AutomalUme psychologique
délire somnambulique fort curieux, pendant lequel ello avait la singulière habitude de descendre à la cuisirie et do se faire un dîner sommaire qu'elle mangeait de bon appétit, tandis qu'elle refusait de manger pendant la veille*. Ces deux observations ressemblent singulièrement à celles qui ont élé décrites par M. Charcotet par M. Paul Richer; dans la première, la période épileptoïde est plus nette, dans la seconde, la phase des attitudes passionnelles est extrêmement caractéristique. Mais les deux attaques n'en sont pas moins conformes à la description classique. Pour notre part, en tenant compte des conditions dans lesquelles ces deux observations ont été recueillies, nous sommes disposé à croire que ce genre d'attaques complètes se développe quelquefois d'une façon tout à fait naturelle.
Nous ajouterons seulement que ce phénomène est assez rare; sur un assez grand nombre de malades que nous avons étudiées nous-même pour la première fois, nous ne trouvons que ces deux exemples qui soient entièrement conformes à la description connue. Des hystéries peuvent être extrêmement graves sans que ces crises s'y rencontrent; nous ne croyons pas que l'on puisse mesurer la gravité d'un état hystérique d'après la présence ou l'absence de ce symptôme particulier.
Cette attaque, malgré sa rareté, est très importante. D'abord elle représente, au point de vue de l'enseignement, un type, un schéma vraiment admirable. Une seule attaque montre tout ce que les hystériques sont capables de faire, et les autres^ crises peuvent être présentées comme des fragments détachés de celte attaque. La description de l'attaque complète par M. Charcot a permis de mettre de l'ordre dans l'exposé si difficile des diverses attaques d'hystérie. Cette attaque est encore intéressante à un autre point de vue : l'ordre des phénomènes qui se succèdent est assez régulier chez les malades de ce genre et ne semble pas être arbitraire. Chez la plupart, les phénomènes de délire et surtout
I. Automatisme psyck., 50. L'anestliésie hystérique. Archives de neurologie^ 1892, I, 533.
les phénomènes du somnambulisme ne se développent qu*à la fm de Tattaque, les convulsions épileptoïdes, quand elles se présentent, sont bien plus fréquentes au commencement. Or ces deux manifestations correspondent à deux états psychologiques bien difîéreuts. Au début de Tattaque de Rose, quand elle tombe évanouie, pâle, et que ses membres ne présentent que des trémulations vagues sans mouvements d'ensemble, nous ne pouvons constater ni provoquer aucun phénomène psychologique bien net. Les suggestions ne sont pas exécutées; les impressions périphériques, si elles sont senties, ne sont aucunement comprises et nous ne pouvons même parvenir à provoquer cet état de catalepsie élémentaire dans lequel les membres gardent les positions où on les place. Un peu plus tard, dans la période des mouvements convulsifs, les mouvements sont associés, coordonnés par une sensation douloureuse ; on peut d'ailleurs facilement provoquer les postures cataleptiques et même des mouvements simples en rapport avec des sensations déterminées. Enfin, dans les phases suivantes, il y a évidemment des rêves déjà compliqués; on peut entrer en relation avec le sujet, provoquer de l'écholalie, donner des suggestions qui seront exécutées, diriger le cours des rêves, etc. Très facilement on transforme l'attaque à ce moment en un somnambuHsme complet, c'est-à-dire en une véritable existence psychologique. N'y a-t-il pas ici un développement évident des phénomènes psychologiques? Le sujet ne semble-t-il pas avoir passé d'un état où la conscience est sinon nulle, au moins disséminée et rudimen taire à un état où la conscience est bien plus développée et présente de nouveau une certaine unité? Sans reprendre ici ces considérations que nous avons développées autrefois*, nous pensons encore que ce genre d'attaques nous fait assister à la formation d'une seconde existence psychologique. L'étude de l'attaque complète de M. Charcot nous amène, comme une introduction nécessdre, à l'étude du somnambulisme.