Paul Ricueb. Hystéro-épilepsie
i58 ACCIDENTS MENTAUX DES HYSTÉRIQUES
les enfants, les décrit à plusieurs reprises : « cet enfant de li ans montre une telle adresse dans les culbutes et dans les grimpades qu'il aurait parfaitement pu se montrer au cirque* ».
Nous ne pouvons insister longuement sur des descriptions de ce genre ; quelques exemples suffisent. Nous prendrons les cas les moins communs, c'est-à-dire les tics de ce genre chez des adultes. L. pleure et gémit parce qu'elle vient de perdre son mari, cela est bien naturel. Mais comme elle est hystérique, elle ne gémit pas de la façon ordinaire. Elle gémit par attaques; de temps en temps, plusieurs fois dans la journée, elle songe à son malheur et pousse un petit gémissement. Ce début suffît ; elle ne peut plus s'arrêter et la voici poussant pendant deux heures des hurlements aigus et monotones, qui font fuir les voisins. Puis elle s'arrête et va se promener comme si de rien n'était, quitte à recommencer dans quelques heures. L'observation de Renée résume toutes les autres. Elle se sent mal à l'aise, étouffe, puis, pour le plus léger prétexte, un bruit, un attouchement surtout, elle pousse un cri aigu et la représentation commence; elle danse et tord son ventre à la façon des bayadères, puis elle se roule par terre, exécute des mouvements de bassin bien caractéristiques, elle saute debout sur ses pieds, lève le bras droit en l'air et appuie la tête contre lui en gardant une posture fixe, ou se met à genoux comme pour prier. Au milieu de ces actes, elle entremêle des cris, un cri rauque, aigu que nous avons comparé faute de mieux au cri du chameau, puis le miaou des chats, l'aboiement du chien ou bien elle répète des mots à la façon de petits enfants : « zozo, ma nounou, patapan, tatata, petite femme, etc. », enfin elle n'oublie pas les gros mots et les injures, dont elle possède à ce moment un très riche répertoire. Tout cela dure à peu près une heure, puis elle se calme et change entièrement de ton et de langage.
i. JoLLY. Ueber Hyslerie bci Kindern. Sonderabdrûck ans der Berliner klin, Wochenschrift, iS92, n"» 34, extrait p. 7,
Les auteurs qui ont décrit ce genre d attaques ont presque toujours fait la même remarque générale, c'est' que les malades, quoique dans un état intellectuel très particulier, ne perdent pas entièrement conscience; a les enfants, dit M. Jolly, se meuvent conune dans un rêve, comme s ils jouaient un rôle.,.. Mais ils ont conservé une certaine perception de la réalité, et ils savent reconnaître et repousser les personnes qui s'approchent* ». Nous avons remarqué aussi que ces malades conservaient, non seulement la conscience, mais même le souvenir assez exact de leur attaque. Uenée en particulier était bien curieuse sur ce point; au moment le plus violent de Tattaque, elle pouvait interrompre ses comédies et ses injures et me dire sur le ton le plus convenable : « Je vous en prie, restez, cela va finir bientôt »; immédiatement, changeant de ton, elle recommençait à m'injurier. On comprend que cette remarque ait donné lieu fréquemment à Taccusation de simulation. Les malades elles-mêmes s*y trompent, et Renée disait en pleurant : « Ce qui me rend le plus malheureuse, c'est que je crois le faire exprès, et pourtant j'ai horreur de tout cela. Où est la vérité? » Cette demi-conscience est due, sans doute, à ce que les phénomènes automatiques sont très simples, quelques mouvements toujours les mêmes, quelques cris, et non ces émotions complexes, ces grands rêves qui envahissent l'esprit tout entier. Le malade assiste à ses gesticulations comme le médium regarde sa main qui écrit involontairement.
Il s'agit ici encore, en effet, d'idées fixes se développant en dehors de la volonté des malades. Tous ces tics ont une origine et i-eproduisent un incident de la vie passée, henée miaule comme un petit chat qui est venu un jour bien innocemment lui lécher le bout des doigts; elle aboie comme le chien de son père, « un gros vilain chien que tout le monde caressait à la maison et qui l'horripilait )) ; elle copie la voix d'un petit pâtissier idiot qu'elle voyait
1 JOLLT. Op. cit., ^.
IdO ACCIDENTS. MENTAUX DES UYSTÉUIOUES.
dans les rues; quand elle dresse son bras droit en l'air, c'esl qu'elle prend la posture du tableau de Jules Lefèvre, « la Vérité », qu'elle a regardé dans sa chambre. J'ai dit autrefois* que j'avais cherché, sans pouvoir en trouver, des exemples d'hystériques imitant des tableaux dans leur crise. J'ai été heureux de recueillir cette observation dans le service de M. Charcot. Cette attitude curieuse se produisait déjà dans les crises de Renée bien longtemps avant que la malade ne vînt à l'hôpital. On peut facilement trouver une origine de ce genre à tous ses mouvements bizarres.
Le caractère subconscient est aussi assez évident, les malades constatent leurs mouvements et ne peuvent ni les arrêter, ni les modifier, ni même les prévoir. J'avais remarqué que Renée prenait à chaque instant des tics nouveaux et répétait dans ses attaques, soit une expression, soit un geste d'une des malades de la salle; j'ai essayé moi-même de Iqi suggérer des gestes, des tics pour remplacer et modifler les anciens. Il m'a d'abord été impossible d'y parvenir en m*adressant directement à elle; au contraire j'ai fort bien réussi en usant d'un procédé que j'ai déjà souvent décrit, la suggestion par distraction. 11 fallait la suggestionner à son insu pendant qu'elle parlait à d'autres personnes ; je lui ai ainsi glissé dans l'oreille le mot « bébé » , qu'elle ne disait jamais et qu'elle a depuis répété dans ses attaques, je lui ai fait modifier ses divers mouvements, etc. Le caractère de telles suggestions, qui ont été étudiées expérimentalement, nous permet de comprendre la nature des attaques qui leur ressemblent.
Il est inutile d'insister davantage sur ces crises de tics, après avoir déjà étudié les tics d'une manière générale dans le chapitre précédent. Ils ont ici la même nature, mais ils sont accumulés dans un court moment, et diminuent davantage la conscience des malades.