Le parlement du Canada vient de prouver tout l'intérêt
qu’il porte à la lutte dans laquelle l'Empire se trouve engagé et
à l’alliance qui heureusement existe entre les deux nations dont les descendants ne forment qu’un seul peuple dans cette province, en votant à l’unaninité la sounme de £20,000 pour venir en aide aux veuves et aux orphelins des soldats et matelots formant partie des armées alliées qui succomberont au service de leur pays, dans la guerre actuelle. Est-ce trop que de croire que si, a quelque époque à venir, lorsque la puissance matérielle de ces provinces florissantes se sera pleinement développée, Sa Majesté se trouve engagée dans une lutte qui, comme la présente, engage toutes les sympathies de son peuple, le même esprit qui a inspiré pour la cause de la charité cette contribution libérale ne portera pas les canadiens à vouloir partager avec leurs frères de la mère-patrie les gloires et les sacrifices d’une guerre honorable ?
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63. Ces résultats n’ont pas, il est vrai, été obtenus sans que Pon ait introduit dans le système du gouverne’nent qui régit la province des modifications dont il est à propos pour moi de dire quelques mots avant de terminer ce rapport, vu que l’eflet de ces modifications en certains endroits en est bien imparfaitement compris.
64. Les principes du gouvernement constitutionnel ou parlementaire, admis en théorie depuis le jour ou fut publié le rapport du comte de Durham sur les affaires du Canada, ont en pratique, durant ces quelques dernières années, eu leur plein effet. Tous désirs de donner le monopole des charges à un seul parti dans la province, ou de déeharger les ministres provinciaux de la responsabilité qui s’attache proprement à leur position comme serviteurs de la couronne dans la colonie, ont cessé. Le gouverneur a franchement accepté comme conseillers les personnes qui, de temps en temps, ont possédé la confiance du pays et de la législature, avec lentente bien: comprise et fidèlement observée, qu’ils avaient son appui et sa faveur aussi longtemps qu’ils continueraient à le mériter par leur fidélité à la couronne et leur dévouement aux intérêts de la province.
65. On ne pouvait pas s’attendre à ce que ce système d’administration pût être honnêtement mis en pratique dans un pays où le feu des discordes civiles qui avaient récemment éclatté était à peine éteint, sans provoquer quelqne part des sentiments de désappointement et d’irritation ; mais l’on devrait se rappeler, quant l’on envisage ces questions avec impartialité, que les résultats de linsurrection en Canada ont été d’une nature quelque peu compliquée. Pendant que la résistance armée à l’autorité était promptement et efficacement réprimée, les abus dont se plaignaient les mécontents étaient dénoncés par les employés du gouvernement impérial nommés pour s’en enquérir, et cela dans des termes guères moins énergiques que ceux que les mécontents employaient eux mêmes, et que sur la foi de ces remontrances le parlement d'Angleterre, à l’heure du triomphe, prenait des mesures pour y remédier. Quand ils parlent de ces abus—le comte de Durham dans son rapport, Lord Sydenham dans sa correspondance devenue publique, et l’auteur de la biographie de Lord Metcalfe, se servent du même langage. Vouloir cependant qu’une fois les causes disparues, les effets dussent se continuer—cher-
cher par des méthodes indirectes à maïntenir ce système d'exclusion qui avait été condamné en principe, c'était une chose aussi illogique qu'impolitique. C'était jeter du doute sur la sincérité du gouvernement impérial, c'était faire croire que ces concessions étaient dues à tout autre sentiment qu'au sentiment du droit ct de la justice. D'ailleurs pour quiconque a l'habitude de suivre les mouvements de l'opinion, il est évident que des tentatives de cette nature ne pouvaient avoir un succès permanent, quelque ft l’habileté qu’un gouvermeur pôt déployer. Dans une société où l’on était déjà si jaloux de tonte intervention impériale, dans les affaires locales, la préférence marquée d’un gouverneur pour un parti dans PEtat ne pouvait manquer d'exposer tôt ou tard à des soupçons le parti ainsi préféré et aflaiblir par là linfluence qu’il devait avoir sur l'esprit publie. Tandis que d’un autre côté, le fait de voir une classe d'hommes politiques devenir l’objet de sa méfiance particulière devait avoir un effet aussi sûr de ménager à ce parti la simpathie populaire, à un degré nullement proportionné à ses droits à la faveur publique. Et comme des soupcons et des simpathies de cette nature, qui dominent dans le pays et dans le parlement, doivent nécessairement affecter la stabilité des administrations, un gouverneur qui aurait adopté cette politique, quel que fut son tact et son habileté, se serait trouvé inévitablement entouré à nn époque de conseillers trop faibles pour l'aider, à une autre époque de chefs de partis qui se seraient imaginé être parvenus au pouvoir contre son gré et être moins les serviteurs de la couronne que les tribuns du peuple chargés de faire prévaloir des opinions populaires et des intérêts de parti auprès d'un exécutif sans responsabilité et sans volonté, J'ai vu, bientôt après mon arrivée dans cette province, assez de fruits de cette politique pour me convaincre que la position qu'elle fait à un gouverneur est une fausse position, et que l'agitation perpétuelle dans laquelle elle jette l’esprit publie est très nuisible au progrès matériel et moral de la societe,
