CHAPITRE PREMIER
LES ANESTHÉSIES
Les insensibilités que l'on peut très souvent observer chez les hystériques ne semblent pas, au premier abord, un des symptômes les plus importants de leur maladie; d'autres phénomènes, en apparence plus graves, ont davantage frappé les premiers observateurs. Aussi, quoique ce caractère fût connu depuis fort longtemps, ainsi que le prouve la recherche delà marque du diable chez les sorcières, a-t-il été laissé de côté dans beaucoup de descriptions anciennes. Sydenham (1681), Louyer-Villermay (1816), Georget (1824), Landouzy (1846) n'en font aucune mention. Ce n'est que depuis cinquante ans à peine que ce symptôme essentiel est signalé par Piorry (1843),Macario (1844), Gendrin (1846), Henrot (1847), Skokalsky, E. Mesnet, A. Voisin et surtout par Briquet qui, dans son beau livre (1859), a décrit avec tant de soin la plupart des phénomènes moraux présentés par ces malades ^ M. Gharcot,dans ses leçons de 1872, a bien mis en relief, non seulement la réalité et la fréquence de ce caractère, mais encore son extrême importance pour le diagnostic et l'étude des hystériques ^
1. Résumé historique d'après Pitres. Leçons cliniques sur l'hystérie, 1891, I, p. .'30.
2. J.-M. CuARCOT, Leçons sur les maladies du système nerveux, 5° édit. 1884, p. 300.
LES ANKSTHÉSIES.
L'anesthésie en effet est un excellent signe pour le diagnostic: il est net, facilement appréciable et très caractérisque pour le médecin; il est pour le malade peu connu et difficilement simulable Il doit aussi, croyons-nous, jouer un grand rôle dans la théorie tle cette maladie ; car il n'existe pas au même degré et sous la môme forme dans les autres perturbations de l'esprit, et il peut être considéré comme le type des autres symptômes de l'hystérie. Enfin, il est précieux pour l'examen psychologique : la sensibilité et l'insensibilité, tout en étant psychiques, semblent posséder facilement des manifestations extérieures. On peut assez bien vérifier, si un membre est sensible ou s'il ne l'est pas, et l'anesthésie est le fait psychologique le plus commode à étudier expérimentalement. Si l'on veut bien se rappeler aussi le rôle immense que tous les psychologues ont fait jouer aux sensations dans la formation de l'intelligence, on comprendra que, pour toutes ces raisons, l'étude de l'anesthésie soit placée en tête de l'analyse d'un état mental pathologique.
Dans cette étude ^ il me semble utile d'insister tout d'abord sur les caractères et sur l'interprétation générale de cette Insensibilité et de rejeter à la fin du chapitre les études particulières sur telle ou telle forme spéciale d'anesthésie, qui seront présentées comme complément et comme vérification des hypothèses générales.