‹ État et avenir du Canada en 1854Chapitre 4 sur 20 · ÉTRANGERS · texte numérisé non relu

ÉTRANGERS

DE

Aveu cargaison.

À lest.

Avec cargaison.

A lest.

Batimentfl.

Tonneaux.

Bâtiments.

Tonneaux.

Bâtiments

Tonneaux.

Bâtiments.

Tonneaux.

Colonies de l'Amérique Pritanmque du N. .

Colonisa .le l'Amérique Brilaunique du N. .

Colonies de l'Amérique Britannique du N.

Colonies de l'Amérique Britannique du N. .

lb0,873 7,792 4,809 4,925

Colonies de l'Amérique Britannique du N. . Etals-Unis,

Colonies de l'Amérique Britannique du N. .

Colonies de l'Amérique Britannique du N. .

Etats-Unis .

lest — résultat dû, en peut le croire, à l'importation toujours croissante par la voie du St. Laurent d'articles pondéreux, tel que le fer en rails et le sel destiné aux états de l'ouest.

15. La quantité considérable de terres incultes que possèdent des individus et des corporations, fait de la vente du domaine public une question moins pressante dans cette colonie que dans quelques-autres. Il règne clans la province une opinion très prononcée sur les facilités que l'on doit offrir aux vrais cultivateurs de s'établir sur de petits lots de terre, et sur les obstacles qu'on doit susciter pour empêcher que les terres ne tombent entre les mains des spéculateurs. Cette opinion est sans aucun doute fondée en partie sur la jalousie que l'on porte aux grands propriétaiies,Tmais on peut l'attribuer, je le crois, en grande partie aussi au sentiment des inconvénients et des dommages que les jeunes pays ont toujours éprouvés lorsque de vastes étendues de terres sont placées en dehors du marché, dans des localités qui sont en voie d'établissement ; c'est à ce sentiment qu'est dû cette hostilité que l'on a originairement entretenue à l'endroit des réserves du clergé. Le prix de départ que le gouvernement a fixé en Canada pour les terres incultes, varie de 7s. 6d. courant à 1s. courant par acre, suivant la qualité; et, d'après les règles maintenant en force dans le département des terres de la couronne, ces terres, excepté dans quelques cas particuliers, sont concédées en lots de 200 acres au plus, à condition pour le concessionnaire de s'y établir, d'y bâtir une maison et de défricher le quart du lot avant de pouvoir obtenir lapatente. Dans quelques endroits du pays, le prix d'achat se fait en dix paiements annuels ; dans d'autres en cinq, — avec intérêt dans les deux cas à compter de la date de la vente.

J'ai peu de confiance dans l'efficacité de ces plans pour arriver à l'établissement réel de ces terres ; ils gênent la libre circulation du capital, sont facilement éludés et semblent particulièrement être hors de place partout où les terres incultes sont soumises à la taxe municipale pour les besoins de municipalité, tel que c'est le cas pour le Haut Cauada.

16. Je joins un état des terres publiques vendues chaque année, dans le Canada, depuis 1847 jusqu'à 1853 inclusivement.

Nombre d'acres des terres de la couronne vendue dans le Canada Est et Ouest :

Année.

Valeur totale.

Total... 809,594

£203,172 ls 2d

Nombre d'acres des terres du clergé dans le Haut Canada, vendues en vertu de la 3 & 4 Vict. ch. 78.

Année.

Acres.

Valeur totale.

Total...

Nombre d'acres des terres du clergé dans le Bas Canada vendues en vertu de la 3 & 4 Vict. c. 78.

Année.

Acres.

Valeur totale.

Nombre d'acres des terres des écoles de grammaire vendues en vertu de la 4 & 5 Vict. c. 19.

Année.

Acres.

Valeur totale.

Nombre d'acres des terres des écoles communes vendues en vertu de la 12 Vict. c. 100.

Armée.

Acres.

Valeur totale.

