‹ État du monde romain vers le temps de la fondation de l'empire [microform]Chapitre 129 sur 191 · IV. ROUTES · texte numérisé non relu

IV. ROUTES

de partager de nouveau avec la Carlhage romaine. Mais elle en gardera toujours une part considérable et lui devra une prospérité que ses ruines attestent encore.

Le lendemain de la bataille d'Actium, quand les ébranlements de la guerre civile n'étaient point encore apaisés, le connnerce ne pouvait avoir la régularité et l'importance que vont lui donner les années tranquilles qui commencent. Mais l'ordre sera promptement rétabli; et les peuples, sous la protection d'une administration vigilante prendront ou letrouveront l'Labitude de ces fructueux échanges dont la population grecque et les anciens sujets des Carthaginois connaissent depuis longtemps tous les avantages, dont les Romains, depuis un siècle et demi, les banquiers, je devrais dire les usuriers du monde, sont accoutumés à partager les profits*.

Déjà la république, après avoir sillonné de routes toute l'Italie, avait jeté à travers 1 Épire et la Macédoine la grande voie Egnatiaet relié l'Espagne à l'Italie par une route militaire. Auguste fera faire celles delà Cisalpine; et imprimant la plus vive impulsion à ces travaux productifs , il couvrira de chemins toute la Gaule et la péninsule ibérique^ Puis, « sur toutes ces routes qui partaient du n)illiaire d'or élevé au milieu du forum, il placera à de très-courtes distances des jeunes gens qui serviront de courriers, et dans la suite des voitures, pour être informé plus tôt de ce qui se passe dans les provinces K y Ces postes, qui seront

ACTIVITÉ GÉNEHALE.

1. Voy. Mauroy, du Commerce des peuples de V Afrique septentrion nale, et VAfrique, de Ritter.

2. Bergier, Hist. des grands chemins de VEmp, Rom., I, p. 27. Les chemins étaient de deux sortes : Via) puUiCcV regales quœ publiée muniuniur.... Vicinales, quœ de puhlicis divertunt in agros; hœ muniunlur per pagos. Sicul. Fiaccus, de Cond. agr. Cf. M. Naudet, des Changements dans V administration de l'empire romain, l, p. 215.

3. Suet., Oct., 49. Val. Max., V, 5, 3. IM., H. N., VII, W. Veget., de

servies avec une grande célérité \ ne seront pas utiles au pouvoir seul, mais aux particuliers dont les lettres seront rapidement portées d'une extrémité à l'autre de l'empire ^ Une circulation plus active se trouvera ainsi établie entre les divers points des provinces. Les montagnes abaissées et entr'ouvertes par les pionniers romains, les fleuves enchaînés par les ponts jetés sur leurs cours ^ laisseront passer la civilisation qui, suivant ces routes comme autant de tils conducteurs, pénétrera dans les retraites les plus soHtaii^es, jusqu'au milieu de populations étonnées et domptées par elle plus sûrement que par les armes. Le commerce naturellement y gagnera , et une vie nouvelle se répandra dans

Re mil., 111, 6. Lamp , Alex., 45. Un gouverneur ou un général parlant de Home pouvait calculer le jour et presque l'iieure où il serait à son poste .

1. 11 fallait moins de six jours pour aller d'Anlioclie à Conslantinople. Liban., Orat., 22. Ce qui fait plus de 40 lieues par jour. Val. Max., V, 5, 3, veut (jue Tibère ait fait G7 lieues en un jour et une nuit, quand il alla rece\oir les derniers soupirs de son frère.

2. Octave avait interdit la publication des actes du sénat (Suet., Oct.,Z(i); mais il y avait des journaux, acta, qui racontaient tout ce qui se passait à Rome (Suet., Tib.y 5. Calig., 8. Tac, Ann., UI, 3; XVI, 22, Lamp., Comm., 15), et qui étaient lus avidement dans les provinces: u Diurna P. R., per prorincias, per exercitus curatius leguntur. » Tac, Ann., XIII, 31. Cf. le savant livre de M. Leclerc, des Journaux chc% les Romains.

