SO ÉTAT GÉNÉRAL
Le traité du 26 juin 1858 (1) leur donna de grands avantages ; mais il ne faut pas qu^on oublie qu'en 1848, le commerce français avait été admis au bénéfice du traitement accordé au commerce britannique (2).
Il importe par-dessus tout à la France d'être enûn chez elle en Chine; autrement dit, d^obtenir une station, un port pour y asseoir son influence.
On est douloureusement affecté en songeant que la chose est encore à faire pour nous, tandis qu'elle est faite pour l'Angleterre, les Etats-Unis, le Portugal et la Russie!
Les Anglais ont obtenu Hong-Kong (3). Tou-^ jours habiles à colorer leurs empiétements, ils ont, pour s'agrandir, pris à bail toute la péninsule de Kow-iong, située en face de la \ille de Victoria. Le prétexte a été de travailler à la suppression delà piraterie qui infeste ces parages. Un jour viendra où cette péninsule sera pour les Anglais une propriété.
Les Etats-Unis se sont fait concéder Formose (4).
(1) Voir aux Documents géographiques.
<2) Mem.
(3) Um.
(4) Idem.
DES FORCfilS DB LA CUIiNE. 31
Les Portugais possèdent depuis plusieurs siècles Macao. (1)
Les Russes, limitrophes de la Chine, la pressent par la Tartarie. Dépouillés de leurs préte&tioiis sur la possession du tleuve Atnoor par le traité de 1689, ils ont su, dims ees derniers temps, négocier si bien avec le cabinet de Pékin, qu'ils ont obtenu la pleine et entière jouissance de ce fleuve qui leur outre une large voie sur T.oeéan Pacifique. Gertai-* nement l'avenir, quant à une prépondérance en Chine, appartient à la Russie : ce serait une simple conséquence de sa position géographique, si ce n'en était une de sa persévérance habile et de sa puissance colossale.
Cependant pourquoi la France , cessant de s'aban^ donner elle-même, n aspirerait-elle pas àétre traitée aussi \Am que les nations précitées? Pourquoi m ferait-elle pas, au moment opportun, la demande d'un port, d'une (le comme celle de Hal^nan, ou celle de Tcheou^chou ouencorecelle de Chusan (2)?
Une demande aemblable est teUement jmte qu elle ne Murait rencontrer un refus^ at que les
(i) Voir aux Documents géographiques.
{2} Idem.
nations déjà favorisées ne sauraient non plus s en formaliser. La nécessité fait à notre gouvernement une loi de la présenter; car les intérêts français ont absolument besoin d'un point d appui contre la mobilité de la politique chinoise.
On parle beaucoup à l'étranger de l'expédition franco-anglaise dans le Céleste-Empire. Les esprits légers et superficiels n'y voient qu'un but d'ambition pour les deux grands peuples qui l'ont entreprise ; pour la France, une affaire de gloriole, une occasion de montrer ses aigles victorieuses dans ces parages lointains; pour l'Angleterre, une secrète pensée d'agrandir encore ses possessions déjà si considérables dans cette partie de l'ancien monde. Les hommes sérieux y voient autre chose ; ils comprennent que ce n'est pas uniquement pour venger l'affront fait au pavillon anglais par la capture de l'Arrow, ni pour demander raison du supplice du vénérable missionnaire français, le père Chapdelaine, que les gouvernements britannique et français ont armé et envoyé leurs escadres sur les côtes de la Chine, bien que ces derniers motifs eussent certainemement sufli pour les engager à déclarer la guerre au frère du soleil. Ils y voient ce qui est, un besoin pour les
deux gouvernements alliés de maintenir pour leur industrie, sous peine de mourir de pléthore, des débouchés que leurs diplomates ont acquis au prix de grands sacrifices.
A ces hommes de tous les pays, et surtout des petits États qui n'ont à leur disposition ni flotte nombreuse , ni armée imposante , nous dirons : Unissez-Yous à nous ; joignez yos efforts aux nôtres ; venez, dans la limite de vos forces, partager avec nous les dangers et les périls de la guerre; et avec nous aussi vous recueillerez votre part d'influence dans ces parages reculés, en même temps que vous y servirez vos intérêts matériels, en créant des relations nouvelles à votre commerce et de nouveaux marchés aux produits de votre sol.
Ce langage, nous le tenons à toutes les nations qui ont à cœur leur prospérité, et nous avons l'espoir qu'il aura de l'écho, que, notre voix sera entendue, que Ton comprendra que, dans ces graves circonstances, non plus que dans les autres, nous ne nous laissons point guider par une mesquine préoccupation d'amour-propre ou d'égoïsme, que notre conduite a un but plus louable; que nous allons en Chine pour forcer ses astucieux mandarins à exécuter fidèlement des traités qu'il importe
PORCKS mi.rrAiiiRs ht r.A chine. 3
%4 ÉTAT (^K^ÉAAl
autant 9mx autrea puissances eurofiéeniiea qu'à BCttisrrfuêuea de voir respectés.