Total

17. Une grande partir des terres dn Bas Canada sont tenue?' en seigneurie, espèce de tennre féodale qui a soulevé une controverse qui menace de produire les résultats les plus fâcheux, si l'on ne se hâte de la régler de quelque manière équitable. Une certaine classe de jurisconsultes prétendent que d'après la coutume établie dans le pays, avant qu'il fut cédé à la Grande- Bretagne, les seigneurs étaient tenus d<> concéder leurs terres par lots d'environ 100 acres au premier demandant, en par lui pavant certaines redevances et une rente qui, prétendent-ils, n'a jamais excédé un denier par acre ; et ils citenl les édits des rois de France pour prouver que le gouverneur et l'intendant pouvaient, lorsque le seigneur devenait contumace, s'emparer <h:^ terres et les concéder malgré lui, et retirer les rentes pour la couronne. Les seigneurs, d'un autre côté, allèguent les décisions des cours de justice, depuis la cession du pays, pour justifier le droit qu'ils ont de recevoir les rentes qu'ils pourront stipuler. A part cette controverse, les circonstances qui accompagnent cette tenure sont, sous d'autres rapports, très propres à exercer une influence défavorable au développement de la province, et si cette tenure peut être abolie sans injustice, ce sera indubitablement conférer un bienfait immense au pays que de l'abolir.

18. D'après les tableaux préparés pour les fins de la taxe, le montant total des valeurs mobilières et immobilières dans le Haut Canada, est donné comme étant de £35,455,980 10s. Gd., et le montant total des obligations dues par les municipalités est comme suit :

Montant garanti par des débentures... . £886,077 10 8

Montant non garanti 97,667 13 5

Actions possédées par les municipalités. 546,316 12 7 Les tableaux sur lesquels ces dernières estimations sont faites, ne sont cependant pas bien exacts ; et l'on ne saurait beaucoup compter sur les résultats donnés.

19. En 1847, le seul chemin de fer qu'il y eut dans la province, était une ligne de 22 milles de longueur, allant d'un point de la rive du St. Laurent, vis-à-vis Montréal, jusqu'à la ville limitrophe de. St. Jean ; et l'avenir de la province, sous ce rapport, semblait si désespérant que, plus tard même, à la fin de l'année 1849, on lit les quelques lignes suivantes dans un document préparé avec soin et publié et signé par plusieurs

marchands intelligents, dans le but de hâter l'annexion dn Canada aux Etats-Unis. " Pendant que les Etats voisins se " voient enlacés par un réseau vivant de chemins de fer, le " Canada n'en possède que trois lignes, qui toutes ensemble " n'ont guère plus de cinquante milles en longueur, et dont le " capital pour deux de ces entreprises a subi une dépréciation " de 60 à 80 p. cent, symptôme fatal de la torpeur qui s'ap- " pesantit sur le pays."

Le tableau qui suit indique les chemins de fer maintenant ouverts ou en voie de construction en Canada, et les capitaux qui y ont été placés jusqu'aujourd'hui. Dans le cours de l'été dernier, 20,000 hommes au moins ont été engagés dans des travaux de chemins de fer ; et bien que ce nombre ait considérablement diminué depuis, cependant l'activité la plus grande se déploie encore dans toutes les parties de la province. De front avec ces travaux, se poursuivent encore des travaux de grande importance et qui employent un nombre considérable d'ouvriers. Durant le cours de l'année dernière il a été érigé dans toutes les parties de la province un nombre extraordinaire d'édifices publics, de magasins, de moulins, de manufactures et de résidences, et toutes ces causes réunies ensemble ont puissamment contribué à augmenter le prix de la main-'dœuvre. TABLEAU.

nom:.

Longueur Totale.

Milles.

Longueur complétée.

Milles.

Capital déjà dépensé.

Grand chemin de fer occidental Buffalo, Brantford et Goderich.

London et Port Stanley

Ontario, Simcoe et Huron ....

Grand Tronc (*)

Cobourg et Peterborough ....

Brockvïlle et Ottawa

Montréal et Bytov. n

Montréal et New-York

St. Laurent et Champlain

(*) A part les 162 milles de chemin entre Portlaud et la frontière du Canada, pris à bail pour 999 années.

