofle , vingt niille livres pesant.

Les Anglais portent à Ceylau des toiles de lin ^ de coton , des étoffes diverses de la côte de Co-^ romand el et du Bengale , des marchandises et de la soie de la Chine. Il s'y importe aussi du blé de l'ile Bourhon , du riz de Madagascar et de différentes parties de l'Inde.

Le revenu que la Grande-Bretagne retire de Ceylan ne s'élève pas encore au-dessus de 200 à â5o,ooo liv. st., suivant quelques écrivains, parmi lesquels nous comptons M.Beaumont de Brivasac ; encore faudrait-il comprendre dans cette somme 60,000 liv. sterl. que la compagnie des Indes paie au gouvernement pour faire seule à Ceylan le commerce de la cannelle; et 40)Ooo liv. sterl. pour les pêcheries des perlés dans le détroit de Manar '. Ce relevé se rapporte à i8i3 : à cette époque il s'en fallait de beaucoup que toute l'île fût soumise aux Anglais comme elle l'est aujourd'hui. Voici comment ils y sont parvenus.

Au mois de mars 18149 le gouverneur d'une

' Golquhoun ne donne poiQt dans son ouvrage le revenu public de rtle ; il estime seulement , comme on a vu , les propriétés publiques a,ooo,ooo de liv. st. , et les propriétés particulières 8,430,000 liv. nt* ; savoir > en valeur de terres cultivées, â,oop,ooo de liv* sterL; en va« leui? ^ terres non cultivées, 760^000 livcçs sterling; en valeur do magasins, marchandises, fournitures dans les villes, a,45o,ooo liv. st. ; en valeur delà marine coloniale ( eoUmiai thefjnng ), iao,ooo liv. st. ; en valeur d'espèces circulantes, 100,000 tiv. sterl. Total des propriétés publiques et particulières , 10,430,000 livres sterling.

des provinces du roi de Candy^'se révolta contre son maître , c'est-à-dire ne voulut pas lui obéir : certain de périr sans pouvoir se justifier , il offrît aux Anglais de leur faciliter les moyens de s'emparer de sa province , s'ils voulaient lui donner protection ; mais les Anglais se bornèrent à envoyer un détachement sur la frontière pour la protéger contre les deux partis. Le rebelle fut battu, et la guerre paraissant finie , les Anglais rappelèrent leur détachement à Colombo. Sur ces entrefaites, dix Anglais, ou sujets des Anglais dans l'île, furent surpris sur la frontière et conduits devant le roi. Ce tyran, après avoir fait couper par morceaux sept de ces infortunés ', renvoya les autres à Colombo , sans nez , sans oreilles et sans bras. On résolut d'avoir raison de cette barbarie. Lord Moira, marquis d'Hastings, alors gouverneur des établis-* semens anglais dans l'Inde, était en guerre avec le napoul ; il ne put envoyer de secours à la colonie. Cette circonstance enhardit le tyran de Candy. Il se rappelait les avantageas qu'il avait eus en i8o3 sur les Anglais , qui avaient vu périr par

ses ordres une de leurs garnisons composée de six cents hommes. 11 fit donc avancer son armée sur les établissemens britanniques : heureusement elle fut battue; les Anglais, poursuivant. les fuyards presque dans la capitale du royaume , trouvèrent

' Oti gait que rintérieiir de Tile eot partagé entre plusieurs cheFs ou souverains. Le roi de Gandy est le plus puissant , et un des plu» farouches despotes que l'Asie ait produits , ce qui est beaucoup dire^

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le roi dans son palais , livré plus que jamais à sa férocité naturelle, faisant empaler ceux qui Tenaient lui annoncer l'approche de Tennemi. Il ne prit la fuite qu'à la vue de Tavant-garde anglaise entrant dans la ville ; mais il tomba bientôt après dans un parti de ses sujets qui s'étaient révoltés sous les ordres d'un de ses anciens ministres , et il fut livré aux Anglais au mois de février i8i5. On le conduisit avec ses feninqies à Colombo. Le gouverneur lui ayant demandé la permission de saluer ces princesses , il lui fit cette misérable réponse : t Je le veux bien ; vous pouvez même leur baiser les mains ou le visage, comme il vous plaira ; je vous préviens seulement qu'elles sont un peu sales ; leurs habillemens ne sont pas encore venus de Candy. »

On ne fut pas long-temps sans être obligé d'embarquer pour Madras cet ex-souverain, qui mettait tout en combustion à Colombo; mais, quelque surveillé que fût un pareil homme dans une ville comme Madras, le marquis d'Hastings ne crut pas isûr de l'y laisser ; et , oubliant la promesse qu'on avait faite à ceprince de ne le pas conduire ailleurs, il le fit transférer dans le fort de Vellore , devenu fameuxparla détention des enfansdeTipoo-Saïb '.

La conquête de l'île fut consommée en mars 1 81 5, vraisemblablement à la satisfaction des ha-

' Ce fut le 4 mai 1799 que s'écroula l'empire de Tipoo-Saîb par la prise de Série ghapathan , sa capitale ; les Anglais s'en rendirent maîtres après un siège opiniâtre. Tipoo-Saïb fut trouvé mort dans son palais. Cette conquête fit passer le Mysore sous la domination anglaise t c'est un des plus grands événemens de l'histoire des Indes.

bilans ; non-deuleinent parce que les Anglais les délivrèrent , nous ne diluons pas d'un despote , qu'on peut quelquefois supporter, mais d'un tyran qui foulait aux pieds les lois , Thumanité et l'innocence. Les conquérans joignirent à ce bienfait celui d'avoir donné auxCandiens une sorte de constitution où les dj^oits des peuplés étaient à l'abri des fàritaîsieà et des vexations d'une cour dont lés moyens de corruption auraient suffi pour assurer le triomphe du pouvoir sur les libertés publiques. Mais telle est laforce de l'habitude et de l'indiflfërence pour ces libertés che^ des peuples façonnés à une longue servitude , qu'à- peine un prétendant à la couronne, veno de Malabar, se fuf-il montré , que tout Candy se souleva en sa farviéur ; il fallut récommencer la guérite : on se battit avec acharnement de part et d'autre; et ce ne fut pas sans beaucoup de sang versé que la Grande- Bretagne triompha dans cette lutte. Le prétendant et son premier ministre tombèrent au pouvoir, des Anglais , qui leur firent trancher la tête : Tîle fut ainsi pacifiée et soumise en octobre 1817. Depuis ce temps , le gouvernement anglais surveille avec la plus grande attention les mouvemens ou les intrigues dé quelques chefs de parti qui , sous le prétexte respectable des droits du monarque détrône , cherchent à armer les peuplés contré lés maîtres de l'île.

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