NOM
Longueur Totale.
Milles.
Longueur
complétée.
Milles.
Capital déjà dépensé.
Grand chemin de fer occidental Buffalo, Brantford et Goderich.
London et Port Stanley
Erie et Ontario
Ontario, Simcoe et Huron
Grand Tronc (*)
Port Hope et Lindsay
Cobourg et Peterborough.
Brockville et Ottawa
Prescott et Bytown
Montréal et Bytov. n
Montréal et New-York
St. Laurent et Champlain
Totaux
(*) A part les 162 milles de chemin entre Portland et la frontière du Canada, pris à bail pour 999 années.
La circulation se multiplie d'une manière remarquable sur ces lignes. La plupart de celles qui sont entrées en opération en 1853, ont déjà presque doublé leurs recettes hebdomadaires dans une période de 12 mois ; et celles qui ne sont ouvertes que depuis le commencement de la présente année, indiquent déjà un résultat qui ne sera pas moins satisfaisant.
21. Dans la ligne du chemin de fer du grand tronc se trouve compris le pont Victoria, jeté sur le St. Laurent vis-à-vis Montréal. L'endroit où il traverse le fleuve a environ deux milles de largeur, mais au moyen de terrassements la longueur réelle du pont se trouvera réduite à 8,000 pieds. Il se forme de tubes en fer de 16 pieds de large et d'environ 20 pieds de haut, supportés par 25 piliers et 2 culées. Les piliers les plus rapprochés des culées auront 36 pieds au-dessus du niveau du fleuve en été, et s'élèveront graduellement jusqu'à ce qu'au milieu du pont ils aient une hauteur de 60 pieds. Les piliers du centre seront éloignés l'un de l'autre de 330 pieds, et les autres de 240. On calcule que la pesanteur du fer qui entrera dans les tubes sera de 10,400 ton. et de la maçonnerie dans les piliers et les culées de 205,000. Cet ouvrage étonnant est déjà commencé. Le terrassement nord est bien avancé, la culée qui s'y rattache est déjà au niveau des eaux du St. Laurent en hiver, (17 pieds au-dessus de celui de l'été,) le pilier le plus rapproché du terrassement est complété et le suivant est bien avancé. Il s'y attache un intérêt tout particulier en raison des phénomènes qui accompagnent l'amoncellement des glaces sur le St. Laurent et la pression à laquelle semble devoir être exposé tout obstacle qui s'oppose à son mouvement. M. Stephenson est cependant d'opinion, que cette pression peut s'évaluer et que les constructions que l'on fait dans le fleuve suffiront pour y résister.
22. En 1849, le système qui dès les commencements de la colonie a été une source si féconde en gaspillage et en in trigues — le système qui faisait à même le trésor public certaines allocations pour des travaux locaux, a été finalement discontinué. Avant cette époque, ce n'était que trop souvent l'habitude de dépenser l'excédant des revenus de la province en petits travaux de cette espèce, et d'invoquer ensuite l'aide impériale, soit sous forme de garantie ou autrement, pour l'exé-
cuti on de travaux d'une importance plus grande et d'un caractère national. Depuis que cette résolution a été adoptée, le développement général da pays et la législation judicieuse qui y a été faite ont tellement augmenté les ressources et le crédit des municipalités que les travaux locaux se sont faits avec plus de vigueur comme aussi plus de jugement et d'économie qu'auparavant, pendant que les fonds de la province ont été laissés à la disposition de besoins plus légitimes. Dans une dépêche qui accompagnait le livre bleu de 1851, je me suis étendu quelque peu au long sur les résultats de ce changement de système, et je n'en parle ici qu'en passant, parceque je crois que cette mesure a puissamment contribué au progrès que l'industrie a récemment fait dans la province.
23. Les statistiques suivantes sur les opérations de la compagnie du télégraphe de Montréal indiquent l'activité croissante et l'essor qui ont été donnés au commerce de la province, durant ces quelques années dernières. Cette ligne de télégraphe fonctionna d'abord entre Montréal et Toronto, dans le mois d'Avril 1847, et dans l'automne de la même année elle s'étendait jusqu'à Québec. La longueur de la ligne principale et de ses embranchements est aujourd'hui de 1500 milles, avec 66 bureaux où se transigent les affaires du public, sans compter les stations maintenues pour les besoins des chemins de fer. Elle se relie aux chûtes de Niagara, avec les lignes qui vont, à Buffalo, Cleveland, Cincinnati, St. Louis et la Nouvelle Orléans, et à Portland avec d'autres lignes qui vont à St. Jean du Nouveau Brunswick, à Halifax de la Nouvelle Ecosse, à Boston et à New-York. Le tarif des charges est aujourd'hui réduit de 50 par cent au-dessous de ce qu'il était en 1847. En 1848, les dépêches transmises sur toute la ligne se montaient à environ 60,000 (bien que dans le temps il n'a pas été tenu un compte bien exact du nombre.) Elles se sont élevées en 1852 à 16 1,878, et en 1853 à 242,876, à part les rapports télégraphiques fournis aux journaux, qui couvrent tous les jours d'une demicolonne à deux colonnes de matières imprimées.
