Weir Mitchell, Ma?:y Reynolds
remarquer ses oublis et pour provoquer les interrogations volontaires. Gela est tellement vrai qu'elles ne s'en plaignent pas et que le plus souvent même, à mon avis, elles l'ignorent. Rose, amenée à l'hôpital, se plaignait uniquement de sa paraplégie et ne m'a pas dit un mot de cette énorme amnésie localisée de trois mois que j'ai été très étonné de découvrir. Comme M. Charcot le disait de l'anesthésie, l'amnésie aussi est un caractère qu'il faut chercher.
4° Enfin, nous allons retrouver dans l'amnésie les deux caractères primordiaux de l'anesthésie hystérique la mobilité et la contradiction. Insistons d'abord sur la mobilité. Ordinairement une amnésie grave est due à la destruction des traces, des modifications inconnues que les sensations laissent dans le cerveau et qui leur permettent de se reproduire sous forme d'images. Supposons une destruction définitive et matérielle des cellules cérébrales qui ont emmagasiné ces modifications et les souvenirs de ces sensations seront matériellement détruits d'une façon irréparable. En est-il ainsi pour les amnésies hystériques? Non, certainement, nous pouvons être certains que, dans toute amnésie hystérique, la conservation des souvenirs subsiste encore. Gela est prouvé par la mobilité de ces anesthésies qui prend ainsi une importance psychologique considérable.
Depuis longtemps on a remarqué que cet oubli si profond n'est pas perpétuel et que, de temps à autre, sous diverses influences, il disparait momentanément. Le sujet retrouve tous les souvenirs qu'il paraissait avoir oubliés : il les sait dans tous leurs détails, il reprend l'existence qu'il semblait avoir définitivement abandonnée et il la reprend juste au point où il l'avait laissée. Peut-être au bout de quelque temps va-t-il perdre de nouveau ces souvenirs, mais leur résurrection momentanée a suffi pour prouver que les images étaient conservées. G'est là ce qu'on désigne sous le nom 6.'ain-
LES AMNÉSIES,
nésie périodique. On sait que certains de ces malades qui ont, à un moment donné, présenté de l'amnésie générale et qui ont recommencé leur vie à la première enfance ne conservent pas définitivement cette nouvelle existence enfantine. Au bout de quelque temps, au bout de dix semaines dans l'observation de M. Weir iMitchell, Mary Reynolds eut une seconde période de sommeil et se réveilla telle qu'elle était avant ses accidents avec la mémoire complète de toute sa vie. Il est vrai qu'elle n'avait plus maintenant le souvenir du second état; mais ne soyons pas inquiets pour ces souvenirs de l'état 2, ils ont réapparu à la suite d'une nouvelle attaque qui n'a pas tardé à survenir. Grâce à ces alternatives des deux états, nous voyons qu'en réalité, aucun souvenir n'a été perdu.
Je n'ai pas cru nécessaire d'établir une classe pour les amnésies périodiques pour une excellente raison. Je ne parlais que des amnésies hystériques et à mon avis toute amnésie hystérique est périodique. Très souvent la périodicité s'établit d'elle-même, et des attaques ou des sommeils, ou des accidents variés qui changent l'équilibre mental, viennent mettre régulièrement au jour, tantôt un souvenir, tantôt un autre ^ Marguerite a de grandes attaques depuis deux ans et à la suite de ces attaques elle entre dans un somnambulisme assez compliqué. Il suffit de savoir maintenant que c'est un état spontané qui fait partie de la crise hystérique et dont elle sort par des convulsions. Elle n'a jamais su au réveil ce qui se passe pendant cette période : il semble qu'il y ait là un oubli localisé bien net. A la prochaine attaque qui viendra avant quinze jours, elle va rentrer dans le même somnambulisme et retrouvera tous les souvenirs en apparence perdus.
Le sommeil naturel, comme nous l'avons déjà vu en étudiant les sensations, peut aussi nous montrer la