‹ État général des forces militaires et maritimes de la ChineChapitre 2 sur 50 · FORGES MILITAIRES ET MARITIMES · texte numérisé non relu

FORGES MILITAIRES ET MARITIMES

DE lA CHINE

vUcbi B'mns freBE stjk les rapports goxksrcuux

À fTABUR ÂYBG CET EKPIRS

PREMIÈRE PARTIL

RÉFLEXIONS PRÉUMINIIRES.

Nous vWons dans une époque de prodiges. Si Ton veut bien se recueillir et évoquer Tenchalne* ment merveilleux des événements qui se sont accomplis depuis que le doigt du temps a sonné la première heure du dix-neuvième siècle, on peut, à bon droit, éprouver un double sentiment, celui de la stupeur et celui de ladmiratioo J}ue]le activité ! quelle expansion de forces I et comme tout a concouru à l'action générale! Ainsi la science,

Âa moment où nous allions mettre sous presse, nous ayons appris par le Moniieitr universel (numéro 0.u 24 Juillet dernier), qu'il venait de paraître on ouTrage sous ce titre : Organisation hilitairb des Chinois o» la Chine et ses armées, par P. Dabry. — - Nous nous empreasois d'atertir le lecteur que notre traTalI, qui a nécessité de longues et de consciencieuses études, n*a rien de commun ayee celui de U. la capitaine Dtbry. /. C.

ponces MTUTAinSS DR LA CHINE. i

2 <^49 6éMHh

autrefois enfermée daus ie laboratoire des alchimistes, Mt (levenue qne ^ortâ ie reiiiçdont h puis^ sance est aujourd'hui aussi incontestable qu'incontestée; elle a aplani les obstacles entre les hommes, elle a effacé les distuices, elle a ftioilité le* eammunications, elle a attaché aux vaisseaux des ailes de feu : si bien que, auxiliaire de la civilisation, elle a permis à TSurope d'atteiodrç de tous côtés la barbarie.

Jadis ce n'eût été qu'après de longues années qu'on eût songé à organiser une attaque régulière et efficace contre des nations rétrogrades telles que la Gochinchine : grâce à la vapeur, la France a pu, dès la nouvelle des affronts, envoyer sur ces pa* rages lointains des forces suffisantes pour veoger l'honneur de notre drapaau, et obtenir réparation des souffrances de nos martyrs. *

Nous entrons pour la seconde fois en lutte contre un empire bien autrement formidable, contre cette Chine mystérieuse qui jusqu'à présent s'est si bien abritée et close dans son éloignem^nt, son immo^ bilité et son système de prohibitions. Non que parfois la civilisation européenne n'ait réu$si à entrebâiller des portes obstinément fermées, mais c'est encore une gloire pour la rdigion cstholiquQ

DES FOKgM AB 14 eniNE. a

d'avoir, pAr «69 intrépide» miwioimiaKH»», iiéli^t(>4 quelquas^UQP de» saerfits dd la Chine, Tout m «u'il était possible de voir, possible de savoir, noi nii»« sionnaires l'ont aperçu et appris 1 ils ont liissâ Iw ménsoires les plus détaillés» I^ plui întéressMitfl ; et peutrètre, disops^la, si le^ événsments et Im imprudenees humaines n'avaient «uspmdu Vcbuvfq de ces vertueux pionniers de la foi chr^tî^niN, Tqb n'aurait pas à envisager, sinon ^ r^retter, fo prfr» chaîne guerre qui va avoir lieu entre Ghing|s d'un» part, Anglais «t Français de l'autre.

Quoi qu'il en «oit, le moment est opportui) poui révéler, autant que faire se peut, la situation mili^ taire et maritime de la Chine, et le^ ressources que possède le CéWte-EInapiro sous ce double rapport, si, cette fois, I4 lutte venait ^ «'engager sérieusement, — Tel est l'ohiiet de notre travail : nous e» avons emprunté l«i principaus; élémwt«, pour ce qui concerne Torganisation militaire et maritime proprement dite, à dea twUes officiels chinoisi d^à reeueillis par T.-^F- Wade, et à d'autre» documents choisis parmi les plus récents*

Plusimirs questions secondaires se rattachent d'une manière étroite à la question principale* Ainai, que la guerre s'accomplisse ou que d'habiles

4 fcriT GÉNÉRAL

négociations réussissent à éloigner ce fléau, il n'y a pas moins pour la France un intérêt pressant, au point de Tue de Tinfluence politique et du commerce, à renouer un jour de bonnes et solides relations avec le Céleste-Empire. Jusqu'ici la France n'a semblé travailler qu'à se créer une position morale et religieuse dans l'extrême Orient; son désintéressement, peut-être exagéré, Ta privée des avantages qu'y ont pu trouver des nations rivales; sans doute elle serait autorisée maintenant à les conquérir par la force des armes ; mais nous voulons supposer que la prudence des négociations pourra conduire au même but, et nous demandons pourquoi la France n'aurait pas, dans les parages du Céleste-Empire, une station importante comme Hong-Kong, Macao Ou Formose, qui assurerait à jamais nos intérêts contre les retours perfides, et les variations subites de la politique chinoise?

