‹ État du monde romain vers le temps de la fondation de l'empire [microform]Chapitre 134 sur 191 · LE GOUVERNEUR · texte numérisé non relu

LE GOUVERNEUR

Les aristocraties qui administrent gratuitement, les démocraties qui administrent très - économiquement , ne multiplient pas dans l'État les fonctions publiques. La monarchie qui veut tout faire elle-même , et qui a besoin d(i créer un peuple factice et dévoué par intérêt à la dynastie , au milieu du peuple véritable, fait pulluler les places.

1. Bergfeld [die Organisation der Rom, Prov., p. 7, cité par Recker, m, I, p. 280, note 1920) et Hoeck (t. 1, H» partie, p. 182) ne comptent que quinze provinces en l'année 5J, sept consulaires, savoir : la Cilicio, sous Cicéron; la Bithynie, sous Bibulus; les deux Espagues, sous Pompée; les deux Gaules et l'illyrie avec la Dalniatie, sous César, et huit provinces prétoriennes: Sicile, Sardaigne et Corse, Afrique et Numidie, Macédoine avec Acliaie, Bilhynie avec le Pont, la Crète avec la Cyréiiaique, Cypre. Mais il y a là plusieurs erreurs: d'abord Becker donne la Bilhynie à Bibulus, c'est la Syrie qu'il avait ; Hocck fait de Cypre un gouvernement à part, et Cypre relevait, en 51, du gouverneur de Cilicie. Ensuite rAchaïe ne fut pas toujours unie à la Macédoine (voy. ci-dessus, p. 31, note 2). Ajoutons à ces quinze provinces la Celtique , dont la conqu(:'te n'était pas encore achevée. Hoeck a tort aussi de présenter celte division en provinces consulaires et prétoriennes comme régulière et permanente. Elle pouvait varier ciiafiue année et elle variait fréquemment. La Macédoine, consulaire avec Pison, fut prétorienne sous son successeur (Cic, in Pis., ^n oi de Prov, Cens., 7). Les limites mômes des provinces changeaient (lueUiuefois /Cic, in Pison,, Ifi, 21, 24 ; T. Liv., XXIV, 44).

^ 2. T. Liv., XXVI, 18; XXVIII, 38,40,45; Sali., Car//., 19; Suet., C.^s.,9; Polybe, VI, 15.

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Témoin raristocratique Angleterre, qui n'a que vingtquatre mille employés émargeant au budget de l'État, et reinpirc de Constantin, où l'armée des fonctionnaires égalait celle des légions. Rome républicaine ne voulut jamais entrer dans le détail de l'administration financière ou politique des provinces. Elle affermait les impôts pour n'avoir pas à les lever elle-même ; elle laissait les villes gérer toutes leurs affaires, pour n'avoir point à s'en mêler. Elle gouvernait; elle n'administrait pas : Regere imperio populos,... Alors un seul homme suffisait pour une province vaste comme un royaume.

Aux portes mômes de Rome, dès qu'il avait franchi l'enceinte sacrée du Pomœrium, l6 gouverneur prenait ses insignes et ses licteurs avec les haches sur les fâîsdeaux , six pour un propréteur et douze pour un proconsul, et déjcà il pouvait exercer la juridiction volontaire*, mais non l'autorité proconsulaire, en vertu de laquelle il n*avait îe droit d'agir que dans les limites de sa province. Ses fonctions étaient gratuites^, mais il recevait du sénat, pour ses frais de séjour et de voyage, une* somme quelquefois considéra-

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1. Mais non la juridiction contentieuse.... jnrmitcdonem habet, non contcntiosam sed roluntariam ., Dig., I, tit. xvi, fr. 1 et 2.

2. Sous la république, les fonctions étaient gratuites, comme c'est encore chez nous le caractère des fonctions électives, parce que l'hoimeur d'avoir été jugé digne de veiller aux intérêts publics suffisait, et que In classe dominante doit toujours payer le pouvoir qu'elle retient au prix de son sang sur les champs de bataille et par le sacrifice de ses loisirs dans la vie publique. La fortune de chaciui des membres de l'aristocratie soulTre de ce désintéressement obligé, mais la classe y gagne le maintien de ses privilèges, en rendant les fonctions publiques inaccessibles aux pauvres. Et puis, à Rome, les sujets dédommageaient amplement; mais la monarchie déléguant des fondions onéreuses où la responsabilité est grande . l'autorité restreinte par le contrôle du maître et les profits nuls ou peu certains, doit salarier ceux qu'elle emploie. La démocratie va plus loin , elle soumet tout à l'élection et elle salarie non-seulement les élus, mais quelquefois, comme à Athènes, les électeurs.

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