Automatisme psychologique y
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Les délires hystériques de ce genre peuvent se compliquer encore ; les malades au milieu d'hallucinations de toute espèce, surtout d'hallucinations visuelles, brillantes, mobiles, analogues à celles des alcooliques, continueront un grand rêve compliqué qu'elles expriment par des attitudes, des paroles, des actes de toute espèce. On peut considérer à ce point de vue l'attaque de Justine comme parfaite, elle nous montre « le développement complet de toutes les images qui peuvent entrer dans une idée. »
Justine est obsédée par l'idée fixe du choléra; comment cette idée se présente-t-elle à son esprit pendant l'attaque? La malade voit devant elle, d'abord d'une manière vague, puis très nettement deux cadavres d'un bleu verdâlre, elle sent une odeur de putréfaction, elle entend des gémissements et des cris, elle sent au dedans d'elle-même, dans l'estomac, une voix qui lui dit : a Le choléra, tu l'as, tu vas mourir du choléra I » Celte voix s'extériorise bientôt et la malade crie : « Choléra, choléra, » elle sent le froid qui l'envahit, elle raidit ses jambes en contracture, vomit ses aliments et même à certains moments ne peut retenir ses selles. Le tableau n'est-il pas complet? n'est-ce pas une idée dont tous les éléments se sont développés, ainsi qu'on l'a vu, dans les suggestions les plus parfaites?
Depuis le premier degré de la rêverie jusqu'aux plus grands délires, les attaques ont présenté le même caractère; ce sont toujours des idées qui ont envahi l'esprit du sujet, jusqu'à supprimer toute autre pensée et toute autre perception.
§ 4. — Attaque complète. Attaque de Charcot.
Les attaques que nous venons de décrire ont été choisies parmi beaucoup d'observations à cause de leur simplicité relative : chacune d'elles était constituée à peu près exclusivement, au point de vue psychologique, soit par des phénomènes émotionnels, soit par des images de mouvement.
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soit par des rêves. Il est rare qu'il en soit ainsi, et le plus souvent les différents genres d'attaques et les divers phénomènes psychologiques se combinent les uns avec les autres.
La combinaison la plus simple se rencontre lorsque deux attaques de nature différente, causées Tune et l'autre par des phénomènes psychologiques différents et indépendants, se juxtaposent, se succèdent et semblent constituer une même crise. Is.... a eu, il y a quelques années, une triste aventure, elle a été violée et a accouché clandestinement. Depuis, comme on le devine, tout son équilibre mental a été bouleversé par ce souvenir. Elle a eu des rêves nocturnes et môme diurnes dans lesquels elle voit l'enfer, entend sa mère lui faire des reproches du haut du ciel, prend la résolution de mourir, etc. : c'est l'attaque d'extase. Mais dernièrement elle a été épouvantée en voyant tomber un épileptique et la terreur a provoqué chez elle des suffocations, des tremblements, des spasmes convulsifs : c'est la crise émotionnelle. Ces deux crises se sont soudées l'une à l'autre. Aujourd'hui Is.... se sent terrifiée et tremble en pensant, malgré elle, au spectacle qu'elle a vu, puis elle tombe en convulsions. Après quelques minutes elle reste immobile, les yeux clos et paraît dormir; en l'examinant bien on voit quelques larmes qui coulent sur ses joues, on constate que ses lèvres remuent et on entend quelques mots, comme « maman, maman... » ; c'est le rêve de remords, comme on peut le constater en endormant la malade, ou simplement en étudiant les idées fixes subconscientes qui persistent après cette attaque. Voilà donc dans ce cas deux attaques indépendantes, l'une émotionnelle, l'autre extatique, qui se juxtaposent.
Autre exemple : Du m. a été effrayée un soir en voyant un homme couché dans un fossé se dresser brusquement devant elle. Attaque de terreur très simple qui se répète réguHèrement ; plus tard elle est frappée en voyant une malade atteinte de chorée bizarre et se met à l'imiter. Son attaque maintenant est double : 1° période émotionnelle ;
LES ATTAQUES. Mo
2<» période de chorée rythmée dans laquelle elle se redresse, frappe régulièrement le sol du pied droit en donnant des coups de poing en avant.
On comprend que ces combinaisons puissent s'effectuer de bien des manières, une même idée fixe peut, par son développement, engendrer des attaques de différentes formes, suivant les phénomènes psychologiques qu'elle suscite.
Pa. est une jeune fille qui rêve à un garçon boucher nommé Alexandre, rien de plus naturel. Mais comme elle n'a ^as une grande puissance d'attention, ni un champ dé conscience assez large, elle ne peut rêver à Alexandre sans rester les yeux mi-clos dans un état d'immobilité et d'insensibilité absolue : c'est l'attaque d'extase qui se prolonge pendant une demi-heure. La fin du rêve est mauvaise, Alexandre a jeté son amoureuse à la porte et ce souvenir cruel revient à l'esprit de l'extatique qui gémit, se lamente et termine son rêve par quelques convulsions. Gib., dont l'histoire très intéressante sera étudiée plus cx)mplètement à propos du somnambulisme, est devenue malade en apprenant la mort de sa nièce qui s'est jetée par la fenêtre dans un accès de délire ; elle a d'abord eu des extases en rêvant à Pauline, puis des rêves plus agités, accompagnés de mouvements, dans lesquels elle cherche ù se jeter elle-même par la fenêtre, des somnambulismes, enfin des attaques de convulsions provoquées certainement par l'émotion de ce pénible souvenir dans un esprit de plus en plus faible. Enfin ces différentes formes d'attaques se sont combinées de manière à former la crise actuelle. En un mot, plusieurs idées fixes ou une seule, par son développement, peuvent donner lieu à des attaques beaucoup plus complexes que celles qui ont été étudiées précédemment.