• Nous essayerons de démontrer, à cet égard, ce qu'il serait possible de tenter» et les documents précieux que nous avons été admis à consulter, gi*&çe à la bienveillance parfaite de plusieurs hauts fonctionnaires, voyageurs et marins, nous autorisent à croire que nous prenons la question dans le vif.

DES FORCES DE LA CHi.NIi:. ' 5

Si, en Europe, des commotions \oisines se font sentir jusque chez nous ; si les regards sont tournés sans cesse vers les Alpes, et interrogent chaque jour les destinées de l'Italie, est-ce à dire qu'il n'y ait pas aussi quelque chose de palpitant dans la lutte engagée entre l'Occident et l'extrême Orient? C'est un des privilèges du dix-neuvième siècle de faire sentir son action aux races qui sont parvenues jusqu'ici à s'y soustraire : l'Afrique numide a vu s'accomplir des faits tentés seulement et sans résultats par dom Sébastien, Charles-Quint et Louis XIY; l'Asie, étreinte d'un côté par les Russes, de l'autre par les Français unis à l'Angleterre, doit enfin laisser tomber ce voile épais dont il semble qu'elle ait voulu se couvrir à jamais.

On trouvera, nous osons l'affirmer, dans notro livre tous les détails nécessaires pour donner une idée exacte des forces, considérables par le nombre, qu'entretient le gouvernement chinois. Mais nous n'avons écrit qu'en vue de l'adage : Si vis pacem, para beilum^ et avec le vœu fervent et rmsonné qu'un accord durable soit conclu un jour entre la France et le Céleste-Empire. Nos principes, tels que nous les posons ici pour les développer plus loin, sont :

6 ÉTAT 6ÉlfÉA4L

l"" Nécessité d'unéstatiôft française;

2* Utilité pour notre lUftritie d'un moutement Continuel entre la France et la Ghine; * 3* Intérêt immëùse $ nous assurer ce marché si tafete et si im^rtant pour l'écoulement de nos produits de r Algérie;

4* Suite à donner à l'oèu^re jîivilisatrice de nos missionnaires.

Ainsi tous les intérêts, soit moraux, soit maté- Hèls, se trouvent représentés pour nous dans ces (todtréeé. ffdusy portons k guerre; fnais il est à fcôuiiaitèr que, soit étant, soit après cette démonstration de la forée, riiarmônie se rétablisse, et qu'un traité àppu^ desériêusM garanties permette enfin à la France de reprendre, dans cette partie de l'Orient, le rôle brillant et utile que lui avaient créé de simples missionnaires. La croix avait précédé Tépéë : répée Une Tôis rentrée ati fourreau, puisse la eroix reâplèUdir encore !

fiTDDES SUR LES RAPPORTS COHNEROAUX.

Nous abordons la question la plus palpitante. Qujuid il 8*agit de Texlrème Orient qui doit inévitablement se rattacher un jour à l'action européenne, un vaste champ est ouveH à resprit^ au ealcul et au travail !

Les distances seront comblées^ les méfiances dissipées; les relations s'établiront régulièrement.

Mais, auparavant, la guerre qui seule peut-être est efficace à frapper l'imagination des nations du Sud, la guerre aura dit son mot terrible.

Notre travail sur les forces militaires de la Chine était comme le prélude nécessaire de ce qui va suivre. La guerre sera transitoire, et il y a lieu d'espérer que les relations pacifiques ne s'en trouveront que plus constantes et plus assurées.

L'utilité des relations commerciales entre les peuples ressort de l'histoire approfondie des temps les plus reculés. En l'examinant avec attention sous ce rapport, on verrait que c'est moins par la g«erre, par les expéditions sanglantes, que par le désir d'établir des échanges, que peu à peu les hommes se sont connus. Les premiers qui se virent ainsi furent sans doute des tribus à demi-sauvages que

séparait un petit bras de mer. On lança des pirogues, on y déposa quelques-unes des productions du pays, et Ton s'abandonna aux flots. '

Le commerce des Phéniciens témoigne d'une civilisation déjà avancée.

