Oppenheim. Op. ciLy 4. — Strumpell. Op. cit., T
émotif, la sécheresse de la bouche dans la peur, le vomissement du dégoût, rictère émotionnel, etc.? Nos connaissances sur la psychologie de Témotion sont insuffisantes pour expliquer le détail des faits, mais nous en soupçonnons assez pour croire que cette étude expliquera plus tard bien des modifications, en apparence uniquement corporelles, et cette catégorie de phénomènes se rattacherait encore à notre conception générale de Thystérie.
S'il reste des phénomènes inexpliqués, et nous croyons qu*il en reste, il faut, pour les comprendre, se souvenir de certaines remarques générales qui ont été faites sur toutes les maladies mentales. Ces maladies dépendent d'altérations inconnues du cerveau et il n'est pas vraisemblable que ces altérations, quelle que soit leur cause inconnue, soient absolument isolées dans un organisme tout à fait sain. Les actions et les réactions des diverses parties du système nerveux et même de tous les organes, les uns sur les autres, , sont trop nombreuses pour qu'une insuffisance du fonctionnement cérébral ne s'accompagne pas de beaucoup d'autres troubles. On les constate dans les mélancolies et les manies, qui sont cependant considérées comme des maladies mentales, pourquoi ne les verrait-on pas dans l'hystérie? Le défaut de nutrition, la diminution des matières excrémentitielles, l'anémie, la prédisposition même aux maladies infectieuses, qui sont dans certains cas évidents, ne nous étonnent nullement dans celte maladie. Dans certains cas, on pourra constater des intoxications bien nettes, alcoolisme ou saturnisme, des infections comme la syphilis,, la grippe, la fièvre typhoïde surtout, des phénomènes d'autointoxication, des diathèses même comme l'arthritisme qui précéderont, accompagneront et même provoqueront les phénomènes hystériques. Peut-être, un jour, ces modifications physiologiques, qui accompagnent les insuffisances cérébrales, seront-elles déterminées d'une manière assez précise pour que l'on puisse montrer un phénomène physiologique fondamental, auquel on rattachera tous les détails du délire de persécution, et un autre par lequel on expli-
quera avec précision tous les phénomènes de Thyslérie. Il y aura alors une définition physiologique de l'hystérie. Mais nous pensons qu'aujourd'hui une semblable définition serait extrêmement vague et ne contiendrait pas nettement les phénomènes caractéristiques de la maladie. Peut-on se contenter, par exemple, de répéter sans cesse le même mot (( auto-intoxication » pour expliquer des contractures, des paralysies, des attaques, des délires ? On sait qu'une même intoxication peut donner naissance à des maladies cérébrales très différentes les unes des autres et il sera toujours nécessaire de décrire cliniquement leurs caractères. Si l'on admet, une fois pour toutes, qu'une maladie mentale est une maladie cérébrale et qu'elle s'accompagne toujours d'un cortège de phénomènes physiologiques, on comprendra qu'une définition psychologique est encore aujourd'hui la meilleure formule capable de résumer, simplement au point de vue clinique, la grande majorité des symptômes hystériques.
Considérons maintenant le problème d'un autre côté : cette conception de l'hystérie qui est assez générale pour embrasser la plupart des symptômes connus n'est-elle pas maintenant trop large, ne fait-elle pas rentrer sous le titre d'hystérie une quantité d'accidents qui appartiennent à d'autres maladies? Il est incontestable, M. Mœbius le remarquait déjà fort justement*, que, depuis quelques années, le domaine de Thystérie s'est considérablement agrandi. Ce terme ne s'appliquait d'abord qu'à des femmes présentant des douleurs, des symptômes relatifs aux organes génitaux et des attaques particulières, c'est-à-dire en réalité à un petit nombre de malades; puis il a été appliqué à des enfants, à des hommes, à des malades sans troubles génitaux et sans attaques, en un mot à un bien plus grand nombre de personnes. Nous constatons ce mouvement d'extension et nous croyons qu'il continuera encore et que nombre de tics, de douleurs, d'idées fixes seront bientôt
