‹ État des colonies et du commerce des Européens dans les deux IndesChapitre 18 sur 27 · COLONIES RUSSES · texte numérisé non relu

COLONIES RUSSES

v>i'ESTune nouveauté que d'entendre parler de colonies russes. Cette vaste et envahissante puissance semblait devoir rester dans les limites que la nature lui avait tracées sur le continent. Il semblait que son intérêt devait lui conseiller de développer les arts et la civilisation chez elle avant de s'étendre au loin ; mais le voisinage de la mer au nord et à l'orient , l'illustration que donnent à un peuple les expéditions maritimes , le mouvement que ces expéditions impriment à l'esprit national , ont dû agir puissamment sur le gouvernement russe, et le porter à s'élancer dans la carrière des colonisations: l'avenir apprendra jusqu'à quel pointées essais serontheureux, etsi l'Angleterre attendra,pour aller au-devant des entreprises de ce redoutable rival, qu'un rival aussi puissant lui ait enlevé l'empire de l'Océan, ou en ait au moins partagé le domaine avec elle.

La cession de la Californie à la cour de Saint- Pétersbourg est une démarche qui doit tenir en éveil le cabinet de Londres ; elle lui annonce pour l'avenir un partage dans des mers où jusqu'à présent le pavillon britannique n'en avait rencontré aucun autre.

La position de la presqu'île de Californie est

propre à des établissemens sur la côte ouest de rAmérique ; elle fournirait un point d'appui pour les autres établissemens russes dans le nord du même continent ; on ne peut donc pas s'étonner qu'Alexandre en ait fait la demande à l'Espagne , et que cette négociation soit restée secrète jusqu'au moment où l'exécution en a divulgué le résultat.

S'il fallait s'en tenir à des récits qu'on a lieu de croire fondés, le comte de Nesselrode, ministre des affaires étrangères en Russie , aurait eu avec le ministre d'Espagne , au congrès de Vienne en i8i4> des entretiens où la question de la cession de la Californie aurait été décidée. Alexandre a dû approuver les arrangemens convenus entre les deux ministres. La communication aux autres puissances n'eut pas lieu, par la crainte sans dout^ de choquer inopportunément l'Angleterre. LeS ministres anglais ne tardèrent cependant pas à soupçonner qu'un traité secret avait été fait entre la Russie et l'Espagne ; le départ de la flotte russe pour Cadix acheva de les confirmer dans cette opinion ; ils demandèrent des explications à la cour de Madrid, et surent qu'une partie considérable de la Californie devait être cédée à la Russie ; le secret fut gardé.

Quelque opinion que l'Aùgleterre se fût faite de cette cession, on pouvait croire de deux choses l'une, ou qu'elle y avait donné son adhésion , ou que , ce qui était plus vraisemblable, les deux cours contractantes s'étaient décidées à maintenir leur

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traité ^ à la condition que celle du nord donnerait du secours à l'Espagne dans les événetnens qui s'y passent ^ ou dans le cas d'une rupture avec l'Angleterre ; mais tout porte à penser que l'exécution du traité n'a pas eu lieu.

Sans nous arrêter, au reste s à de plus longs détails sur ce point historique , remarquons que les établissemens russes en Amérique ne sauraietit s'étendre ou se maintenir sans avoir ou quelques port ou quelque possession plus au sud, qui puisse ëervir les vues de l'enlpereur Alexandre et de son ministère '.

Mais, avant de nous en occuper, donnons une idée des rapports du commerce entre la Russie et

lei France ; tî'est toujours le points l'aspect J)rinci-

' Le ministère de Saiot-Pétenbourg eut conduit aujourd'hui principalenient par M. le cooite de Nesselrode , que nous avons vu à Paris , jeune, actif, ambitieux, connaissant bien la France et l'Europe, et secondant son maître dans los projets- politiques qui l'animent : c'est le Pitt du nord, à qui il ne manque, pour jouer un aussi rraitd tôle (|ue celui de l'Angletètt-c, que d'aVoir comme lui on patti parlementaire dont tour à tour il puisse emplojreir les lumières et l'énergie, et s'en faire un moyen de succès et de contre-poids.