Si rinde et la Chine échappèrent plus longtemps à l'action patiente et suivie de l'Europe si progressive, c'est que la distance décourageait nécessairement des vaisseaux à voiles que mille obstacles venaient arrêter dans leur marche. Alors cette admirable découverte de la vapeur n'avait pas encore rendu l'homme complètement maître du monde qu'il habite.

A présent, la difficulté de Féloignement n'existe plus. Il n'est plus permis à la Chine de s'envelopper dans son immobilité mystérieuse, de se retrancher fièrement derrière sa Muraille : la Chine doit, de toute nécessité, laisser tomber les barrières qu'elle a opposées à l'activité européenne.

Au reste, ce n'est pas d'aujourd'hui seulement qu'on a compris de quelle importance seraient des rapports suivis avec le Céleste-Empire. La France, toujours la première en toute chose, a été devancée à cet égard. Aux Portugais appartient l'honneur de l'initiative. Dès l'année 1517, Lopez Suarez,

Yice-roi de Goa, envoyait en Chine un ^bassadeur, nommé Pereira, a\ec huit vaisseaux placés sous les ordres d'Ândrada. Et tandis qu'en 1607, les Hollandais se montraient devant Macao, qu'en 1613, les Anglais se présentaient au Japon, ce fut seulement en 1660, que les Français parurent en Chine.

Nous ne voyons pas que les rapports commerciaux que les étrangers essayèrent de nouer avec la Chine, aient été d'abord très-profitables: la compagnie d'Ostende ne fit qu'une expédition, en 1717, vers l'extrême Orient; et une association prussienne fondée en 1751, dans lé but d'établir avec la Chine des rapports d'intérêts commerciaux, dut renoncer à son entreprise après avoir tenté quelques expéditions. Quant aux Espagnols, ils ne commencèrent qu'en 1785 à faire des voyages suivis à la Chine.

On ne s'étonnerait pas du temps qu'il a fallu à l'Europe pour entrer en véritables .relations avec cet empire immense, si l'on voulait bien songer à la dissemblance énorme des coutumes, à l'antipathie orientale pour ceux qu'elle désigne comme des barbares, à la méfiance et h la duplicité chinoises qui enlèvent toute solidité aux affaires; comme aussi à la différence absolue de religion.

10 ÉTAT OÉIfi^AL

La Ghine^ si avancée qu'elle soit en civilisation, est restée féroce par l'efifet de l'élément tartare; de plu^s elle est attachée à d'infâmes idoles dont le culte admet les vices les plus honteux.

Nos missionnaires, nos RR« PP. jésuites, ces hardis et infatigables pionniers de la civilisation, avaient bien compris, eux dont l'intelligence est illuminée par la Foii que, pour nous assimiler la Chine, il fallait avant tout la conquérir par le christianisme.

Grâce au christianisme, on arrach^dt du cœur des Chinois les préventions malveillantes, les idées fausses^ les terreurs même qui s'y trouvent^ toujours vivaces^ à l'endroit des Européens ; on leur apprenait qu'ils avaient tout avantage à faire des échanges, à se former une véritable marine^ à franchir leurs ports, et surtout à laisser pénétrer dans leurs âmes gangrenées la saine et fécqndante morale de l'Ëvangile.

Nous n'avons pas besoin de rappeler par quelles déplorables pejsécutions et dans quels flots de sang a été étouffée l'œuvre de nos missionnaires*

Dieu merci, elle n'est pas entièrement ruinée : quelques croyances ont échappé aux supplices les }>'us inouïs, les plus raffinés. N'y eût-il que deux

DBS FOBCet DE LA CHINE. 11

chrétiens en Chine, ce serait assez pour préparer la moisson de l'avenir.

La loi protidentielle veut que le nionde entier détienne chrétien : il le deviendra» Qu'importent au IKeu étemel quelques siècles de plus ou de moins !

Mail comme ce qui nous toucne par-dessus tout, c'est Tintérèt de la France^ nous soumettrons à nos lecteurs la question éotnmerciale au principal point de vue, c'est-à-dire Au point de vue français.

Répondais premièrement «-^ car il faut toujours prév6ir les objections*^ à qui viendrait nbus dire : « La France eierce partout une influence politique suffisante; le commercé de la France est assez étendu ; la marine française a assez à faire d'alimenter sed colonies, telles que l'Algérie, les Antilles^ Cayeiine. le Sénégal, Pondichéry^ etc.' *

Non, la France ne saurait permettre que son influence, si utile 6t toujours généreuse, ne règne pas sur l'jBitrême Orient; la France ne s^ursût abdiquer et reculer là^où d'autres avancent. Quand l'Angleterre et les Etats-Unis d une part, la Russie de l'atitre, étreignent peu à peu la Chine dans un réseau diplomatique et commercial, la France ne peut rester indifférente à ce spectacle ; elle ne peut, aux yeux des autres nations, se tenir en arrière et

cesser de placer son pavillon là où il doit être, c'est-à-dire au premier rang.

