ANALYSE DES CARACTÈRES PSYCHOLOGIQUES
Les caractères psychologiques de l'amnésie des hystériques sont tellement semblables à ceux de leur anes- Ihésie, qu'il nous semble possible de suivre dans l'exposition le même ordre et de présenter en abrégé les mêmes remarques.
1° Dans les amnésies systématisées, on voit exactement, comme dans les anesthésies du même genre, l'influence de la pensée du sujet. On voit le souvenir que le sujet prétend avoir oublié jouer son rôle et déterminer le choix des oublis, comme la sensation en apparence non sentie du point de repère sert au sujet à reconnaître le papier qu'il ne doit point voir. Dans les expériences d'amnésie systématique suggérée, cela est évident; mais considérons-en une qui soit naturelle. Célestine prétend m'avoir complètement oublié, n'avoir absolument aucun souvenir relatif à moi. Soit; je l'interroge sur ce qu'elle a fait cette semaine, elle retrouve à peu près tout, sauf un incident. Elle ne se souvient pas du tout d'avoir été examinée par M. Charcot dans le parloir. Or, c'est moi qui l'avais présentée à
LES AMNÉSIES.
M. Charcot. Gomment, si elle n'a aucun souvenir de moi, choisit-elle si habilement l'incident où je suis mêlé pour l'oublier ? La pensée du sujet intervient de la même manière pour fixer les limites des amnésies localisées. Une jeune femme, mariée depuis un an, a des accidents nerveux pendant l'accouchement; elle devient amnésique et oublie l'accouchement ainsi que la période précédente. Oi:i s'arrête cette amnésie rétrograde? Au mariage. La jeune femme oublie la période qui contient l'accouchement, la grossesse, le mari, le mariage. A cette association d'idées délicate je reconnais une hystérique
2° De même que l'anesthésie ne supprime pas les réflexes qui dépendent cependant de la sensation, de même l'amnésie ne trouble pas le fonctionnement intellectuel qui est cependant la conséquence immédiate de la mémoire. Cela est d'autant plus net que l'on considère une amnésie plus grave, une amnésie générale, par exemple. Les auteurs disent toujours, comme M. Weir Mitchell ^ : « Malgré la perte de la mémoire, l'intelligence est restée intacte; dès qu'elle eut rappris à parler, elle s'expliquait avec bon sens et raison. » Supposons une pareille amnésie amenée par les progrès d'une démence, un oubli semblable de toutes les notions, môme de l'écriture et de la parole, et nous aurons devant nous un individu complètement stupide. N'est-il pas étonnant que l'hystérique, avec une amnésie aussi formidable, reste intelligente?
3° Si on laisse de côté des cas tout particuliers, comme l'amnésie continue, on peut dire que l'hystérique est tout aussi indifférente à son amnésie qu'à son anesthésie. Qu'elle ait oublié deux ou trois mois de sa vie, cela ne paraît pas la gêner beaucoup, à moins qu'il n'y ait des circonstances très spéciales pour lui faire
1. Lettre de Ch. Villiers à G. Cuvier, d'après Ribot, Mal. de la mémoire, 1883, 62.