‹ Etat mental des hystériques: les stigmates mentauxChapitre 84 sur 133 · Charcot, 0/>.cir.,UL · texte numérisé non relu

Charcot, 0/>.cir.,UL

être bien connue par le sujet, elle dépend le plus souvent d'un rêve plus compliqué qu'il ignore.

Tant que les préoccupations, les obsessions restent entièrement conscientes, elles n'ont pas encore constitué un accident hystérique proprement dit. Un jeune homme de i5 ans, Girb, voit un individu en proie à une crise nerveuse, et il s'empresse pour le secourir, mais le malade dans ses contorsions s'accroche à lui et lui mord la jambe. Girb, très ému, s'éloigne du convulsionnaire et renonce à le soigner. Voici ce jeune homme qui reste préoccupé, et les jours suivants, au lieu d'aller à son travail, il se met à la recherche de ce malade « afin de savoir, dit-il, pourquoi il m'a mordu, s'il l'a fait exprès, pourquoi il m'a rendu le mal pour le bien » . 11 ne retrouve pas son convulsionnaire et s'acharne à sa recherche, il ne mange plus et ne dort plus, toujours obsédé d'une manière assez consciente par cette idée de morsure. Trois mois après, à la suite d'une querelle, il tombe en convulsions et alors, pendant une attaque, saute de tous côtés et cherche à mordre les assistants. Au réveil il ne se souvient pas des extravagances qu'il a commises, ni des soins qu'il a reçus. A parlir de ce moment, il a des attaques semblables tous les deux jours, mais il n'est plus aucunement obsédé par la pensée de l'homme qui mordait, il n'y pense plus jamais. L'idée fixe d'abord consciente a formé une attaque hystérique et reste maintenant au-dessous du seuil de la conscience. 11 est vrai que dans certains cas, assez rares, l'idée fixe restée pendant quelque temps subconsciente peut envahir de nouveau la conscience, elle donne naissance h des délires qui seront étudiés plus tard. Mais ce sont là des accidents rares qui sortent presque des limites de l'hystérie.

Enfin ce caraclère subconscient des idées fixes chez les hystériques joue un grand rôle dans la thérapeutique de ces affections. J'ai bien souvent montré autrefois qu'il fallait aller pour ainsi dire h la recherche de ces phénomènes subconscients pour les attaquer et qu'on ne pouvait pas

traiter Taccident hystérique avant d'avoir atteint ces couches profondes de la pensée dans lesquelles se dissimulait ridée fixe. Je suis heureux de voir aujourd'hui MM. Breuer et Freud exprimer la même idée. « Il faut, disent-ils, rendre conscient cet événement provocateur, l'amener à la pleine lumière, les accidents disparaissent quand le sujet se rendra compte de ces idées fixes*. » Je ne crois pas que la guérison soit aussi facile et qu'il suffise de faire exprimer l'idée fixe pour l'enlever, le traitement est malheureusement bien plus délicat, mais en tout cas, il est certain que cette découverte des phénomènes subconscients est une opération pi'éliminaire et indispensable.

En un mot, les idées fixes des hystériques présentent an plus haut degré les caractères de l'automatisme psychologique, la régularité, la répétition du passé et la subconscience. Ce sont les mêmes caractères qui avaient déjà été constatés dans les suggestions : les idées fixes sont des phénomènes du même genre qui se développent de la même manière chez ces esprits dont la synthèse est affaiblie. Les unes et les autres indiquent une division des phénomènes de conscience qui va se manifester complètement dans les somnambulismes.

Page 1