Loin que le commerce de la France soit suffisamment étendu, c'est de nos jours seulement qu'il a commencé à prendre son extension naturelie. Ecrasé par la concurrence anglaise, privé de moyens de transport suffisants , n'ayant pas pour les grandes tentatives les vastes capitaux de nos voisins d'outre-Manche; obligé même» (le croirait-on 7) de s'appuyer en Orient sur des maisons de banque anglaises, parce que ces établissements de crédit nous manquent absolument, le commerce français est encore si peu avancé qu'il n'y a pas plus de douze ans qu'il a établi des relations suivies et importantes avec la Chine.

Quant à la troisième question, celle de la marine, elle mérite une sérieuse attention. Ce qui a fait la splendeur maritime de l'Angleterre, ce qui a doté cette puissance d'une population d'excellents matelots, ça été la nécessité de tenir constamment la mer, comme la route toujours ouverte entre la métropole et ses nombreuses colonies. L'Inde surtout a contribué à cet exercice continuel et si utile : telle a été la prépondérance acquise par rAnglclerrc dans les mers do Textrême

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Orient, qu'à l'heure présente, nos marchandises, nos lettres, nos passagers, n'arrivent dans l'Inde ou dans la Chine, que sur des bâtiments anglais. Il est donc superflu d'insister pour faire comprendre combien il serait urgent que la France possédât dans ces parages :

l"" Une Banque nationale ou Société de crédit, permettant au commerce et à l'industrie de se ravitailler à une source abondante, sans avoir besoin de recourir aux banques anglaises, naturellement partiales, et qui, en cas de mésintelligence entre les cabinets de Saint-James et de Paris, deviennent nécessairement hostiles;

2"" Une ligne de paquebots faisant régulièrement le service postal et le transport dès marchandises;

3* Une station fixé, qui lui ^oit concédée en toute propriété, et qui serve de point d'appui aux opérations commerciales.

Cette dernière question domine les autres : elle touche à l'honneur, à la dignité de la France ; c'est le pivot sur lequel tout roulera un jour. Nous y reviendrons bientôt en lui donnant les développements qu'elle comporte.

Dès maintenant, nous appellerons l'attention sur un fait significatif.

Le gouvernement de l'Empereur s'est préoccupé de la pensée de faciliter et de développer nos relations direciâê avec Tlnde et la Chine, ce qui veut dire de les soustraire h cette espèee de droit de commission que TAngleterre exerce par son argent et ses vaisseaux. S. Exe. le ministre de ragrîculture, du commerce et des travaux publics jugea qu'il convenait de saisir de la question la chambre de commeroe de Lyon et de l'inviter à se faire repré-senterpar deux délégués dans une commission spéciale* MM. Oscar Galline et Natalis Rondot ftirent nommés à cet effet ; et ce dernier a formulé les vœux du commerce lyonnais, dans une nota dont M. A. Biaise (des Vosges) a eu raison de faira ras* sortir « l'esprit libéral et pratique. » (1)

Plus de routine en effet, plus de cas entraves que la timidité médiocre a fait naître trop fré» quemment sous les pas de nos négociants. M. Na«. talis Rondot dit très^franchement qu'il nous faut une banque françuise des Indes et un service fnm^ çMis de bateaux à vapeur dans les mers de l'Inde et de la Chine. Il expose d'abord la situation com^ merciale ainsi qu'elle existe depuis une douzaine

(1) Preste do 12 avril 1860.

d'années, intimement rattachée h la missian dont M. de Lagrené fut le chef. € L'importation des marchandises françaises dans l'extrême Orient a décuplé depuis cette mission célèbre, qui eut lieu de 1843 à 1846. > Si les fabriques de Paris, d'Amiens, deBeauyais, d'Elbeuf, de Rouen enrayèrent, à diverses reprises, leurs produits sur le marché chinois, ce furent principalement les soies qui donnèrent lieu aux transactions. La Chine fut loin d*y perdre si, comme l'établit M. Rondot, la France reçoit maintenant trente mille balles de ^ies de Chine, grèges ou moulinées (à peu près quinze cent einquante mille kilogrammes, d'une valeur de 90 millions de francs). Cette soie qui se prête merveilleusement au travail, est devenue indispensable à nos fabricants pour les étoffes de qualité courante II ressort du rapport que ces achats se font surtout sur des crédits ouverts par des banque$ anglaii0§^ et que souvent aussi « une maison de commerce, à Londres, réceptionnaire de soies de Chine, qu'elle a fisit acheter pour son epmpte, en Chine, ou dont elle est consignataire, met ces soies en vente, tant à Londres qu'a Lyon, par les pru-* cédés ordinaires du commerce. » D'où il résulte que le prix pour nos fabricants est plus élevé que si ,

par le crédit français et les* vapeurs français, ils pouvaient se procurer directement ces marchandises indispensables.

