Lasèoue, op. cit., II
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est en grande crise d'hystérie, à n'importe quelle période, je puis, pour ainsi dire, m 'emparer d'un bras ou d'une jambe en les touchant légèrement. Le membre que j'ai touché quelques instants reste alors inerte et ne prend plus part aux tremblements ni aux convulsions du reste du corps. Si je le soulève, il reste dans la position oti je le mets, ou même, comme on le verra tout à l'heure, répète régulièrement les mouvements que je lui communique. L'attaque a modifié évidemment l'attitude générale du sujet, puisque les autres membres continuent leurs convulsions, elle n'a pas changé en elle-même la catalepsie partielle.
2° Ce phénomène peut être augmenté. Chez certains sujets, surtout chez ceux qui ont été hypnotisés fréquemment, il suffit de maintenir quelque temps en l'air un membre ordinairement sensible, pour qu'il devienne anesthésique et cataleptique. Quelquefois, le changement se produit même quand le sujet regarde son bras. Inversement, ce phénomènepeut subir des diminutions. Pour qu'il se produise, il faut que le sujet n'ait dans sa conscience aucun renseignement sur la position donnée à son bras. Si l'anesthésie tactile et musculaire n'est pas complète, le sujet baissera son bras plus ou moins facilement. C'est même là un moyen d'apprécier le degré d'anesthésiede certains sujets. M... présente d'ordinaire le phénomène de la catalepsie partielle, mais on constate certains jours que les bras retombent plus ou moins vite, c'est que l'anesthésie a diminué, comme on peut le vérifier. Si, au cours d'une expérience, on peut réussir par un procédé quelconque à rendre momentanément au sujet la sensibilité musculaire de son membre, l'état cataleptique disparait aussitôt. Il faut aussi que le sujet n'ait aucune indication par le sens visuel ; un reflet dans une glace, une ombre suffisent pour que Marie baisse son bras. L'imagination visuelle de la position de son bras suffit à Justine pour qu'elle récupère à peu près la possession de ses membres.
Enfin il y a une autre condition très importante dont l'absence diminuera oii même supprimera totalement le phénomène. Chez quelques malades, cette catalepsie partielle se manifeste immédiatement, quelque soit l'opérateur, pourvu qu'il se mette dans les conditions convenables : le bras anesthésique a une obéissance banale. Mais, le plus souvent, les choses no se passent pas ainsi. Vous pouvez essayer de lever le bras gauche de Léonie, de Lucie ou de Marie, même sans qu'elles le puissent voir, le bras ne reste pas en l'air, etil ne se produira aucun phénomène de catalepsie. Mieux encore : quand j'ai moi-même mis leur bras dans une position cataleptique, une autre personne ne peut pas la changer; le bras, si léger tout à l'heure, se met à lui résister de toutes ses forces. Si on presse beaucoup, il fléchit un peu ; mais, [dès qu'il est libre, il remonte comme par élasticité à la première position; que je touche de nouveau le bras, il devient subitement léger et obéit à toutes les impulsions K C'est là une forme de ce qu'on appelle l'électivité, de ce choix que le sujet semble avoir fait plus ou moins à son insu d'un directeur particulier et de cette domination spéciale que le directeur prend à l'exclusion des autres personnes sur tous les phénomènes psychologiques du malade. Il faut se rappeler que l'électivité intervient fortement dans la catalepsie partielle : ce caractère servira pour son interprétation.
3° Enfin ce phénomène peut se compliquer de plus en plus. Si on imprime un mouvement au bras au lieu de l'abandonner simplement en l'air, il continue indéfiniment ce mouvement avec la régularité d'un pendule. Ce même mouvement peut aussi être provoqué d'une manière plus indirecte par l'imitation. Certains sujets répètent sans le savoir, et uniquement avec leurs membres anesthésiques, les mouvements que l'on fait
]. Actes inconscients, Rev. philosophique, 1888, I, '248.
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devant eux*. Quelquefois cette imitation est toute spontanée et n'est pas le résultat d'une expérience. Dernièrement, en parlant avec Justine, je m'aperçus qu'elle avait continuellement un mouvement d'oscillation rég-ulier du bras gauche, comme une sorte de tic. Je lui demandai ce qu'elle faisait ; elle me dit qu'elle ne bougeait pas et, en effet, dès qu'elle regarda son bras, tout s'arrêta. Un moment après, quand elle détourna la tête, le mouvement recommença et je m'aperçus alors que la main suivait le mouvement du balancier de la pendule. Nous avons tous des phénomènes semblables, mais chez les hystériques anesthésiques, ils sont remarquables par leur fréquence et leur importance.
Ces attitudes et ces mouvements peuvent encore être déterminés d'une autre manière, par le contact d'un objet que l'on met dans la main anesthésique du malade. Sur le bras de Lucie, qui reste étendu horizontalement dans cet état cataleptique, je mets une plume légère, la main la retient. Je retire la plume et la remplace par un poids de deux kilos : le bras ne plie pas sous le poids surajouté, mais, au contraire, la tension des muscles s'adapte au poids à supporter. Si on met une paire de ciseaux dans la main insensible, le sujet ne peut absolument pas me dire ce qu'il a dans la main gauche et cependant les doigts sont entrés d'eux-mêmes dans les anneaux des ciseaux qu'ils ouvrent et ferment alternativement. Enfin, si on met un crayon dans la main comme nous l'avons déjà noté souvent, les doigts se courbent inconsciemment et se placent d'eux-mêmes, à l'insu du sujet, dans la position voulue pour écrire. Souvent même la main se met à écrire véritablement et nous entrons alors dans une catégorie de phénomènes plus complexes.
