‹ Etat mental des hystériques: les stigmates mentauxChapitre 129 sur 133 · Actes inconscients. Revue philosophique · texte numérisé non relu

Actes inconscients. Revue philosophique

2. H. Colin. État mental des hystériques^ 1890, 39, 41. — L. LArREiiT. États seconds, 1892, 35, 41 .

3. Georges Guinon. Les agents provocateurs ^e V hystérie, 1889, 163.

par un nom qui a déjà été souvent employé et qui leur convient bien, nous les appellerons simplement des psychasthéniques. Autrefois ces psychàsthéniques, que l'on n'hésitait pas à rapprocher des aliénés, étaient nettement séparés des hystériques, simples névropathes, mais aujourd'hui que l'hystérie elle-même est considérée comme une maladie mentale, cette séparation est-elle restée aussi nette, ces deux catégories de malades doivent-elles rester dans les classifications complètement indépendantes l'une de l'autre? Évidemment non. Il y a, à notre avis, entre les deux groupes, les rapports les plus étroits, et c'est pour les avoir méconnus que Ton s*est engagé soqvent dans des discussions interminables. D'abord il est impossible de nier qu'un très grand nombre de malades appartiennent simultanément aux deux classes : beaucoup d'hystériques, comme H. Tabaraud* et M. Colin* l'ont montré par d'excellentes observations, ont des obsessions, des impulsions, des phobies de tDutes espèces. J'irai même un peu plus loin que ces auteurs »m disant que ces symptômes signalés par eux chez quelques hystériques existent en réalité plus ou moins dissimulés chez presque tous. Ce sont môme ces idées fixes, comme M. Charcot l'a établi autrefois, qui rendent compte des accidents de l'hystérie. Inversement, il est très difficile de rencontrer un psychasthénique qui soit, si l'on peut ainsi dire, un type pur de cette affection et qui ne présente pas des anesthésies plus ou moins nettes, des amnésies au moins transitoires, des actes subconscients, en un mot, des symptômes d'hystérie. 11 existe même certains symptômes qui sont toujours communs aux deux catégories de malades, ce sont les phénomènes qui dépendent de l'aboulie. Plusieurs personnes se sont étonnées que, dans notre travail sur les stigmates mentaux de l'hystérie, nous ayons décrit les troubles de la volonté et de l'attention, les hésitations des mouvements volontaires, l'impuissance de

i . Tabarado. Les rapports de la dégénérescence mentale et de t hystérie, 1888.

Tattention pour comprendre et retenir les idées comme des stigmates de l'hystérie. Ce sont, disent-elles, des symptômes appartenant aux aliénés, qui caractérisent certains mélancoliques et surtout les douteurs et les obsédés. Peut-être, car nous n'hésitons pas à reconnaître la justesse d une critique, n'avons-nous pas dit assez nettement que ce symptôme n'était pas toujours caractéristique de l'hystérie, qu'il devait àe présenter d'une manière particulière pour servir au diagnostic de l'hystérie et qu'en im mot c'était un symptôme banal appartenant à beaucoup de maladies mentales*. Mais, quoi qu'il en soit, nous ne croyons pas que 4'on puisse retirer ce caractère de la description des hystériques; il se retrouve chez ces malades au suprême degré, il joue dans tous les accidents un rôle capital; c'est ici comme toujours l'aboulie, c'est-à-dire la diminution de la synthèse actuelle des phénomènes psychologiques, qui permet le développement de l'automatisme, c'est-à-dire la reproduction des phénomènes anciens sous la forme des idées fixes et du délire. L'aboulie est un caractère conunun aux hystériques et aux psychasthéniques.

Si l'on compare des phénomènes qui, chez .ces deux malades, sont incontestablement différents, on remarquera qu'il y a cependant une analogie essentielle. 11 ne serait pas impossible de ranger les symptômes de ces malades deux par deux en montrant qu'à chaque symptôme hystérique correspond un symptôme psychasthénique, non pas identique, mais très analogue dans son mécanisme psychologique. Aux anesthésies correspondraient des distractions et des erreurs de sensations, aux amnésies des. doutes, aux paralysies des hésitations du mouvement volontaire qui ont été quelquefois confondues avec des délires du contact, aux contractures des idées fixes, aux attaques convulsives certaines attaques d'idées précédées d'une angoisse comme d'une aura, aux somnambulismes mêmes des périodes

1. Nous avons cependant insisté sur ce point à plusieurs reprises- Stigmates mentaux de V hystérie, p. 122, 251.

bizarres OÙ le malade ne se reconnaît plus lui-même, trouve isapei^sonnalité changée, etc.,' etc. Si nous étudions le mécanisme de tous ces phënomèùes, nous trouvons d*un côté comme de Fautré la diminution de la synthèse et Témancipation des phénomènes automatiques. Il noiis paraît donc impossible de séparer complètement deui maladies aussi voisines; nous pensons qu'elles font partie toutes deux d'une vaste classe de maladies mentales très voisines les unes des autres et que nous avons proposé d'appeler les maladies de désagrégation mentale. « Nous sommes disposés à croire, .disions-nous autrefois, que l«s phénomènes d'automatisme et de désagrégation dépendent d'un état qui est maladif, mais qui n'est pas uniquemeiit hystérique. Cet état serait au contraire plus large de beaucoup que l'hystérie ; il comprendrait les symptômes hystériques parmi les manifestations, mais il se révélerait aussi par les idées fixes, les impulsions, les anesthésies dues à la distraction, l'écriture automatique et enfm le somnambulisme lui-même*. » Nous sommes heureux dé nous trouver d'accord sur ce point avec plusieurs autres auteurs qui ont aussi affirmé cette relation des deux maladies. <( La majeure partie des hystériques, pour ne pas dire toutes, écrivait M. Legrain, sont des héréditaires dégénérés », et M. Tabaraud ajoutait : « De la à dire que V hystérie fait en quelque sorte partie de la dégénérescence, qu'elle doit en être considérée pour ainsi dire comme un des syndromes, il n'y a qu'un pas^ ». « La dégénérescence et l'hystérie, disait aussi M. Roubinovitch, dans un travail présenté à la Société médico-psychologique, paraissent avoir une affinité mutuelle... ; l'hystérie paraît être ainsi le résultat d'une évoluliott logique de la dégénérescence'. » L'assimilation de l'hystérie et de la psychasthénie a frappé tous ceux qui ont étudié la nature de ces deux maladies mentales. Rapprocher et classer, ce n'est pas confondre, bien au

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