Despine (d'Aix). Op. cit
LES SOMNAMBULISMES. ' 211
état cataleptique. Réveillée, la malade ne vomit rien de ce qu'elle avait mangé en somnambulisme, mais retomba immédiatement dans l'état où elle était précédemment sans pouvoir rien absorber; en outre, elle était de nouveau ânesthésique et présentait l'oubli le plus complet de tout ce qui venait de se passer pendant le somnambulisme. Il fut donc bientôt nécessaire de la rendormir pour la faire manger, puis delà réveiller de nouveau. Malgré tous les efforts, malj?ré toutes les suggestions, il fut impossible d'obtenir Talimentation et la miction pendant la veille; la malade semblait entièrement guérie pendant le somnambulisme et retombait dans un état lamentable aussitôt après le réveil. On en vint peu à peu et tout naturellement à la laisser plus longtemps dans son état somnambulique, quelques heures, puis une journée, puis plusieurs jours avant de la réveiller. Elle se réveillait toujours avec l'oubK complet de la période somnambulique, avec son anesthésie et ses vomissements. ^
La mère de cette jeune fille, la voyant un jour dans cette période de somnambulisme où elle paraissait si bien portante, la trouva. suffisamment guérie et la fit sortir de Thôpital. Toutalla bien pendant quelques semaines, mais quand arrivèrent les époques menstruelles, il se passa un fait inattendu : M... se réveilla complètement et spontanément. La voici de nouveau malade, mais en outre elle a oublié tout le mois qui vient de s'écouler, ne comprend rien, s'effraye et semble en délire. Que pouvait-on faire de mieux, si ce n'est la remettre en somnambulisme, ce qui fit disparaître immédiatement tous les accidents? Depuis il a fallu rendormir M... tous les mois. M. Jules Janet l'a fait régulièrement pendant quelque temps, je me suis occupé moi-même de cette malade depuis trois ans; en réalité, voici cinq ans que cette jeune fille est maintenue dans un état que l'on peut appeler un somnambulisme. C'est dans cet état qu'elle s'est fait une carrière et qu'elle a passé des examens assez difficiles. Ses juges ne se doutaient pas qu'ils examinaient une somnambule. Ce mot est-il encore
juste quand on parle d'un cas semblable? Il le devient de moins en moins. En effet, ce mot désigne un état distinct de la veille et opposé à la veille. Or, ici Tétat primitif ou état dit de veille n'existe plus guère, il se reproduit rarement et incomplètement d*une manière spontanée, la malade devient insensible, vomit un peu, et oublie une partie des souvenirs précédents; il est facile de la remettre dans un état plus complet. L'état de veille ne se reproduit plus complètement que si on le provoque volontairement en réveillant le sujet. M., est alors très malade et absolument incapable de se conduire, car elle a oublié les cinq années qui viennent de s'écouler. Nous l'avons laissée deux jours dans cet état pour constater si cet oubli était bien réel. Les maladresses de la malade avec des étrangers, maladresses qui compromettraient la situation qu'elle a acquise non sans peine, empêchent de continuer et de répéter cette expérience. Le somnambulisme provoqué est devenu chez cettg^alade une seconde existence plus complète que la première et s'est entièrement substitué à elle.
Des faits de ce -genre se sont produits très souvent d'une façon naturelle ; l'histoire de Félida, celles de Mary Reynolds, de Hab. sont bien connues. La plupart de ces observations ont été réunies dans la thèse récente de M. Laurent*. Nous remarquerons seulement que chez la plupart de ces malades, il y a un état complet pendant lequel les anesthésies disparaissent et la mémoire s'étend sur toute la vie ; dans cet état également les malades sont plus joyeuses, plus énergiques*. D'ordinaire c'est cet état plus complet que Ton considère comme le somnambulisme, tandis que l'état le plus incomplet est appelé l'état premierou état de veille. D'ordinaire aussi c'est l'état second ou somiiambulique qui linit par envahir toute la vie. Félida et Mary Reynolds devenues âgées restent uniquement dans cet état second. Enfin chez beaucoup de malades, il se fait un mélange, une confusion des deux états: « chez Félida les tares hystériques