1 Mœdius. Op» cii.i 5.
rattachés très légitimement à l'hystérie. C'est là un fait curieux de l'histoire de la médecine, il a une signification importante et montre la part de plus en plus grande attribuée dans la pathologie aux phénomènes de l'esprit, l'importance que prend la psychiatrie. Sans doute il arrivera un moment où l'hystérie sera démembrée et il n'est pas impossible de prévoir dès maintenant certaines subdivisions qui s'établiront plus tard. 11 en a été ainsi pour toutes les grandes classifications médicales, pour les néphrites et les atrophies comme pour les maladies mentales. M. Paul Richer a émis récemment une hypothèse très intéressante ; à côté des troubles moteurs d'origine psychique, il admet des variétés de paralysies et de contractures échappant à cette influence de l'idée et dont la lésion dynamique doit être cherchée dans les parties inférieuses de l'axe cérébrospinal*. Si cette supposition se vérifiait, il y aurait lieu de séparer de l'hystérie vulgaire une maladie bien distincte. Nous ne pouvons aujourd'hui entrer dans ces distinctions, il nous suffit de chercher à comprendre d'abord les caractères communs des grands groupes. Nous désirons donc seulement préciser comment et jusqu'où nous sommes disposés à élargir le champ de l'hystérie.
L'une de ces discussions sur les limites de l'hystérie a été provoquée par l'étude du somnambulisme. Depuis que Ton s'est intéressé à ce phénomène, on a reconnu que l'on pouvait le constater et le provoquer sur un grand nombre de personnes, on s'est demandé si ces personnes étaient des malades et quelle était leur maladie. Pour étudier cette question, il faut faire d'abord une distinction aujourd'hui plus nécessaire que jamais : nous parlons du somnambulisme et non pas de l'hypnotisme. Ce dernier terme a perdu tout sens précis, il s'applique à l'enfant qui dort, au malade qui boit sa potion, aussi bien qu'au sujet ébloui par une fixation continue et à l'hystérique en attaque extatique. Nous ne nions aucunement que l'observation de tous ces faits très réels ne puisse fournir des détails intéressants
1. Paul Richer. Paralysies et contractures hystàHques, iS^^yi,
pour l'étude du sommeil, de la foi, du vertige, des fatigues de TattentioD, etc. Mais nous n'étudions pas ici toutes ces questions, nous parlons d'un fait particulier et beaucoup plus précis, du somnambulisme proprement dit. Le somnambulisme est pour nous une seconde existence psychologique nettement distincte de la première et alternant avec elle, un état dans lequel les phénomènes intellectuels sont assez développés pour que le sujet perçoive les sensations, comprenne même les. signes et le langage, mais qui est cependant suivi d'une amnésie complète quand le sujet revient à l'état normal et dont les souvenirs ne se retrouvent que dans un autre état analogue.
Nous avons vu que le somnambulisme ainsi entendu se présente chez des hystériques et qu'il est environné de symptômes et d'accidents nettement hystériques; mais nous avons pu soutenir d'une manière vraisemblable une opinion plus générale et plus nette.
Le somnambulisme n'est pas seulement hystérique parce qu'il coïncide avec des symptômes hystériques; en lui-même, il présente de la. façon la plus parfaite le caractère essentiel de tous les phénomènes de cette. maladie, et ce seul symptôme résume à notre avis tous les autres.
Nous n'aurions quelque hésitation qu'en, songeant à un accident encore incomplètement analysé, l'automatisme ambulatoire ou les. fugues des épileptiques. La description de ce phénomène, que. nous n'avons pas observé nousmême, ressemble singulièrement à celledu somnambulisme hystérique, et le diagnostic psychologique nous semble bien difficile. Aussi avons-nous lu avec curiosité une thèse de M. Saint-Aubin qui semblait se proposer la discussion dé ce diagnostic*; malheureusement l'auteur ne décrit que des hystériques et n'aborde guère le problème difficile. Nous sommes obligé de nous en tenir aux signes un peu
1. Louis Saint-Aubin. Des fugues inconscientes hystériques et diagnostic différentiel avec l'automatisme de l'épilepsie, 1890.
