Binet et Féré. Archives de physiologie, 1“’' oot
bras ni ce qu’il fait, il dit qu’il l’a oublié, ou bien il se contente d’une réponse banale : « Mon bras, il doit être bien tranquillement sur mes genoux. » Si on avertit le sujet- que son bras n’est pas sur ses genoux et si on le prie de l’y remettre, il est incapable de le faire consciemment et volontairement et ne peut pas plus, sans regarder, changer ces attitudes cataleptiques qu il ne pouvait précédemment remuer son bras qui pendait immobile. Enfin, si on lui permet de retourner la tête et de regarder son bras qui est en l’air, il est étonné de ce qu’il voit et il le baisse immédiatement. Il peut maintenant remuer son bras comme il le veut, le remettre même dans la position précédente, mais il ne l’y maintient plus de la même manière. « La sensation de fatigue reparaît en même temps que la vue est rendue à sa libre activité, la malade se lasse aussi vite qu’une autre des positions auxquelles on assujettit des membres qu’elle peut voir’.» .
Tel est le phénomène sous sa forme typique. 11 peut présenter bien des modifications et des complications.
1» Cette catalepsie partielle peut se rencontrer dans d’autres états que la veille normale. Quand une hystérique est dans un état somnambulique, elle conserve quelquefois ses diverses anesthésies et ses membres obéissent de la même manière que pendant la veille sans qu’elle le sache. Il ne faut pas confondre cette catalepsie partielle par anesthésie pendant le somnambulisme avec l’état de catalepsie totale, ni avec les attitudes suggérées aux somnambules et qu ils gardent consciemment. Le même phénomène, j’y ai insisté autrefois ^ peut se présenter de trois manières différentes. Cet état de catalepsie partielle peut s’observer encore dans d’autres circonstances plus étranges, par exemple pendant l’attaque d’hystérie. Quand Rose
les troubles du mouvement. 191
est en grande crise d’tystérie, à n’importe quelle période, je puis, pour ainsi dire, m’emparer d’un bras ou d’une jambe en les touchant légèrement. Le membre que j’ai touché quelques instants reste alors inerte et ne prend plus part aux tremblements ni aux convulsions du reste du corps'. Si je le soulève', il reste dans la position où je le mets, ou même, comme on le verra tout à l’heure, répète régulièrement les mouvements que je lui communique. L’attaque a modifié évidemment l’attitude générale du sujet, puisque les autres membres continuent leurs convulsions, elle n’a pas changé en elle-même la catalepsie partielle.
2» Ce phénomène peut être augmenté. Chez certains sujets, surtout chez ceux qui ont été hypnotisés fréquemment, il suffit de maintenir quelque temps en l’air un membre ordinairement sensible, pour qu’il devienne anesthésique et cataleptique. Quelquefois, le changement se produit même quand le sujet regarde son bras. Inversement, ce phénomène peut subir des diminutions. Pour qu’il se produise, il faut que le sujet n’ait dans sa conscience aucun renseignement sur la position donnée à son bras. Si l’anesthésie tactile et musculaire n’est pas complète, le sujet baissera son bras plus ou moins facilement. C’est même là un moyen d’apprécier le degré d’anesthésie de certains sujets. M... présente d’ordinaire le phénomènede la catalepsie partielle, mais on constate certains joursque les bras retombent plus ou moins vite, c’est que l’anesthésie a diminué, comme on peut le vérifier. Si, au cours d’une expérience, on peut réussir par un procédé quelconque à rendre momentanément au sujet la sensibilité musculaire de son membre, l’état cataleptique disparaît aussitôt. 11 faut aussi que le sujet n’ait aucune indication par le sens visuel ; un reflet dans une glace, une ombre suffisent pour que Marie baisse son bras. L’imagination visuelle de la position de son bras suffit à Justine pour qu’elle récupère à peu près la possession de ses membres.
Enfin il y a une autre condition très importante dont l’absence diminuera où même supprimera totalement le phénomène. Chez quelques malades, cette catalepsie partielle se manifeste immédiatement, quelque soit l’opérateur, pourvu qu’il se mette dans les conditions convenables : le bras anesthésique a une obéissance banale. Mais, le plus souvent, les choses ne se passent pas ainsi. Vous pouvez essayer de lever le bras gauche de Léonie, de Lucie ou de Marie, même sans qu’elles le puissent voir, le bras ne reste pas en l’air, etil ne se produira aucun phénomène de catalepsie. Mieux encore: quand j’ai moi-même mis leur bras dans une position cataleptique, une autre personne ne peut pas la changer; le bras, si léger tout à l’heure, se met à lui résister de toutes ses forces. Si on presse beaucoup, il fléchit un peu ; mais, [dès qu’il est libre, il remonte comme par élasticité à la première position; que je touche de nouveau le bras, il devient subitement léger et obéit à toutes les impulsions *. C’est là une forme de ce qu’on appelle l’électivité, de ce choix que le sujet semble avoir fait plus ou moins à son insu d’un directeur particulier et de cette domination spéciale que le directeur prend à l’exclusion des autres personnes sur tous les phénomènes psychologiques du malade. 11 faut se rappeler que l’électivité intervient fortement dans la catalepsie partielle : ce caractère servira pour son interprétation.
3“ Enfin ce phénomène peut se compliquer de plus en plus. Si on imprime un mouvement au bras au lieu de l’abandonner simplement en l’air, il continue indéfiniment ce mouvement avec la régularité d’un pendule. Ce même mouvement peut aussi être provoqué d’une manière plus indirecte par l’imitation. Certains sujets répètent sans le savoir, et uniquement avec leurs membres anesthésiques, les mouvements que l’on fait