V. VIOLENCES
tîèri d'antiques, et pas une coupe, pas un anneau, surtout pas une statue remarquable, ne lui échappaient. La Diane de Ségeste et la Cérès d'Enna étaient Tobjet de la dévotion générale ; de Rome même on venait sacrifier à leurs autels. A ce titre, elles méritaient de figurer dans ses jardins ou son musée, il les enleva. Presque toutes les statues que Scipion avait renvoyées de Carthage aux Siciliens leur furent ainsi une seconde fois ravies.
On était au plus fort de la guerre contre les esclaves. Les pirates couvraient la mer; il équipa une flotte; il demanda aux villes des navires, des matelots, des armes, des provisions, mais pour tout vendre, vivres, congés, exemptions de service ; et Ton put voir des soldats romains réduits à se nourrir, au milieu de la plus fertile province, de racines de palmier. La première fois que cette flotte, vide de soldats et d'armes, sortit du port, elle fut battue, et ce gardien sévère de l'honneur du drapeau fit frapper de la hache tous les capitaines. Ses licteurs vendirent encore aux parents la grâce de tuer d'un seul coup les victimes. Un dernier fait résumera tous les autres. Un citoyen romain, Gavius, faisait le négoce à Syracuse, il le jette dans les Lautomies; Gavius s'en échappe, court à Messine, annonçant qu'il va à Rome accuser le préteur; mais celui-ci l'arrête, le fait battre de verges par tous ses licteurs à la fois, puis il ordonne que sur le rivage, en face de Tltalie, en face des lois et de la liberté, on dresse une croix et qu'on l'y attache. Au rniheu des tortures, dans les angoisses de la mort, le malheureux ne poussait pas un gémissement, ne jetait pas un cri; seulement on l'entendait répéter : Sum civis romanus, et le préteur qui lui criait : " Vois de là-haut l'Italie ! vois ta patrie! vois les lois et la liberté* ! »
1. Ex cruce Italiam cernere..,, in çonspectu legum lihertatisque moriatur. Verr., V, GG.