M. ie Nesselrode a succédé à M. le comte de bomantsow dans les affiAires étrangères à Saîiit- Pëtersbour^. Dès ce moment, fe système polique de cette cour a changé de caractère , où plutôt en a ptib un qui tient à celui du ministre actuel.

C'est à la haine que M. de Ne^(selrode avait conçue pôulr Bonaparte qlic ce colosse doit sa chute ; et nous ne regardons pas comme une chose étrangère à notre sujet , de dire que parmi les traits singuliers du règne impérial il faut compter celui d'avoir vu à Paris M. de Nesselrode en 1616, préparant peut-être des moyieos hostiles cootrt Hapoléon , sans que celui-ci , malgré sa police aux cent yeux » ait soupçonné les vues 6ecrètes de TenvOyé russe , et trouvé suspecte sa prétendue mission Ostlendîblé. '

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pal SOUS lequel d^us devons considérer notre sujet.

La Russie offre, d'après un recensement de 1 8 1 8, une population de cinquante-trois millions trois cent seize mille sept cent sept habitans S sur une étendue de neuf cent quarante-neuf mille trois cent soixante- treize lieues carrées, non compris la Pologne. Les quatre cinquièmes de cette immense surface s'étendent en Asie ; la Russie touche à rOcéan boréal du côté du levant, à la mer Glaciale au nord , à la Tartarie et à la Chine au midi.

La Russie est essentiellement agricole ; elle a une surabondance de productions territorialed qui sont la base de son commerce ; elle échange ses suifs, ses bois de marine, ses chanvres et soo goudron contre les vins , les eaux-de-vie , les draperies , les soieries , l'huile d'olive , les fruits seca , du verdet , de la crème de tartre de France , du crêpe, de la gaze, des mouchoirs de soie, de la rubanerie, de la bonneterie, des bronzes dorés ,des meubles, des modes pour les femmes, de la librairie. Nous en tirons de la graine de lin , de la

' Sar ce* cinquante-trois millions trois cent seise mille sept cent sept babitans, on en compte trente-huit millions deux cent soixantedeux mille qui professent la religion grecque. La Pologne , qui fait aujourd'hui partie de la puissance russe , « une population de deux millions sept cent trente-deux mille trois cent vingt-quatre habitans » qui, ajoutée à celle de la Russie^ donne en nombre rond cinquantesix iniilioBs d'Âmes^

La population de la Russie n'est pfis proportionnée à l'étendue 4e

. ce pays^ sans doute ; mais elle y est rapide, à mesure que les cultufes

«e pèrfeclioMient. Il y a en Russie plus de femmes , relativeitaent au

nombre des hommes, qu'en aucun autre état de l'Europe; elles y

•ont iécoi^dea , double cause d'accroissement de population.

cire , des soies de porc , du fer J^hIu cuivre , de la potasse, des pelleteries, et, au besoin, des grains par Odessa et les autres ports de la mer Noire. Les Russes ont perfectionné la distillation ; ils ont établi dans Moscou et dans les environs des fabriques de soieries communes. L'art dé travailler le cuivre , le fer , l'acier , a reçu chez eux de trèsgrandes anïéliorations '.

De tout temps le gouvernement français a tenté d'établir un commerce régulier et avantageux -avec cet empire. Le cardinal de Richelieu essaya un 'des premiers d'y parvenir par un traité conclu avec le czar Michel. Golbert créa en 1669 ^^^ compagnie pour exploiter le commerce du nord pendant vingt ans ; mais les Anglais, qui s'étaient frayé une route par le port d'Archangel , vers le milieu du seizième siècle, se trouvaient déjà en

' Là Russie doit- à defix hommes d'état une purtije des progrès que l'industrie y a faits depuis dix ans. L'un , M. le comte de Kotschou* bey, est aujourd'hui mioistge de l'intérieur; il l'avait déjà été en i8o<$. Il a Voyagé dans toute l'Europe, et a recueilli les renseignemiens et If s connaissances qui pouvaient, répandues en Russie, y favoriser le progrès des arts et des établissemens agricoles. Ami de la liberté et des sciences , il les protège partout où l'état des choses le lui permet.

