‹ État mental des hystériques (volume 2)Chapitre 51 sur 102 · DESCRIPTION ET CLASSIFICATION · texte numérisé non relu

DESCRIPTION ET CLASSIFICATION

Les hystériques se présentent au premier abord sous deux aspects différents : les unes sont remuantes, agitées, gaies comme Marguerite, les autres sont calmes, rêveuses, mélancoliques comme Berthe. Celle-ci se rapproche en effet du type qui a été appelé l’hystérie mâle mais qui existe aussi chez la femme. Au fond, ces deux types reviennent à peu près au même : ellesne sont plus bonnes à rien ni l’une ni l’autre. Elles ont perdu toute activité sérieuse et utile. Si l’on interroge les parents sur le début de la maladie, le récit est toujours le même ; on a commencé à s’apercevoir qu’elles ne pouvaient plus faire leur ouvrage. Briquet avait déjà remarqué que ses malades perdaient absolument le goût du travail et que le retour de l’activité était une marque de guérison L 11 est facile de vérifier cette remarque. Cette

l. Briquet, op . cit ., 22.

paresse, en effet, était extraordinaire chez Renée qui, pendant deux ans, a été incapable de faire quoi queue soit, même de coudre un bouton à sa robe ou d’écrire une lettre à ses parents ; « Ne me demandez pas cela, disait-elle, le moindre travail me paraît un tour de force. » « Je veux bien essayer, me disait une autre, Maz., mais dès que je commence à travailler un peu, il me semble que j’ai reçu des coups sur tout le corps. » « Je me demande, disait Bertbe, comment peuvent bien s’y prendre les gens qui travaillent un peu. » Il y a bien peu d’exceptions qui peuvent quelquefois s’expliquer soit par l’idée fixe de gagner quelques sous, comme chez Maria, soit par une manière tout automatique de travailler que nous aurops à signaler. Cette paresse si frappante de toutes ces jeunes filles, en apparence robustes, ne doit pas être considérée uniquement comme un trait de leur caractère personnel. On ne s’expliquerait pas pourquoi l’hystérie frapperait toujours des personnes paresseuses et, d’autre part, il est facile de se renseigner et d’apprendre que ces mêmes jeunes filles ont été extrêmement actives. Parmi celles que je viens de signaler, l’une était une institutrice de talent, l’autre une domestique excellente, la troisième une ouvrière très travailleuse, et leur activité passée est appréciée par tous ceux qui parlent d’elles ; c’est depuis qu’elles sont malades qu’elles ne peuvent plus rien faire et l’état hystérique seul est responsable de leur paresse.

Le travail, sauf dans quelques cas très rares de travail purement automatique, est la plus grande^ ma,nifestation de l’activité volontaire, et s’il disparaît, c est que la volonté est bien atteinte chez les hystériques. Un médecin anglais, William Page, a exprimé ce fait d’une manière saisissante : « L’état hystérique, dit-il, est constitué essentiellement par la perte du contrôle et l’affaiblissement du pouvoir de la volonté... le défaut se trouve plutôt dans une faiblesse de la vo-

LES ABOULIES.

lonté que dans une obstination de ne pas vouloir. Le malade dit souvent : « Je ne peux pas, » c’est comme s’il disait : " Je ne veux pas; » mais cela signifie : « Je ne peux pas vouloir’. « Les hystériques s’agitent, disait aussi M. Huchard, et les passions les mènent. Toutes les diverses modalités de leur état mental peuvent se résu mer dans ces mots ; elles ne savent pas, elles ne peuvent pas, elles ne veulent pas vouloir ^ » Ce que ces auteurs expriment ainsi, les malades le disent à chaque instant à leur manière : « Je vais, je viens, je crie, me dit Marguerite, mais sans rien faire, sans arriver à rien, sans rien vouloir, je suis comme une machine qui n’a plus de ressort. » C’est là ce que je désigne d’une façon générale sous le nom d’aboulie, et c est ce caractère dont il faut analyser les détails.

On peut, pour étudier les aboulies, adopter, la division qui nous a rendu quelques services et distinguer des aboulies systématisées, localisées et générales. Mais il faut remarquer ici que, probablement à cause de nôtre peu de connaissances sur ce phénomène, les deux premiers groupes sont mal déterminés et difficiles à diagnostiquer, et que le troisième seul est important.

Les aboulies systématisées sont des impuissances de la volonté portant non sur l’ensemble des actions mais sur un acte particulier ou un système d’actes spéciaux. Sans doute, de telles impuissances se rencontrent et les actes supprimés ne sont pas toujours ceux qui nous paraissent être les plus difficiles. Renée, par exemple (je parle d’elle, car je crois que dans ce cas il s agit bien d’aboulies systématisées), cesse tout d’un coup de pouvoir parler ou de pouvoir écrire ; elle ne peut

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Injuries of the spine and spinal cord without apparent mechamcal lésion and nervous shock in tkeir surgical and medico-legal aspects,

2 ’m. Huchard, État mental, mœurs des hystériques, ArchiV. de neuroL, 1882, I, 203.

plus arriver à dire « bonjour » à une certaine personne, tandis qu’elle salue bien toutes les autres.

Mais, en général, il est très difficile de porter avec précision le diagnostic d’aboulie systématisée. En effet, quand il ne s’agit que d’une action déterminée, on sait qu’elle-peut être supprimée de bien des manières. D’abord une action peut être supprimée par une idée fixe qui s’y oppose : quand Isabelle, à la suite d’une attaque pendant laquelle elle a parlé de mourir de faim, se met à refuser de manger, je ne songerai pas à un phénomène d’aboulie. Mais c est encore là un cas assez facilement reconnaissable. Ce qui est plus embarrassant, c’est que toute action est un phénomène psychologique fort complexe et renferme surtout deux parties principales, la volonté de 1 action et son exécution. Quand un acte isolé a disparu, il n’est pas facile de dire laquelle des deux fonctions est lésée. C’est le sujet de la querelle entre le « non-vouloir » et le « non-pouvoir « qui a divisé en deux camps les auteurs qui ont étudié l’aboulie *.

Sans doute ces phénomènes se touchent de très près, et chez l’homme normal ils se confondent presque absolument. Cette confusion peut aussi exister chez le malade, et l’on peut quelquefois dire avec M. Féré : « Le non-savoir, le non-vouloir, le non-pouvoir sont, en réalité des équivalents de la paralysie psychique du mouvement » Mais on est forcé aussi dans certains cas de faire une distinction nécessaire. Un individu qui sait ce qu’il faut faire, qui se représente l’action à accomplir, mais qui ne trouve plus dans son esprit les moyens de l’effectuer, qui a simplement ouôHé comment on doit,s’y prendre pour agir, n’est pas identique au malade qui ne se donne pas la,peine de concevoir l’action et qui ne fait aucun effort. L’un est un simple

). D.-J. Rivière, Contribution à l’étude clinique des aboulies,

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