Le rapporteur dit fort bien : « Parce qu'elles sont transportées de la sorte, ces soies n'en sont pas moins, pour la plupart, destinées originairement au marché français, qu'elles y soient consignées ou qu'elles soient achetées pour compte français; elles appartiennent à notre commerce, elles intéressent notre industrie ; elles représentent, dans la généralité des cas, des opérations et des capitaux français. »

Or elles nous viennent généralement par les steamers de la compagnie péninsulaire et orientale I car, encore une fois, nous n'avons pas dans les mers de la Chine et de l'Inde de service à vapeur.

Il faut joindre aux soies le thé, les laines et poils de chameau, les cocons, la droguerie, les substances tinctoriales, les bambous, les rotins, les étoffes, les porcelaines, I9 tabletterie. Le tout réuni forme un chiffre respectable de cent millions. Avec l'Inde, 30 millions; avec l'Archipel indien et l'Australie, 35. C'est dire assez quel déveFoppement pourrait atteindre notre commerce extérieur, sans les entraves qni pèsent sur lui, à commencer par nos tarifs.

Citons encore M. Rondot, dont les vues sont si pratiques et les conclusions si lumineuses.

c Le commerce étranger avec la Chine repré-* sente une valeur d'environ onze cent millions de ' francs; il n'est pas le seul qui soit intéressé à la création d'un nouveau service à vapeur dans les mers de Tlnde et de la Chine. Cette entreprise desservirait inévitablement, directement ou indirectement, les lies de la Réunion et de Maurice, avec lesquelles nous avons, sous notre pavillon, un commerce direct de cent millions; l'Inde, d'où nous tirons tant de soies, d'indigo, de graines oléagineuses, de laines, etc.; qui, en outre de la part dévolue à la marine anglaise, donnent à deux cent vingt de nos navires un tonnage dont la valeur dépasse cent millions ; les grands ports de l'Archipel indien, Singapour, Batavia, Manille, Bangkok, avec lesquels nos relations seront un jour décuplées; le Japon, qui fournit des soies fines et qui demande des produits de nos fabriques ; l'Australie enCn, avec laquelle nous faisons un commerce déjà étendu, et que la libre entrée des laines ferait grandir au-delà peut-être des prévisions. »

Il ne suffit pas qu'on aperçoive notre pavillon sur ces mers lointaines, il faut qu'on l'y voie

PORCRS VII ITAIRKS DB I^ CRraK. 2

18 tnt GéNitu

dam dm conditions d'^tté avac la ntiion puissante qui BOtti tiant p«r le crédit* Cest priocipi^ lenmit sur la question dm banques nationales à eréar pour nous épargner à lavanir un tribut oné^ raux, que porte une augmentation qui s'adresse non^-senlemeot aux intâràts privés, mais encore à ceux de r£(at« Depuis quelques années, le gouvernwient impérial a été entraîné par les événements à entretenir, dans les mers de Chine et de l'Inde, de grandes forces navales : combien son service de trésorerie serait moins onéreux si, par l'existence d une Banque française, il pouvait réaliser l'éco* nomie d'un agio pesant et avoir en outre sécurité entière pour les payements et approvisionnements!

Si nous avons suivi avec détail les conclusions de cei excelJant rapport, c'est que les conclusions en ont été admises a l'unanimité par la chambre de commerce de Lyon, et que, placées aujourd'hui sous les yeux de S. Exe, le ministre des travaux publics, elles ont toute chance d'entmr dans la phase de l'exécution.

C'est à peu près ainsi que M. de Montigny se résumait dans le travail considérable qu'il publia en 1S46 (l)i après son retour de la Chine, où il avait

(1) Annale$ du commerce ettériemr.