M. le comte de Romantsow a le môme goût et le même zèle pour les intérêts de son pays. On le cite comme un des hommes de cour les plus aimables et les plus accomplis; il en a toutes les qualités^ jusqu'à celle d'oublier les services , qu'il croit suflBsamment payés par l'honneur de partager les agrémens de sa société. Il est grand -chancelier en Russie ^ aimé en France, où nous l'avons vu ministre plé- 'dipotentniire en 1806. Retourné en Russie, il s'est vu remplacé dans le nvinistère des affaires étrangères par M. de Nesselrode. Alexandre a récbmpensé les services de M. de liomantsow par une grande dignité ; el , ce qui vaut mieux , par son estime partieulière.

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possession du commerce russe, et les efforts des Français échouèrent contre les habitudes et le crédit que les Anglais s'étaient déjà fait dans le pays.

Le régent profita du séjour de Pierre i" à Paris pour lier les deux nations par le commerce. La mort du monarque russe ne permit pas de réaliser les projets qu'ils avaient arrêtés. L'avènement d'Elisabeth au trône * de Russie fut favorable pour renouer des négociations. Les dispositions amicales qu'elle montrait pour la France paraissaient être d'un heureux présage ; mais le prpjet échoua, et l'habileté des ministres anglais l'emporta sur celle des nôtres. Peu de temps après Woronsow ^ signa un traité avec la ferme générale pour la vente des tabacs de l'Ukraine. Des plaintes qui s'élevèrent des deux pshrts rompirent ce pacte et élevèrent des préventions contre nous.

La France a fait constamment de vains efforts pour donner à son commerce avec la Russie l'é-. tendue dont il paraissait susceptible. Tâchons de connaître les causes de cette impuissance.

i*La navigation de la Baltique et des mers du

' En 1741.

* C'est le comte Michel de Woronsow , grand-chancelier de Russie sous Elisabeth, sous Pierre m, et sous Catherine 11 , un de ceux qui participèrent à la conspiration qui fit perdre la vie à Pierre, et donna la couronne à Catherine 11. Cette princesse monta à cheval^ dit l'auteur de sa vie (M. Caslera), et, i*épée nue à la main, une branche de chêne autour de sa tête , alla joindre les troupes L*empereur se présente un peu après à un poste pour se rendre à Cronstadt : Nous ne vous connaissons pas , s'ëcricnt les soldats : vive i'impérati'ice Catherine! Dès cet instant, la révolution fut faite, et la mort de Pierre vint , huit jours après , la souiller d'un crime inutile (9 juillet 1762 ).

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nord est périlleuse ; Thabitude et une connaissance approfondie de ces parages peuvent seuls en surmonter les dangers. Dans les temps de nos plus grandes relations avec la Russie , on a vu constamment des yaisseaux hollandais , suédois , danois, hambourgeois , etc. , venir charger dans nos ports nos vins , nos huiles 9 nos eaux-de-vie , pour les porter dans le nord. Le nombre de vaisseaux français qui passaient le Sund figurait à peine à côté de ceUx des auttes nations : l'inexpérience que notre marine a de ces mers nous a donc forcés de faire intervenir des étrangers dans le partage des bénéfices de notre commerce ; ce qui a dû nécessairement le réduire.

2* Les Anglais , qui depuis long-temps exploitaient le commerce de la Russie , s'étaient fait accorder des privilèges si avantageux , qu'aucune autre nation ne pouvait soutenir la concurrence : ils étaient autorisés à payer les droits de douane en monnaie du pays , tandis que les autres nations payaient en rixdallers , qui leur coûtaient 270 copecks ' , et n'étaient reçues que pour 170; ce qui donnait au commerce anglais un énorme 1 avantage pour le paiement des droits.

3* Ce privilège pouvait être aboli ; et il le fut en effet par le traité que négocia M. le comte de Ségur avec l'impératrice Catherine^, traité très-

' Genl copecks font un rouble , monnaie de compte et monnaie réelle de Russie.

