‹ État mental des hystériques (volume 2)Chapitre 37 sur 102 · Paul Sollier, op . cit · texte numérisé non relu

Paul Sollier, op . cit

tandis qu’elle aurale souvenir des autres faits étrangers à la naissance de l’enfant. Il y avait à la Salpêtrière, depuis plusieurs mois, une jeune fille nommée Gélestine, atteinte très gravement d’hystérie. Comme cette malade m’intéressait, je m’étais occupé d’elle dès son entrée et à peu près tous les jours; aussi devint-elle bientôt très familière avec moi. Mais un jour, quand je lui dis bonjour en passant, elle me regarde avec un air étonné, né me répond pas, et s’en va parler tout bas à la surveillante de la salle. Comme il était naturel, j’ai demandé à la surveillante ce qu’avait aujourd’hui Gélestine et ce qu’elle disait ainsi en me désignant : «Ce n’est rien, me répondit-elle, Gélestine n’est pas malade, mais elle semble devenir stupide ; la voici qui demande qui vous êtes, et elle s’étonne qu’un élève, nouvellement arrivé dans le service, l’appelle par son petit nom et la connaisse. » Je crus à une mauvaise humeur ou à une plaisanterie, mais après avoir examiné la malade, il fallut se rendre à l’évidence : Gélestine avait eu la veille une crise assez forte qui avait bouleversé, comme cela arrive souvent, son état mental, et elle m’avait complètement oublié. Sa mémoire, pour tous les événements survenus pendant son séjour à l’hôpital, était évidemment très faible ; mais elle se rappelait assez bien les autres personnes et me semblait avoir surtout perdu tout souvenir des faits auxquels j’avais été mêlé. Peutêtre cet état bizarre de la mémoire aurait-il duré quelque temps ; mais je fus curieux de provoquer le sommeil hypnotique pour voir s’il avait changé aussi. Dans le somnambulisme elle ne présentait plus le même trouble et se souvenait de moi comme à l’ordinaire; au réveil tout était rétabli et cette |singulière amnésie systématisée, survenue après une attaque, avait disparu.

. De tels oublis portent souvent sur le langage, je ne parle pas de la perte absolue du langage, des variétés du mutisme, mais de l’oubli de certains mots ou de certaines catégories de mots. G.., par exepiple, à la suite

LES AMNÉSIES.

d’une violente émotion, a présenté des somnambulismes spontanés la nuit, puis de grandes attaques d’hystérie. Ce qui est ici intéressant, c’est qu’elle présente un oubli, très systématique, qu’il est facile de constater. Elle a passé trois ans en Angleterre et elle parlait et comprenait la langue anglaise d’une façon très suffisante. Mais, dans ces derniers mois, depuis que la maladie s est aggravée, elle a complètement oublié la langue anglaise dont elle ne peut plus comprendre ni prononcer un mot. Ces pertes de langage peuvent être encore plus spéciales : Berthe oublie les noms propres, elle les confond d’abord, dit à chaque instant l’un pour l’autre, puis, elle les perd à peu près complètement et, involontairement, elle appelle tout le monde du nom de « Marie »; Justine perd la mémoire motrice de certains mots, elle les entend, mais ne peut pas les prononeer:il faut que son mari les articule nettement devant elle pour qu’elle voie le mouvement des lèvres et essaye de le reproduire. Quand elle est seule et qu’elle veut prononcer ces mots, il faut qu’elle évoque l’image visuelle des lèvres de son mari pour copier le mouvement. Elle a beaucoup d’oublis de l’écriture et tout d’un coup ne sait plus du tout comment s’écrit un mot, ou elle l’écrit avec'une orthographe fantaisiste, ou elle le passe tout simplement. Inutile de faire remarquer que ces petits oublis observés dans une parole ou une écriture pourraient faire penser à tout autre chose qu’à de l’hystérie.

Ces derniers exemples nous amènent naturellement aux oublis qui portent sur des mouvements. Les mouvements, comme on le sait, ne sont que la manifestation extérieure de certaines images. Ces images, de nature variable suivant les individus, sont appelées images motrices et leur perte, qui n’est en somme qu’une amnésie véritable, se manifeste extérieurement par une sorte de paralysie. On peut artificiellement produire par suggestion des paralysies systématisées comme des anesthésies systématisées. J’en ai rapporté déjà de nombreux

exemples*. N., par exemple, ne saura plus mettre les mains dans la position de la prière, ne saura plus faire un nœud à une ficelle, etc. Le môme fait se produit naturellement : telle malade ne sait plus coudre, telle autre ne sait plus faire son lit. Ges oublis moteurs peuvent porter sur des mouvements très spéciaux, comme ceux des yeux, et contribuent pour une grande part à ce qu’on a appelé Vophtalrnoplégie externe des hystériques L Gélestine, par exemple, à la suite d’une attaque, a perdu le pouvoir de regarder volontairement à gauche, ses yeux s’arrêtent sur la ligne médiane dès qu’on lui demande de les diriger à gauche. La plus importante de ces paralysies systématisées est certainement- celle qui porte sur les mouvements de la marche. Elle forme un véritable syndrome qui a été très bien décrit par M. Paul Blocq sous le nom A'astasie-abasie : « G’est une perte des synergies musculaires qui assurent l’équilibre dans la station verticale et dans la marche®. »

Dans certains de ces cas, le trouble n’est pas simple; il s’y joint souvent une idée fixe, celle de marcher toujours sur la pointe des pieds, par exemple, comme chez Rém. qui semble avoir peur d’écraser des œufs. Mais le plus souvent, le malade ne présente aucune idée fixe, aucune paralysie nette; il a conservé certaines allures, il sait courir, sauter à cloche-pied, marcher à quatre pattes, etc ; il a seulement oublié « comment on s’y prend pour marcher ». Un cas très curieux rapporté par MM. Sèglas et Sollier ‘ nous montre bien le rapport de ces troubles du mouvement avec les amnésies pro-

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