24. Je joins ici un tableau statistique indiquant les divers états dans lesquels s'est trouvé chaque année le département des postes depuis 1851, inclusivement.
No. de
Milles
Milles par-
No. de
Date.
Bureaux
de
courus an-
lettres de la
de
routes
nuellement
semaine
Poste.
Postales.
par la Malle.
précédente.
6 Avril, 1851..
5 Avril, 1852..
31 Mars, 1853..
Do 1854..
Les recettes du bureau de poste pour l'année expirée le 31 mars, 1854, ont été de £80,955 ls. 4d.,— faisant £12,685 de plus que les recettes de l'année précédente ; et les déboursés de £88,748 7s., y compris £14,379 10s. ld. de frais de port par les paquebots anglais, — indiquant un déficit de £7,793 5s. 8d. sur les opérations de l'année.
25. J'ai choisi dans les statistiques générales compilées d'après les rapports du département de l'éducation pour le Haut Canada, quelques détails intéressants sur l'état comparatif de l'éducation dans le Haut Canada, pendant les années qui se sont écoulées de 1847 à 1853, inclusivement. C'est en 1847 que fut établie l'école normale que l'on peut considérer comme la base du système scolaire, et c'est vers. la fin de 1853 que le département de l'éducation a distribué le premier' volume de ces bibliothèques publiques d'école qui en sont le couronnement et la fin. Si l'on peut dire que la réciprocité de commerce avec les Etats-Unis introduit une nouvelle ère dans l'histoire commerciale de la province, on peut je crois dire également que cette dernière mesure a inauguré une nouvelle phase dans son histoire scientifique et intellectuelle. Le sujet est d'une telle importance que je prendrai la liberté d'en dire un mot avant de passer outre. Dans le but de prévenir tout malentendu, je dois dire que les termes "bibliothèques d'écoles" ne veulent pas dire des bibliothèques exclusivement destinées à l'usage des enfants qui fréquentent nos écoles communes. Dans le fait, elles sont des bibliothèques publiques destinées à l'usage de la population en général ; et elles sont appelées bibliothèques d'écoles, parcequ'elles ont été établies par les Actes des écoles, et que l'administration en est confiée aux autorités scolaires.
26. Aussi des bibliothèques publiques d'écoles, telles que celles qui sont maintenant introduites en Canada, sont en opération depuis plusieurs années dans quelques états de l'Union voisine, et c'est à ce système américain que nous avons em prunté quelques uns des traits les plus précieux du nôtre. Dans la plupart des états cependant qui ont consacré des deniers pom les bibliothèques, le choix des livres a été laissé aux syndics que les différents districts se sont choisis ; plusieurs d'entre eux sont bien peu qualifiés à remplir leur tâche, et le résultat a été que des colporteurs itinérants qui offraient aux plus bas prix possibles les livres les plus brillants en apparence ont princi paiement contribué à monter les bibliothèques. En introdui sant le système en Canada, l'on a pris des précautions qui, je l'espère, auront l'effet d'obvier à ce grand mal.
27. Dans l'acte des écoles de 1850, qui le premier répartissait une somme d'argent pour l'établissement et le soutien des bibliothèques publiques, il est déclaré que le surintendant en chef de l'éducation sera tenu de distribuer aux conditions suivantes les deniers que la législature vote à cette fin : " Nulle aide ne sera accordée pour établir ou maintenir des bibliothèques d'écoles, si les localités ne prélèvent et n'employent aux mêmes fins un montant égal," et le conseil de l'instruction publique est tenu d'examiner et de recommander ou désapprouver à son choix les livres qui seront en usage dans les écoles ou qui seront placés dans les bibliothèques d'écoles ; " Pourvu qu'aucune partie des deniers d'écoles votés par la législature ne sera employée à supporter aucune école dans laquelle on se servira de livres désapprouvés par le conseil, lorsque telle désapprobation aura été publiée. "
28. Le conseil de l'instruction publique, dans l'exécution des devoirs qui lui sont imposés, a, entre autres règlements généraux pour l'établissement et la régie des bibliothèques publiques d'écoles dans le Haut Canada, adopté la règle suivante : " Pour empêcher qu'il ne soit introduit dans les bibliothèques " des livres qui ne conviennent pas, il est prescrit qu'aucun " livre ne sera reçu dans aucune des bibliothèques publiques "d'écoles établies en vertu de ces règlements, s'il ne se trouve "pas dans le catalogue des livres de bibliothèques publiques " d'écoles préparé suivant la loi, " et l'extrait suivant des minutes de ses délibérations fait connaître les principes qui l'ont
guidé dans le choix des livres qui doivent composer ces bibliothèques.
