INTRODUCTION
vation plus précise et un peu plus préparée. Il faut se défier des expériences compliquées, qui ne sont pas faciles à faire sur l’esprit : leur appareil suffit pour bouleverser l’état mental que l’on veut étudier. La psy- ' chologie ne nous paraît pas assez avancée pour être susceptible de beaucoup de mesures de précision. La nature générale des phénomènes, leurs mille variations, leurs conditions changeantes, ne sont pas assez connues pour que l’on se vante de mesurer un de ces faits isolé des autres. Il est inutile et même dangereux de prendre un microscope pour faire de la grosse anatomie : on s’expose à ne pas savoir ce que l’on regarde. Je crois qu’il faut avant tout'bien connaître son sujet dans sa vie, dans son éducation, dans son caractère, dans ses idées, et qu’il faut être convaincu qu’on ne le connaît jamais assez. Il faut ensuite mettre cette personne dans des circonstances simples et bien déterminées et noter exactement et sur le moment même ce qu’elle fera et ce qu’elle dira. Examiner les actes et les paroles, voilà encore le meilleur moyen de connaître les hommes, et je ne trouve nî inutile ni fastidieux d’écrire mot à mot les divagations d’une aliénée. Le lecteur ne sera donc pas étonné s’il m’arrive de décrire une action de détail, de citer une phrase prononcée ou écrite par une malade. Les paroles, les écrits des malades sont les véritables documents, les graphiques de la psychologie pathologique : il faut sans doute les interpréter, mais il ne faut jamais les oublier ni les transformer.
Quoique la statistique n’ait pas ici une grande importance et que les observations ne soient jamais asseznombreuses, il est juste d’avertir le lecteur du nombre des malades examinés et des conditions dans lesquelles les observations ont été prises. Les remarques que j’expose sont fondées sur cent vingt observations d’hystériques que j’ai recueillies avec le plus de détails possible et sur une douzaine d’autres qui m’ont été coinmuniquées par mes amis avec une obligeance dont je
les remercie. Les premiers cas que j’ai décrits autrefois ont été étudiés dans la ville du Havre, grâce à l’assistance de mes excellents amis, M. Gibert et M. Powilewicz. Mais la plus grande partie de ces observations est nouvelle; elle a été recueillie pendant mon séjour dans les hôpitaux de Paris, dans les services de mes éminents maîtres, M. .Iules Falret, M. Guyon, M. Siredey, M. Gornil, M. Landouzy, M. Hanot, et surtout dans le service si riche de M. le professeur Charcot, qui a bien voulu m’accepter comme un de ses élèves à la Salpêtrière. Quand je suis venu travailler dans le service de M. Charcot, la sympathie, l’amitié de tous que j’ai rencontrées m’ont rendu cher le service de la clinique des maladies nerveuses, et, si mes humbles travaux peuvent ajouter quelque petit détail aux belles recherches qui y ont été faites, je suis heureux de les lui offrir.
11 est impossible, sans compliquer beaucoup la rédaction de ces études, de faire allusion à tous ces malades : suivant un procédé que j’ai déjà employé et qui m’a paru commode, je citerai toujours de préférence les mêmes personnes, qui, une fois bien connues, permettent de comprendre plus facilement les descriptions. Ces malades, bien entendu,ne sont pas pris au hasard; ils sont choisis parmi ceux qui ont été le plus longuement étudiés et qui, à différents points de vue, présentaient les Symptômes les plus caractéristiques. Des comparaisons montrent le degré de généralité de chaque phénomène et sa dégradation chez les sujets qui le présentent à l’état fruste.
Les symptômes hystériques, tout en gardant continuellement à peu près la même nature, se présentent cependant de deux manières différentes : tantôt ils sont essentiels, constitutifs de la maladie; ils sont permanents et durent à peu près autant que les dernières traces de la maladie ; enfin ils sont jusqu’à un certain point mrfi/férerati au malade, qui se sent affaibli, mais sans pouvoir préciser au juste le symptôme dont il souffre ; —
tantôt, au contraire, ils sont accidentels, surajoutés en quelque sorte à la maladie, qui ne comporte pas nécessairement ce phénomène particulier, -passagers ou tout au plus périodiques et pénibles pour le malade qui sait précisément ce qui le tourmente le plus. Cette différence a donné naissance à la distinction classique des stigmates et des accidents. La séparation est quelquefois assez facile à faire et l’on peut dire assez facilement qu’une anesthésie est un stigmate et qu’une attaque est un accident; mais souvent aussi un symptôme peut être rattaché à l’une ou à l’autre catégorie. Nous conserverons cependant cette distinction qui est commode, en divisant cette étude de l’état mental des hystériques en deux parties : 1“ l’analyse des stigmates mentaux; 2“ l’examen des accidents mentaux de l’hystérie. Le présent volume de cet ouvrage ne traitera que des stigmates et nous réserverons pour le second volume l’examen des accidents mentaux de l’hystérie.