^ Conclu à Saint-Pétersbourg le 3 1 , décembre 1786 ( vieux style ), et ratifié à Versailles le i5 mars 17K7.

avantageux à la France , et dont la révolution a suspendu rexécùtion. Mais ce qui n'a pas été aussi facile à détruire , ce sont les habitudes commerciales contractées depuis long -temps entre les Anglais et les propriétaires de l'intérieur de la Russie ; il suffît d'y connaître leur position respective pour s'en convaincre : non-seulement les Anglais ont des maisons de commerce dans les ports de Russie, et occupent tout un quartier de Pétersbourg , mais ils ont établi des comptoirs et formé des établissemens dans l'intérieur des terres : leurs agens y sont naturalisés ; ils parlent la langue du pays ; ils acJiètent et vendent sans intermédiaires ; ils font des avances aux propriétaires sur les denrées à livrer; ils paient , si on le désire, les frais de culture et de récolte ; et ils ont par conséquent sur les commerçans des autres nations l'avantage de faire leurs achats de première main , et de vendre directement au consommateur.

4* Si l'on i^éfléchit que la marine anglaise est plus considérable que celle d'aucune autre nation , et que presque tous ses approvisionnemens en bois, en chanvre et en goudron sont fournis parla Russie, on sera peu étonné de la prépondérance qu'y exerce son commerce , et de l'immense débouché que doit trouver son industrie pour y établir des échanges. Mais la nature a imprimé une telle différence entre les productions de la RuBsie et celles de la France , les besoins réciproques en sont si

bien sentis par les deux nations , qu'il paraît impossible que des relations commerciales très-éteadues ne s'établissent pas entre elles : nos vins, nos eaux-de-vîe , nos soieries , nos fruits secs , nos verdets , nos crèmes de tartre doivent naturellement y être échangés contre les suifs, les bois de marine , les chanvres , les goudrons , qui appartiennent plus spédalement à la Russie.

Depuis le règne de Pierre i" jusqu'à ce jour , tous les souverains qui ont occupé le trône de la Russie bnt cherché à s'affranchir du tribut de l'industrie étrangère en protégeant les arts , en appelant les artistes pour les fixer dans leurs états ; ils sont même parvenus à faire fabriquer divers objets qui ont insensiblement diminué les importations de plusieurs produits du reste de l'Europe : nous en citerons deux exemples ; le perfectionnement que les Russes ont apporté dans la distillation de leurs grains , l'habitude que le peuple a prise de l'eau-de-vie qui en provient , et le bas prix auquel cette liqueur est livrée, au consommateur , ont influé à notre désavantage sur le commerce des eaux-de-vie ; les f^^briques de soieries qu'on a établies à Moscou et dans les environs ont reçu de tels encouragemens, qu'elles peuvent concourir pour les tissus communs avec les nôtres ; l'art de travailler le fer , l'acier et le cuivre , a reçu aussi de grands perfectionnemens.

« La Russie , dit M. le comte Chaptal , pourra sans doute parvenir à élever son industrie au point

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de fournir aux besoins communs de ses habitans ; mais j'ai de la peine à croire qu'elle réussisse de long-temps à transplanter chez elle la fabrication des objets de luxe que recherchent avec eopipressement les riches propriétaires de ces vastes contrées. Cette haute industrie se compose de tant d'élémens, qu'il est bien difficile de les réunir '. » C'est par l'abondance de ses productions territoriales que la Russie doit et peut étendre son commerce ; la nation est essentiellement agricole ; elle doit donc porter ses soins sur l'agriculture , et faciliter l'écoulement de ses produits.

On a vu des preuves de l'importance de ce commerce dans ces dernières années : les blés qui sortent par les ports d'Odessa , de Rerson , de Tangarock , et autres de la mer Noire , ont été un objet d'une si haute importance , qu'ils ont fixé l'attention des propriétaires des autres nations agricoles. Les blés de Russie , après avoir approvisionné la France et l'Angleterre dans les disettes de 1816 et 1817, ont continué d'affluer dans ces états , et ils ont porté atteinte au prix de cette denrée de manière à inspirer des inquiétudes aux cultivateurs.

a Le commerce des blés en Russie , dit M. Anthoine ^, date de l'époque où par leurs conquêtes

' Z)e Vlndu$tric françaUt , 1. 1, p. 5o.

