‹ État du monde romain vers le temps de la fondation de l'empire [microform]Chapitre 109 sur 191 · IV. DU COIVIMERCE DANS L'EMPIRE · texte numérisé non relu

IV. DU COIVIMERCE DANS L'EMPIRE

IMvision du monde romain en pays de langue grecque et pays de langue

latine. — Union par le commerce.

EXPANSION DE LA RACE GRECQUE; ACTION DE ROME SUR LES PROVINCES OCCIDENTALES.

Nous venons d'énumérer les peuples sujets de Rome, ses alliés et ses ennemis; il y aune autre division qui, pour

148 g IV. INFfX'ENCE DKS (iUECS.

n*étre écrite nulle part, n'en est pas moins profonde., car elle subsiste encore. De l'Adriatique à TOcéan tout d»?viendra romain; de l'Euphrate à l'Adriatique tout est à peu pVésferéB\ PlineabéîtùpiMei^'di'^t^errtiGè''^^^^^ de

l'universalité de la langue latine'; une moitié seulement de l'empire se servira de l'idiome du Latium.

Si la Grèce n'a rien fait de gr^ydénî politique hors de chez elle , rien au moins de durable , elle a eu dans les choses de l'esprit une inépuisable fécondité, et, au nom de la philosophie, une ardeur de prosélytisme qui ne se trouve d'ordinaire que dans les croyances religieuses. Sans direction unique et par la vertu seule de son génie, cette rare s'est, comme un grand fleuve, répandue surtout l'Orient, où elle a tout recouvert et tout pénétré. Devant elle les anciennes civilisations s'effacent ou se transforment; les idiomes nationaux disparaissent Où ne vivent plus que dans les couches inférieures de la population ; les coutumes séculaires S'en vont; les mœurs changent et la vie hellénique prend partout possession des hommes et des cités.

Peuple rhéteur par excellence, les Grecs veulent sans cesse parler, nliscuter, enseigner. En quelque lieu qu'ils arrivent, ils y organisent aussitôt une tribune, une éco'e. f Isentraînentla population à leurs disputes ; alors on se passionne pour la rhétorique ou la grammaire, pour Zenon ou

1. Je disk peu près, car les nalionalitës persistèrent d'une manière l)lus durable qu'on ne le pense sous l'enveloppe de la civilisation grecque ou romaine. C'est un point à traiter pour l'époque des Antoniiis, alors que le travail d'assimilation fait par Rome semblera achevé.

2. Terra.... quœ tôt populorum discordes serasque linguus sermrnis commercio contraheret; colloquia et hiimanitafem hnmini darel. Pline. H. iV., III, G. Ce qu'il y a de vrai, c'est que le latin était la langue officielle , celle de l'adminisi ration et de l'année. Ce serait une intéreîrsante question que l'étude de la résistance faite par le grec au latin en Orient. Les quelques pages de Heyne, de Ususermonis romani in administrandis 'provinciis, sont très-insuffisantes.

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KXrA.NSION Di: LA CIN ILISATIU.N (.UtC(»IJE.

pour Epicure, et de chaque ville de rAsie.sortent des maîtres H4ff^:^^^^x. Aux bords du Nil, la vieille Egypte, effrayée, s'enfuit d'Alexandrie dans la Thébaïde, où un nouvel ennemi viendra la tioubler encore avec ^d'aut^es voyances ;

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et au pied de l'Atlas les palais qui remplacent 1,^ tente

royale de Massinissa retentissent des noms d'Aristote et de Platon. Toutes les cours d'Asie s'essayent à pafjler gi^çc: les ^^sparthes font jouer devant eux les pièces d'Euripide, et rinde cherche à comprendre ces médailles gravées de calactères helléniques qu'elle i^ous rç^ncl I|)aintenantJ^,|)pur no^up aider à retrouver l'histoire perdue d'un État grec qui llorissait, il y a deux mille ans, sur les rives de son grand fleuve. ,,.^„„,,,,^,,,,| ,,

^es Grecs., e&|^;its,^u|^eux autant qu'actifs ^ veulent enseigner, mais aussi apprendre. A Olbia, les Scythes étaient aux portes, le signe de guerre arboré sur les tours , et le^ citoyens en,jrfliçs couraient aux murailles; mais Dion Chrysostome arrive , il parle d'Homère et de Phocylide ; tous s'arrêtent; puis, afin de mieux entendre, entrauient .l'ofa- ^^^î:^ l'fi^ora et éfiçutent un long discours sur la cité des dieux. « Tant, ajoute Dion, flatté de l'attention qu'on lui a,donnée en de pareilles circonstances, tant ils élaiçnt bien Qrecs par jfis ,^ûts # les m^pi^l. » Tout rhéteur est donc le bienvenu; toute découverte, disons-le aussi, excite l'enthousiasme; et s'ils arrivent en un pays qui ait eu ses jours de culture scientiiique, chez u« peuple qu'ils puissent sans trop d'humilité avouer pour leur aîné, comme Platon le laissait dire aux prêtres d'Egypte, aussitôt ils veulent s'approprier ses trésors ignorés. Dans tout 10-

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J. Dion Chrysost., Orat., LXXX. Le morceau où se trouve ce curieux récit est cité tout an long par M. Ozanam dans ses Germains.

150 § IV. AFFAIBLISSEMENT DE l'eSPRIT GREC.

rient , ils fonnent de grands ateliers de traduction * pour ravir leur science mystérieuse à ses castes sacerdotales , comme ils ont ravi le pouvoir politique à ses castes guerrières. Livres égyptiens, hébreux, chaldéens, ils traduisent tout ; et s'ils n'ont pu pénétrer dans l'Inde, ni assez loin , ni en assez grand nombre pour faire aussi de cette vieille civilisation leur butin , du moins ils nouent avec ce pays d'activés relations de commerce , et tout en emportant ses denrées, ils interrogent ses sages et emportent quelquesunes de leurs doctrines.

Mais voici longtemps déjà que l'effort dure : l'esprit grec fléchit sous la masse des connaissances qu'il a acquises. A force d'apprendre comment pensaient les autres, on oublie soi-même de penser. Le commentaire tient lieu de l'original , la glose dispense du texte. Et comme une grande vie politique ne soutient pas l'esprit public; comme les •derniers temps des Séleucides et des Ptolémées ont été des âges de confusion et de misère, de vices honteux et de crimes sans nom; comme cet Orient divisé, morcelé, réduit en poussière par l'action dissolvante de ses vices et de la politique romaine , n'offre nulle part un grand théâtre où les travaux de l'intelligence trouvent encouragements et récompenses, il n'y a plus dans ces populations usées par le plus grossier sensualisme, le besoin énergique de connaître et de croire qui animait les âmes aux beaux jours des grandes écoles, mais seulement une impatience d'es-

i. Voy. ci-dessus, p. 78, et Strabon, XVII, p. 806. « Ils puisent dans les écrits des Égyptiens, comme dans ceux des Chaldéens. » Mais s'ils firent cet honneur à la science des Orientaux, ils ne montrèrent que du dédain pour les peuples dont ils se considéraient comme les précepteurs. Gibbon fait celte remarque : a There is not, I believe, from Dionysius tô « Libaiiiiis a single Greek crilic who mentions Virgil or Horace. They « seem ignorant that the Romans had any good writers. » T. I, p. 65 édit. du Rév. Milraan. '

LES PEUPLES DE l'oCCIDENT. 151

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