‹ Etat mental des hystériques: les stigmates mentauxChapitre 96 sur 133 · Àxitomntismc psychohijifjue, 35 i, 340 , 4 1 (). l · texte numérisé non relu

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gestion, pendant le sommeil provoqué par le chloroforme ou par Féther ^ On l'obtient, chez les sujets prédisposés, bien entendu, en fatiguant l'attention par la fixation continue; les hystériques sont, comme oii sait, incapables d'un effort prolongé d'attention, elles s'épuisent vite et deviennent incapables de conserver la perception person* nelle des phénomènes les plus simples. Enfin plusieurs auteurs ont insisté sur un fait des plus instructifs. Nous savons que beaucoup d'hystériques sont troublées quand on leur fait fermer les yeux, leurs mouvements volontaires sont altérés, la station verticale devient impossible, etc. Chez quelques-unes, ce trouble va beaucoup plu^ loin : non seulement les mouvements des membres mais ceux de la face deviennent impossibles, le sujet par exemple ne peut plus tirer la langue (signe de Baillif); en outre, les pensées sont confuses et la parole est embarrassée*. Enfin, chez certaines, l'occlusion des yeux ou des oreilles semble supprimer fous les phénomènes psychologiques. MM. Strumpell, Liégeois, fleyne, Ziemmsen, Raymond', ont rappelé des faits de cegenre. Le phénomène se produit chez quelques malades complètement aneslhésiques quand on leur ferme les seuls sens par lesquels ils étaient encore en communication avec le monde extérieur. A notre avis, l'état qui se produit alors n'est pas un simple sommeil, il peut présenter des phénomènes psychologiques plus ou moins compliqués qui seront oubliés plus tard, c'est un étal somnambulique. Nous voyons que le somnambulisme se développe quand, pour une raison quelconque, la conscience normale, la première synthèse des phénomènes psychologiques est supprimée.

1. Jules Janet. Revue scientifique ^ 1888, I, 620. — Cf. Laurent. État» seconds^ 38.

2. PicK. Ueber die sogenannte « conscience musculaire », Zeitsch. f. Pêych. M. Phyiiol. der Sinnesorgane, 1892, 185.

3. Raymond. De l'anesthésie cutî^née et musculaire généralisée dans ses rapports avec le sommeil provoqué et avec les troubles du mouvement. Revue de médecine, 1891, ZSd, et Bulletin médical , 22 février

220 ACCIDENTS MENTAUX DES HYSTÉUIQUfcS.

Le somnambulisme peut être développé d'une autre manière. Quand on provoque par le procédé de la suggestion, par distraction, des actes subconscients, quand on détermine tout simplement des hallucinations suggérées, le sujet entre en hémi-somnambulisme et peu à peu en somnambulisme complet. On peut aussi faire naître dans Tesprit un des phénomènes qui sont associés avec le groupe des faits qui constituent le somRambuHsme, appeler un malade du nom qu'on lui a donné pendant un somnambulisme précédent, lui montrer un des objets auquel il rêve pendant son somnambulisme, provoquer une sensation qui, comme un signal, un point de repère, éveille les pensées du somnambulisme et plus ou moins rapidement cet état second va se développer et faire disparaître la conscience normale. On voit de même le somnambulisme se développer fréquemment à la suite des rêves, des idées fixes subconscientes ou des attaques. Ces faits montrent donc encore Fexistence de deux séries de phénomènes dans l'esprit dont l'alternance produit le somnambulisme et la veille.

Jusqu'à présent nous n'avons considéré que la forme extérieure du somnambulisme, les lois générales qui règlent les sensations et les souvenirs. Il faut aussi te'nir compte de contenu du somnambulisme, des actes et des paroles du sujet. Ici nous ne croyons pas pouvoir exprimer une règle générale, l'attitude, la conduite des sujets, sont des choses éminemment variables, il faut se garder de prendre une allure propre à un sujet pour une loi générale. Un hypnotiseur n*a-t-il pas déclaré que les sujets mis en somnambulisme le tutoyaient toujours et que le fait de dire « tu » à un hypnotiseur était une marque de la réalité du somnambulisme!

