‹ Etat mental des hystériques: les stigmates mentauxChapitre 81 sur 133 · Autom. psych. f · texte numérisé non relu

Autom. psych. f

g 5. — L'automatisme dans l attaque

Les attaques hystériques, quand on les considère par leur côté psychologique, semblent dépendre de certaines émotions, images ou idées qui se reproduisent dans l'esprit des malades; elles semblent donc différer peu des autres accidents hystériques et se rattacher, comme la plupart d'entre eux, à des idées fixes plus ou moins complexes. 11 est donc possible de résumer simultanément l'étude de ces divers accidents en examinant les caractères généraux que prennent les idées fixes dans l'hystérie. Cette étude d'ailleurs pourra être ici considérablement abrégée, si l'on veut bien se souvenir des caractères et des conditions étudiés précédemment à propos de la suggeslion. Il n'est pas difficile, en effet, de constater l'analogie très grande qui existe entre les suggestions et les idées fixes.

Il n'est pas nécessaire d'insister sur la durée de pareilles idées fixes, ce caractère était manifeste dans toutes les observations : les hyperesthésies, les paralysies, les contractures d'origine psychique peuvent durer des années. C'est à l'âge de treize ans que Marie a arrêté ses règles par un bain froid et à dix-neuf ans elle a encore une grande attaque à propos de cet incident; c'est à l'âge de neuf ans que Lucie a vu ces hommes cachés dans les rideaux qui l'ont effrayée et à vingt et un ans elle a encore tous les jours une attaque de terreur pendant laquelle elle reste une heure en contemplation devant ses rideaux, La fréquence des répétitions est aussi évidente : des tics, des spasmes, des attaques répètent tous les jours ou même plusieurs fois par jour le même incident. Nous n'étudierons pas non plus en détail la facilité avec laquelle ces idées fixes se développent; quand elles sont une fois bien organisées dans l'esprit : il suffit de la moindre chose, du signe le plus insignifiant pour déclencher le ressort et provoquer

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l'apparition d'une longue suite d'images. Ces images sont si précises et si complètes qu'elles se transforment sans cesse en hallucinations et en mouvements. Ce sont là des caractères qui ont déjà été décrits à propos des suggestions et qui se i*e présentent ici sans modification.

Nous croyons plus important d'insister sur un caractère essentiel de ces idées fixes, c'est leur régularité. Quelques malades, les plus simples, n'ont qu'une seule idée ^xe toujours la même et elle se reproduit toujours semblable à elle-même dans toutes les circonstances. M... a eu des contractures des muscles masticateurs, des spasmes de l'œsophage, des contractures du diaphragme, des muscles abdominaux, des sphincters de l'anus et de l'urèthre. C'est là son symptôme hystérique et c'est le seul qu'elle reproduise continuellement. A propos d'un reproche, d'un chagrin, d'une frayeur, etc., elle contracture tous les muscles qui ont rapport au système digestif et elle n'a jamais d'autre accident. Justine aura son idée fixe du choléra et l'attaque qui la manifeste à propos de n'importe quel événement. Vel. a eu pendant huit ans son tic du nez, déterminé, comme on l'a vu, par le souvenir subconscient d'une croûte dans le nez; il a été guéri très vite et il nous a quitté. Sept mois après, il nous écrit qu'à la suite de malheurs de famille et de pertes d'argent dans son commerce, il est de nouveau malade. Quel accident peut bien présenter cet homme hystérique, prédisposé aux idées fixes, à la suite de pertes d'argent? De la tristesse, des idées de remords, de ruine..., etc.? Non, il revient avec son tic du nez et avec son idée subconsciente de la croule dans le nez. Il est encore guéri; quelques mois plus tard, il est atteint de diarrhée, de cholérine légère et voici encore le tic du nez qui réapparaît. Médicalement, c'est l'homme à la croûte dans le nez, il est indispensable de le savoir pour traiter en lui n'importe quel accident. On pourrait, en voyant des cas de ce genre, nier le rapport que nous avons établi entre l'accident hystérique et la cause provocatrice, mais il faut constater que dans ces cas

l'accident hystérique n'est pas primitil, il n'est que la répétition d'un accident ancien qui avait autrefois sa raison d'être et qui se reproduit toutes les fois que lo résistance morale de l'individu est diminuée.