' Voyez VEiiai historique tur le commerce et ia navigation de ta

. mer Noire , par M. Ântlioine , baron de Saiot-Joseph , ancien maire

.de Marseille, et membre de racadémic de cette ville, 1 vol. in-8<»,

1S20. C*C'8t un des ouvrages les mieux faits et les mieux écrits sur le

sur les Turcs , les Russes sont devenus maîtres de la plupart des provinces et des ports situés à la proxioiité ou sur les bords de la mer Noire , et à l'époque où la porte ottomane a consenti à laisser naviguer sur cette mer les bâtimens marchands de toutes les nations.,Depuis lors la Russie a prodigué les encouragemeos de tous genres à l'agriculture de ses nouveauic états^ En même temps qu'on fondait des villes , les plaines immenses qui les environnaient étafent desséchées ; et les terres vierges ont produit les plus abondantes moissons : il résulte de leur fertilité en hlé un superflu de cette denrée qui a donné lieu à des exportations devenues , d'années en années , plus considérables, et ont enrichi les provinces voisines de la mer Noire , particulièrement en 1816 et 1817.»

Telle a été l'impression qu'a produite sur les esprits en France et en Angleterre Timportation extraordinaire qui s'y est faite des blés de Russie, que les propriétaires de ces royaumes l'ont considérée comme préjudiciable au prix et à la consommation des blés du pays/ , et en ont demandé

commerce : Tauteur, qui avait voyagé en Russie par ordre du gouver* nement en 1781, et qui. avait formé un bel établissement français à Kerson en 1 783 , a réuni dans cet ouvrage les plus^ûres notions sqr l'important commerce de la Russie par la mer Moire. Le négociant, le géographe, Thomme d'état*, y trouvent également à l'instruire. Nous en conseillons la lecture à ceux qui auraient à parler sur le commerce de cette nation, et qui, à l'inverse de certains orateurs, n'aimeraient pas à en entretenir les autres avant de le connaître «ux-mémes. ' Le lecteur peut recourir aux débals qui ont eu lieu à la chaiabre

DES DEUX INDES. ^iS

la prohibition ou l'introduction soumise au prix de la denrée dans les ports nationaux.

Le lecteur verra par le tableau suivant la nature et la quantité des objets que nous tirions de la Russie à l'époque de 1789 : on y a réuni ceux de la Pologne septentrionale , tant par rapport à l'identité de ses produits avec ceux de la Russie que parce que la Pologne fait aujourd'hui partie de cet empire.

Blé, pour une valeur de. 1 19,000 fr.

Chanvre 2,221,000

Lin • 121 ,000

Bois 890,000

Cire 18,000

Suif i,o3 1,000

Graine de lin. 276,000

Goudron 68,000

Fers 55o,ooo

Indépendamment de ces objets, nous tirions de la Russie des potasses, des pelleteries, etc.

Le total des importations en France de ces divers objets, pendant les trois années 1787, 1788, et 1789, prises pour terme moyen, s'élève, savoir :

En 1 787 , à 6,547,700 fr.

des députés, pendant le mois d'avril i8ai, sur cette question, à ro«cusion de la nouTelle loi sur Timportatioà des blés ëtraogers.

7l6 ÉTAT ACTUEL DU COMBIXRCE

Les objets d'exportation de France en Russie consistaient en boissons, en comestibles, et en produits de notre industrie. Ainsi les vins, les eaux-de- TÎe, rhuile d'olive, les fruits secs, les draperies, les soieries , les gazes , les crêpes , les mouchoirs de soie , la rubanerie , la bonneterie , les bronzes dorés , les meubles , les modes de femmes , la librairie , le verdet , la crème de tartre , composaient , en y joignant une grande quantité de sucre , de café , provenant de nos colonies ', notre principal copimerce avec la Russie ; commerce que les Anglais et les Américains partagent aujourd'hui avec un grand avantage surtout pour les denrées coloniales.

Nos exportations étaient, en 1787, 1788, 1789, de la valeur suivante :

En 1787, de 6,63o,ooo fr.

1788, de 5,977,000

1 789,, de 6,963,000

Ce serait cependant se faire une idée incomplète de nos relations commerciales avec la Russie à cette époque que de les juger d'après ces résultats ; ils ne peuvent exprimer que le commerce direct de la France avec la Russie, tandis que ce commerce se composait encore d'une foule d'objets que nous vendions à Francfort, à Leipsick, à Hambourg, et dont la plus grande partie passait en Russie et formait l'objet des expéditions des

négocians trafiquant dans ces places.