fait partie de lui niUsion e^raor^inaire de Mf de Lagreaé*

M. de Hoptigny invoquait l'accord fraterM du capitalisiez du fabricant et de Vormateur pour.cette ceuvro toute lxo^ve^e de relations sviyie» et frux^r tueuses à établir avec re^rême Ori^at. Non qu'il désirât voir ow compatrioj^ $e laiv^çr ayec la i( fwia francese ^ dans des spé^ulaitioiis fty^ntureuses « qui, si elles peuvent parfois ameiier, d'un seul coup, de grandes fortunes, sont le plus souvent fécondes en résultats désastreux. » JLioin d^ là, il nu^omviwdjdt upe e^lrème circonspection, un choi^ intelligent des n^arcfaandises les plus capables de plaire et qui fussent le plus faicilemant vendues. Au}^ capitalîsi^ il disait : « Venez en aide aux fabricants, et imiter m <^ les membreis les plus illustres du parlepiefliit ^gjl^s; lesquels s'associent avec tant de confiaoos à ^ a£Gaire$ qiême lointaines et qui en a^ud^ l'issue «avec une ps^encç à toute épreuve. » Au^ fal^ricants i} ridcomm^àaii — et c'était fort a^ge -^ de se plier davantage aux gojûyls et «U¥ besoins de l'étranger : ce qu'on m fait pas assez che? nous où l'on ne se dit pas qu'il faut traiter les gens selon leurs usages et leur éliminât, U»9^ la cjLasse des armateurs qui recevait d^

M. de Montigny des conseils non moins judicieux, à propos des exigences de frAt qui obligent nos négociants à se servir de bâtiments étrangers. Oui, accord du capitaliste, du fabricant et de l'armateur, voilà le secret pour que la France prenne et garde dans ces régions si belles et si riches le rang qu'elle devrait occuper déjà, si elle était aussi jalouse d'étendre son influence commerciale qu'elle l'a été jusqu'ici de maintenir son influence politique et son rang militaire.

Si nous remontons plus haut encore dans l'ordre de date, nous trouvons un voyageur qui visita Péking, Manille et l'Ile de France de 1 784 à 1801, M. de Guignes.

c En considérant, dit-il, les produits de l'Inde et de la Chine, on se persuade facilement que la France doit se livrer au commerce de ces deux contrées, comme lui étant utile et même absolument nécessaire; utile, en ce qu'il forme des marins, entretient la construction et l'armement des navires, et vivifie nos ports; nécessaire, en ce que l'Asie fournissant beaucoup de marchandises dont nous ne pouvons nous passer, telles que les épiceries, le sucre, le café, la cannelle, le salpêtre, le coton, le borax, le camphre, les drogues propres à

DES FORCES DE LA CBim. 21

la teinture et à la médecine, et la surveillance la plus sévère ne pouvant empêcher entièrement la contrebande d'introduire celles qui sont purement de luxe, comme les toileries, les mousselines, etc., il vaut mieux que la France en allant elle-même chercher ces objets évite l'exportation du numé-. raire avec lequel elle les paye aux étrangers, et s assure de la jouissance des bénéfices qui résultent de ce commerce.

c Si Ton ne se rend pas à ces raisons, qu'on fasse attention à cette phrase remarquable de Davenant, phrase écrite en 1698, il y a plus d'un siècle, et dont nous avons l'accomplissement sous les yeux. « Un pays quelconque, dit-il, qui pourra être en « pleine possession du trafic de l'Inde, fera la loi à <t tout le monde commerçant, t Ceci mériterait une longe explication ; mais mon dessein n'est pas de traiter du commerce de l'Inde, et je n'en parle que parce qu'il est lié avec le commerce général. Celui de la Chine est avantageux, en ce qu'il ne demande aucuns frais extraordinaires, c'est-à-dire de troupes, de fortifications et de marine; s'il nous offre peut-être des objets dont nous n'avons pas extrêmement besoin, ce n'est pas une raison de l'abandonner; en effet, tant que les Anglais çt les

a ÉTAT OÉNÉkiL

autres natiaiid le feront, il est de la saine politi(|U6 et de rîdférèf de TÉtat de le continuer; d'ailleurs la France ne consomtnant qu'une faible partie des marchandises qu'elle tire de la Chine, et en réexpoviMt le surplus 6heÉ l'étranger, elle se trouve pâi* là faire un commerce très-lucratif. » (1)

Ce qui était vrai au commencement de notre sifecle Test plus que jamais, et de grands progrès sont encore à faire, bien que les événements tàent marché, bien que Itt Finance ait été représentée éU Chine par dé» homtUM du dévouement le plus parfait, du Jnérite le plus réel, par les Lagrené, les Orôs^ lesJMotttigiijr, les Aondot.

Parmi I6s questions de détail, il en est une qui mérite de troutet* ici sa place. On ne se préoccupe pas assez généralement du profit que pourrait amener l'importation des vins français en Chine. Nous ne voulons pas parler de nos vins ordinaires, mais de ceux qui protiennent du Midi et ont reçu des rayons âU soleil une snvéUf sucrée et toute parfumée. Céux^lâ plaiSêfli mi Oblnois^ ces gastronomes driébtAiiXi et iloUS «tofls lieu dé petlser que flOtftf

(1) Ypuagês à Pikitm, Manille el IVe d€ France faits déni VifkUrvalle des années 1784 à 1801, par M. de Gui- Éd«8, L iiî, f. m et sUiv.