Cette eq>éraQce semble deyoir se réaliser bien**tôt; en effet, notre voisine du Nord, la Belgique, ee petit, mais sqge et riche pays, où Ton naît eeBfunevçant et industriel, oomme on natt poëte ailleurs, a senti des premières ee qu elle aurait à ffaifoer à s*assacier aux généreux efforts de la France et d§ l'Angleterre ; des esprits élevés , parmi lesquels il faut placer tout d'abord le noble et généreux pràpce appelé par la Providence à te-> nir le gouvernail de ce vaisseau qu*oi^ nomme FÉtat, dont il est déjà par ses lumières et son dévouement un des plus fermes soutiens, se sont courageusement mis à la tète du mouvmaent.
c Ihi des premieps discours du duc de Brabant, au Sénat, fut une protestation contre Tindo-n lenee et la timidité de nos industriels et de nçis nén gociauts, » dit lauteur d'un ouvrage ausiM remarquable par la forme que par le fond, et dâ à la pluH^e savante d uu jeune officier belge distingué, le eapltaine de Brialmont, fils d'un général égaler ment très-estimé.
il serait à désirer que ee livre fAt enti^ les mains de tous ceux pour qui il a été écrit { qu'il f^t pfir eux
lu et Inédite i ils y trouveraient de^ appréciations justes et approfondies sur les b9§.oins actuels du cominercç européen en général, et une connaissance exacte de ceux du commerce belge ei\ ps^rti* culjer. C'ept ayeç une. ^^^e pis^^çe de raison et une logique sqpérie\tr^ aue ]e ieyne écriv^ii^ combat les ar^ments (le çeqx {I9 ^ çoiqpatriotes qu.i ne veulei^t V9fV\ entendre parler de la participation de 1^ Belgi<|\ie à la lutte oi\ sont actuellement engagés les Princes du Ciel et (eurs frèrf^ bgfbares^e (Occident; et c'est avçc amertmpe qii'^ Içur dit \ « Yous reconnaisses^ yousn)ê^e^ quQ YQtre marine marchande v^ dépéris- ^^ cb§quç. jour, (|ue YQtre comn^erce maritime se réd^^rîL \^X(A ^ W W^\^ Ç^M^e ^ ft vous refusez 4§ pïWtlç^. |e^ ]f}}î>y^B?. ^^ ^? ^felever, de le rendrai ce qu'il ^U!l %S>M, 1%, pui^^te énerçie de \0£it a^çêtreç, y
4 cew]ç qui WftigljÇJBt, les dépenses auxquelles serjii^ ^Rt'fft''^é l!? t^é^ar pM^UÇ Ç^?r suite d une expédition» belge eft Ch[içie, il dit • ?iMais wusave? 1^ çiqg Q^ ^Â^ gran4^ ^^PQ^^^i armez-les ; donnezei^ li^ cQ)^(lyite ^yx officiers sans emploi de votrp mmi^e nôlitairçi; f^ite^-je^ S^vjr au transport de qif^u|ç bAt^i|()I}S dlQ Yq^ soldats, et votrç trésor
aura fort peu à souffrir d'une entreprise si éminemment nationale. >
A ceux, et le nombre en est grand, qui pensent bénévolement trouver une protection suffisante sous le pavillon des grandes nations, il dit : « Il faut que vous soyez ou fort naïfs ou bien égoïstes pour croire que les puissances auront répandu leur or et versé leur sang pour vous assurer des avantages égaux à ceux qu elles auront si péniblement acquis. »
Nous ajouterons aux paroles si sensées de Técrivain belge, que les gouvernements comme les individus ont des devoirs à remplir, et qu*il est toujours d'une politique sensée de ne s'en remettre qu'à soi-même du soin de leur accomplissement.
A tous, il dit : a Comprenez vos intérêts et prenez-en souci; n'hésitez point, que votre pavillon aille flotter sur le Fleuve bleu; pour un faible sacrifice que vous vous imposerez aujourd'hui, vous vous ouvrirez pour plus tard et pour bien longtemps, d'abondantes sources de richesses, en même temps que votre influence comme nation s'en accroîtra. * Il y a toujours quelque chose à gagner pour un petit Etat à s'associer aux grandes entreprises des puissances du premier ordre. C'est
là ce que fait encore remarquer M. de Brialmont; malheureusement les limites que nous nous sommes tracées ne nous permettent pas de le suivre davantage.
Nous le regrettons sincèrement, car son œuvre est noble et belle : elle mérite un sérieux et sympathique encouragement.
