AzAM. Op. cit. y iO
2. Les phases iiilermédiaires de l'hypnotisme. Revue scientifique^ 1886. 1, 577.
"m ACCIDENTS MENTAUX DES HYSTERIQUES.
dépendent d'un rélrécissemenl permanent dU champ de la conscience et d'un affaiblissement de la synthèse psychol(^ique*.Ce qu'il faut étudier ici, c est la localisation particulière de cette amnésie : pourquoi le sujet oublie-t-il régulièrement certaines périodes de sa vie, tandis qu'il peut conserver assez bien le souvenir des autres? Nous croyons encore, ainsi que nous l'avons longuement soutenu autrefois, que l'on peut faire à cette question une réponse générale. Le somnambulisme est oublié parce qu'il est composé de phénomènes psychologiques rattachés par association, réunis autour de certaines sensations, de certaines idées même que le sujet ne sait plus percevoir.
Cette explication nous semble claire si l'on considère certains états comme les somnambulismes complets ; elle reste encore vraisemblable pour les autres somnambulismes. Considérons un sujet comme Lucie ou Wittm. en somnambulisme complet; ce sont alors des personnes absolument normales qui ne présentent plus aucune tare hystérique. Elles ont une sensibilité tactile, musculaire et visuelle absolument complète, elles marchent et écrivent sans regarder ni leurs pieds ni leurs mains, elles ne sont aucunement modifiées par l'occlusion des yeux. N'est-il pas naturel de supposer que ces images tactiles, musculaires, ces mouvements exécutés au moyen de ces images jouent un rôle dans leur pensée, se rattachent par syntliése aux idées qu'elles entendent exprimer actuellement, s'associent avec tous les événements qui se produisent? Voyons maintenant ces mêmes sujets quand ils sont sortis de leur somnambulisme. Au bout d'un temps plus ou moins long, une demi-heure chez Lucie, plusieurs heures chez Wittm., ces malades se plaignent de malaise, de fatigue; si on les laisse sans intervenir, on voit leur sensibilité diminuer peu ù peu, puis tous les stigmates hystériques se reconstituer. Les voici anesthésiques totales, incapables d'effectuer la perception personnelle des sensations tactiles ou musculaires. Ce trouble porte aussi sur les images, puisque les
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voici incapables de remuer leurs membres sans les regarder et qu'elles présentent tous les troubles du syndrome de Lasègue. Le système de sensations et d'images qui constitue leur personnalité n'est donc plus le môme que tout à l'heure. Est-il étonnant que, prédisposées comme elles le sont. aux amnésies localisées, elles ne puissent retrouver consciemment lès souvenirs du somnambulisme précédent? Ces souvenirs sont surtout formés d'images tactiles et musculaires qu'elles ne savent plus maintenant percevoir et d'idées associées avec ces images. N'est-il pas naturel qu'elles oublient le tout en bloc? L'amnésie dépend ici de l'aneslhésie et de l'état subconscient de certaines sensations et de certaines images.
La même interprétation peut s'appliquer à d'autres somnambulismes moins complets dans lesquels les stigmates ne sont pas supprimés, mais seulement modifiés. A chaque répartition de la sensibilité correspond un état général de conscience, une cœnesthésic à laquelle s'associent tous les souvenirs, et la mémoire de celte période ne peut être retrouvée facilement sans suggestion spéciale et sans effort d'attention que si le sujet se retrouve exactement dans le même état*. Si l'on veut bien observer ce détail avec soin, on constatera, comme je l'ai fait souvent, que, dans tout somnambulisme naturel et incontestable des hystériques, il y a des modifications presque toujours très appréciables dans la répartition des anesthésies, et ces modifications jouent, h notre avis, un rôle considérable dans les amnésies consécutives.
Passons à des somnambulismes encore plus rudimentaires, ces états mono-idéiques dans lesquels le sujet cherche à se luer ou emporte son oreiller sur les toits. Comment peut-on comprendre que le malade au réveil ait tout oublié, même les choses qu'il a semblé percevoir nettement? Quelques expériences peuvent être rapprochées de ces faits. Je suggère à Léonie qu'elle a sur elle une belle robe de velours noir. Cette suggestion ne modifie en rien J'état général, ne change pas la répartition de la sensibilité, elle * 1. Stigmates mentaux des hystériques, 117.