La circulation se multiplie d'une manière remarquable sur lignes. La plupart de celles qui sont entrées en opération en 1853, ont déjà presque doublé leurs recettes hebdomadaires dans une période de 12 mois ; et celles qui ne sont ouvertes que depuis le commencement de la présente année, indiquent déjà un résultat qui ne sera pas moins satisfaisant.

21. Dans la ligne du chemin de fer du grand tronc se trouve compris le pont Victoria, jeté sur le St. Laurent vis-à-vis Montréal. L'endroit où il traverse le fleuve a environ deux milles de largeur, mais au moyen de terrassements la longueur réelle du pont se trouvera réduite à 8,000 pieds. Il se forme de tubes en fer de 16 pieds de large et d'environ 20 pieds de haut, supporlés par 25 piliers et 2 culées. Les piliers les plus rapprochés des culées auront 36 pieds au-dessus du niveau du fleuve en été, et s'élèveront graduellement jusqu'à ce qu'au milieu du pont ils aient une hauteur de 60 pieds. Les piliers du centre seront éloignés l'un de l'autre de 330 pieds, et les autres de 240. On calcule que la pesanteur du fer qui entrera dans les tubes sera de 10,400 ton. et de la maçonnerie dans les piliers et les culées de 205,000. Cet ouvrage étonnant est déjà commencé. Le terrassement nord est bien avancé, la culée qui s'y rattache est déjà au niveau des eaux du St. Laurent en hiver, (17 pieds au-dessus de celui de l'été,) le pilier le plus rapproché du terrassement est complété et le suivant est bien avancé. 11 s'y attache un intérêt tout particulier en raison des phénomènes qui accompagnent l'amoncellement des glaces sur le St. Laurent et la pression à laquelle semble devoir être exposé tout obstacle qui s'oppose à son mouvement. M. Stephenson est cependant d'opinion, que cette pression peut s'évaluer et que les constructions que l'on fait dans le fleuve suffiront pour y résister.

22. En 1849, le système qui dès les commencements de la colonie a été une source si féconde en gaspillage et en in triguea — le système qui faisait à même le trésor public certaines allocations pour des travaux locaux, a été finalement discontinué. Avant cette époque, ce n'était que trop souvent l'habitude de dépenser l'excédant des revenus de la province en petits travaux de cette espèce, et d'invoquer ensuite l'aide impériale, soit sou3 forme de garantie ou autrement, pour l'exé-

cution de travaux d'une importance plus g nde et d'un caractère national. Depuis que cette résolution . Hé adoptée le développement général du pays et la législatio i judicieuse qui y a été faite ont tellement augmenté les ressources et le crédit des municipalités que les travaux locaux se sont faits avec plus de vigueur comme aussi plus de jugement et d'économie qu'auparavant, pendant que les fonds de la province ont été laissés à la disposition de besoins plus légitimes. Dans une dépêche qui accompagnait le livre bleu de 1851, je me suis étendu quelque peu au long sur les résultats de ce changement de système, et je îi'en. parle ici qu'en passant, parceque je crois que cette mesure a puissamment contribué au progrès que l'industrie a récemment fait dans la province.

23. Les statistiques suivantes sur les opérations de la compagnie du télégraphe de Montréal indiquent l'activité croissante et l'essor qui ont été donnés au commerce de la province, durant ces quelques années dernières. Cette ligne de télégraphe fonctionna d'abord entre Montréal et Toronto, dans le mois d'Avril 1847, et dans l'automne de la même année elle s'étendait jusqu'à Québec. La longueur de la ligne principale et de ses embranchements est aujourd'hui de 1500 milles, avec G6 bureaux où se transigent les affaires du public, sans compter les stations maintenues pour les besoins des chemins de fer. Elle se relie aux chûtes de Niagara, avec les lignes qui vont, à Buffalo, Cleveland, Cincinnati, St. Louis et la Nouvelle Orléans, et à Portland avec d'autres lignes qui vont à St. Jean du Nouveau Brunswick, à Halifax de la Nouvelle Ecosse, à Boston et à New-York. Le tarif des charges est aujourd'hui réduit de 50 par cent au-dessous de ce qu'il était en 1847. En 1848, les dépêches transmises sur toute la ligne se montaient à environ 60,000 (bien que dans le temps il n'a pas été tenu un compte bien exact du nombre.) Elles se sont élevées en 1852 à 16 1,878, eten 1853 à 242,876, à part les rapports télégraphiques fournis aux journaux, qui couvrent tous les jours d'une demicolonne à deux colonnes de matières imprimées.

