I. Congrès des aliénistes. Troisième 1809 TT ;t
la suggestibilité des hystériques. Archives de (Blois). Archives de
LES aboulies.
nelle des actes se manifeste extérieurement suivant les cas par une impuissance plus ou moins grande.
Comment rattacher ce nouveau symptôme de l’aboulië avec tous ses caractères, aux stigmates précédemment décrits? Une petite observation de détail va peut-être nous fournir la transition nécessaire. Une hystérique, au bal de la Salpêtrière, me disait : « Je ne puis pas voir les costumes, je n’en ai pas encore vu un seul. — Eh pourquoi donc? — Parce qu’on me fait danser; dès que je veux regarder, je cesse de danser, et dès que je veux danser je ne peux plus regarder. Quand je veux danser, je ne vois plus rien du tout, je n ai plus qu une seule idée en tête, danser. >> D’ailleurs, j avais déjà vu chez elle le même caractère, j’avais été oblige de lui interdire de causer en déjeunant, parce qu elle ne pouvait plus manger. Quand elle veut manger, il faut qu elle ne pense absolument qu’à cela et à rien d autre.
11 y a donc un rétrécissement de l’esprit pour les actes, comme pour les sensations et les images, la diminution de la puissance de synthèse intervient pour modifier les actions comme pour transformer la sen-sibilité et la mémoire. Les actes nouveaux, adaptés a des circonstances variables et complexes, exigent une synthèse plus délicate et plus actuelle, ils sont les premiers atteints. Les actes anciens qui sont dus à d anciennes synthèses et qui se répètent aujourd’hui presque sans modification ne sont presque pas altérés. Mais, qu’il s’agisse des uns ou des autres, l’altération porte surtout sur un phénomène qui est toujours nécessairement une synthèse actuelle, puisqu’il doit se former de nouveau à chaque moment de la vie, c est la perception personnelle des actes, l’assimilation des actions nouvelles à la grande notion de la personnalité ancienne. Cette lésion est la lésion fondamentale de 1 esprit des hystériques, elle est caractéristique de cette maladie; si nous constations chez une malade une
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aboulie de ce genre avec les trois caractères précédents, et surtout avec la désagrégation de la conscience, même si cette personne ne présentait aucun autre stigmate, nous dirions cependant qu’elle est une hystérique. Il y a, en effet, des hystéries monosymptomatiques dans le domaine moral comme dans le domaine physique; de même que M. Charcot n’a pas hésité à considérer comme hystérique l’amnésie de M”” D..., nous donnerions le nom d’àboulie hystérique à une maladie de la volonté qui présente des caractères tout à fait analogues.
§ 3. — CONSÉQUENCES DE l’ABOULIE
Les conséquences de l’aboulie seraient innombrables si on voulait les examiner toutes en détail. Je pense, en effet, que la plupart des accidents hystériques dépendent de la suggestibilité pathologique de ces malades et que la suggestibilité est en grande partie un résultat de l’aboulie. Mais ces phénomènes seront étudiés séparément' et il suffit d’indiquer ici quelques conséquences générales qui ne peuvent pas être considérées comme des accidents et qui font partie de l’état mental ordinaire des hystériques.
Cette faiblesse de la volonté et de l’attention se manifeste en effet par un second caractère qui semble l’inverse du précédent et qui en est cependant une conséquence très logique. De même que les hystériques sont incapables de commencer une action, une croyance, ou une perception, de même elles sont incapables de les arrêter quand elles ont une fois commencé. Arrêter une action c’est changer notre état général, c’est nous adapter d’une autre manière aux circonstances nouvelles. Ces malades, qui ne comprennent aucun chan-
I. Dans le second volume de cet ouvrage qui traitera spécialement des « accidents mentaux » de l’hystérie.
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gement, comprennent encore moins celui-là, car il faut créer une pensée nette et puissante pour arrêter le développement automatique d’une pensée ancienne devenue de plus en plus forte par la répétition.