vagues indiqués déjà par M. Jules Voisin*, d'après les cammémoratifs, la nature des accidents qui précèdent ou qui terminent Tétat second. Nous insistons. surtout avec cet auteur sur le caractère incoordonné, déraisonnable des actes impulsifs chez les épileptiques. Un automatisme vraiment épileptique doit être, à notre avis, très court, sans raisonnement, sans combinaison intelligente des actes, en rapport avec les circonstances et, pour avouer toute notre pensée, une fugue complète durant des journées entières, dans laquelle le sujet parle et agit en apparence comme une personne normale, nous paraît appartenir bien plus â l'hystérie qu*à Tépilepsie. Tout en tenant compte de cette difficulté qu'il était juste de signaler, nous pouvons conclure sur le premier point et dire que le somnambulisme rentre tout entier dans lé domaine de rhystérie.
On pourrait répéter la môme discussion à propos de récriture automatique des médiums et à propos des hallucinations développées par lé « crystal gazing » ; ces phénomènes se présentent le plus souvent chez des sujets qui présentent d'autres symptômes hystériques', et, déplus, ces phénomènes présentent en eux-mêmes ce qu'il y a d'essentiel dans l'hystérie, des ainesthésies, des amnésies, des idées subconseientes, etc. Nous acceptons donc sur ce point l'élargissement du concept de l'hystérie et nous y faisons rentrer les somnambuiismes, les écritures automatiques, certaines hallucinations et en général toutes ces mani* festations ^n rapport avec des phénomènes psychologiques subconscients:
Si nous continuons ces études de diagnostic, nous rencontrons d'autres ^tats mentaux qu'il faut comparer avec celui de Thystériquei Dans certaines intoxications, celle du hachisch, celle (fe l'alcool principalement, se produisent des ivresses, des déhres qui sont très souvent semblables à des états hystériques. Nous avions insisté autrefois sur la
• 1. Jules Voisin. Distinction de l'automatisme hystérique et de l'automatisme épileptique. Congrès de médecine mentale, 1889. 2. CnxRCOt* Op, cit., ll\t 228. — Automatisme psych.^ AOA.
suggestibilité et le dédoublement très net de la personnalité que l'on peut constater pendant le délire alcoolique*; depuis, M. H. Colin et M. L. Laurent* ont publié des observations très précises des mêmes faits. Nous pensons que, dans certains cas, la désagrégation de l'esprit causée par l'alcoolisme ou une autre intoxication peut être très durable et prendre tout à fait la forme hystérique ; dans ce cas, quel que soit l'agent provocateur, il est nécessaire de reconnaître que Ton a affaire à l'hystérie'. Mais, le plus souvent, la distinction peut être faite soit par la nature du déliré, soit mieux encore par le caractère passager transitoire de la désagrégation mentale. Ce diagnostic de l'hystérie et des délires toxiques nous apprend donc qu'il faut dans la définition de l'hystérie ajouter un élément de plus, la durée, la permanence pendant un temps assez long (Ju dédoublement de la conscience*
L'étude d'une autre catégorie de malades soulève un problème bien plus intéressant et beaucoup plus difficile à résoudre, ce sont ces malades fort nombreux sur les frontières de la folie, qui présentent des symptômes en apparence très variés, mais ayant entre eux d'incontestables rapports, le délire du doute, la folie dite consciente ou raisonnante, les obsessions, les impulsions, les phobies, etc. Ces sujets «quoique très divers opt été presque toujours réunis par les auteurs modernes en un seul groupe, mais ce groupe a reçu des noms différents suivant les théories des auteurs. En France, on désigne presque toujours ces affections sous le nom de délire des dégénérés; en Allemagne, on appelle ces malades des neurasthéniques délirants. Pour ne point prendre parti, sans une discussion suffisante, dans les querelles que soulèvent justement ces appellations, nous désignerons dune manière vague toutes ces personnes