1. "Le conseil regarde comme un devoir impérieux d'exclure de ces bibliothèques tout ouvrage ayant des tendances licencieuses, vicieuses ou immorales, ainsi que tout ouvrage hostile à la religion chrétienne. "
2. "Et le conseil est d'opinion qu'il n'est pas conforme à l'objet que l'on a en vue dans l'établissement des bibliothèques publiques , d'y introduire des ouvrages de controverse sur la théologie ou sur les dénominations religieuses : bien que l'on ne doive pas désirer exclure tout ouvrage historique ou autre dans lequel on mentionne ou discute ces questions, et qu'il soit à désirer que l'on y mette un choix d'ouvrages convenables sur les preuves de la religion naturelle et de la religion révélée."
3. " Quant aux livres sur l'histoire de l'église, le conseil s'entend sur le choix des ouvrages les plus approuvés des deux côtés. "
4. " Avec ces exceptions et ces restrictions, le conseil est d'opinion que l'on doit étendre autant que possible le choix des livres utiles et intéressants qui ont une valeur constante et qui fournissent dans les différentes branches des connaissances humaines une lecture populaire, en laissant à chaque municipalité le soin de consulter son goût et d'exercer sa discrétion dans le choix des livres inscrits au catalogue général. "
5. " Le conseil, en admettant certains livres dans le catalogue général, n'entend pas exprimer une opinion sur le mérite des sentiments qui y sont inculqués ou combattus ; mais l'on ne doit voir en cela qu'un simple acquiescement de la part du conseil à ce que les municipalités aient la liberté d'acheter ces livres, si elles le jugent à propos. "
6. " Le catalogue général des livres qui conviennent aux bibliothèques publiques d'écoles peut être changé et étendu d'année en année, suivant que les circonstances pourront le suggérer, et à mesure que de nouveaux ouvrages de prix pourront paraître. "
29. Le catalogue en question, et dont je vous transmets copie, fait voir amplement l'esprit d'intelligence et de libéralité avec lequel le conseil de l'instruction publique a suivi les principes que je viens d'exprimer plus haut. Le surintendant en chef re •
marque que pour les bibliothèques qui ont été établies jusqu'ici, les autorités locales ont, dans\m grand nombre de cas, laissé le choix de ces livres au surintendant en chef; que dans quelques autres, ces livres ont été choisis parmi comité qu'elles nommaient entre elles, et que dans d'autres elles en ont choisi pour le montant de leur propre appropriation, priant le surintendant en chef de choisir le reste, jusqu' à la concurrence du montant de l'octroi fait par le gouvernement pour la bibliothèque. Le surintendant en chef recommande ce plan comme le meilleur. Le nombre total des volumes transmis par le département de l'éducation aux bibliothèques publiques dans le Haut Canada, depuis le mois de Novembre 185.3, époque à laquelle les premiers livres en sortirent, se montait à la fin du mois d'Août dernier à G2,8G6.
30. Le système de l'instruction publique dans le Haut Canada est greffe sur les institutions municipales qui, par l'acte passé en 1849, ont reçu une organisation complète dans les détails et admirablement propre à développer les ressources, asseoir le crédit et promouvoir les intérêts moraux et sociaux d'un pays nouveau. La loi qui règle les écoles communes a été passée en 1850, et elle embrasse toutes les modifications et tous les perfectionnements suggérés par l'expérience acquise dans le fonctionnement des divers actes d'écoles adoptés depuis 1841, époque où fut, pour la première lois, introduit dans notre législation le principe important de l'allocation en faveur de chaque comté, à condition qu'un semblable montant serait prélevé dans les localités par voie de cotisation.
