CHAPITRE PREMIER
Si on examine la conduite et la pensée de certains malades et en particulier des hystériques, on remarque bien vite que chez eux certaines idées ne se comportent pas comme les autres. Tandis que les pensées ordinaires, les sensations provoquées par la vue des objets, les pensées éveillées continuellement par les conversations restent modérées, simples, en équilibre avec tous les autres phénomènes psychologiques, une pensée particulière prend tout à coup une importance démesurée, disproportionnée par rapport aux autres et joue dans la vie du sujet un rôle considérable. Ce fait a été bien souvent remarqué et signalé par tous les observateurs. Ils se sont attachés à décrire et à démontrer cette influence de certaines idées qu'ils ont désignée, suivant les époques, par diflerents noms : tantôt ils parlaient simplement d'une action du moral sur le physique, de l'esprit sur le corps, tantôt ils décrivaient la puissance de Vimagination, aujourd'hui ils emploient le mot plus à la mode de suggestion empruntée la langue des magnétiseurs. La con naissance de ces suggestions provoquées artiQciellement nous paraît l'introduction nécessaire à l'étude des idées fixes développées nalurellement. Nous chercherons surtout à distinguer les suggestions de tout ce qui a été souvent confondu avec elles et nous essayerons de reconnaître les conditions dans lesquelles ces phénomènes se produisent.