Ainsi que M. Charcot le répétaitbien souvent, lapinpart des accidents hystériques sont au début presque volontaires. On commence à rêver, c’est qu’on le veut bien; on pourrait s’arrêter, mais c’est si agréable. On commence à manger peu, c’est pour maigrir, pour avoir la taille Une et ne pas ressembler à maman; on commence une contrariété, une petite colère, c est qu’on était justement provoquée. Tout cela, et les malades l'avoueront, on aurait pu le cesser au début. Mais l’action continue d’une façon de plus en plus automatique et la malade ne peut plus s arrêter ellemême, c’est un délire, c’est une anorexie, c’est une attaque ; « Quand j’ai commencé quelque chose, disait une malade, il faut que je continue malgré tout, je casserais les carreaux pour sortir, je me tuerais plutôt que de m’arrêter... Mon idée me pousse et me chasse sans que je puisse résister. » « Je tombe dans une idée comme dans un précipice, me disait Berthe, et la pente est bien dure pour remonter. »
Cette impuissance à s’arrêter se constate dans les observations journalières. On connaît ces malades qui viennent tous les matins, montrer un bras ou une jambe contracturés en disant : « Défaites-moi cela. » Il n’y a presque rien à faire, mais ce rien elles ne sauront jamais le faire toutes seules. Elles viennent souvent, quand elles ont confiance en vous, demander un secours moral du même genre. Marguerite vient me trouver un matin et me dit : « Oh ! je suis en colère depuis ce matin, je voudrais battre et casser. 11 vaudrait mieux que je m’arrête, mais je ne peux pas. Défaites-moi cela. » Une autre me dit : « Je suis fâchée contre mon amie, je boude depuis hier, c’est bien ennuyeux de bouder, je voudrais bien cesser, mais je ne peux pas, défaites-
moi cela. » Alors il faut défaire la colère de l’une, la bouderie de l’autre et le rêve de la troisième, c’est-àdire qu’il faut aider leur volonté absolument défaillante pour s’arrêter comme pour commencer.
Les malades, comme on le voit, font sans cesse appel k l’aide d’autrui et c’est encore là un trait essentiel de l’état mental des abouliques. Tous ceux qui se sont occupés des hystériques ont bien vite remarqué une manière d’être qui est bien caractéristique quoiqu’elle se rencontre à un moindre degré dans d’autres maladies mentales : c’est l’attachement extraordinaire de ces malades pour leur médecin. Celui qui s’occupe d’elles n’est plus à leurs yeux un homme ordinaire; il prend une situation prépondérante auprès de laquelle rien ne peut entrer en balance. Pour lui, elles sont résolues a tout faire, car elles semblent avoir pris une fois pour toutes la résolution de lui obéir aveuglément; elles pensent à lui continuellement et elles règlent toute leur conduite d’après cette pensée. Mais, en revanche, elles se montrent extrêmement exigeantes ; elles veulent que leur médecin soit tout à elles, ne s’occupe d aucune autre personne, vienne les voir à chaque instant, demeure longtemps avec elles et prenne à cœur leurs moindres préoccupations.
Cet attachement qui se développe à peu près toujours dès qu’on s’occupe d’elles prend des proportions extraordinaires quand on emploie dans leur traitement les procédés du somnambulisme et de la suggestion. Aussi les anciens magnétiseurs qui avaient souvent, quoique à leur insu, affaire à des hystériques, avaient-ils fort bien remarqué ce phénomène et le décrivent-ils a plusieurs reprises ; peut-être serait-il juste, en souvenir de la période héroïque du magnétisme, d’appeler cet attachement du sujet la passion somnambulique ou la passion magnétique. Je compte consacrer prochainement une étude détaillée à la passion magnétique qui est très curieuse pour les moralistes. Je dois me contenter
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ici d’indiquer ses caractères essentiels, importants à connaître pour le médecin. r- ■ i *
Ce serait le fait d’un observateur bien superficiel et bien grossier que de donner à cette passion une origine vulgaire et de la rattacher à un besoin érotique. Sans doute les hystériques peuvent avoir des sentiments de ce genre comme tout le monde et même elles peuvent donner à cette passion spéciale dont nous parlons une expression banale et une couleur de sentiments amoureux. Gela est bien naturel, car il n’y a pas beaucoup de manières d’exprimer un attachement pour une autre personne, surtout quand elle est d’un sexe différent. Mais c’est là une expression de cette passion parmi beaucoup d’autres. Certains sujets transforment leur attachement en sentiment filial, en sentiment de respect, de terreur superstitieuse ou même en sentiment maternel. Une somnambule, âgée il est vrai, ne voulaitelle pas absolument me considérer comme son fils? Faudra-t-il dire que la passion magnétique se confond avec tous ces sentiments divers?
En réalité, elle peut exister sans être accompagnée ni de l’un, ni de l’autre. Un homme hystérique de 30 ans, que j’avais débarrassé d’un tic très gênant, ne voulait plus me quitter et revenait me voir sous le plus léger prétexte, sans avoir pour moi aucune espèce d’affection et sans comprendre lui-même pourquoi il tenait tant a me revoir. J’ai vu des hystériques avoir simultanément une passion érotique véritable pour un individu et une passion magnétique pour un autre, et se préoccuper également sans contusion de leur rendez-vous avec le premier et de leurs séances avec le second. Enfin, sans entrer ici dans les détails, j’ai connu une somnambule qui, pour un prétexte futile, m’a toujours eu en horreur et qui n’avait même pas pour moi le sentiment le plus banal de sympathie. Elle ne pouvait cependant pas se passer de moi et à chaque instant était obligée malgré elle de venir me chercher. Il faut donc éviter les interpréta-
lions trop rapides et puériles et reconnaître qu’il y a là un sentiment pathologique des plus curieux.