31. Le développement du sentiment de l'indépendance individuelle et de l'esprit d'émulation dans les localités, sous la surveillance d'une autorité centrale qui exerce une influence presqu'exclusivement morale, constitue le principe dominant du système. Ainsi, c'est aux tenanciers et franc-tenanciers de chaque arrondissement d'école à décider si leur école sera maintenue paro souscription volontaire, par contribution payée par chaque enfant qui fréquente une école (qui ne doit cependant pas excéder ls. par mois) ou par taxes imposées sur les propriétés. Les syndics élus par les mêmes tenanciers et franc-tenanciers ont la charge de déterminer le montant qui sera prélevé, pour les besoins d'écoles de tout genre, dans leurs arrondissements d'écoles respectifs, — d'engager des instituteurs dans la classe de personnes qui ont des certificats de capacité et de s'entendre avec
eux pour les salaires. C'est aux surintendants locaux nommés par les conseils de comté qu'il appartient de répartir entre toutes les écoles le montant de l'allocation législative, et d'en faire rapport au surintendant en chef. Les bureaux d'instruction publique de comté qui se composent du surintendant ou des surintendants locaux, et des syndics d'écoles de grammaire de comté, examinent les candidats à la charge d'instituteur, et donnent des certificats de capacité qui sont bons dans le comté, le surintendant en chef donnant lui-même aux élèves des écoles normales des certificats qui sont bons pour toute la province. En même temps le surintendant en chef, qui tient sa charge de la Couronne, a sous ses soins particuliers, aidé dans certains cas par le conseil de l'instruction publique, la direction des écoles normales et modèles, outre qu'il exerce une surveillance générale sur tout le système ; ces devoirs sont honorablement remplis par l'homme habile qui est à la tête du département — le Dr. Ryerson — à qui les habitants du. Haut Canada doivent particulièrement ce système d'instruction publique qui jouit de tant de succès parmi eux.
32. La question de l'instruction religieuse, dans ses rapports avec le système des écoles communes, présentait encore des difficultés plus qu'ordinaires dans une société où l'on remarque une si grande diversité d'opinions en fait de religion, et où toutes les dénominations religieuses se trouvent aux yeux de la loi placées sur un pied d'égalité. Il est établi comme principe fondamental que, comme les écoles communes ne sont point des pensionnats mais bien des externats et comme les élèves se trouvent tous les dimanches et une grande partie de la semaine, placés sous la surveillance de leurs parents et de leurs protecteurs, il ne faut pas substituer aux fonctions du père ou du protecteur de l'enfant celles d'un instituteur d'écoles communes. Aussi, la loi se contente-t-elle de dire à ce sujet : " Que dans " toute école commune ou modèle, établie en vertu de l'autorité " du présent acte, nul enfant ne sera tenu de lire ou étudier dans " aucun livre de religion ou de se joindre à aucune pratique de " dévotion ou de religion — auxquels ses parents ou protecteurs " pourraient s'opposer : pourvu toujours que, dans ces limites, " les élèves pourront recevoir l'instruction religieuse que leurs " parents ou protecteurs désireront, suivant les règles générales " qui sont établies par la loi." Et la loi autorise en même
temps, sous certaines restrictions, l'établissement d'une école séparée pour les protestants ou pour les catholiques romains, suivant le cas, lorsque l'instituteur d'une école commune appartient à une croyance religieuse différente.
33. Le conseil de l'instruction publique insiste sur la nécessité d'inculquer à tons les élèves d'une école les principes de religion et de moralité, et prescrit à ce sujet les règles suivantes : u La pratique des exercices de religion dans chaque " école restera matière d'arrangement mutuel entre les syndics " et l'instituteur, et ce sera à l'instituteur et au parent ou pro- " îecteur de l'enfant à décider si l'enfant devra réciter dans tc les écritures ou le catéchisme, ou autres abrégés de la " doctrine religieuse et des devoirs attachés à la croyance à " laquelle appartient tel parent ou protecteur. Ces leçons " cependant n'interviendront nullement dans les exercices " réguliers de l'école."
34. Comme garantie ultérieure que ces principes seront respectés, les membres du clergé de toute dénomination religieuse reconnu par la loi sont, ex offîcio, visiteurs d'écoles dans les townships, cités, villes et villages dans lesquels ils résident ou dont ils ont la charge pastorale. Et le surintendant en chef remarque à ce sujet :
u Les membres du clergé dans le pays ont libre accès aux " écoles ; et nous ne connaissons point de cas où la maison " d'école soit devenue le champ de la discorde religieuse ; " mais au contraire nous pouvons citer beaucoup de circons- " tances, surtout à l'occasion des examens trimestriels, où " l'école a vu se réunir et s'entendre cordialement le clergé des " diverses dénominations religieuses, et devenir ainsi le foyer " radieux de l'esprit de charité et de coopération puissante du " christianisme, dans l'œuvre important de la civilisation et du " bonheur du peuple."
Relativement à la question générale, il ajoute : " Plus on " examinera avec soin la question de la religion dans ses " rapports avec un système d'écoles communes, et plus l'on " verra clairement, je pense, qu'elle a été laissée à qui elle " appartient proprement — aux municipalités scolaires des lo- " calités, aux parents et aux directeurs des écoles — le gouver- " nement se chargeant de protéger les droits des parents et des " enfants ; mais au-delà de ces soins, et en dehors des pria-
<{ eipcs et des devoirs de morale communs à toutes les classes, "il ne contraint ni ne défend, — il reconnaît les droits des " pasteurs et des parents comme ceux des syndics d'écoles et " des instituteurs, et considère que les travaux réunis de tous, " constituent le système d'éducation propre à la jeunesse du " pays."
