Jules Janet. Op
2. L. Laurent. De l'état mental des hystériques d'après les théories psychologiques actuelles. Archives cliniques de Bordeaux^ septembre
5. L. Laurext. Des états seconds j variations pathologiques du champ de la conscience^ 1802.
4. JosEP Dreuer et Sigm. FREto in Wien. Ueber den psychîschen niechanismus hysterischer Phoenomaiie. {Neurologisches Centralblatty 1893, n» 1 et 2.)
peut être plus ou moins direct, mais il existe toujours. Il faut cependant constater que, souvent le malade, dans son état normal, ignore cette idée provocatrice qui ne se retrouve nettement que pendant les périodes d'état second naturelles ou provoquées, et c'est précisément à leur isolement que ces idées doivent leur pouvoir. Le malade est guéri, disent ces auteurs, quand il parvient à retrouver la conscience claire de son idée fixe. « Cette division de la conscience, que l'on a constatée avec netteté dans quelques cas célèbres de double existence, existe d'une façon rudimentaire chez toute hystéinque ; la disposition à cette dissociation et en même temps à la formation d'états de conscience anormaux que nous proposons de réunir sous le nom d' états hypndidesy constitue le phénomène fondamental de cette névrose^, » Cette définition vient confirmer celles que nous avons déjà données, et qui cherchent à grouper tous les symptômes de la maladie autour d'un phénomène principal, le dédoublement de la personnalité.
g 3. — LE RÉTRÉCISSEMENT DU CHAMP DE LA CONSCIENCE,
Les définitions précédentes ont certainement une grande généralité, elles s'appliquent à la grande majorité des accidents hystériques; mais il est évident d'autre part qu'elles laissent à peu près complètement de côté d'autres caractères également nombreux et très importants, je veux dire les stigmates.
Certains auteurs ont essayé d'appliquer aux stigmates la môme explication qu'aux accidents et de les rattacher également à des idées fixes. Cette explication serait simple, conforme aux principes que nous avons adoptés, mais on a vu que nous ne pouvions constater dans les anesthésieâ^ ni l'évolution, ni les caractères des idées fixes. On peut les considérer comme la preuve d'un amoindrissement des
1. Ibid. 7. Les auteurs ajoutent p. 4, sans préciser, que ces idées se rapprochent aussi de ceUes de Denedikt. Nous remettons de ne pas con^ nailre ce travail.
yflYSTERIE AU POINT DE VUE PSYCHOLOGIQUE. 271
fondions nerveuses, d'un épuisement des organes. Ce n'est pas là une théorie, c'est l'expression aussi juste que banale du fait lui-même; reste à interpréter la nature de cet épuisement.
Nous ne pouvons guère discuter ici de théorie précise, car la plupart des auteurs qui parlent de cet épuisement se sont exprimés de la manière la plus, vague et la plus confuse. Pour nous, la question se pose de la manière suivante : cet épuisement, qui est incontestable et dont nous n'avons pas à rechercher ici les causes primitives, hérédité, dégénérescence, intoxication ou lésions accidentelles, est-il localisé à tel ou tel organe sensoriel, ou porte-t-il d'une manière générale sur les parties supérieures du cerveau ? Peut-on dire que l'anesthésie tactile, le rétrécissement du champ visuel se rattachent précisément à un arrêt du fonctionnement des centres nerveux qui servent à cette sensation tactile ou visuelle, ou bien ces anesthésies ne sont-elles qu'une manifestation particulière d'un affaiblissement portant sur toutes les fonctions de l'écorce cérébrale, et se rattachent-elles par conséquent à un trouble général des fonctions psychologiques ?
Nous ne pensons pas que les stigmates soient* dus à des lésions locales des appareils sensoriels, des muscles, des nerfs, ni des centres : 1° Les stigmates sont trop mobiles, ils disparaissent trop facilement dès que l'on modifie un peu la pensée du sujet; la suggestion, l'association des idées, l'attention surtout suppriment comme par enchantement ces insensibilités et ces impotences musculaires; 2® les stigmates sont contradictoires, c'est-à-dire que le fonctionnement des organes est réel et persiste au moment même où il semble être supprimé. Nous avons montré dans de nombreuses études que la sensation tactile, la sensation visuelle même à la périphérie du champ visuel continuaient à s'exercer, en dépit de l'anesthésie, que les souvenirs étaient reproduits malgré l'amnésie apparente, que les mouvements étaient possibles et qu'ils avaient même conservé leur force malgré la faiblesse, l'amyosthé-
nie indiquée par le dynamortièlre *. Ces faits peuvent être démontrés par un grand nombre d'expériences précises, mais ils peuvent être constatés par Tobservation clinique la plus simple. Les hystériques marchent, courent sans tomber, sans se heiii*ter aux obstacles comme devraient faire de vrais anesthésiques, des malades ayant véritablement le champ visuel réduit à un point. On les voit travailler, soulever des fardeaux, faire des exercices prolongés si elles ne se sentent pas observées, tandis qu'elles présentent une faiblesse musculaire étonnante, une fatigue extrêmement rapide dès qu'on les soumet à un examen. Nous avons été très heureux de voir M. Jolly faire indépendamment les mêmes remarques : il parle d'enfants ayant une amaurose hystérique complète et il ajoute : « ces enfants qui paraissent ne percevoir aucune lumière évitent les obstacles placés inopinément devant eux, et cependant ils ne se conduisent pas par le tact..., ils ne ressemblent pas à de vrais aveugles... il doit y avoir ici quelque espèce de perception, » et plus loin : a J'ai beaucoup de raisons pour croire que cette surdité ne doit pas être réelle..., il n'est pas douteux pour moi que l'enfant ait entendu les conversations* ». M. Oppenheim dit aussi : « L'hystérique a perdu la volonté de mettre en mouvement des groupes de muscles déterminés..., c'est tout autre chose de mettre ces muscles çn mouvement par un effort de volonté ou par l'intermédiaire d'un état affectif* ». Cette réapparition rapide et cette conservation des phénomènes nous empêchent de croire à un épuisement localisé.
L'épuisement général des fonctions cérébrales a été signalé par beaucoup d'auteurs ; « les hystériques, disait M. Féré, sont dans un état permanent de fatigue psychique qui se traduit par un affaiblissement de la sensibilité, du mouvement, de la volonté* » . « Le fait fondamental de l'hys-