‹ État du monde romain vers le temps de la fondation de l'empire [microform]Chapitre 6 sur 191 · I. LES PROVINCES ET UITÂLIE · texte numérisé non relu

I. LES PROVINCES ET UITÂLIE

Revue sommaire des peuples sujets ou ennemis de r Empire. — L'Espagne. — La Gaule. — Les montagnards des Alpes et les lllyriens. — La Grèce ei ses colonies. — L'Asie Mineure. — La Syrie et l'Egypte. -

L'Afrique.

L'empire de Rome, ou, comme disaient ses historiens et ses légistes, Vunivers romain, éjljai| assez vaste, quand Auguste en devint le maître, pour que les peuples, sujets

RACES ENFERMEES DANS L EMl'lHE. 3

OU ennemis, qui appartiennent à son ^histpjre, ,|f|pr^sf3atassent presque loules les races d'hommes de l'ancien continent, .î.;:'iii '.i

Suivant les probabilités fournies pur l'élude çompiarée des langues, des traditions et des données physiologiques, les peuples établis des bouches du (iange aux dernières limites de l'Occident, le long des deux rives de j^i Méditerranée, sortaient de deux grandes familles vraisemblablement réunies elles-mêmes à leur point de départ et qu'on enveloppe aujourd'hui sous un seul nom, celui de race caucasienne. De ces deux familles de peuples, l'une fixée à l'ouest du Tigre, était la race sémili([ue, l'autre, peut-être originaire des pays situés au N.-O. de l'Inclus, éti|j| la mm ariane. Celle-ci se divisa de bonne heure en deux rameaux: les tribus parlant le sanscrit qui tournèrent à l'est, vers l'indostan, les peuples ^e servant du zend, qui plu$ t^a, pr^F^mt àii^û^st, vers la Perse ^ Uwésk leur développement solitaire les adorateurs de Brahma et les partisans de Zoroastre restèrent, jusqu'à Alexandre, en dehors du niouveiiaent europ^^iii mais après lui *¥oir donné l'impulsion première. De clrncun de ces deux groupes de nations se détiichèrent, en etïet, à des époques inconnues, de nombreuses col|ûiiies qui allèrent peupler les solitudes de l'Occident.

Il y a deux portes pour entrer d'Asie en Europe, l'une au sud, l'autre au nord de 1^ mer Caspienne, par la Perse et l'Asie Mineure, ou par les steppes de la Sarmatie. Les

1. Sur dix mots zend, six ou sept, dit W. Jôiies, ïe célèbre pr^idcnl de l'Académie de Calcutta, étaient des mots sanscrits, Discours sur les Persans, dans le t. H des Mémoires de VAcad. de Calcutta. M. tle Sacy a péremptoirement dédanë que pour lui le sanscrit et le lend n'étaient que deux dialectes d'une môme langue. C'est aussi l'opinion de Bayer, Hist. reg. Bactr.,\\^ 2L Cf. Prichard, Histoire naturelle de rhomm^i et Edwards, Recherches sur les langues celtiques.

4 g I. COLONIES ATIÎANES ET SlhllTlQUES.

grands empires des Assyriens et des Mèdes, fermèrent de bonne heure, la première sur les Pélasges, les Lydiens et les Hellènes qui allèrent former le fond de la population dans l'Asie Mineure, la Grèce et l'Italie. La seconde resta ouverte jusqu'au milieu des temps modernes, aux Celtes, aux Germains, aux Slaves, même aux Mongols, qui tous demeurèrent échelonnés sur cette longue route dé l'Europe-': Les Celtes, partis les premiers, aux extrémités de l'Occit dent; les Germains, dans l'Allemagne; les Slaves, sur la Yistule; les Mongols, derrière le Volga. Il y eut donc comme deux courants de populations asiatiques qui se répandirent sur l'Europe à droite et à gauche des Alpes et de l'Ha^nms, celui-ci plus ancien, celui-là relativement plus moderne'. Au sud de ces montagnes les langues dérivent plus immédiatement du sanscrit; au nord, les idiomes germaniques se rapprochent davantage du zend. Mais le celte tenait à tous les deux ; par l'un de ses dialectes, le gaélique, il se rattatchait étroitement à la langue sacrée des Brahmes, par l'autre le kymrique à celle des mages.