35. Les élèves qui fréquentent l'école normale doivent nécessairement laisser leur résidence pour venir à Toronto où est située l'institution, et par conséquent ils se trouvent soustraits à la surveillance de leurs protecteurs naturels. Conformément aux principes établis plus haut, les autorités scolaires se croient donc tenues d'exercer dans ce cas une surveillance plus stricte sur leur éducation religieuse et morale. Ci-suivent quelquesunes des règles que le conseil de l'instruction publique a prescrites pour l'école normale :
" Les instituteurs-élèves pensionneront et se logeront dans la cité, dans les maisons et soumis aux règlements que le conseil de l'instruction publique approuvera." " Chaque instituteur-élève est obligé, tous les vendredis aprèsmidi, de 3 à 4 heures, d'assister ponctuellement aux classes consacrées à l'instruction religieuse séparée donnée par le membre du clergé du corps religieux auquel il appartient. Tout élève qui n'assiste pas à ces exercices devra transmettre par écrit une explication de cette absence." " On s'attend à ce que les instituteurs-élèves mèneront une vie stricte et régulière, qu'ils seront rendus à leur domicile respectif tous les soirs avant neuf heures et demie, et qu'ils assisteront régulièrement au service divin de leur église. Toute inconvenancs de conduite sera portée à l'attention spéciale du surintendant en chef des écoles." J'ai visité l'école normale, dans le cours du voyage que j'ai récemment fait dans la partie ouest de la province, et l'adresse qui m'a été présentée dans cette occasion par le conseil de l'instruction publique contient des renseignements très intéressants ; je prends la liberté d'en faire un extrait :
" Après un intervalle de trois années, nous, les membres du conseil de l'instruction publique du Haut Canada, avons beaucoup de plaisir à rencontrer de nouveau votre excellence."
" Nous saluons cordialement votre excellence à l'occasion de sa première visite, dans une institution qui a été commencée sous ses auspices."
" A l'occasion de la cérémonie intéressante accomplie par votre excellence, en posant la pierre angulaire de l'édifice dans lequel nous sommes aujourd'hui assemblés, nous nous étendîmes sur les objets nobles et patriotiques que la législature avait en vue dans cet établissement. Ces objets, on ne les a jamais perdu de vue, et nous avons aujourd'hui un grand plaisir à présenter à votre excellence quelques statistiques sur le résultat obtenu."
" Depuis l'établissement de l'école normale, dans l'automne de 1847, 1456 candidats se sont présentés à l'admission ; et sur ce nombre 1264 ont été reçus après examen ; et sur ce dernier nombre, il y en a environ 150 qui ont été parfaitement instruits chaque année et envoyés dans les diffé rentes parties du Canada Ouest. Nous avons eu à diverses reprises l'assurance qu'ils ont éminemment réussi à instruire la jeunesse du pays, et relever le caractère de nos écoles, — et les demandes toujours grandes et croissantes que l'on fait des bons instituteurs, nous engage à faire de plus grands efforts pour augmenter le nombre de ces serviteurs méritoires et précieux du public."
" La grande libéralité de la législature, qui a récemment établi un fonds de £500 par année pour venir en aide aux instituteurs âgés et épuisés, deviendra, le conseil ne peut s'empêcher de le croire, un motif puissant d'encouragement pour un grand nombre à entrer dans une profession jusqu'ici si mal rétribuée, pendant qu'elle ne manquera pas de provoquer chez ceux qui s'y sont déjà engagés un redoublement de zèle et d'efforts."
" Votre excellence apprendra avec plaisir que le système de bibliothèques publiques établies dans tout le Haut Canada, a été mis en opération avec beaucoup de succès, en 1853 et 1854. Depuis Décembre de l'année dernière, près de 75,000 volumes, embrassant les départements les plus importants des connaissances humaines, ont été mis en circulation par l'entremise des municipalités de townships et des corporations d'écoles ; et le conseil en attend les résultats les plus salutaires."
" Pour prouver cette coopération cordiale du peuple à promouvoir le système d'éducation publique établi par la législature, nous pouvons ajouter avec plaisir qu'une somme considérable, à peu près un demi-million de piastres, a été prélevée pour cet objet, par la libre volonté du peuple, exclusivement de l'aide législative."
u Ces faits, nous en sommes certains, ne seront pas moins agréables à votre excellence qu'ils sont consolants pour nous et dignes du peuple du Haut Canada, et nous espérons que dans le cours de quelques années, lorsque les écoles de grammaire auront été avantageusement greffées sur notre système d'éducation, le résultat général de nos opérations n'en sera pas moins satisfaisant."
