D'après Gilles de la Touhette, op. cit
LES TROUBLES DU MOUVEMENT
plète. Chez Marie, par exemple, cette disposition à la contracture existe nettement du côté gauche anesthesique et non du côté droit sensible. Witm, que Ion peut considérer comme un type de cette diathese, est anesthésique totale. Elle peut, comme je l'ai déjà dit, entrer dans un état particulier qui mérite le nom de somnambulisme complet et dans lequel elle récupère toutes les sensibilités. A ce moment, les catalepsies partielles disparaissent, mais, en même temps, on ne retrouve plus aucune trace de la diathèse de contracture. On peut, dans cet état, lui lever le bras en l'air sans qu'il y reste un instant, on peut aussi lui toucher -la peau légèrement ou fortement, lui presser les muscles, aucune contracture ne se produit, et cela contraste étonnamment avec son état d'anesthésie pendant lequel la moindre excitation amène une contracture. Bien mieux, cette malade a souvent des contractures pendant la veille, provoquées soit artificiellement, soit naturellement par une attaque ou par un choc. Il n'est pas nécessaire de se donner beaucoup de peine pour les défaire, il suffît d'endormir le sujet, de le faire passer dans cet état de sensibilité complète. Aussitôt il remue ses membres lui-même et défait ses contractures spontanément, sans que l'on ait besoin d'y toucher. Il en est ainsi de Marie, de Lucie et de bien d'autres : la diathèse de contracture, comme la catalepsie partielle, accompagne l'anesthésie et disparaît avec elle.
Je sais bien qu'il y a quelques exceptions et que des contractures peuvent être provoquées même sur le côté sensible. Ce fait est rare, il ne se présente que chez des sujets qui, soit par leurs accidents antérieurs, soit par suite d'expériences, sont habitués à la contracture et il se rattache alors à une autre catégorie de phénomènes, les contractures produites par idée, par suggestion. La diathèse de suggestibilité n'est pas toujours identique à la diathèse de contracture.
Lorsque l'anesthésie existe, les circonstances qui pro-
voquent les contractures semblent fort différentes les unes des autres : le massage profond, le choc des tendons, le tiraillement des membres, leur flexion brusque, le froissement des nerfs, l'application d'un diapason vibrant, la faradisation, l'application d'un aimant, le souffle sur la peau, la bande d'Esmarch, etc. , provoquent également ce phénomène ^ Nous ne parlons pas de la suggestion, qui nous paraît un fait un peu différent. Toutes les autres provocations de la contracture ne sont diverses qu'en apparence; ce sont des excitations cutanées ou musculaires qui provoquent des sensations. Certains auteurs sont arrêtés dans cette étude par cette remarque que la sensation n'est pas perçue par le sujet -. Gela ne nous embarrasse plus et nous savons que de telles sensations existent parfaitement, quoique le sujet lui-même ne puisse en rendre compte. C'est exactement le même phénomène que l'on observe dans les catalepsies partielles. Les attitudes du bras sont ainsi provoquées, d'une façon indiscutable, par certaines sensations tactiles et musculaires que le sujet ne semble pas percevoir davantage.
La contracture est maintenant développée; il faut alors remarquer un détail sur lequel j'ai déjà eu l'occasion d'insister souvent^; les contractures peuvent être systématiques et donner exactement au membre l'attitude d'un membre catalepsie. Au cours d'une expérience sur les actes inconscients, j'avais suggéré à Léonie de prendre, à son réveil, une fleur dans un bouquet : elle le fît inconsciemment, mais au bout d'un instant elle jette les yeux sur ses mains et pousse un cri. La main gauche (la main anesthésique) était toute contracturée dans une position élégante, mais gênante, le pouce et l'index rapprochés et serrant une rose, les autres doigts légèrement courbés, mais également