provoque seulement une hallucination et transforme légèlement Tattitude du sujet : Léonie s*est redressée sur son fauteuil, elle a un visage sérieux et un sourire composé, elle m'entend et me répond avec une gravité affectée, en un mot, elle joue la grande dame. Peu à peu l'hallucination s'efface et Léonie reprend son attitude plus simple et sa parole plus familière ; si, à ce moment, je fais allusion à la conversation précédente avec la grande dame, je m'aperçois qu'elle a tout oublié. Si plus tard, plusieurs jours après, je recommence cette hallucination de la robe de velours, Léonie reprend la conversation au point où elle Tavait laissée et retrouve tous les souvenirs. Voici une expérience d'amnésie et de mémoire alternante produite sans somnambulisme proprement dit et que l'on peut reproduire de la même manière soit pendant la veille, soit pendant un somnambulisme. Comment la comprendre? A mon avis, les souvenirs de la conversation sont « cristallisés » autour d'un centre qui est l'hallucination de la robe de velours et la comédie de la grande dame ; le centre enlevé, tout est disparu ; qu'on le rétablisse et tout s'agrège de nouveau. Quand Marguerite est de mauvaise humeur contre moi, elle a des souvenirs qu'elle ne retrouve plus le lendemain quand elle est réconciliée, et qui réapparaîtront à la prochaine colère. Cette disposition existe plus ou moins chez tous les hommes; mais un individu normal peut, par un effort d'attention, sortir du groupe des souvenirs éveillés mécaniquement par la situation où il se trouve, un hystérique ne le peut pas sans aide. Si nous considérons nos somnambules à idée fixe, nous nous souvenons que, chez eux, les idées fixes étaient déjà subconscientes, isolées en dehors de la perception personnelle. Ces idées fixes sont envahissantes, elles deviennent un centre autour duquel se groupent un grand nombre de faits psychologiques étrangers en apparence à cette idée. Rah.., dont nous avons déjà parlé, a un rêve subconscient relatif à une tentative de viol ; elle pousse des cris, saute hors de son lit et se sauve dans le jardin. Ce sont là des actes en rapport avec l'idée fixe et nous coin-
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prenons qu'ils soient oubliés comme elle. Mais, en se sauvant dans le jardin, elle rencontre une brouette, la regarde, se laisse suggestionner par ce spectacle et se met à transporter du sable. Eh bien, ce transport de sable est associé avec ridée fixe du viol. Au réveil, elle ne se souvient pas plus de l'un que de Tautré, et il faut la remettre dans son rêve de viol pour qu'elle retrouve le souvenir de la brouette. Nous avons déjà signalé de ces états envahissants qui cnlôvent au sujet le souvenir des actes précédant le somnambulisme^; nous voyons ici qu'ils enlèvent la mémoirtî des actes qui suivent l'idée ùxe. Le caractère subconscient des idées fixes est ici le point de départ du somnambulisme et de l'amnésie consécutive. Il est facile de comprendre que, dans tous les cas, l'oubli au réveil n'est pas égal ni aussi profond. Celui qui dépend d'une modification grave de la sensibilité est bien plus sérieux que celui qui dépend d'un rêve subconscient, l'attention, les efforts du sujet modifient plus facilement le second que le premier.
Quant àl'hémi-somnambulisme, il n'est également qu'une complication de ces sensations, de ces idées subconscientes dont nous avons si fréquemment constaté l'importance. Ces phénomènes subconscients semblent ne plus rester isolés ; ils se groupent, s'agrègent ensemble, se complètent CD ravissant des phénomènes qui faisaient d'ordinaire partie de la «perception normale, et cet ensemble a l'apparence d'une personnalité plus ou moins complète ; c'est une nouvelle forme d'existence psychologique, non plus alternante avec la première, mais simultanée et qui se développe en môme temps qu'elle.
Ce fait de la combinaison, de l'association de tous ces phénomènes subconscients les uns avec les autres, est très général, c'est lui qui permet aux différents états somnambuliques d'un même sujet de se grouper ensemble, de se compléter mutuellement et de former toute une existence psychologique parallèle à la première. On constate souvent
i. Cf. Pitres. Op. cit.^ Il, 195, et Stigmates mentaux^ 115.
dans les somnambulismes non seulement le souvenir des somnambulismes précédents, mais encore le souvenir des actes subconscients de la veille et même de rhémi-somnarabulisme; réciproquement l'écriture automatique d'un sujet manifeste le souvenir et des autres actes subconscients et des somnambulismes complets*. C'est ce que nous avions essayé de résumer autrefois dans un schéma qui avec peu
'ta
Figum i.
de modifioalîoris s'applique exactement h beaucoup dfe malades (iig. 4),
Les fa ils prijcêdents vont encore se préciser si on les rapproclie des pliénoniéiies observés au début des somnambulismes. Comment les malades entrent-ils dans réiîit somnamlmlique? De deux manières diffcreEitea qui mettent toutes deux en évidence le même fait psychologique.
1" Le somnambulisme débute souvent pendant le sommeil normal, ou pendant un soniineil déterminé par siig-