Pour le comprendre sommairement il faut considérer l’état d’une hystérique quand elle vient trouver celui qui s’occupe d’elle, qui la dirige, et son état quand elle le quitte. Marguerite revient de fort loin à la Salpêtrière, car elle ne peut plus vivre ainsi, elle est complètenaent affolée. Elle ne comprend plus ce qu’elle voit ni ce qu elle entend, elle doute de tout, se pose à propos de quelques petits incidents de sa vie une foule de questions qu’elle ne parvient pas a résoudre; elle n’a plus aucune occupation, car elle ne se décide plus à rien. Justine est préoccupée par des idées fixes qui montent, qui 1 obsèdent et l’empêchent de penser à la vie réelle; elle a des colères impulsives dont elle redoute les conséquences, elle abandonne complètement son ménage et son mari. Maria pense « dans l’éther » comme elle dit, elle peut difficilement marcher, car ses jambes se paralysent, elle va tous les jours à la Morgue pour voir « les gens qui ont eu du courage... etc. ». Ces malades vont trouver un directeur quelconque et elles sortent calmées et rassérénées. Les questions sont tranchées, les résolutions sont prises, les idées fixes disparues.
Que s’est-il donc passé? Qu’on les hypnotise ou non, cela dépend des cas et des sujets, on a tout siniplement effectué pour elles les actes volontaires qu’elles ne faisaient pas. La plupart des petits problèmes de la vie journalière peuvent se trancher par un mot, un « oui » ou un « non » qu’il faut savoir prononcer. Sans doute, on peut se tromper, mais une résolution mauvaise vaut eucore mieux que l’absence complète de résolutions. Ces malades le sentent bien et elles vous supplient tout simplement de dire « oui » ou •» non » à leur place. Dès ce moment elles sont tranquilles, car elles croient que tout est fini, que la vie va rester immuable et qu’il n’y aura plus de nouveaux problèmes à résoudre. G est leur aboulie qui a créé le besoin si impérieux d’un di-
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recteur de conscience *. La passion magnétique des hystériques n’est qu’une forme de ce besoin général d une affirmation étrangère qui tourmente les douteurs et tout ceux dont la synthèse mentale est affaiblie. Sans doute il y a encore dans ce besoin d’autres phénomènes plus complexes dans l’étude desquels je ne puis entrer ici, car je me suis interdit de parler de thérapeutique. Mais on peut les faire comprendre par une comparaison ; l’hystérique ne souffre pas seulement de son aboulie, mais encore de l’envahissement de tous les phénomènes automatiques qu’elle est incapable d’arrêter. On pourrait la comparer à un roi trop faible dont la plupart des sujets sont en révolte continuelle ; il est trop heureux de rencontrer une personne capable de commander aux révoltés et il s’attache désespérément à elle. Les abouliques sentent qu’elles ne sont plus maîtresses d’elles-mêmes et elles demandent à être commandées . ce sont des esclaves volontaires.
Cette domination peut être favorable au malade et lui permettre de se reconquérir peu à peu; elle peut être fort dangereuse et détruire ses derniers efforts. 11 faut pour l’étude et le traitement des hystériques ne jamais oublier que cette docilité, ce besoin de domination sont des caractères pathologiques en rapport avec leur aboulie fondamentale.
Ces quelques détails viennent simplement compléter notre description sommaire de la faiblesse de la volonté chez les hystériques. Résolution rare et pénible, mouvements volontaires lents et difficiles, attention réduite, impuissante et suivie même d’accidents dangereux, doute et inintelligence pour les idées nouvelles et en même temps impulsions irrésistibles, continuation monotone d’une même action habituelle, besoin de com-
1. Le gén. Noizet proposait déjà d’appeler le magnétiseur directeur » Mémoires sur le somnambulisme, 1854, 9b.
m ÉTAT MENTAL DES HYSTÉRIQUES.
mandement et de direction et docilité exagérée, ce sont des caractères en apparence variés qui dépendent tous d’une même lésion de l’esprit. « L’affaiblissement ou la disparition du pouvoir personnel, disait M. Paulhan, est toujours marqué par l’impossibilité d’une coordination totale, d’une systématisation qui fasse concourir vers un môme but l’état nouveau et une partie suffisante des tendances qui constituent la personnalité L » Nous croyons avoir montré dans ce chapitre que les phénomènes de l’ahoulie se rattachent à l’explication générale des autres stigmates hystériques.
1. Paulhan, L’activité mentale et les éléments de l’esprit, 1889,