Di:S FORChS l)B LA CBliM-. 23

Lunel, noti« Fronlignao, en un mot nos crûs de l'Aude et de» Pyrénées orientales détrôneraient un peu le thé cla«gi€|ue, et pourraient même a^oir Theureux et salutaire effet de produire une diversion contre lopium. — Yoym-vousles Chinois portant des toast à la civilisation européenne et levant leurs verres colorés des teintes roses de nos vins du Midi? Qu on ne cherche pas à les tromper surtout ; qu'on soigne bien les envois pour qu'ils soient de qualité supérieure, en arrivant sans dégât à bon port, et bientôt la demande excédera Yoffre. — Dans son Journal d'uttpoifagsur en Chine (1), M. Jules Itier a pris soin de tracer un tableau comparatif des prix de revient et des bénéfices probables à faire sur les vins et les trois-^x. Nous ne le suivrons pas sur ce ter-* rain. Que si l'on objectait que la France exporte déjà bien assez de ses vins en Europe et qu'elle doit réserver quelque chose à sa consommation intérieure, 90US répondrions qu'il serait facile au gouvernement de faire défricher et planter spécialement, en vue du commerce des vins avec la Chine, ces vastes espaces des Landes et de l'Algérie jusqu'ici improductifs. Un double but serait atteint : d'une

(1) Eo 1843» 44,45 «i 46.

part, uu sol stérile et abandonné acquerrait une valeur inconnue, et de l'autre nous fournirions à rimportation une sorte de marchandise à laquelle nos rivaux ne pourraient opposer rien de semblable. Mais encore faut-il que nos cargaisons ne voguent pas inévitablement sous pavillon anglais. La question principale n*est point dans les essais plus ou moins intelligents de nos fabricants, dans les efforts plus ou moins habiles de quelques maisons de corn* merce : elle est surtout dans les ports. Il s*2^t, avant toute chose, d'obtenir que noseiqpéditeurs puissent compter sur le navire ; de même que, de son côté, l'armateur ou le capitaine dudit navire doit pourvoir compter sur des chargements complets au retour comme au départ. C'est une grosse affaire qu'un voyage en Chine! cela implique une traversée de plusieurs milliers de lieues, une navigation de quinze à dix-huit mois, hérissée de périls et tout au moins fort coûteuse. Il est donc permis d'y songer à deijic fois avant d'entreprendre un tel voyage; et cependant nos navires pourraient s'y hasarder plus souvent et avec plus d'avantages, si cet accord précieux que nous appelons de tous nos vœux, avec MM. NataUs-Rondot et de Montigny, l'accord du capitaliste, du fabricant et de l'armateur devenait

chez nous chose consacrée. Et jamais on ne verrait de navires porter des cargaisons insuffisantes, ce qui est déplorable, si, comme il a été dit plus haut, notre commerce, un peu trop routinier, voulait prendre la peine d'étudier les goûts et les besoins des nations avec lesquelles il désire nouer des relations suivies. Pourquoi quelques-unes de nos puissantes maisons de commerce ne feraient-elles pas en petit ce que fit le gouvernement français, lorsqu'il organisa la mission de M. de Lagrené? Pourc|uoi n'enverraient-elles pas en Chine, dans rinde, dans la Cochinchine et en Australie des jeunes gens dévoués, sérieux, lesquels étudieraient sur place les mœurs, les usages, les besoins des populations, et qui, indépendamment des excellentes notes qu'ils feraient parvenir à leurs patrons, acquerraient l'usage des idiomes orientaux, de façon à pouvoir devenir d'excellents interprètes? L'homme qui, parvenu à un certain âge, va avec ses propres capitaux établir un comptoir à l'étranger, y arrive trop tard. 11 est usé déjà par le travail, par les épreuves delà vie; il craint pour sa fortune; de plus, il a des habitudes dont il lui est difficile de se départir. Ce n'est donc pas cet homme qui peut apporter d'utiles améliorations là où il faudrait de-

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mer, oser et exécuter. Dans Tintérèt général, et non pir une inanité déplacée^ nout eapéron» que notre idée se réalisera un jour, c*dat-4Hlire que le oommerce aura ses ftmmU d4 vingt ans^ jeunes gens honorables et pleins de cœur^ qui, en servant les intérêts d une maison particulière, serviront aussi ceux du paySé