Pour nous convaincre de cette diversité des somnambules nous demandons la permission de rappeler quelques descriptions. Grâce à nos recherches et à l'obligeance de nos amis, nous avons pu voir une collection assez variée de types somnambuliques dont quelques-uns étaient fort curieux. Voici d'abord la somnambulemédecin, Mlle Eugénie,

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que M. Ch. Riehet a eu Tobligeance de nous faire connaître. Nous allons^la campagne dans une petite maison aux environs de Çans, où nous trouvons Mlle Eugénie, une jolie jeune fille dé 22 ans, très occupée aux humbles fonctions du ménage. Elle est partie toute la journée donner des consultations dans un cabinet en renom, assistée d*un docteur qui signe ses ordonnances. Elle vient h peine de rentrer, elle est très fatiguée, mais ne se souvient pas de ce qu'elle a pu faire pendant la journée; elle a complètement perdu la mémoire de tout ce qui s'est passé depuis ce matin, mais cela ne rinquiète guère, car elle est pressée de préparer la soupe pour ses vieux parents. Nous obtenons qu'elle consente à se laisser endormir encore un instant. Aussitôt dans l'état somnambulique, tout se transforme ; la tête redressée, la parole cassante, elle a tout à fait le langage de l'emploi : « Figurez- vous, mon cher monsieur, 31 consultations aujourd'hui.... Et des castrés intéressants.... J'avais bien dit que cette dame était enceinte de deux jumeaux et son docteur ne voulait pas le croire..., tous ces médecins sont des ânes. » Voici maintenant la somnambule des anciens âges qui nous montre le souvenir du vieux magnétisme de Deleuze et de Dupotet. C'est une dame âgée à qui M Gibert a eu l'obligeance de nous présenter ; elle a eu autrefois des accidents hystériques .dans sa jeunesse et a été traitée par le magnétisme. L'hystérie et le somnambulisme ont semblé disparaître pendant longtemps, mais, à l'occasion de la ménopause, quelques accidents nerveux réapparaissent et avec eux la disposition au somnambulisme. Mlle P... nous permet de l'endormir. Quelle gravité et quelle dignité dans son somnambulisme! Elle est immobile, les yeux levés au ciel, elle parle toujours d'elle-même et de nous aussi à la troisième personne, au lieu de dire : « je vous aime bien » Mlle P... dit : « Elle l'aime bien, il a de bons sentiments ». Elle obéit aux suggestions de mouvement, mais non aux suggestions d'hallucinations. « Il est maître de son corps, non de son âniie. » C'est une dignité sacerdotale.

Il ne faut pas oublier le somnambule scientifique : nous avions rencontré dans le service de M. Powilewicz un homme hystérique qui avait traîné dans divers hôpitaux de Paris et qui était venu échouer au Havre. Nous Tavions endormi et nous examinions un peu trop longuement peut-être une contracture qui s'était développée pendant l*état somnambulique. S... parut impatienté et murmura entre ses dents : « Ces élèves de province, ils ne savent même pas qu'on enlève une contracture en frappant les muscles antagonistes.... Monsieur, voulez-vous que je vous donne des leçons sur la paralysie hystérique? — Merci, mon ami. »

Il est bien clair que, dans ces cas et dans bien d'autres, les circonstances enviroîmantes, les paroles des personnes présentes, plus sans doute que les suggestions proprement dites, ont formé peu à peu une véritable éducation du somnambule. La suggestion ne crée pas plus le somnambulisme que l'anesthésie, mais elle peut le transformer et modifier son aspect extérieur. « La préparation morale est tout en pareil cas, disait déjà Briquet : si on les prépare aux convulsions, les somnambules ont des convulsions; si on les prépare aux extases, elles ont des extases et, maintenant qu'il est d'usage de produire le somnambulisme, les magnétisés convenablement disposés n'ont que le somnambulisme*. )) M. Hack Tuke, en 1881 ', expliquait bien des faits de la même manière, la plupart des auteurs modernes ont exprimé la même opinion.

Cette éducation ne fait que développer et modeler un phénomène psychologique qui existait déjà chez les malades. Nous croyons que l'on peut encore, non pas expliquer, mais résumer un grand nombre de faits par cette formule que nous proposions autrefois : a Si on laisse de côté, comme cela est naturel, les somnolences, les sommeils légers, etc., produits par la fatigue ou par l'ennui, dans

i. Briquet. Op. cit., 413.

2. Hack Tdke. Hypnosis rediviyus. The Journal of mental science janvier 1881.

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lesquels on peut rencontrer de la siiggestibilité comme pendant la veille, mais qui n*ont que peu de rapports avec Fétat somnambulique, le somnambulisme est avant tout un état anormal pendant lequel se développe une nouvelle forme d'existence psychologique avec des sensations, des images, des souvenirs qui lui sont propres, capable dans certain cas de persister au second plan après le réveil et de se continuer sous la première existence la plus ordinaire*. » Le dédoublement de la personnalité, si manifeste dans certaines grandes observations de double existence, existe en réalité dans le plus simple des somnambulismes.

g 5. RAPPORTS DO SOMNAMRULISME AVEC LES AUTRES

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