‹ État mental des hystériques (volume 2)Chapitre 23 sur 102 · Anesthésie et dissociation. Remit · texte numérisé non relu

Anesthésie et dissociation. Remit

2. Binet et Féré, Magnétisme animal, 1887, Ibb. Autom. psych., 434.

mule simple est celle-ci : « Tu lèveras le bras droit quand je pincerai le bras gauche. » La plupart des sujets que j’ai étudiés exécutent très régulièrement une suggestion de ce genre, même quand ils ne peuvent pas voir que Ton touche leur main puche. J’ai dit à Berthe, pendant un état somnambulique, qu’au moment où je toucherai son pouce, elle verra devant elle un papillon, et qu’au moment où je toucherai son petit doigt, elle verra un oiseau bleu. Après le réveil. Tune ou l’autre de ces deux hallucinations se produit régulièrement quand je touche le pouce ou le petit doigt de la main gauche. De la même manière, je dis à Isabelle qui est aveugle de Tœil gauche : « Quand je te montrerai une couleur bleue tu entendras sonner des cloches. » Fermons-lui bien Tœil et montrons à son œil gauche aveugle des laines de couleur. Aux premières laines elle ne dit rien, sinon qu’elle est dans l’obscurité complète, si une laine bleue passe devant Tœil, elle s’écrie : « Ah! j’entends des cloches. »

Ce genre d’expériences qui est très intéressant et très démonstratif présente une grande difficulté. Il faut commencer par réunir dans l’esprit du sujet les deux phénomènes; il faut le forcer à faire au moins une fois la synthèse de la sensation de pincement et du mouvement ou de l’hallucination. On y parvient fort bien quand on dispose d’un état somnambulique ou autre, dans lequel le sujet récupère pour un moment ses sensibilités. La suggestion doit être faite dans cet état ; plus lard, l’association étant organisée, le pincement amènera l’hallucination, même après le retour de Tanesthésie. Quand un état de ce genre ne peut pas être produit, cette suggestion est plus difficile ; quoique elle puisse réussir encore, elle échoue souvent. C’est pourquoi il est très intéressant de se servir, pour cette expérience, des associations anciennes déjà organisées dans l’esprit du sujet avant la maladie. Or, il existe, comme

LES ANESTHÉSIES.

l’a montré M. Binet', une association naturelle et très fréquente entre certaines sensations tactiles et musculaires de nos membres et des images visuelles. Si on essayer de toucher un objet dans l’obscurité, on se convaincra que l’on n’a pas seulement dans 1 esprit la sensation tactile, mais encore que l’on croit voir devant soi la forme que prend notre main etl objet qu elle tient. Or, cette association existe chez les hystériques comme chez nous; et on constate qu’elle se produit encore, même quand l’anesthésie leur ^ enlevé la perception personnelle des sensations tactiles. Quelques unes savent, par exemple, les mouvements imprimes à leurs membres anesthésiques ; « Je ne sens pas, mais ie crois voir mon bras devant moi avec telle position » Justine, anesthésique à droite, peut écrire, quoique assez mal, les yeux fermés : «Je vois, dit-elle ma main qui écrit. » L’image visuelle est ici, comme dans les hallucinations précédentes, déterminée par l’association préétablie avec la sensation tactile. Mais pour que ce mécanisme fonctionne il faut bien que la sensation tactile soit réelle de quelque façon.

Enfin les sensations se manifestent aussi par des souvenirs, et l’on peut se servir encore de cette nouvelle manifestation pour montrer 1 existence des sen sations sur les régions anesthésiques L Yoici une expérience de ce genre effectuée sur Marguerite qui a perdu complètement toute sensibilité tactile et musculaire du côté droit; elle est tellement anesthésique quelle est incapable d’effectuer aucun mouvement volontaire avec son bras droit quand elle ne le regarde pas. Pour étudier les sensations musculaires, M. Jean Charcot, interne des hôpitaux ^ a construit un petit appareil que l’on peut employer ici. C’est surtout une longue

