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CHAPITRE IV

Les troubles du mouvement des membres sont toujours très nombreux et très complexes dans toute maladie mentale ; le mouvement n’étant en quelque sorte que la traduction extérieure, l’expression de la pensée, se ressent de toutes ses modifications. Nous n’étudierons dans ce chapitre que les altérations les plus simples de la motilité, celles qui peuvent être considérées comme des conséquences directes des stigmates mentaux des hystériques. Ces altérations élémentaires existent presque constamment et, sauf dans les cas extrêmes, elle ne gênent pas beaucoup l’exercice des fonctions normales et ne constituent que rarement des accidents proprement dits.

g affaiblissement du mouvement volontaire

Certaines catégories de mouvements restent chez les hystériques à peu près normales : les réflexes, par exemple, sauf ceux qui dépendent de la douleur dans les cas d’analgésie complète, sont peu ou point altérés. Quelques auteurs, en particulier M. Paul RicherS remarquent qu’ils sont plutôt exagérés que diminués. Gela est vrai dans un grand nombre de cas, mais il ny 1. Paul Rioher, Paralysies et contractures hystériques, 1892, 23.

a là aucune régularité. 11 est difficile, par exemple, d’examiner le réflexe rotulien chez Camille et surtout chez Renée : tantôt, aprèS le choc du marteau, elles lancent leur jamhe en l’air et même sautent de leur chaise, tantôt elles laissent leur jambe à peu près immobile. Il y a chez quelques malades comme un affolement des réflexes qui ont perdu leur régularité et qui changent incessamment suivant mille phénomènes conscients ou subconscients, difficiles à apprécier. On sait également que les mouvements habituels et automatiques sont, en général, conservés et plutôt exagérés.Les altérations importantes du mouvement doivent donc être cherchées uniquement dans les mouvements volontaires.

Ces mouvements présentent d’abord des troubles généraux existant aussi bien du côté sensible que du côté insensible et qui sont simplement exagérés par l’anesthésie; nous les étudierons les premiers.

1“ Les mouvements volontaires sont ralentis et l’exécution du mouvement demandé est plus longue que d’ordinaire. Il est inutile de donner des chiffres, quand il s’agit de mouvements complexes, puisque ce ralentissement peut aller de quelques secondes à une demiheure, comme nous l’avons constaté dans le cas de Marcelle. Cette lenteur s’observe mieux dans un mouvement particulier, le mouvement de réaction à une impression tactile. Même quand ils prétendenf y mettre de la bonne volonté, beaucoup d’hystériques ont un temps de réaction extrêmement long.

M. Féré a mis bien souvent ce fait en évidence, et a montré que les différentes parties de ces temps de réaction, la transmission centripète et centrifuge, étaient également retardées. « Cette durée du temps de réaction semble avoir une augmentation proportionnelle à la diminution de la sensibilité générale ou spéciale ‘. » Une

1. Féré^ Les mouvements volontaires chez les hystériques. Revue philosophique, 1889, II, 38.

ancienne expérience de Duchenne mettait déjà en évidence ce retard des mouvements qui caractérise le côté le moins sensible ; si on demande à une hystérique de faire en même temps avec les deux mains un même mouvement, on voit que la main insensible est toujours en retard et, malgré les efforts du sujet, accomplit toujours dans le même temps un moins grand nombre de mouvements que la main sensible. Mais les mesures directes de M. Féré, puis de M. Binet, ont montré ce retard d’une façon plus précise. Selon M. Binet, la moyenne du temps de réaction simple serait, pour la main sensible, de 0,227, et pour la main moins sensible, 0,709 '. Bien entendu, on ne peut pas examiner le temps de réaction consciente et volontaire du côté absolument anesthésique, il ne s’agit que des diminutions de la sensibilité. Dans ces cas d’hypoesthésie qui est due, comme on le sait, à une grande distraction, je crois que le temps de réaction peut être encore beaucoup plus long, surtout si on n’excite pas vivement l’attention du sujet. J’ai vu plusieurs fois ce retard dépasser une et même deux secondes, tandis que le temps de la réaction simple se maintient d’ordinaire entre fétide seconde ^ Une fois même, j’ai pu observer avec M. Sollier, sur un homme hystérique du service de M. Landouzy, un temps de réaction qui paraîtra tout à fait incroyable : il oscillait entre 20 et 30 secondes. La réaction était si tardive qu’elle ne semblait plus en rapport avec l’excitation et rappelait les perceptions fausses des ataxiques. Bien entendu, ce temps de réaction varie beaucoup, comme le fait souvent observer M. Féré, car il est en relation étroite avec l’attention du sujet et l’on sait combien l’attention est faible et instable chez l’hystérique, surtout faible pour tout ce qui concerne le côté anesthésique. Enfin, cette

1. Binkt, Mouvements volontaires chez les hystériques. Revue philosophique, 1889, 11, 482.

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