3. Drusus commença le long du Rhin une digue qui ne fut achevée que sous Néron. Tac, Ann., XllI, 53. « On a vu les Romains, ditStr?bon, après avoir soumis bien des nations d'un caractère naturellement féroce, parce que l'àpreté du sol , le défaut de ports ou d'autres causes pareilles rendaient leur pays pres(|ue inhabitable, établir des rapports de société entre des peuples jusqu'alors insociables. » Il y avait surtout entre Home et les provinces une circulation continuelle de voyageurs, de marchands, de funclioiinaircs et de soldats. Les gouverneurs renvoyaient très-fréquemment des accusés à l'empereur. Pour un fort léger sujet , Félix , gouverneur de Judée, envoie des sacrificateurs se justifier devant l'empereur (Jos., Mvm. sur sa rie). Saint Paul accusé en appelle à l'empereur et est envoyé en Italie. Celte circulation aidait à la fusion des peuples, dos idées et des mœurs.

172 § IV. UNION r.VK LE COMMERCE.

cet empire , si admirablement disposé pour une grande et longue existence.

Voyez-le en effet ; il renferme tous les pays qui , des Pyrénées et des Cévennes, des Alpes et des Balkans, du Taurus et de l'Atlas, descendent à la Méditerranée avec leurs fleuves sans nombre et leurs beaux rivages chargés de riches et industrieuses cités. En aucun lieu de la terre l'humanité n'avait rencontré de conditions plus favorable^ à son développement qu'à l'entour de cette mer assez vaste pour que des peuples nombreux eussent trouvé place sur ses bords , assez resserrée par ses promontoires et ses îles pour que les côtes opposées pussent, si je puis ainsi parler, répercuter tous les échos qui s^élevaient de chaque point de ses rivages. Les physiciens nous disent qu'une lumière réfléchie par un miroir va se perdre dans les espaces, quand rien ne l'arrête, mais que si elle rencontre sur son passage un foyer qui la reçoive, la concentre et la renvoie, alors multipliée avec une grande puissance, elle porte au loin son éclat et sa chaleur. Ainsi allait-il en être dans cet empire étendu tout autour de la Méditerranée, cercle lumineux où cliaque point ne brillera pas seulement de la lumière qui lui est propre , mais de celle encore qu'il reçoit ; où l'activité d'un peuple sera stimulée par celle des nations qui lui font face, de sorte qu'à la grandeur de Rome répondra celle d'Alexandrie, au commerce de Corinthe , de Pouzzoles \ et de Marseille % celui de Smyrne , de Carthage et de Gadès; à la ri-

1. Pouzzoles était le vrai port de Rome. A Oslie, les navires étaient forcés de rester à l'ancre, sur une côte dangereuse, jusqu'à ce que des barques vinssent les décharger d'une partie de leur cargaison ; alors ils entraient dans le Tibre. Strabon.

2. Voyez le tableau que Florus et Sacrovir font de la prospérité des Gaules. Tac, Ann.^ 111, 40,

CNION PAR I.E COMMERCE. 173

chesse enfin des régions du Nord, la prospérité de celles du Midi.

Un jour qu'Auguste naviguait le long des rivages de Pouzzoles, les passagers et les matelots d'un navire d'Alexandrie vinrent le saluer, vêtus de robes blanches et couronnés de fleurs. Ils brûlèi^ent de l'encens devant lui comme devant un dieu, et s'écrièrent: « C'est par toi que nous vivons, par toi que nous sommes libres. C'est à toi que nous devons nos richesses et la sécurité. » Il se trouva si heureux de ces acclamations, ajoute son biographe, qu'il distribua quarante pièces d'or à sa suite, à condition d'employer cet argent à acheter des marchandises d'Egypte. Les jours suivants, il donna aux Alexandrins des toges romaines, aux Romains, des manteaux grecs, et il voulut qu'ils changeassent aussi de langage, les Grecs parlant latin, les Latins parlant grec. Double image du mélange des nations et de l'égalité qui allaient s'accomplir aux acclamations du monde.

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