La race ariane avait pris pour son domaine l'Inde , la Perse, l'Asie Mineure et toute l'Europe , les peuples sémitiques occupèrent le sud-ouest de l'Asie, et ces pays qu'ils devaient à deux reprises conquérir et civiliser, le nord de l'Afrique et le sud de l'Espagne. Dans ces deux races , le genre humain a trouvé au physique comme au moral sa perfection relative. Remarquons que l'empire romain en renfermait les plus nobles représentants, les Grecs qui avaient imprimé le mouvement littéraire, les Juifs qui allaient donner l'idée religieuse.

: En avançant vers l'ouest, les colonies arianes et sénnlin ques étaient venues se heurter contre d'autres peuples, les premiers-nés de notre vieux continent. Les Celtes, trouvèrent devant eux des Ibères, qu'ils refoulèrent dans les Pyrénées, où leurs descendants vivent encore sous le

IBÈRES, CELTES, (iEUMAf^j?? ET SLAVES. 5

nom d'Eskualdunac, et les tribus germaniques et slavoimes, des Finnois, des Lapons, qu'elles rejetèrent dfinsles régions glacées du nord. Le Caucase abrite aussi danâ "ses hautes et impraticables vallées, des peuplades dont l'origine est inconnue ; et du haut de l'Atlas, les Berbères ont vu passer à leurs pieds toutes ces dominations des Maures et des Numides, de Carthage et de Rome, des Arabes et des Turcs, en gardant presque intactes leur langue et leur indépendance.

Vers le temps de lafohdlitiôn de l'Empire, ces populations étaient ainsi réparties : 1 1 i ' *

Les Ibères, pui's de tout mélange, étaient (cantonnés dans les Pyrénées, s'étendant à droite , jusqu'à, la Garoime, à travers l'Aquitaine, à gauche, jusqu'à l'Èbre supérieur, à travers la Navarre. Dans l'Espagjie, les Ibères-Phéniciens habitaient la Bétique, les Ibères-Gaulois toutes les côtes de l'ouest et la région du centre qui leur devait son nom.

Les Celtes occupaient la Grande-Bretagne, hiG^.ule, moim l'Aquitaine, et une partie de la Narbonaise , Il| haute Itîdie, les Alpes, plusieurs des pays de la rive droite du Danulje et quelques cantons de l'Asie Mineure (Galatie ou Giillo- Grèce)*.

Les Germains et les Slaves ou Sarmates- se partageaient la vaste plaine qui s'étend de l'Océan du Nord à la mer Caspienne et se pressaient déjà derrière leurs deux grands tteuvd'î, le Rhin et le Danube.

"^îLes populations grecques et latines occupaient le centre de l'empire; les unes regardant à l'Orient comme si elles obéissaient encore à l'impulsion d'Alexandre, tesi autres tournées à l'Occident et y pro|)ageant leurs mœurs et leur idiome.

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j 1. Çlrabon, VII, p. 313, range parmi les Gaulois les lioies du Norique les Taurisqucs, les Scordisqucs et une partie des Japodes 2. Voy. p. 87, ir 2.

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6 § I. PEUPLES DE L'AFftlQUE ET DE l'OUIENT.

Au sud , les peuples sémitiques couvraient toute la côte africaine de la Méditerranée, sous les noms de Maures, de Numides et de Phéniciens. En Egypte, ils s'étaient mêlés èi la race éthiopienne, comme en Arménie à la race arîané. Toute la péninsule arabique, avec la Palestine, leur appartenait. En Syrie, ils s'étaient hellénisés.

Derrière eux vers l'Orient, dominaient toujours les peuples du zend ; plus loin encore les Indous et aux limites ex~ trêraes de l'Orient, les Sères.

Tous ces peuples, moins les deux derniers, sont ou vonl être les sujets, les ennemis ou les alliés de l'Empire. Les Germains et les Slaves ont déjà commencé cette guerre qui durera quatre siècles. Les Parthes gardent encore les drapeaux de Crassus, et tout à l'heure nous verrons l'Inde envoyer ses députés à Auguste*. Sous les Antonins, les Sèreè recevront une ambassade romaine et leurs historiens ne connaîtront alors sur la terre que deux empires, celui du milieu et celui de Uocci.lent ; le dernier même, ils l'appelleront, malgré leur vanité nationale, la grande Chine, Ta Thsin ^

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1. Sirabon, l'ami d'iElius Gallus, visita l'Egypte avec lui, et s'assura que tou8 les ans il partait au moins cent vingt vaisseaux de Myos-Horniios pour l'Inde , liv. 11, p. 118. Pandion , roi de Maduré au sud de Tïndè, èl Porus, roi du Nord , envoyèrent à Auguste des présents et des dépultîs.