Quels que soient, au surplus, les efforts delà France aujourd'hui, et malgré la liberté de l'industrie quiy produit des prodiges de perfection et de bon marché , ne nous attendons pas à des exportations et à un débit comparablesià ceux des vingt années antérieures à la révolution. Depuis cette époque, et pendant la guerre des coalitions contre la France , les états européens ont formé chez eux des établissemens d'industrie qui fournissent une grande partie des objets que la France y envoyait ; l'Angleterre partage le même déficit dans ses expéditions sur le continent : ce déficit serait encore plus grand, si le système de corporations privilégiées , de gêne où restent le travail et la liberté dans la plupart des états continentaux , venait à être remplacé par un régime plus favorable au développement des facultés industrielles chez eux. Alors, à l'exception des produits d art que repousserait la nature du climat et le goût des habitans, l'in- ' dustrie se mettrait de niveau entre tous les peuples; mais l'Europe n'en est pas encore là.

En attendant, la Russie n'oublie rien de ce qui peut donner, par le commerce , du développement et de l'extension à sa puissance , déjà immense; les mers qui bordent sa côte orientale en offrent des preuves évidentes : c'est là qu'elle pense à former des colonisations, et qu'elle espère s'en aider pour s'étendre peut-être un jour dans l'Océan équinoxial, depuis les rivages occidentaux de l'Amérique jusqu'à ceux du Japon et de la Chine.

^iQ ÉTAT AGTU£L DU COMMERCE

Ses établissemens vont déjà du Kamtschatka à Touest de rAmérique, où ils ont un fort garni de cent pièces de canons à Norfolk-^Sound. Les Russes avaient, depuis i8i3, descendu le long de la côte, dépassé de cinq cents lieues lembouchure de la rivière Columbia, et formé un établissement à Bodega , à trente lieues de ceux des Espagnols dans la Californie : établissement qu'ils ont dû abandonner, comme nous verrons plus bas.

Suivant le North-American'-Review ^ la colonie russe de Norfolk-Sound , à 67 degrés de latitude nord, a été fondée en 1792 par le négociant Berenow ^ après une résistance prolongée de la part des naturels. Il en est aujourd'hui chef ou gouverneur ; il emploie les Russes qui y sont établis, ainsi que les naturels dont il peut disposer, à la chasse aux pelleteries. Tantôt il expédie les produits de sa chasse directement pour les marchés de la Chine ; tantôt il le$ échange avec des bâtimens américains contre des objets nécessaires à la colonie , formée «d'un mélange de Russes et d'indigènes* Ses troupes sont composées des deux nations, exercées à la manière russe. Pour ses expéditions commerciales, Berenow tie se sert point de ses bâtimens , mais de navires européens et des Etats-Unis.

S'il fallait en croire un papier américain , the New-Yofxk-Spectator (26 février 1819), après diverses négociations ^ la Russie aurait cédé aux États-^Unis toutes ses prétentions aux contrées si-

tuées sur la côte nord-ouest au sud des 56 degrés de latitude septentrionale ; et cela d'accord avec l'Angleterre. La Russie se serait ainsi renfermée dans les établissemens au nord de ce point , mais qui s'étendent encore du détroit de Bering à la rivière Columbia, sous le nom d'Amérique ra«se. L'établissement de Berénow, et ceux qui se sont formés aux environs ne peuvent manquer de prendre de grands accifoissemeds. La Russie renonce à la Californie d'après cet arrangement, et peut prévenir parla les inquiétudes qu'elle inspire aux Anglais. En effet, l'Angleterre a plus d'un motif pour craindre les effets de l'ambition rtis^e ; il ne serait pas impossible que , dans une contestation entre ces deux puissances , la Russie fit avec les Etats- Unis, moyennant quelques concessions de leur part , une alliance secrète ; que le motif en fût l'expulsion des Atiglais de leurs colonies du Canada , et que la Russie obtînt un second port plus au sud, qui serait pçu dangereux aux Américains^, et funeste au commerce et à la suprématie bri^ tannique. L'immense territoire de l'Union n'a pa;s besoin de s'agrandir^ sans doute; mais l'inquiétude , les haines et les ambitions républicaines ût sont pas moins opiniâtres , et quelquefois aussi aveugles que celles des monarchies. Tout doit faire présager et craindre à l'Angleterre des rapprochemens entre la Russie et les États-Unis. Mais il est teinpÀ que nous nous occupions de ces derniers.

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