L'interprétation de ces observations et d'autres analogues soulèverait un grand nombre de très intéres-
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santés discussions psychologiques. J'ai essayé de les l'aire ailleurs et ne puis les reproduire ici. Il suffit d'eu rappeler les conclusions. Il ne me semble pas possible d'expliquer ces faits par un pur mécanisme physique sans aucune intervention de pensée. Les arguments de Despine', qui est le principal représentant de cette conception, nous paraissent tous discutables. L'unité, la coordination de ces contractions musculaires, leur complication, leur relation indiscutable avec des impressions tactiles, auditives, ou visuelles, le choix, l'intelligence, en un mot, qui s'y manifestent constamment, me paraissent au premier chef des phénomènes psychologiques. S'il n'y a aucune sensation, ni aucune pensée, je ne comprends pas qu'un bras puisse garder la position délicate que je lui donne, distinguer l'attouchement de ma main, lui obéir et ne pas obéir aux autres, répéter des mouvements extérieurs qui ne peuvent être connus que par l'ouïe ou la vue, etc. Tous ces actes sont des actions d'une couscience,lesconséquences^d'une sensation, d'une vision, d'une audition, d'une préférence; c'est ici l'explication physique qui est mystérieuse et mystique, c'est l'explication psychologique qui est l'hypothèse la moins coûteuse et la plus scientifique.
Mais si l'existence de ces phénomènes de conscience est incontestable, leur nature est, au contraire, très difficile à concevoir. Il ne faut pas oublier, en effet, que la personne sur laquelle toutes ces expériences ont été faites exprime son opinion sur les phénomènes de catalepsie partielle. Elle déclare qu'elle n'a absolument rien senti, qu'elle n'a eu aucune pensée à ce sujet et que, si elle en avait, elle n'aurait pas pu les manifester, car elle ne peut absolument pas remuer son bras sans le voir. Nous ne pouvons pas mettre en doute sa parole, car elle nous affirme uniquement des faits bien
1. Despine, Psychologie naturelle, 1868, i. 490 et sq. Élude scientifique sur le somncunhulisme, 1880.
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connus ot admis de tous. Elle nous dit seulement qu'elle est anesthésique du côté gauche et qu'elle a le syndrome de Lasèg'ue, ce que nous croyons vrai. Eh hien, je ne dis pas qu'elle ment, je dis qu'elle se trompe et qu'elle ignore; j'affirme cette notion paradoxale qui maintenant commence à se répandre en psychologie, c'est qu'il y a dans l'esprit de cette personne des phénomènes psychologiques qu'elle ignore. Qu'il me soit permis de citer un passage d'un psychologue déjà ancien, M. L. Dumont, qui répétait d'ailleurs sur ce point les idées de Maine de Biran : « Les mots conscience et inconscience sont pris tantôt dans un sens relatif et tantôt dans un sens absolu. On dira, par exemple, qu'un phénomène est inconscient (afin d'éviter la confusion je dirais plutôt subconscient) pour exprimer l'idée que le moi n'en a pas conscience, mais sans affirmer par là que le phénomène n'est pas conscient en lui-même et pour son propre compte. La physiologie tend à établir qu'il s'accomplit ainsi dans l'organisme humain un nombre immense de faits de conscience qui sont, pour le moi, comme s'ils appartenaient à d'autres personnes'. » Ce sont de tels phénomènes que nous avons déjà été amené à supposer pour expliquer les caractères contradictoires de l'anesthésie et de l'amnésie : ils se manifestent maintenant par des mouvements extérieurs et leur importance dans la maladie de l'hystérie va grandir de plus en plus.
Ces phénomènes, tout en étant psychologiques, n'en ont pas moins, par le fait de leur isolement, des caractères très spéciaux". Ils sont remarquablement simples, ne sont pas continuellement modifiés et arrêtés par d'autres faits qui se confondraient avec eux; ils obéissent aux trois lois fondamentales des phénomènes psychologiques isolés : \° Ils sont toujours accompagnés
1^ L. Dumont, Thgorie scientifique de la sensibilité 1877, 102. 2. Autom. psych., 66. '
par un mouvement extérieur; 2° ils durent et persistent tant qu'ils n'ont pas été effacés par un autre pliénomène; 3° ils tendent à se développer et à se compléter. Ces trois lois rendent compte, je crois, des caractères qui ont été reconnus dans la catalepsie partielle, des attitudes, de la continuation du mouvement, des adaptations aux circonstances extérieures. Un seul point pourrait nous embarrasser, c'est la prolongation assez longue de semblables phénomènes et l'absence du sentiment de fatigue. Si je ne puis expliquer entièrement ce détail, au moins puis-je le faire rentrer dans un problème plus général : la disparition de la douleur dans les anesthésies. En général, il n'y a pas de douleur subconsciente, probablement parce que ces phénomènes subconscients sont trop simples, trop isolés pour donner naissance à cet état émotionnel complexe de tout l'individu, qui est une douleur ou un sentiment de fatigue.
Ce trouble du mouvement, comme les précédents, se rattache donc à la théorie générale des stigmates, il manifeste, non pas leur côté négatif, la perte, pour la conscience personnelle, d'une sensation, mais leur côté positif, la permanence dans l'esprit de toutes les sensations et de toutes les images sous la forme de phénomènes isolés et subconscients.