Biset. Revue philosophique, 1889, I
rattachée à celles-ci, elle a été décrite par les auteurs anglais qui l'ont surtout étudiée sous le nom de « cristal vision* ». Si le sujet regarde attentivement pendant quelque temps une surface modérément luisante, il voit apparaître sur celle surface des images, des fantômes ; en un mot, il éprouve à un degré faible des hallucinations visuelles. Ces rêves ainsi provoqués sont en rapport étroit, ainsi que je Tai souvent constaté, avec les pensées subconscientes du sujet ; c'est encore une pensée profondément enfouie qui émergé pour un moment à la lumière de la conscience.
Ces expériences minutieuses ne sont pas inutiles, elles serviront à expliquer bien des phénomènes naturels. Bien souvent, les malades se plaignent d*une idée, d'une image, qui envahit tout d'un coup leur esprit sans qu'elles sachent pourquoi. « L'étendue du raisonnement conscient, disait très bien M. Laurent dans une thèse à la fois médicale et psychologique, sera très peu considérable chez l'hystérique ; l'inconscient agira beaucoup plus que chez l'homme normal, et les idées, fruit de son raisonnement, émergeront en plus grande quantité au niveau de la conscience. Tous les auteurs ont remarqué chez les hystériques des alternatives de tristesse et de gaieté, venant en apparence sans raison et ne s'expliquant même pas par une impression actuelle et fugace. Cela vient de ce que, chez elles, le raisonnement, l'association des idées, la mémoire inconsciente travaillent sans cesse sur des excitations perçues consciemment ou non, mais sorties de la mémoire consciente.... Chez l'hystérique, comme nous le disait le docteur Brémaud, il est très difficile de reconstituer la suite d'un raisonnement, celui-ci s'étant fait en grande partie en dehors de la conscience *. »
On voit par ces résumés rapides quel rôle important
1. X. Récent expérimenta in crystal vision. Proceedings of the society for psychical research. 1889, 508.
2.'L. Laurent. Det états seconds ^ variations pathologiques du champ de la conscienccy 1892, 155.
peuvent jouer dans Tesprit ces phénomènes subconscients ; ils ne se bornent pas à enlever une partie des forces du sujet, à produire des anesthésies et des amnésies considérables ; ils viennent à chaque instant se mêler aux phénomènes restés conscients. « Il semble, comme disait M. Myers à propos de certains phénomènes d'écriture automatique» qu'il y ait sans cesse des messages d'une couche de la conscience à l'autre*. » Ces messages peuvent être quelquefois utiles, et celte collaboration continuelle du conscient et du subconscient permet à l'hystérique de vivre et d'agir sans trop souffrir de ses anesthésies, de ses amnésies, de toutes les lacunes de sa pensée. Mais, souvent aussi, ces phénomènes inconnus qui envahissent la conscience peuvent y porter le trouble et produire les obsessions les plus graves.
Tous les phénomènes si nombreux que nous avons passés en revue dans ce chapitre s'expliquent par une notion fondamentale : le développement de certains phénomènes psychologiques en dehors de la perception personnelle, en dehors de la personnalité. C'était précisément à cette même notion que nous avait conduit l'étude des suggestions directes analysées dans le paragraphe précédent. Soit qu'elle interrompe le cours de la conscience, soit qu'elle se développe à côté et en dehors de la conscience personnelle, la suggestion a toujours le même caractère.
Un mot peut donc résumer ces deux études : la suggestion est toujours une idée isolée de la grande masse des autres pensées, elle a un développement indépendant. « L'idée ou le groupe d'idées suggérées, disait très bien M. Charcot, se trouvent dans leur isolement à l'abri du contrôle de cette • grande collection d'idées personnelles, depuis longtemps accumulées et organisées, qui constituent la conscience proprement dite, le moi *. » « Chez certains sujets, il est possible de faire naître par voie de suggestion, d'intimation, un groupe cohérent d'idées asso-
i- Mters. Proceed. S. P. /?., 1889,524.