24. Je joins ici un tableau statistique indiquant les divers états dans lesquels s'est trouvé chaque année le département des postes depuis 1851, inclusivement.

No. de

Milles

Milles par-

No. de

Date.

Bureaux

de

courus an-

lettres de la

de

routes

nuellement

semaine

Poste.

Postales.

par la Malle.

précédente.

6 Avril, 1851 . .

5 Avril, 1853..

31 Mais, 1833..

Do 1854..

Les recettes du bureau de poste pour l'année expirée le 31 mars, 1854, ont été de £S0,955 1s. 4d., — faisant £12,685 de plus que les recettes de l'année précédente ; et les déboursés de £8S,74S 7s., y compris £14,379 10s. ld. de frais de port par les paquebots anglais, — indiquant un déficit de £7,793 5s. 8d. sur les opérations de l'année.

25. J'ai choisi dans les statistiques générales compilées d'après les rapports du déparlement de l'éducation pour le Haut Canada, quelques détails intéressants sur l'état comparatif de l'éducation dans le Haut Canada, pendant les années qui se sont écoulées de 1847 à 1853, inclusivement. C'est en 1847 que lut établie l'école normale que l'on peut considérer comme la base du système scolaire, et c'est vers la fin de 1853 que le département de l'éducation a distribué le premier volume de ces bibliothèques publiques d'école qui en sont le couronnement et la fin. Si l'on peut dire que la réciprocité de commerce avec les Etats-Unis introduit une nouvelle ère dans l'histoire commerciale de la province, on peut je crois dire également que cette dernière mesure a inauguré une nouvelle phase dans son histoire scientifique et intellectuelle. Le sujet est d'une telle importance que je prendrai la liberté d'en dire un mot avant do passer outre. Dans le but de prévenir tout malentendu, je dois dire que les termes "bibliothèques d'écoles" ne veulent pas dire des bibliothèques exclusivement destinées à l'usage des enfants qui fréquentent nos écoles communes. Dans le fait, elles sont des bibliothèques publiques destinée- a L'usage de La population en général ; et elles sont appelées bibiiothèques d'écoles, parcequ'elles ont été établies par les Actes des écoles, ei que l'administration en est confiée aux autorités scolaire.-.

26. Aussi des bibliothèques publiques d'écoles, telles que celles qui sont maintenant introduites en Canada, sont en opération depuis plusieurs années dans quelques élats de l'Union voisine, et c'est à ce système américain que nous avons em prunté quelques uns des traits les plus précieux du nôtre. Dans la plupart des états cependant qui ont consacré des deniers pour les bibliothèques, le choix des livres a été laissé aux syndics que les différents districts se sont choisis ; plusieurs d'entre eux sont bien peu qualifiés à remplir leur lâche, et le résultat a été que des colporteurs itinérants qui offraient aux plus bas prix possibles les livres les plus brillants en apparence ont princi paiement contribué à monter les bibliothèques. En introdui sant le système en Canada, l'on a pris des précautions qui, je l'espère, auront l'effet d'obvier à ce grand mal.

27. Dans l'acte des écoles de 1850, qui le premier répartissait une somme d'argent pour l'établissement et le soutien des bibliothèques publiques, il est déclaré que le surintendant en chef de l'éducation sera tenu de distribuer aux conditions suivantes les deniers que la législature vote à cette fin : " Nulle aide ne sera accordée pour établir ou maintenir des bibliothèques d'écoles si les localités ne prélèvent et n'employent aux mêmes fins un montant égal," et le conseil de l'instruction publique est tenu d'examiner et de recommander ou désapprouver à son choix les livres qui seront en usage dans les écoles ou qui seront placés dans les bibliothèques d'écoles ; " Pourvu qu'aucune partie des deniers d'écoles votés par la législature ne sera employée à supporter aucune école dans laquelle on se servira de livres désapprouvés par le conseil, lorsque telle désapprobation aura été publiée. "

