Charcot, Mal.syst. nerv., I
2., Pitres, op. cit., 1, 74. —Gilles de la Todrette, op. cit„ 161.
au niveau de l’éminence thénar. Il s’agissait évidemment d’une section plus ou moins complète du médian et surtout de ses filets superficiels. Mais en prenant l’observation de la malade, on lit une singulière découverte : c’était une hystérique et elle avait sur tout le côté gauche, du haut en has, une anesthésie complète dont elle n’avait pas dit un mot. Le médecin se moqua d’elle et lui dit : « Comment, Mademoiselle, venezvous gémir pour une insensibilité qui occupe une toute petite région de la paume de la main droite, tandis que vous ne vous apercevez même pas que vous ne sentez absolument rien sur tout le côté gauche? » La pauvre fille fut interloquée et très honteuse ; à mon avis elle aurait pu répondre avec plus d’assurance et dire au médecin : « Que voulez-vous? Je constate ce que j’éprouve; mon insensibilité de la paume de la main droite me gêne et mon insensibilité de tout le côté gauche ne m’a jamais gênée. Quant à vous, médecin, expliquez cela comme vous pourrez. »
La même remarque peut se faire, je crois, pour tous les sens, même pour le sens visuel. Il est une maladie bien connue des oculistes, la rétinite pigmentaire, qui consiste en une sclérose de la rétine, progressive et marchant de la périphérie vers le centre. Naturellement une lésion pareille produit un rétrécissement progressif et concentrique du champ visuel. Mais ces malades sont extrêmement malheureux; ils arrivent à peine à se conduire dans la rue et font de pei’pétuels efforts pour remuer dans tous les sens leur œil dont le champ visuel est rétréci. Est-ce que les hystériques'ont des souffrances? Compensent-elles leur rétrécissement par des convulsions du globe oculaire? Au contraire, j’ai vu souvent des jeunes filles ayant aux deux yeux le champ visuel réduit à 5“ c’est-à-dire tout à fait punctiforme, jouer au ballon dans la cour comme des personnes normales. Elles suivent un ballon dans l’air et le rattrappent au vol, tandis qu’un malade atteint de rétinite pigmentaire
a peine à se guider dans la rue avec un rétrécissement de 15».
L’anesthésie hystérique a donc, dans toutes ses formes, des caractères qui lui sont propres. Dans sa répartition systématisée ou localisée, elle dépend -des idées du sujet beaucoup plus que de la construction anatomique des organes. Même lorsqu’elle est générale, elle modifie très peu et le plus souvent aucunement le fonctionnement physiologique des membres. Elle est absolument indifférente au malade qui l’ignore même, avant qu’on ne la lui ait signalée. Déjà maintenant cette insensibilité nous semble bien distincte des anesthésies de cause organique.
§ 2. — LE PROBLÈME DE l’ANESTUÉSIE
Aussitôt que l’anesthésie hystérique fut bien constatée et que son importance fut reconnue, surtout depuis les leçons de M. Charcot, on s’occupa de tous côtés d’analyser ses caractères et de déterminer sa nature. Les observateurs rencontrèrent rapidement de très grandes difflcnltés et s’aperçurent que l’anesthésie hystérique, si nette au premier abord semblait se transformer, et se dérober dès qu’on voulait l’étudier avec précision. Lasègue, qui avait entrevu la nature véritable de ce phénomène, insiste à plusieurs reprises pour montrer combien cette insensibilité est singulière; il veut qu’on la sépare nettement des insensibilités dues à des lésions nerveuses et il va jusqu’à en faire une sorte d’aliénation mentale. « J’inclinerais volontiers à croire, dit-il, que l’hystérique est, sous une autre forme et à un autre degré, dans une condition mentale analogue (à celle du paralytique général) qui explique éplement son indifférence *. » Examinons les faits qui vont nous amener peu à peu à une opinion dn même genre.
1. Lasèoce, Anesthésie'et ataxie hystériques. Archives générales de médecine, 1864. Études médicales, 1884, II, 32.
LES ANESTHÉSIES.
Ordinairement une anesthésie est due à une lésion plus ou moins grave du système nerveux; ü en résulte qu’elle est le plus souvent définitive, ou, en toi^ cas, ne disparaît que très lentement à mesure que s eflectue la réparation des organes. Or il n’en est pas ainsi de l’anesthésie hystérique dont un des premiers caractères est la mobilité. , i
Mobilité des anesthésies. — Certainement quelques malades gardent leurs stigmates toute leur vie ; «Aurel, est encore hémianesthésique à 75 ans ; Ler. a garde une hémianesthésie et un rétrécissement du champ visuel pendant 40 ansC » Nous aurons à tenir compte de ces cas ; mais, le plus souvent et peut-être même chez ces malades, sans qu’on l’ait observé, l’anesthésie se modifie et disparaît tout d’un coup pendant des périoUes plus ou moins longues ^ « Elle varie d’un instant a l’autre, ditM. Féré, sous l’influence de causes tdlement légères qu’elles peuvent passer inaperçues'*. >> Quoique rapides, quelques-uns de ces changements peuvent • cependant être étudiés et on peut noter au moins quelques-unes des circonstances dans lesquelles ils s eltectuent le plus souvent.
1“ Les attaques modifient considérablement la répartition de la sensibilité. Beaucoup d’auteurs ont constaté que les anesthésies augmentent souvent moments qui précèdent l’attaquepar exemple, Marguerite, qui d’ordinaire est hémianesthésique droite, champ visuel à droite 60“, à gauche 30”, devient, pendant les heures qui précèdent l’attaque, anesthésique totale, champ visuel à droite et à gauche 25». Je signale un cas beaucoup plus rare, c’est le phénomène inverse : Célestine, ordinairement anesthésique totale, champ