1. Binet, Sur les altérations de la conscience chez les hystériques. Revue philosophique, 1889, 1, 162.

fWÆ’Sur un appareil destiné â évoquer les fmages motrices graphiques. Progrès médical, 18 juin 1892, ^78.

tige suspendue à la Cardan et mobile dans tous les sens. Le sujet tient la tige par son milieu, comme il tiendrait un porte-plume, et après lui avoir détourné la tête, je prends cette même tige par la partie inférieure, et je suis, avec la pointe, un mot tracé sur le papier. La main du sujet, si elle était sensible, aurait senti tous les mouvements délicats nécessaires pour écrire ce mot; l’appareil m’a permis de lui faire éprouver avec précision toutes ces petites sensations délicates et d’en conserver pour ainsi dire le graphique dans le mot que j’ai écrit. Mais Marguerite nous déclare qu’elle n’a rien senti du tout. Nous savons ce que cela veut dire, elle n’a eu la perception personnelle de rien; n’a-t-elle eu aucune sensation élémentaire? Pour le vérifier, je mets un crayon dans la main droite complètement insensible, et je détourne la tête du sujet. On voit les doigts entourer le crayon, comme nous l’avons déjà remarqué, et la main écrire. Comment ce mouvement délicat peut-il se faire, tandis que tout à l’heure le sujet ne pouvait pas remuer sans regarder. Ce phénomène ne peut être étudié maintenant, il suffit de constater les résultats. La main a écrit le nom de Jean, et c’était ce même mot avec les mêmes formes de lettres que j’avais écrit moi-même. N’est-ce pas une bonne preuve de la persistance du souvenir, et ce souvenir lui-même ne montre-t-il pas que la sensation musculaire avait existé réellement ?

Ce souvenir peut réapparaître autrement ; il suffit quelquefois de suggérer au sujet de se souvenir, de le forcer à faire grande attention aux impressions qu’il a éprouvées pour qu’il retrouve quelquefois le souvenir de ces sensations qu’il n’avait pas éprouvées consciemment. C’est un des points que M. Onanoff, dont nous regrettons la mort si cruelle, avait bien mis en lumière dans un travail sur la perception inconsciente * ». Quand

I. Onanopp, La perception inconsciente. Archiv. de neurologie, 1890, 373.

LES ANESTHÉSIES.

le souvenir ne peut pas réapparaître par ce procédé, ce qui est très fréquent, on peut endormir le sujet, le mettre dans un de ces états où, comme je l’ai montré, l’anesthésie disparaît. Le retour de la sensibilité amène le retour de la mémoire et non seulement le sujet sent actuellement ce qui est mis dans sa main, mais il se souvient de ce qui y a été mis pendant la veille à un moment où il était en apparence anesthésique. Il est inutile de continuer l’énumération de ces expériences que l’on peut varier indéfiniment, mais qui se ramènent toujours à l’un des trois types précédents. Concluons sur le premier point avec Herzen : « Une idée qui disparaît de la conscience ne cesse pas pour cela d’exister, elle peut continuer à agir à l’état latent et pour ainsi dire sous l’horizon de la conscience... dans cet état subconscient, elle peut avoir encore des effets moteurs et influer sur d’autres idées h »

Pour étudier maintenant la façon dont le sujet laisse de côté ces sensations parfaitement réelles, il faut faire quelques remarques sur le développement de l’hystérie. Cette maladie n’est pas toujours la même à tous les moments, ni à tous les âges, et l’hystérie d’une petite fille de 12 ans n’est pas celle d’une femme de 40 ans. Je crois que l’onlpeut distinguer trois formes de la maladie dont la distinction se manifestera de plus en plus dans cet ouvrage : 1“ Vhystérie en formation; 2° Vhystérie en évolution; 3" Vhystérie constituée.

1“ Pour étudier l’hystérie en formation, je me suis attaché cette année surtout, dans le service de M. Charcot, à étudier les malades très jeunes qui commencent leur maladie. J’ai observé sur elles bien des troubles mentaux qui seront exposés successivement, il ne s’agit ici que de la sensation. Les malades, au début, n’ont pas d’anesthésie, cela a été remarqué par tous les auteurs ^ Il est toujours assez facile, en attirant leur attention

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