36. Le recensement de 1851 fournit la récapitulation suivante de la population du Haut Canada, sous le rapport des croyances religieuses :
Eglise d'Angleterre 223,190
Eglise d'Ecosse 57,542
Eglise de Rome 107,695
Eglise libre — Presbytériens 65,807
Autres Presbytériens 80,799
Méthodistes Wesleyens 96,640
Méthodistes Episcopaux , 43,884
Méthodistes de la nouvelle connexion. . . 7,547
Autres Méthodistes 59,585
Baptistes 45,353
Luthériens 12,089
Congrégationalistes 7,747
Quakres 7,460
Chrétiens de la Bible 5,726
Chrétiens 3,093
Second Avènement 663
Protestants 1,733
Disciples 2,064
Juifs 103
Ménonistes et Tunkers 8,230
Universalistes 2,684
Unitaires 834
Mormons 247
Inconnus 6,744
Croyances non-données . . . . , 35,750
Autres croyances non-classifiées 7,805
Total de la population 952,004
Le nombre total des instituteurs employés dans les écoles communes du Haut Canada en 1852, est de 3,258—2,451 in-
stituteurs et 807 institutrices ; — leur croyance religieuse est
comme suit :
Eglise d'Angleterre 700
Catholiques Romains 358
Presbytériens 865
Méthodistes 893
Baptistes. „ 196
Congrégationalistes 68
Luthériens 9
Quakres 45
Chrétiens et Disciples 25
Rapportés " Protestants" 36
Universalistes et Unitaires 23
Autres croyances 12
Croyances non-rapportées 28
Le nombre total des écoles communes rapporté pour la pré
sente année est de 2,914, et celui des écoles séparées de 18, —
dont trois pour les protestants et deux pour la population de
couleur.
37, En comparant Pétat de l'éducation dans le Haut Canada,
dans les années 1847 et 1853, on obtient les résultats suivants :
Population de 5 à 16 ans :
Total des écoles communes :
Total des élèves qui les fréquentent :
Total des étudiants et élèves fréquentant les universités, collèges, académies, écoles de grammaire, écoles privées et communes :
Montant total disponible pour les salaires des instituteurs des écoles communes :
Montant total disponible pour les salaires des instituteurs, maisons d'école, bibliothèques, instruments :
1847 . . , Point de rapport
Moyenne du nombre de mois pendant lesquels chaque école a été tenue ouverte par un instituteur compétent : ,
1847 ..8J mois
1853 10 mois
Ces chiffres ne représentent cependant pas d'une manière correcte le progrès que le système des écoles communes a fait, car la politique du département a plutôt été d'encourager l'agrandissement des arrondissements actuels d'écoles, que d'en créer de nouveaux ; et durant toute cette période de temps, les écoles normales et modèles ont eu constamment l'effet d'élever le caractère des instituteurs des écoles communes. On voit encore augmenter rapidement les écoles gratuites, telles qu'elles se distinguent des écoles en parties supportées par les contributions des élèves. Avant 1850, il n'était pas fait de rapport sur cette description particulière d'écoles. Dans, cette année il en fut rapporté 252, et en 1853 ce nombre s'était monté à 1052. A propos de ces faits et d'autres faits de même nature, le surintendant en chef des écoles pour le Haut Canada, en terminant son rapport pour l'année dernière, lequel a été mis devant le parlement et n'est pas encore imprimé, résume ainsi sommairement le résultat en fait d'éducation obtenu depuis ces quelques dernières années : " Ce sera toujours une source de satisfaction pour votre excellence de penser que c'est sous votre administration qu'ont été passées les lois qui ont organisé tout notre système d'éducation, — que nos écoles normales et modèles ont été établies et ont produit tant de fruits, — que le nombre des élèves de nos écoles, que les sommes volontairement fournies par le peuple pour les soutenir, que le perfectionnement dans le mode d'enseignement, dans la construction des maisons d'écoles comme dans les ameublements et autres commodités ont été portés à un point sans exemple jusqu'ici, — qu'un système général de bibliothèques publiques d'écoles a été établi avec succès, et que toutes les pensées du peuple sont tournées vers le progrès de l'éducation et des lumières de même que vers le développement des chemins de fer, des manufactures, du commerce et de l'agriculture."