Nous ne comprendrions pas que les ministres du roi Léopold qui a toujours montré une sollicitude prévoyante et si éclairée pour tout ce qui touche au développement de la richesse du pays, ne prissent pas cette affaire en main et ne voulussent pas la mener à bonne fin.
Hâtons-nous d ajouter ceci : nous avons trop de foi au patriotisme des hommes qui sont au pouvoir en Belgique, et trop de confiance en celui des Chambres belges, pour ne pas croire qu'ils sauront secouer Tétat de torpeur où se trouve plongé aujourd'hui leur commerce maritime.
Les entreprises nouvelles peuvent être d'autant mieux essayées, tant par la France et l'Angleterre que par les autres nations européennes, que la Chine elle-même sort de son apathie et s agite dans une espèce de convulsion ^ Les partis la divisent. L'insurrection formidable sépare presque en
deux camps cette nation qui jadis ne semblait qu*une immense ag^gloraération d'hommes courbés sous un pouvoir patemeliièihent despotique. Cette insurrection a livré des batailles ; elle â pris dés villes ; rien n'arrêté ses progrès, car elle esl hàtionâie et a le bon droit pour elle. En erfel'eïlé aspire à abaisser les descendants des conquérants tartàres et à ramener la dynastie des Ming. tci est pour nous le cœur de la question. Que l'Europe s6 prononce; et, quand nous disons FEurôpé, âoùs île voûtons pas tenrermer le cercle de l a'ciliVilé politique entre la France et rAngletérrë séuîéttaent ; mais nous désirons avec ardeur que tôuleS les hàtîoiis, m^raé celles qui ne pôss^àent qii'litiô tiiarine très-secondaire, s'assôcîëril à ûû tiiôuVeiîient qui sera pour toutes l'àvénement d un ordre commercial nouveau. Un appui, fût-il seulement hiorâl, donné a î'insurrecVion chinoise, ferait ^eul-ôtife plus pour ouvrir défmîlîvéménl lé Céléétë-ÎÈtïipîre aux étrangers, que tbùtés l'es expéditions de détail, que tous les traités si faëîlémieht rompus.
Ce n'est d ailleurs qu'une sirtiple hypothèse, et nous la livrons poîir cô qii*^èlle vàal. bîéu hoxis préserve de pactiser avec l'insurrection ! quel qu'en soit le prétexte ou lé drapeàii, il J â toujours dan-
ger à fMre triompher la force matérielle. Mais supposons "^e, datis %m cottcert iG5dno|)éeii^ iès pmsBiaiit^s de tout ordre s'entendent poiit faire tomiaier les barrières Jalouses qui nms 'OM^dciieiit de fpéaêtvev dans l'eietrême Orient ; i^il^otasis qu'au lieu de s'appeler uniquement France et Aîi*gleterre, l'^pédition s'appelle, en outre, Be^i*qoe, Hdlaftde, ^Prusse, villes Hansétttiqiies, Daoae^ mftVk, Suède et Norwége, Kémont, Êspagtaie^ letc, aussitôt les choses changent delkcé, ^et 4es AsiaAîqties'comprefmeiït qu'ils doivent 'cédèrr<,'eiFxtiHssi, aà progrès de i^esprit iiumain et au^ ifécessîtésde PépoqAe.
Nous pourrions nous arrêter ici, car nous «ipposonis trop d'iotiën^^ce à nos lecteurs, ^our ne pas croire que souv^fM ih iicm dtë^Faneéifoirt, H qû'Hs nôtos coiâplét^(^M toujoui^; inai% oMnfiiëtat résister au désir de citer les befles Mgnes ^u'à écrites M. Léon de Rosny, dûs ki Bftme de i'Orient?
Les voici :
c La conquête de la Chine, au profit de la civilisation, est une œuvre difficile, laborieuse; mais la difficulté même doit s'éclipser en vue des résultats qu'on est en droit d'attendre. Le siècle
40 ÉTAT GÉNÉRAL DES FOllGES DE L4 CHINE.
qui a inauguré la navigation à vapeur, le chemin de fer, le télégraphe et la photographie, le dixneuvième siècle en un mot, ne peut se contenter de marquer sa place par des conquêtes purement matérielles ; il ne peut renoncer à la réalisation d'une œuvre appelée à rendre au monde civilisé plusieurs centaines de millions d'hommes, que d'antiques préjugés ont maintenus près de trente siècles dans le plus déplorable isolement et dans un éternel statu quo.
« L'Orient nous préoccupe chaque jour : c'est qu'en effet, l'Orient cesse définitivement d'être étranger au [grand concert européen. Aujourd'hui, Paris écoute avec plus d'intérêt que de surprise le récit des événements qui se déroulent dans ces contrées lointaines avec une rapidité trop significative pour qu'on puisse douter encore de la régénération des races asiatiques.
V L'heure de l'univei'salisation des peuples ne peut tarder à sonner, n