PiTRKS, op. cit., I
LES ANESTHÉSIES.
se trompe donc plus dès qu'ils sont en rotation. « La malade a reconstitué la lumière avec une couleur qu'elle voyait et une autre qu'elle ne voyait pas. »
Dans la même séance de la Société de biologie ou cette observation très importante a été communiquée, Paul Bert demandait si les sensations de couleur en apparence disparues produisaient cependant des images consécutives et donnaient lieu aux phénomènes de contraste simultané et successif. Le fait a été depuis bien souvent vérifié, et M. Régnard lui-même a disposé l'expérience suivante. Si on demande à une hystérique achromatopsique pour le rouge de fixer pendant longtenips un carré rouge sur fond blanc, elle déclare ne voir qu'un carré gris ; et cependant, au bout d'un certain temps, elle obtiendra comme image consécutive un carré vert. « Il nous semble donc logique, disait M. Régnard, de croire que la rétine dans l'achromatopsie hystérique est saine et que le défaut physiologique qui cause l'erreur visuelle est plus loin dans le centre perceptif. Quand la vibration verte arrive à ce centre, elle n'est pas jugée, mais elle agit néanmoins ; et la preuve, c'est qu'ajoutée à la vibration rouge elle donne la perception du blanc, etqu'elle produitl'image consécutive verte. » M. Charcot déclarait aussi que, d'après lui, une achromatopsie de ce genre était un phénomène purement cérébraP.
Nous arrivons aux expériences nombreuses et précises de M. Parinand sur l'amaurose unilatérale ^ Celle-ci peut servir d'exemple : « Soit, dit-il, une hémianesthésique atteinte de cécité monoculaire pour une couleur. Un papier vert est vu gris de l'œil gauche amblyope et vert de l'œil droit qui est sain. Si l'on
1. Comptes rendus des séances de la Société de biologie, 26 janvier 1878, p. 32.
2. Cf. Thèse d'agrégation de M. Grenier : Des localisations dans les maladies nerveuses, 1886.— M. Parinaud : Anesthésie de la rétine, etc. Bulletin de l'Académie royale de Belgique, 188(5, et du morne auteur: Sur une forme rare d'amblyopie kystéro-traumalique, Bulletin médical, 1889, p. 777, . '
place sur l'œil sain un. prisme qui lasse voir deux images du papier, au lieu d'ôlre l'une verte, l'autre grise, comme on s'y attend, les deux images sont vertes. » Dans d'autres cas, un sujet amaurotique de l'œil gauche voit cependant deux images colorées si on place le prisme devant son œil malade. De ces expériences et d'autres semblables, M. Parinaud concluait qu'il y a deux mécanismes différents, l'un pour la vision unilatérale, l'autre pour la vision bilatérale, et que, dans l'hystérie, la première seule est atteinte tandis que l'autre subsiste intacte. M. Pitres, qui a répété et varié ces expériences d'une manière intéressante» arrive à la même conclusion qui nous paraît juste mais un peu incomplète, M. Bernheim, en 1887 ^ a reproduit les expériences de M. Parinaud et a constaté le même résultat matériel; mais il l'interprète autrement et en fait un phénomène de suggestion, « L'image visuelle perçue, l'hystérique la neutralise inconsciemment avec son imagination. » Comme on le verra dans tout cet ouvrage, et particulièrement dans le dernier chapitre, les stigmates ne nous semblent pas être ainsi des phénomènes d'inhibition, mais bien plutôt avoir la signification de phénomènes d'épuisement. Ne retenons pour le moment qu'une seule chose, c'est que ces faits nouveaux confirment l'opinion de M. Régnard, et la pensée plus ancienne de Lasègue sur la nature psychique ou sur l'origine corticale de ces phénomènes ^ Si l'amaurose unilatérale présente ces problèmes embarrassants, il en est de même pour toutes les anesthésies. Il y a déjà plusieurs années, je fis la remarque