38. Dans le cours de la présente session, la législature pourvoira de nouveau aux besoins des bibliothèques d'écoles et elle doit voter une somme qui sera spécialement appropriée à l'établissement d'une école modèle de grammaire qui se rattachera à l'école normale à Toronto. Les écoles de grammaire occupent le rang intermédiaire entre l'université et les autres institutions collégiales de la province et les écoles communes. L'école modèle de grammaire relèvera l'instruction que ces institutions donnent et lui donnera un certain caractère d'uniformité. Quand ce but sera atteint, ce ne sera point trop oser que de dire que l'on aura mis à la portée des enfants de toutes les classes dans le Haut Canada, des moyens d'éducation qui ne sont surpassés en aucune partie du monde.
39. La position de la province inférieure sous le rapport de l'éducation n'est pas aussi satisfaisante. L'on n'a encore dans cette partie du pays ni école normale ni bibliothèques d'écoles, bien que l'on ait déjà fait quelque chose pour les établir. Les commissaires d'écoles sont encore en trop de cas des gens sans instruction,et les instituteurs ne sont point trop compétents à remplir leur charge ; et l'on voit des paroisses dans lesquelles sous un prétexte ou sous un autre, la contribution locale destinée au soutien des écoles n'a pas encore été prélevée. Mais il est juste de dire que dans quelques districts du Bas Canada éloignés des villes et dans lesquels l'hiver est bien long et bien dur, les habitants y souffrent beaucoup de la pauvreté. Néanmoins, il y a eu progrès dans ces dernières années, et l'on remarque des indices de progrès encore plus grands. Peu de temps après l'établissement des écoles communes dans le Bas Canada, l'on crut nécessaire par suite en partie de la manière imparfaite dont fonctionnait le système municipal et partie par suite de la mauvaise volonté que montraient les habitants à s'imposer ce devoir, de rendre la taxe des écoles obligatoire au lieu de laisser aux municipalités, comme dans le Haut Canada, la liberté de se taxer, à la condition toujours qu'aucun arrondissement d'écoles ne recevrait sa part dans la libéralité du gouvernement, s'il n'était prélevé un montant égal dans la localité. Durant les premières années de mon administration, les adversaires de la taxe onéreuse commirent de temps en temps des actes de violence. Cette espèce de résistance à la loi a maintenant cessé, et l'on voit aujourd'hui dans la population des
dispositions générales à s'y soumettre. Le nombre total des institutions d'éducation dans le Bas Canada s'est porté de 1,827 qu'il était en 1847 à 2,352 en 1853, et les élèves qui ne se montaient qu'à 68,133 à cette époque, se montaient l'année dernière à 108,284. Ce dernier chiffre comprend 3,524 jeunes filles instruites dans 53 écoles de filles supérieures et 2,786 qui sont instruites dans 44 couvents, 4,923 élèves qui fréquentent 83 écoles indépendantes, 1,169 qui fréquentent 19 écoles classiques préparatoires, et 2,110 étudiants qui sont instruits dans 1 1 collèges catholiques romains. Les termes de ces dernières institutions, pour ce que l'on donne comme éducation de première ordre, sont excessivement modérés. Toutes les dépenses d'un étudiant, y compris son logement, sa pension, sont de £14 à £18 par année. Ces institutions peuvent donner l'éducation à ce prix bien bas, parce qu'en partie elles sont généralement bien dotées et en partie parce que les professeurs étant des ecclésiastiques, ne reçoivent pour leurs services d'autre rémunération que le vêtement et la nouriture.
40. Il est pénible d'avoir à détourner les yeux du progrès constant de la population européenne et de ses descendants qui se sont établis dans cette partie de l'Amérique, pour envisager la condition et l'avenir des tribus aborigènes. On n'a pas raison de dire, je crains, que l'on a réussi sur ce continent à résoudre d'une manière satisfaisante le problême difficile qui se présentait de réconcilier les intérêts de la race native et inférieure des aborigènes, avec ceux d'une race intruse et supérieure. Dans les Etats-Unis, la marche que l'on a généralement suivie dans cette question, a été de forcer par l'influence de la persuasion ou de la force, l'homme rouge à céder sa place à l'homme blanc, en retraitant de plus en plus dans le désert : mode d'agir qui nécessairement mène quelques fois à l'adoption de mesures cruelles et qui cesse d'être praticable lorsque la civilisation approche des limites du territoire que l'on veut occuper. En Canada, on a permis aux tribus de continuer à vivre au milieu des scènes de leurs premiers souvenirs, de leurs plus chères traditions, sur des terres enlevées au flot envahissant de la population blanche, et réservées pour les aborigènes. Mais ce système, bien que plus humain que l'autre dans sa manière de fonctionner, n'est pas sans ses difficultés. Les lois que l'on a passées pour les protéger, et dans