En attendant, si le commerce français veut parvenir à prendre rang parmi les nations qui prospèrent en Chine, il faut absolument qu'il ait ses navires à lui, et qu'il soit sûr de ne point payer jusqu'à 240 fr* le tonneau ce que les Américains offrent k . 70 et même 00 fr« Il n'est que trop vrai que, par diverses causes combinées , les armements sont chers en France, et surtout ceux qu 'entraînent les expé* ditions en Chine. Là, il n'y a pas de fautes à risquer : une erreur c'est la ruine. La qualité et la quantité, la valeur et le volume doivent être inséparables : il est besoin desavoir d'avance si, en Chine comme dans les pays limitrophes, on trouvera des éléments de cargaison suffisants pour combler le vide et équilibrer les dépezues.

Un grave inconvénient, le plus grave de tous, peut-être, c'est qu'il n'y a pas en Chine de maisons rrnn^séa établies. De là, incertito^, bésitatmit

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tâtonnements. Comment n a-t-on pas déjà songé à avoir des comptoirs à demeure 7 Sans te moyen, 1 est impossible de rien faire avec suite et progrès, et notre commerce reste exposé à toutes les mauvaises ciiances du provisoire.

« En résumé, est-il dit dans les Annales du com* merce extérieur (1), si le commerce français rencontre de grandes difficultés à étendre ses opéra-^ tions avec la Chine ; s'il n'est que trop vrai aussi qu'il se trouve devancé par les progrès qu y a^faits celui de la Grande-Bretagne, et plus tard celui des États-Unis, il demeure cependant établi que, pour certaines spécialités, la concurrence ne nous est pas impossible, et que plusieurs de nos produits de France, s'ils étaient expédiés directement et d une manière moins coûteuse, trouveraient indubitablement un débit assez avantageux. »

Le moment n est certes pas propice pour obtenir du gouvernement chinois des concessions équitables : le.s traités antérieurs conclus avec le comte de Ratti-Menton et lord Elgin sont déchirés par des mains déloyales ; et, à moins d'un miracle accompli par la prudence et Thabileté du baron Gros, il est

(1) N* 21, Février 1855,

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à présumer que le Céleste-Empire devra reoeroir une leçon qu'il ne puisse oublier. Mais il est permis, dès à présent, de faire obsenrer (avee Tespoir que le mal cessera un jour) combien l'administration chinoise a apporté jusqu'ici d'entraves au commerce en ne publiant pas ses tarifs et règlements : ce qui dans les cinq ports laissait les navires marchands sans aucune garantie ni règle de conduite. Les droits de pilotage dans les rivières, le mode de jaugeage des navires et les droits de tonnage ; les droits de navigation, les droits généraux d'importation et d'exportation, et une foule d'autres droits qu'il serait trop long d'énumérer, tout est demeuré eu question , ou , qui pis est, tout est livré à l'arbitraire; le bon plaisir des autorités locales fait loi, et. elles sont si habiles à tromper le gouvernement ! Le gouvernement lui-même ne se déjuge que trop souvent : on en a la preuve dans l'importation ^rioiiiif même de l'opium en Chine, importation qui atteint, année moyenne, le chiffre énorme de cent quatrevingt-dix millions.

On a songé déjà qu'il y avait lieu de demander au gouvernement chinois l'uniformité absolue des ri^lements sur le commerce dans les cinq ports qui lui sont ouverts. On s'est préoccupé également de

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l'idée d'établir dans chacune des stations maritimes une chambre de commerce, laquelle serait composée d un membre consulaire de chaque nation et des principaux négociants de la localité, ayant pour président et yice-président, à tour de rôle, un consul ou chargé d'affaires. Mais toutes ces questions ré» glementaires sont nécessairement subordonnées à l'issue de la guerre qui va s'engager.

En résumé, ce qu'il y a.d'évident, c'est que jusqu'ici la place a été tenue par les Anglais et les Américains. D'un rapport très-positif fait par M. Auguste Heurtier sur le commerce de l'Angle^ terre avecla Chine, il résulte que nos habiles rivaux ont fait depuis longtemps ce que nous commençons seulement à faire, c'est-à-dire se sont donné la peine de fabriquer exprès pour les Chinois, et au meilleur marché possible, les toiles de coton et les draps. Aussi leurs cotonnades ont-elles écrasé les nôtres. Déplus, les Anglais ont l'avantage immense de pouvoir alimenter le marché chinois avec des articles qu'ils n'ont qu'à aller chercher dans leurs colonies del'Inde et de l'Australie. Ils sont bien autrement sûrs que nous de l'abondance et du choix de leur fret, la question des retours disparaît pour eux (1).

(i) Voir aux Documents géographiques.

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