66. Dans une dépêche que j'ai adressée an comte Grey, de bonne heure en 1819, et que je puis citer anjourd’hni puisqu'elle a été publiée dans les papiers parlementaires du jour, je faisais les remarques suivantes, en peignant les résultats de l’antagonistue constant qui avait régné entre l'exécutif et la branche
populaire de la législature, et qui avait pendant plusieurs années caractérisé le système des administrations canadiennes, # Dans une société singulièrement démocratique dans sa for- “mation, où les diversités de race fournissent des éléments
. particuliers d’agitation, et où par conséquent il est très impor-
‘tant que l’autorité constituée soit respectée, l'influence morale “# de la loi et du gouvernement se trouvaient aflaiblie par un ‘€ état de luttes continuelles entre des ponvoirs qui devaient se ‘ prêter un appui mutuel. On ne saurait se figurer un état ‘“ moins favorable poux éteindre les animosités nationales et “pour établir solidement l'influence douce et bienveillante de ‘ ces institutions libérales qu’il est de lorgueil et du privilége “ de Angleterre d'accorder à ses enfants. Et j’ajoutais : “ Je ‘“ ne suis pas sans espoir, qu'en adhérant fermement aux prin- ‘ cipes du gouvernement constitutionnel et en maintenant l’har- ‘“ monie entre les branches co-ordonnées de la législature, on “ parviendra avec le temps à corriger ces abus.” Ilest un fait de quelqu’importance, puisqu’il justifie les espérances que j’exprimais à la fin de ce dernier paragraphe, c’est que durant la présente session de la législature provinciale, des questions brûlantes d’intérêt, telles que celles des réserves du clergé et de la tenure seigneuriale, ont été réglées à des conditions qui commandent généralement l’approbation dans le parlement comme au dehors, —et cela, par une administration possédant la confiance du parti conservateur dans la province. É
67. J’admets sans difficulté, que vouloir maintenir cette position jointe à l'influence légitime due au gouverneur, c’est offrir l’un des problèmes les plus difficiles qu'il y ait à résoudre, lorsque l’on veut adapter le gouvernement parlementaire au régime colonial, et qu'il est impossible de trop évaluer Pimportance qu'il y à à le résoudre dune manière satisfaisante. Comme le gouvernement et le parlement Impérial évitent tonte intervention législative et tont exercice de patronage dans les affaires coloniales, la charge de gouverneur tend à devenir, dans le sens le plus vrai du mot, le lien uniqne qui relie la mère-patrie à a colonie, et son influence, le seul moyen qui puisse maintenir l’harmonic d’action entre les autorités locales et les autorités [mpériales. Ce n’est cependant pas, dans mon humble cpinion, en cherchant à étendre le plus qu'il pourra en sa faveur les principes constitutionnels, mais bien au contraire en acceptant franche-
ment les conditions du système parlementaire que le gouvemeur pourra avec le plus de certitude établir et étendre cette influence, Placé par sa position au-dessus des luttes de partis—tenant sa charge à des conditions beaucoup moins précaires que les ministres qui l’environnent ne tiennent la leur—n’ayant d’autres intérêts que ceux de la société dont il est appelé à administrer "S les affaires—son opinion, une fois que toutes les causes de jalousie et soupçons auront disparu, ne peut manquer d’avoir
un grand poids dans les conseils de la colonie, pendant qu’il peut N se constituer d’une manière toutt :péciale le patron des intérêts * m d’un ordre plus grand et plus éleri—des intérêts par exemple de tels que ceux de l’éducation, tels que ceux du développement Liv moral et matériel dans toutes ses branches qui, bien différends pr
en cela des contestations de partis savent réunir au lieu de diviser les membres du corps politique. Vouloir parler de ces influences comme d’une puissance que l’on peut appécier dans l’adminis tation des affaires publiques, c’est peut-être provoquer l'ironie dans la bouche de cette classe de personnes qui n’ont point de foi, quand on en appelle à d’autres sentiments qu’aux sentiments les plus bas de la nature humaine ; mais ceux qui nourrissent des sentiments plus justes sur humanité, et qui ont vu jusqu’à quel point des influences toutes morales savent rectifier le jugement, ne seront point disposés à leur refuser un haut dégré d'efficacité,
J'ai, &c.
(Signé) ELGIN ET KINCARDINE.
P. S.—Je viens d'apprendre que l’assemblée législative de la Nouvelle Ecosse a, par une majorité de 31 contre 10, passé la loi requise pour donner effet au traité de réciprocité et des pêcheries, en autant que cette province y est concernée, et que le lientenant-gouverneur l’a sanctionnée au nom de Sa Majesté.
Copie d'une dépéche du Comte d'Elxin et Kincardine au très-honorable Sir John Pakington, Bart.