l'absence des quelles ils deviennent la proie facile de quelques uns de leurs voisins plus énergiques mais moins scrupuleux, n'ont l'effet que de les garder dans un état de tutelle continuelle, et les rapports qui existent entre eux et le gouvernement qui les traite en partie comme des peuples indépendants et partie comme des enfants confiés à sa tutelle, entraînent bien des anomalies, bien des contradictions. A moins qu'il n'y ait quelques bonnes raisons d'espérer qu'à la fin ces tribus seront absorbées dans la population générale du pays, le système que l'on suit en Canada est probablement destiné à devenir aussi désastreux pour elles que l'est celui des Etats-Unis. En 1846 et en 1847 — l'on essaya pour la première fois à établir parmi eux des pensionnats d'industrie, supportés en partie à même leurs propres moyens. Si des écoles de cette espèce étaient bien conduites, je pense que l'on pourrait espérer que parmi les jeunes gens qui y seraient élevés, il en sortirait un certain nombre qui seraient assez civilisés pour pouvoir se frayer un chemin dans la vie, sans avoir besoin de privilèges ou de restrictions exceptionnelles. Il serait bon, je suis porté à le croire, que tout sauvage qui montrerait cette aptitude pût, après une épreuve raisonnable, recevoir à même les biens communs de la tribu à laquelle il appartient (à condition toutefois que ni lui ni ses descendants n'auraient pour cela des réclamations sur les deniers,) une somme équivalente à l'intérêt qu'il y possède, afin de le mettre en état de commencer une vie indépendante. Un plan de cette nature, s'il était mis à effet avec discrétion, ne pourrait guère manquer de devenir un moyen de transition qui les ferait sortir de l'état demi barbare dans lequel ils se trouvent. Dans l'intervalle, il a été réglé d'une manière satisfaisante depuis quelques années des questions qui avaient soulevé les réclamations des sauvages à certains territoires vers lesquels le flot de la population canadienne se dirigeait, et qui pouvaient devenir plus tard une source de grands embarras. En 1850, les districts à mines, sur la rive nord des lacs Huron et Supérieur, furent cédés à la Couronne en considération d'une annuité pour les tribus qui étaient censées y posséder des intérêts ; et M. Oliphant, le surintendant général actuel des affaires des sauvages, a récemment conclu un arrangement qui jette immédiatement sur le marché la Péninsule de Saugeen, — réserve des sauvages d'une grande étendue et d'un grand prix, et qui se trouve située
dans le cœur du Haut Canada, — et cela au grand avantage des tribus et de la population en général.
41. En 1850, la législature canadienne passa un acte qui accordait une annuité de £821 18s. Gd. aux tribus sauvages du Bas Canada qui jusque-là avaient été sans terres ou sans fonds à eux appartenant, et réservant à leur profit, une étendue de 230,000 acres de terre. Ces mesures et d'autres mesures qui ont. été adoptées ont tellement amélioré la position des sauvages sous le rapport des ressources, que le gouvernement de Sa Majesté a senti que l'époque était arrivée où il était justifiable d'adopter des mesures définitives pour éteindre la charge qui depuis un si grand nombre d'années pesait sur le trésor anglais à leur profit. Les présents annuels qui constituent l'item le plus important, ont déjà considérablement été réduits, et dans peu seront tout-à-fait discontinués ; et il est probable que le jour n'est pas éloigné où l'on pourra transférer aux fonds des sauvages ou de la province toutes les dépenses que le département entraîne pour le gouvernement impérial. Je joins un état indiquant le chiffre de la population actuelle des diverses tribus sauvages en Canada, le montant de leurs fonds et les charges qui pèsent sur ces fonds. Les sommes portées dans la cédule suivante sont en argent courant ; toutes les autres sommes mentionnées dans ce rapport sont en sterling.
42. Il ne sera peut-être pas sans avantage dans le moment actuel d'examiner quelque peu attentivement ces tableaux, dans la vue de constater si l'on y peut trouver des faits qui puissent servir à démontrer l'influence que le traité récemment conclu entre Sa Majesté et les Etats-Unis au sujet des pêcheries et du commerce et de la navigation, exercera sur les intérêts généraux de ces provinces.
43. Les principaux avantages que les provinces ont concédé aux Etats-Unis par le traité en question, se trouvent compris sous les trois chefs suivants : Premièrement, l'abolition de droits qui pesaient sur certains articles de la provenance des Etats-Unis, introduits dans la province pour la consommation intérieure ; secondement, l'admission des citoyens de ce pays à l'exploitation des pêcheries sur le rivage ; et troisièmement, la libre navigation du St. Laurent et des canaux qui s'y rattachent.
44. Quant au premier de ces avantages, il semble d'après l'état transmis ci-joint, que le montant total du revenu prélevé
cedule. HAUT CANADA 1854.
Les sommes suivantes sont au courant sur le pied de £1 4s. 4d. au £1 Sterling.