28. Le conseil de l'instruction publique, dans l'exécution des devoirs qui lui sont imposés, a, entre autres règlements généraux pour l'établissement et la régie des bibliothèques publiques d'écoles dans le Haut Canada, adopté la règle suivante : " Pour empêcher qu'il ne soit introduit dans les bibliothèques " des livres qui ne conviennent pas, il est prescrit qu'aucun " livre ne sera reçu dans aucune des bibliothèques publiques "d'écoles établies en vertu de ces règlements, s'il ne se trouve " pas dans le catalogue des livres de bibliothèques publiques " d'écoles préparé suivant la loi, " et l'extrait suivant des minutes de ses délibérations fait connaître les principes qui l'ont

guidé clans le choix des livres qui doivent composer ces bibliothèques.

1. "Le conseil regarde comme un devoir impérieux d'exclure de ces bibliothèques tout ouvrage ayant des tendances licencieuses, vicieuses ou immorales, ainsi que tout ouvrage hostile à la religion chrétienne. "

2. "Et le conseil est d'opinion qu'il n'est pas conforme à l'objet que l'on a en vue dans l'établissement des bibliothèques publiques , d'y introduire des ouvrages de controverse sur la théologie ou sur les dénominations religieuses : bien que l'on ne doive pas désirer exclure tout ouvrage historique ou autre dans lequel on mentionne ou discute ces questions, et qu'il soit à désirer que l'on y mette un choix d'ouvrages convenables sur les preuves de la religion naturelle et de la religion révélée."

3. " Quant aux livres sur l'histoire de l'église, le conseil s'entend sur le choix des ouvrages les plus approuvés des deux côtés. "

4. " Avec ces exceptions et ces restrictions, le conseil est d'opinion que l'on doit étendre autant que possible le choix des livres utiles et intéressants qui ont une valeur constante et qui fournissent dans les différentes branches des connaissances humaines une lecture populaire, en laissant à chaque municipalité le soin de consulter son goût et d'exercer sa discrétion dans le choix des livres inscrits au catalogue général. "

5. " Le conseil, en admettant certains livres dans le catalogue général, n'entend pas exprimer une opinion sur le mérite des sentiments qui y sont inculqués ou combattus ; mais l'on ne doit voir en cela qu'un simple acquiescement de la part du conseil à ce que les municipalités aient la liberté d'acheter ces livres, si elles le jugent à propos. "

6. " Le catalogue général des livres qui conviennent aux bibliothèques publiques d'écoles peut être changé et étendu d'année en année, suivant que les circonstances pourront le suggérer, et à mesure que de nouveaux ouvrages de prix pourront paraître. "

29. Le catalogue en question, et dont je vous transmets copie, fait voir amplemenl l'esprit d'intelligence et de libéralité avec lequel le conseil de l'instruction publique a suivi les principes que je viens d'exprimer plus haut. Le surintendant en chefre-

marque que pour les bibliothèques qui ont été établies jusqu'ici, les autorités locales ont, dans jm grand nombre de cas, laissé le choix de ces livres au surintendant en chef ;. que dans quelques autres, ces livresont été choisis parmi comité qu'elles nommaient entre elles, et que dans d'autres elles en ont choisi pour le montant de leur propre appropriation, priant le surintendant en chef de choisir le reste, jusqu' à la concurrence du montant de l'octroi fait par le gouvernement pour la bibliothèque. Le surintendant en chef recommande ce plan comme le meilleur. Le nombre total des volumes transmis par le département de l'éducation aux bibliothèques publiques dans le Haut Canada, depuis le mois de Novembre 1853, époque à laquelle les premiers livres en sortirent, se montait à la fin du mois d'Août dernier à 62,866.

30. Le système de l'instruction publique dans le Haut Canada est greffé sur les institutions municipales qui, par l'acte passé en 1849, ont reçu une organisation complète dans les détails et admirablement propre à développer les ressources, asseoir le crédit et promouvoir les intérêts moraux et sociaux d'un pays nouveau. La loi qui règle les écoles communes a été passée en 1850, et elle embrasse toutes les modifications et tous les perfectionnements suggérés par l'expérience acquise dans le fonctionnement des divers actes d'écoles adoptés depuis 1841, époque où fut, pour la première fois, introduit dans notre législation le principe important de l'allocation en faveur de chaque comté, à condition qu'un semblable montant serait prélevé dans les localités par voie de cotisation.