S'il en est ainsi, il peut se faire que chez des hystériques très malades, ayant subi toutes sortes d'émotions, toutes les formes de l'attaque se réunissent en une seule. Cette crise méritera le nom d'attaque complète, parce qu'elle renfermera à peu près tout ce qu'il est possible d'observer
pendant une attaque d*hystérie. Ce sont, si je ne me trompe, des cas de ce genre que M. Charcot et M. Paul Richer ont décrits sous le nom de grande attaque d'hystérie*. Ces descriptions remarquables, faites autrefois sans aucune préoccupation psychologique, sont extrêmement importantes, même à ce nouveau point de vue. La première phase de la grande attaque, la période épileptoîde nous paraît correspondre, au moins en partie, à l'attaque émotionnelle. L'immixtion de phénomènes d'apparence épileptique dans la manifestation des émotions violentes ne doit pas sur- ])rendre. Des phénomènes de ce genre ont été souvent signalés; ils appartiennent à cette vaste catégorie de troubles organiques qui accompagnent l'émotion et qui sont loin d'être encore nettement étudiés. La seconde phase, la période de clownisme, avec ses grands mouvements, régulièrement rythmés, rappelle les tics, les contorsions étranges, si fréquentes chez les hystériques qui répètent indéfiniment un mouvement absurde dès qu'elles l'ont commencé. La 3' et la 4* phases, les périodes des attitudes passionnelles et du délire ne sont, comme M. Paul Hicher le remarque souvent, que des variétés de l'exlase, des rêves joués ou parlés. Nous ne reproduisons pas ici les exemples décrits par M. Paul Richer, car ils sont connus de tous ; il suffit de les rappeler pour montrer qu'il s'agit d'un mélange, d'une juxtaposition des phénomènes que nous avons étudiés à l'état d'isolement.
Cette description de la grande attaque d'hystérie a été l'objet de beaucoup de controverses : on a fait remarquer, ce qui est parfaitement exact, que les attaques d'hystérie se modifient par imitation ou par dressage, et on a prétendu que de pareilles attaques ne se développaient pas naturellement, mais étaient dues à une construction artificielle. Il est incontestable, à notre avis, que dans beaucoup d'hôpitaux et même à la Salpêtrière, certaines attaques ont été modifiées par imitation d'après ce modèle. Mais existe-
1. Charcot. Mal. du syst. nerû,, I, 367 et appendice par M. Paul IlicuEB, I, 455.
t-il des attaques survenues naturellement qui correspondent à cette description? Beaucoup d'auteurs ont déjà décrit des cas absolument semblables ^ Nous demandons la permission de rappeler à ce propos deux de nos observations anciennes; elles n'ont quelque intérêt qu'en raison des circonstances dans lesquelles elles ont été prises. Il s'agit de deux malades, habitant une ville de province, le Havre, dont Tune au moins n'a jamais été à Paris et n a jamais mis les pieds dans un hôpital quelconque. Leurs attaques se sont développées chez elles, dans leur domicile, sans qu'il y ait eu aucun exemple devaut leurs yeux. J'ai recueilli les observations à une époque où je n'avais pas encore l'honneur d'être élève de la Salpêtrière et où certainement je n'avais pas la notion exacte des discussions relatives aux attaques d'hystérie.
« La grande crise nerveuse de Rose se développe de cette manière. Après un malaise initial plus ou moins long, elle tombe brusquement évanouie. Les muscles sont flasques, la figure est pâle, aucun geste, ni aucun mouvement ne manifeste la conscience. Très souvent, cette syncope initiale qui se prolonge assez longtemps chez elle, amène des troubles respiratoires profonds et dangereux : la respiration tantôt est rapide et haletante, tantôt s'arrête pendant une minute entière. Ce sont d'abord de petites trémulations dans chaque muscle, sans mouvement d'ensemble, puis des mouvements des membres, mais complètement incoordonnés.... Il me semble que les mouvements, d'abord tout à fait isolés et incohérents, deviennent de plus en plus généraux et systématiques. Par exemple, au débuts les muscles des bras se contractent au hasard, l'un s'opposant à l'autre, ce qui produit simplement une trémulation du bras et des flexions variées des doigts. Maintenant les muscles s'accordent assez bien pour que les deux bras fassent de grands mouvements et viennent donner des coups de poing sur le même point de la poitrine. Or je sais qu'elle a à ce point, sous le sein gauche, une douleur continue, produite, je crois, par une