Quand on considère le développement môme de cette idée fixe, on constate la même régularité. Les chorées, les contractures, comme les attaques, restent chez le même malade toujours les mômes ; les procédés qui ont une fois réussi pour provoquer ou arrêter un accident réussissent toujours. La sensation que déterminent ces procédés est associée avec tel ou tel élément de l'idée ùxe et les amène régulièrement à sa suite. 11 suffit d'élever en l'air les bras de Lucie dans la position de la terreur, il suffit de bâiller devant Ro... pour provoquer leur attaque, et la succession des faits sera toujours parfaitement régulière ^ N'est-il pas curieux, quand on entre à la Salpêtrière, de trouver d'anciennes malades, Wittm., IJab., Clcs., exactement telles qu'elles ont été décrites il y a quinze ans? Si l'on veut agir sur leurs symptômes, arrêter une attaque, provoquer ou enlever une contracture, il faut connaître avec précision les anciennes études faites autrefois sur elles. Celui qui ne les connaît pas, n'aura aucune action sur ce$ malades; il ne faut pas dire qu'il ne connaît pas l'hystérie, mais seulement qu'il ne connaît pas ces hystériques-là.

Cette régularité a donné naissance à bien des théories singulières et même à des erreurs graves. L'attouchement de tel point du corps donne naissance à des spasmes, à des idées erotiques, etc., donc il est spasmogène, érotogène, on le cherchera et, ce qui est pis, on finira par le faire naître chez d'autres malades. Tel individu ne peut accomplir un acte que pendant le jour, donc le jour a une influence dynamogénique et tout s'explique par le nombre des vibrations lumineuses. On transforme ainsi en lois de la maladie en général et môme en lois physiologiques de

1. M. Paul RicHEn. Op. cit., 728 ; M. Pitres. Op. cit., I, 217, signalent des faits nombreux du même genre.

l'organisme des associations d'idées du sujet*. Certes, les auteurs comme Noizet, Liebault, Bernheim ont rendu un grand service en montrant Tinfluence énorme de la suggestion dans ces prétendues lois physiologiques. A mon avis, ce n'est pas uniquement la suggestion qui intervient, mais aussi les idées fixes naturelles, les habitudes, les associations d'idées. L'expérimentateur est d'autant plus disposé à se tromper en constatant cette régularité qu'il est convaincu, et à juste titre, de ne pas l'avoir suggérée. Elle n'en est pas moins due à un phénomène psychologique dont il faut démêler la nature dans chaque cas particulier. Quand plusieiTrs idées fixes, comme cela arrive très souvent, se sont développées dans l'esprit du malade, la régularité des phénomènes psychologiques sera évidemment plus difficile à percevoir, mais elle n'en existe pas moins. On peut constater, nous n'osons pas dire des lois, des idées fixes, mais un certain ordre dans lequel les phénomènes se présentent le plus souvent. 11 est rare que plusieurs idées fixes coexistent dans l'esprit d'un même malade sans s'influencer réciproquement. Ce n'est que par exception que certaines hystériques ont deux ou plusieurs idées fixes indépendantes qui se développent chacune de son côté comme si elle était seule : X... a une crise composée de convulsions et de cris de douleur quand elle pense à son mari et une attaque extatique pleine de rêves délicieux quand elle pense à son amant. Le plus souvent, il n'en est pas ainsi et les idées fixes ne sont multiples qu'en apparence : elles dépendent les unes des autres. Is.... à la suite d'un viol et d'un accouchement clandestin, présente d'abord une anorexie (idée fixe de suicide subconsciente), puis des colères et des violences (idée subconsciente d'homicide pour se venger) ; enfin elle paraît rétablie mais présente une bizarrerie mentale : elle ne peut tolérer la vue des petits enfants, elle a envie de les battre; elle résiste, mais m elle reste trop longtemps en leur présence, elle a une attaque (rêve subconscient de son

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