Strab., XV, p. 686.

2. Klaproth, Tableaux hislor. de l'Asie, p. 68-9. Abcl Rémusat, liemarques sur l'extension de la puissance chinoise du côté de VOcciden% clans les nouveaux Mém. de VAcad. des Inscr.^ Vlll, p. CO-lâO, et le Mém, hislor. et géogr. de S. Martin sur V Arménie, t. Il, p. 30 et 42. U est à remarquer que dans la seconde moitié du siècle qui précède Tèfé chrétienne , presque tout l'ancien continent se trouvait partagé en quatre grands systèmes i>olitiques. Au sud Vikramaditya avait réuni la plus grande partie de la péninsule indienne ; à l'est, l'empire chinois sous les Han avait contraint les chefs des tribus de l'Asie intérieure à reconnaître leur suprématie, les princes même de la Transoxiane et de la Bactrlane leur taisaient souvent hommage. Tout l'Occident était occupé par l'empire ràmain; au centre culin dumiiiail la monarchie des Parthes, tour à lour en

NÉCESSITÉ DLNIR LES POrilLATIONS DIFFÉREJ^TES. 7

iXous n'avons ni le droit , ni la volonté de parler des Sères et des Indous ; avec les premiers, il y eut à peine quelques rares et aventureuses communications qui n'ont pas laissé de trace ; avec les autres^ des relations de commerce certaiiuinent Ires-activcs , mais dont les anciens écrivains qui ne s'inquiétaient guère d'économie sociale, né nous parlent pas. Les mêmes raisons ne pourraient nous arrêter j)uur les Parthes et les Germains , qui occuperont une si grande place dans cette histoire. Mais, c'est l'état déS provinces romaines que nous voudrions ici, plus particulièrendent étudier, car, pour juger l'œuvre d'Auguste, pour apprécier les résultats de la fondation de l'empire, il iiiipprle de montrer que depuis le Cantabre farouche et' libre dans ses montagnes *. jusqu'au grec d'AlitWèfi^ ' Bli (rÉplièse, servile et efféminé, il y avait dans ces population^ tous les degrés par lescj^uels on passe de la barbarie la plu^' giossière à la civilisation la plus riittinée, toutëâ les divëtsites de langue, de coutumes et de caractère dérivant de la, variété de tant de races , entre lesquelles il n'y avait encore d'autre lien, que celui d'une commune dépendance. *'

Cependant il fallait au plus vite se rapprocher et s'unir; il fallait de tous ces peuples faire une masse compacte et presque homogène, qui résistât assez longtemps à la pression exercée sur elle par les tribus du nord , pour que la civilisation antique et la religion chrétienne, déposées dan^ SQp sein , n'en pussent être arrachées. Derrière le Rhin et le Danube grondaient déjà des hordes menaçantes , à qui les Ombres et les Suèves avaient appris la chen)ij;i de$ p^ys di;ilvp'» de là jofe^t de l'or. D'une tnaîn',fertîpîï^lèsii*i rcta, et de l'autre, il organisa les nations loin desquelles il

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Relations hostiles ou amicales avec les trois grands empires dont ils toiiclwient les frontières. '" "'i'*'

,r,i,,Can«a['ruw pid,oçl]im2uga ferre noslra, Horace, Od., liv. fl, 0.

§ I. L'fiSFAtiNE.

rejetait la guerre. Il couvrit leur sol de routes^ d'aqueduqs >! et de cités florissantes inilifit pénétrer partout sa laïigue ot • soû esprit, ses lois et son culte; et quand la digue cétlam sous le flot envahisseur, il était heureusement assez tard pour qu'il ne pût tout emporter. La civilisatiôa antique,! ' c'est-à-dire k nôtre , après avoir régné sur cent millioas d'hommes, après s'être enracinée durant quatre cents àn8,iii par ses croyances et par ses monuments, au oœuir desi populations, comme dans le sol qui les portait, a rais cependant dix siècles à sortir de dessous les ruines, ^u'^e^tce donc été, si l'invasion n'avait irm\é devaBft elle que lan; barbarie, excepté dans Athènes, Rome et Alexandrie?: Ces >' trois foyers éteints, quelle sombre nuit sur le monde ^ ! niq

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Deux grandes races, avons-nous dit, peuplèrent primitivement l'Espagne, les Ibères et les Celtes. Ceux-ci, venus les derniers, avaient occupé tout le nord et l'ouest, moins

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