31. Le développement du sentiment de l'indépendance individuelle et de l'esprit d'émulation dans les localités, sous la surveillance d'une autorité centrale qui exerce une influence presqu'exclusivement morale, constitue le principe dominant du système. Ainsi, c'est aux tenanciers et franc-tenanciers de chaque arrondissement d'école à décider si leur école sera maintenue par souscription volontaire, par contribution payée par chaque enfant qui fréquente une école (qui ne doit cependant pas excéder ls. par mois) ou par taxes imposées sur les propriétés. Les syndics élus par les mêmes tenanciers et franc-tenanciers ont la charge de déterminer le montant qui sera prélevé, pour les besoins d'écoles de tout genre, dans leurs arrondissements d'écoles respectifs, — d'engager des instituteurs dans la classe de personnes qui ont des certificats de capacité et de s'entendre avec

eux pour les salaires. C'est aux surintendants locaux nommés parles conseils de comté qu'il appartient de répartir entre toutes les écoles le montant de l'allocation législative, et d'en faire rapport au surintendant en chef. Les bureaux d'instruction publique de comté qui se composent du surintendant ou des surintendants locaux, et des syndics d'écoles de grammaire de comté, examinent les candidats à la charge d'instituteur, et donnent des certificats de capacité qui sont bons dans le comté, le surintendant en chef donnant lui-même aux élèves des écoles normales des certificats qui sont bons pour toute la province. En même temps le surintendant en chef, qui tient sa charge de la Couronne, a sous ses soins particuliers, aidé dans certains cas par le conseil de l'instruction publique, la direction des écoles normales et modèles, outre qu'il exerce une surveillance générale sur tout lesystème ; ces devoirs sont honorablement remplis par l'homme habile qui est à la tête du département — le Dr. Ryerson — à qui les habitants du Haut Canada doivent particulièrement ce ■me d'instruction publique qui jouit .de tant de succès parmi eux.

32. La question de l'instruction religieuse, dans ses rapports avec le système des écoles communes, présentait encore des difficultés plus qu'ordinaires dans une société où l'on remarque une si grande diversité d'opinions en fait de religion, et où toutes les dénominations religieuses se trouvent aux yeux de la loi placées sur un pied d'égalité. Il est établi comme principe fondamental que, comme les écoles communes ne sont point des pensionnats mais bien des externats et comme les élèves se trouvent tous les dimanches et une grande partie de la semaine, placés sous la surveillance de leurs parents et de leurs protecteurs, il ne faut pas substituer aux fonctions du père ou du protecteur de l'enfant celles d'un instituteur d'écoles communes. Aussi, la loi se contcnte-t-elle de dire à ce sujet : " Que dans " toute école commune ou modèle, établie en vertu de l'autorité " du présenl acte, nul enfant ne sera tenu de lire ou étudier dans " aucun livre de religion ou de se joindre à aucune pratique de "dévotion ou de religion — auxquels ses parent» ou protecteurs " pourraiénl s'opposer : pourvu toujours que, dans ers Limites, u 1rs élèves pourront recevoir L'instruction religieuse que leurs " parents ou protecteurs désireront, suivant Les règles générales " qui sont établies par la loi." Et la loi autorise en même

temps, sous certaines restrictions, l'établissement d'une école séparée pour les protestants ou pour les catholiques romains, suivant le cas, lorsque l'instituteur d'une école commune appartient à une croyance religieuse différente.

33. Le conseil de l'instruction publique insiste sur la nécessité d'inculquer à tous les élèves d'une école les principes de religion et de moralité, et prescrit à ce sujet les règles suivantes : " La pratique des exercices de religion dans chaque " école restera matière d'arrangement mutuel entre les syndics " et l'instituteur, et ce sera à l'instituteur et au parent ou pro- " tecteur de l'enfant à décider si l'enfant devra réciter dans " les écritures ou le catéchisme, ou autres abrégés de la " doctrine religieuse et des devoirs attachés à la croyance à " laquelle appartient tel parent ou protecteur. Ces leçons " cependant n'interviendront nullement dans les exercices " réguliers de l'école."

