Gilles de la'Todrette, op. cit., 5Ei
répondre. Elles vivent au jour le jour, à peine capables, comme on l’a vu, de bien comprendre ce qui se passe dans le moment présent et le plus souvent impuissantes quand il s’agit de disposer des souvenirs du passé et des images de l’avenir.
Ces oublis continuels doivent être bien connus, car on ne pourrait sans cela comprendre la conduite des malades. Gomme le disait M. Charcot, c’est de là que viennent, non pas toujours, mais très souvent, les prétendus mensonges des hystériques. Ainsi s’expliquent également bien des caprices, des changements d’humeur, des ingratitudes, des inconséquences en un mot, car la liaison du passé avec le présent qui donne du sérieux et de l’unité à la conduite dépend en grande partie de la mémoire. Enfin, ces remarques sont importantes au point de vue clinique ; en effet, bien que cela paraisse peut-être étrange, les oublis des hystériques, nombreux, variables, portant sur des mouvements et des actes aussi bien que sur des idées, peuvent simuler les plus graves démences, et le diagnostic est ici d’une importance capitale.
Pour classer les tfoubles de la mémoire que présentent les hystériques, il faut d’abord mettre de côté les affaiblissements congénitaux de la mémoire qu’elles peuvent présenter, mais qui ne sont pas propres à leur maladie. M. Sollier, qui a très complètement décrit beaucoup de troubles de la mémoire et qui a travaillé à mettre de l’ordre dans toutes ces variétés si nombreuses, reprend une ancienne expression et appelle ces affaiblissements des dysmnésiesK L’hystérie peut atteindre des personnes d’intelligence faible, dont le cerveau congénitalement ou accidentellement n’est pas capable de fixer les souvenirs. Je ne ferai pas allusion à ces altérations. La mémoire peut aussi présenter des modifications délicates portant, non sur le souvenir lui-même, mais sur les
1. Paul Sollier, Les affaiblissements de la mémoire, 1892, 10.
LES AMNÉSIES.
opérations intellectuelles qui s’y surajoutent d’ordinaire. La localisation des souvenirs en particulier peut être très vague, tandis que le souvenir est en réalité conservé, et diverses illusions assez curieuses peuvent en résulter. Ces paramnésies, pour employer l’expression de M. Sollier*, sont fréquentes chez les hystériques ; il vaut mieux les laisser de côté au début de ces recherches et décrire d’abord des amnésies proprement dites où la perte du souvenir semble plus nette et plus complète.
Ces amnésies me paraissent former d abord trois grandes classes analogues à celles qui ont été adoptées pour les anesthésies : ce sont les amnésies systématisées, localisées et génà-ales. Mais il sera nécessaire d’ajouter ici une quatrième catégorie, celle Aqs amnésies continues pour un groupe de lésions de la mémoire tout à fait particulier et qui se sépare de toutes les précédentes. Les trois premières formes sont, comme leur nom l’indique, des pertes de souvenirs et, quoique cela semble naïf, il faut remarquer qu’un souvenir ne peut être perdu que s’il a existé ; les amnésies portent donc sur des souvenirs véritables que le malade a possédés et qu’il a pu manifester pendant un certain temps. On verra que ce caractère si important ne se retrouve pas dans la dernière classe qui est par conséquent bien distincte.
Les premières, les amnésies systématisées sont peutêtre les plus fréquentes ; les malades perdent, non pas tous les souvenirs acquis pendant une période, mais une certaine catégorie de souvenirs, un certain groupe d’idées du même genre formant ensemble un système. Ainsi, elles oublieront ce qui a rapport à leur famille ou toutes les idées relatives à telle personne. Une femnie, après l’accouchement, oubliera non seulement la naissance de son enfant, mais encore les faits qui s’y rattachent, comme le nom de son mari et même son mariage,