‹ État mental des hysteriquesChapitre 63 sur 112 · Thèse de Denkaux · texte numérisé non relu

Thèse de Denkaux

quels qu'ils soient, qui précèdent l'acte, la volonté et la représentation mentale du mouvement à accomplir, sont intacts, mais que la sensation du mouvement accompli qui guide le sujet et lui apprend l'exécution du mouvement n'existe plus dans la conscience normale. En d'autres termes, le malade semble avoir conservé la faculté de se représenter les images kinesthésiques qui provoquent les mouvements, mais a perdu cette sensation musculaire « on retour » qui nous apprend comment nos mouvements sont exécutés et nous prévient quand une résistance les arrête.

Cette indécision est une conséquence de l'anesthésie hystérique. On peut retrouver, en effet, dans ce phénomène tous les caractères de l'anesthésie. Si Maria, ou Isabelle, porte sa main à son oreille consciemment ot volontairement, elle va au hasard et frappe ses cheveux. Mais si, par les procédés déjà souvent décrits, je provoque ce même acte d'une manière subconsciente, le bras qui se lève à son insu va toucher directement l'oreille. L'indécision et « l'ataxie » du mouvement n'existe donc que dans l'acte personnel et conscient, de même que l'anesthésie ne se manifestait que dans la perception personnelle.

3° Les mouvements volontaires sont simplifiés. Je veux dire par là que l'hystérique n'est plus capable d'exécuter des actes complexes, des actes qui nécessitent siniultnnément plusieurs mouvements différents : elle ne sait plus faire consciemment qu'un seul mouvement à la fois. Cette remarque faisait autrefois le fond de mon travail sur l'automatisme psychologique, elle a été reprise depuis par plusieurs auteurs. « Lorsqu'on invite ces malades, disait M. Binet, à faire simultanément plusieurs mouvements, tout l'effort de leur attention se porte sur un. seul mouvement;... les sujets eux-mêmes font l'observation qu'il leur est fort difficile de penser à la fois à leurs deux mains quand ils serrent des deux cô-

LES TROUBLES DU MOUVEMENT

tés'.» Dans un travail plus récent, M. A. Pick, dePrague, a précisé cette remarque générale par une quantité d'observations de détail-. Il examine les mouvements d'une hystérique dont le champ visuel est très rétréci et qui est anesthésique à droite; pour les étudier, il prie son sujet de remuer les doigts de la main droite comme s'il jouait du piano. Ces mouvements sont bien exécutés si on permet au sujet de regarder sa main droite pendant qu'elle remue : c'est une condition dont l'importance sera étudiée dans le paragraphe suivant. A ce moment, il suffit de demander au sujet un autre mouvement, si petit qu'il soit, pour troubler ou arrêter complètement le mouvement des doigts de la main droite. 11 suffit de faire lever le bras gauche % étendre une jambe, ouvrir la bouche, prononcer quelques paroles, fermer un œil, etc.; immédiatement les mouvements de la main droite sont altérés ou supprimés. Détail intéressant et que nos études précédentes nous permettent de comprendre; les sensations provoquées dans l'esprit du sujet ont exactement le même résultat. Il suffit de piquer le sujet sur le côté gauche sensible, de lui faire respirer une odeur, de lui mettre un objet ou une lunette de couleur devant un œil, pour que ces impressions accaparent une partie considérable de l'attention disponible et rendent impossibles les mouvements de la main droite. Ce fait n'est pas dû à l'anesthésie de la main, car les choses se passent absolument de même pour les mouvements de la main gauche sensible; ceux-ci sont également très altérés ou supprimés par tout autre mouvement ou toute sensation simultanée.

M. Pick- résume ses expériences en disant : « A côté

1. BiNET. Les mouvements volontaires des hystériques, Revue philos., 1889. II. 470.

2. A. PicK. Ubcr die sogenannlo « conscience musculaire ». (Duchennc). Zeit.ichrift fur psjjch. iind p/ii/siol. dei- sinnesoryaue, haraust/ege/jen von II. Eb/jiiu/haii.'i mid A. Kom'y. IV, 1892. .

'■i. Pick, o/;. cit., 181. " .

du rétrécissement du champ de la conscience, on doit admettre un rétrécissement de l'impulsion motrice, et c'est pour cette raison que les impulsions motrices simultanées ne peuvent réussir à se développer » Je crois que ces deux phénomènes sont absolument identiques : ce que M. Pick appelle un rétrécissement de l'impulsion motrice n'est, en somme, qu'une réduction du nombre des images kinesthésiques ou autres que le sujet peut réunir simultanément dans une même perception personnelle, qu'il peut, à un moment donné, assimiler à sa personnalité. Des faits de ce genre ont été longuement étudiés à propos de l'amnésie et de l'aboulie. Mais je suis heureux que M. Pick ait vérifié d'une manière aussi complète et aussi intéressante l'hypothèse générale du rétrécissement du champ de la conscience chez l'hystérique.

4° Les mouvements volontaires sont affaiblis. Le fait avait été déjà remarqué par Briquet qui l'avait ingénieusement comparé à l'engourdissement que produisent les émotions vives-. Cette interprétation ne nous paraît exacte qu'en un point, c'est qu'il s'agit là d'un phénomène moral. M. Burcq, M. Charcot, puis M. Paul Richer ont décrit le fait avec une grande précision sous le nom d'amyosthénie ^ On est surpris de voir une personne d'apparence robuste, dont les muscles sont volumineux, vous serrer la main, quand on l'en prie, avec si peu de force, ou résister aussi peu aux mouvements communiqués. Si, pour plus de précision, on emploie un dynamomètre que l'on fait serrer au sujet, on obtient des chiffres extrêmement faibles. Cette diminution porte sur l'une et l'autre main, mais elle est plus forte du côté anesthésique. Voici quelques exemples frappants : Marguerite, anesthésique à droite, obtient 8 à droite et 25 à gauche. Berthe, anesthésique à

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