34. Comme garantie ultérieure que ces principes seront respectés, les membres du clergé de toute dénomination religieuse reconnu par la loi sont, ex officio, visiteurs d'écoles dans les townships, cités, villes et villages dans lesquels ils résident ou dont ils ont la charge pastorale. Et le surintendant en chef remarque à ce sujet :

" Les membres du clergé dans le pays ont libre accès aux " écoles ; et nous ne connaissons point de cas où la maison " d'école soit devenue le champ de la discorde religieuse ; " mais au contraire nous pouvons citer beaucoup de circons- " tances, surtout à l'occasion des examens trimestriels, où " l'école a vu se réunir et s'entendre cordialement le clergé des " diverses dénominations religieuses, et devenir ainsi le foyer " radieux de l'esprit de charité et de coopération puissante- du " christianisme, dans l'œuvre important de la civilisation et du " bonheur du peuple."

Relativement à la question générale, il ajoute : " Plus on " examinera avec soin la question de la religion dans ses " rapports avec un système d'écoles communes, et plus l'on " verra clairement, je pense, qu'elle a été laissée à qui elle " appartient proprement — aux municipalités scolaires des loa calités, aux parents et aux directeurs des écoles — le gouver- " nement se chargeant de protéger les droits des parents et des " enfants ; mais au-delà de ces soins, et en dehors des prin-

" ripes et des devoirs de morale communs à tontes les classes, " il ne contraint ni ne défend, — il reconnaît les droits des " pasteurs et des parents comme ceux des syndics d'écoles et " des instituteurs, et considère que les travaux réunis de tous, " constituent le système d'éducation propre à la jeunesse du " pays."

35. Les élèves qui fréquentent l'école normale doivent nécessairement laisser leur résidence pour venir à Toronto où est située l'institution, et par conséquent ils se trouvent soustraits à la surveillance de leurs protecteurs naturels. Conformément aux principes établis plus haut, les autorités scolaires se croient donc tenues d'exercer dans ce cas une surveillance plus stricte sur leur éducation religieuse et morale. Ci-suivent quelquesunes des règles que le conseil de l'instruction publique a prescrites pour l'école normale :

" Les instituteurs-élèves pensionneront et se logeront dans la " cité, dans les maisons et soumis aux règlements que le " conseil de l'instruction publique approuvera."

" Chaque instituteur-élève est obligé, tous les vendredis après- " midi, de 3 à 4 heures, d'assister ponctuellement aux classes " consacrées à l'instruction religieuse séparée donnée par le " membre du clergé du corps religieux auquel il appartient. " Tout élève qui n'assiste pas à ces exercices devra transmettre " par écrit une explication de cette absence."

u On s'attend à ce que les instituteurs-élèves mèneront une "vie stricte et régulière, qu'ils seront rendus à leur domicile " respectif tous les soirs avant neuf heures et demie, et qu'ils " assisteront régulièrement au service divin de leur église. " Toute inconvenance de conduite sera portée à l'attention spé- 11 ciale du surintendant en chef des écoles."

J'ai visité l'école normale, dans le cours du voyage que j'ai récemment fait dans la partie ouest de la province, et l'adresse qui m'a été présentée dans cette occasion par le conseil de l'instruction publique contient des renseignements très intéressants ; je prends la liberté d'en faire un extrait :

11 Apres un intervalle de trois années, nous, les membres du conseil de l'instruction publique du Haut Canada, avons beaucoup île plaisir à rencontrer de nouveau voire excellence."

" Nous saluons cordialement votre excellence à l'occasion de sa première visite, dans une institution qui a été commencée sous ses auspices."

" A l'occasion de la cérémonie intéressante accomplie par votre excellence, en posant la pierre angulaire de l'édifice dans lequel nous sommes aujourd'hui assemblés, nous nous étendîmes sur les objets nobles et patriotiques que la législature avait en vue dans cet établissement. Ces .objets, on ne les a jamais perdu de vue, et nous avons aujourd'hui un grand plaisir à présenter à votre excellence quelques statistiques sur le résultat obtenu."

" Depuis l'établissement de l'école normale, dans l'automne de 1847, 1456 candidats se sont présentés à l'admission ; et sur ce nombre 1264 ont été reçus après examen ; et sur ce dernier nombre, il y en a environ 150 qui ont été parfaitement instruits chaque année et envoyés dans les différentes parties du Canada Ouest. Nous avons eu à diverses reprises l'assurance qu'ils ont éminemment réussi à instruire la jeunesse du pays, et relever le caractère de nos écoles, — et les demandes toujours grandes et croissantes que l'on fait des bons instituteurs, nous engage à faire de plus grands efforts pour augmenter le nombre de ces serviteurs méritoires et précieux du public."

" La grande libéralité de la législature, qui a récemment établi un fonds de £500 par année pour venir en aide aux instituteurs âgés et épuisés, deviendra, le conseilne peut s'empêcher de le croire, un motif puissant d'encouragement pour un grand nombre à entrer dans une profession jusqu'ici si mal rétribuée, pendant qu'elle ne manquera pas de provoquer chez ceux qui s'y sont déjà engagés un redoublement de zèle et d'efforts."

" Votre excellence apprendra avec plaisir que le système de bibliothèques publiques établies dans tout le Haut Canada, a été mis en opération avec beaucoup de succès, en 1853 et 1854. Depuis Décembre de l'année dernière, près de 75,000 volumes, embrassant les départements les plus importants des connaissances humaines, ont été mis en circulation par l'entremise des municipalités de townships et des corporations d'écoles ; et le conseil en attend les résultats les plus salutaires."

" Pour prouver cette coopération cordiale du peuple à promouvoir le système d'éducation publique établi par la législature, nous pouvons ajouter avec plaisir qu'une somme considérable, à peu près un demi-million de piastres, a été prélevée pour cet objet, par la libre volonté du peuple, exclusivement de l'aide législative."

" Ces faits, nous en sommes certains, ne seront pas moins agréables à votre excellence qu'ils sont consolants pour nous et dignes du peuple du Haut Canada, et nous espérons que dans le cours de quelques années, lorsque les écoles de grammaire auront été avantageusement greffées sur notre système d'éducation, le résultat général de nos opérations n'en sera pas moins satisfaisant."

36. Le recensement de 1S51 fournit la récapitulation suivante de la population du Haut Canada, sous le rapport des croyances religieuses :

Eglise d'Angleterre 223,190

Eglise d'Ecosse 57,542

Eglise de Rome 167,695

Eglise libre — Presbytériens G5,807

Autres Presbytériens 80,799

Méthodistes Weslcyens 9G,G40

Méthodistes Episcopaux * 43,884

Méthodistes de la nouvelle connexion. . . 7,547

Autres Méthodistes 59,585

Baptistes 45,353

Luthériens 12,089

Congrégationalistes 7,747

Quakres 7,460

Chrétiens de la Bible 5,726

Chrétiens 3,093

Second Avènement 663

Protestants 1,733

Disciples 2,064

Juifs 103

Ménonistes et Tunkcrs 8,230

Universalistes 2,684

Unitaires 834

Mormons 317

Inconnus 6,7 -14

Croyances non-données 35,750

Autres croyances non-classifiées 7,805

Total de la population 952,004

Le nombre total des instituteurs employés dans les écoles communes du Haut Canada en 1852, est de 3,258—2,151 in-

stituteurs et 807 institutrices ; — leur croyance religieuse est

comme suit :

Eglise d'Angleterre 700

Catholiques Romains 358

Presbytériens 865

Méthodistes 893

Baptistes. 196

Congrégationalistes 68

Luthériens 9

Quakres 45

Chrétiens et Disciples 25

Rapportés " Protestants" 36

Universalistes et Unitaires 23

Autres croyances 13

Croyances non- rapportée s 28

Le nombre total des écoles communes rapporté pour la pré

sente année est de 2,914, et celui des écoles séparées de 18, —

dont trois pour les protestants et deux pour la population de

couleur.

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