‹ État mental des hystériques (volume 2)Chapitre 82 sur 102 · Antom. psych.,2S · texte numérisé non relu

Antom. psych.,2S

santés discussions psychologiques. J’ai essayé de les faire ailleurs et ne puis les reproduire ici. Il suffit d’en rappeler les conclusions. Il ne me semble pas possible d’expliquer ces faits par un pur mécanisme physique sans aucune intervention de pensée.Lesarguments de Despine ’, qui est le principal représentant de cette conception, nous paraissent tous discutables. L’unité, la coordination de ces contractions musculaires, leur complication, leur relation indiscutable avec des impressions tactiles, auditives, ou visuelles, le choix, l’intelligence, enun mot, qui s’y manifestent constamment, me paraissent au premier chef des phénomènes psychologiques. S’il n’y a aucune sensation, ni aucune pense'e, je ne comprends pas qu’un bras puisse garder la position délicate que je lui donne, distinguer l’attouchement de ma main, lui obéir et ne pas obéir aux autres, répéter des mouvements extérieurs qui ne peuvent être connus que par l’ouïe ou la vue, etc. Tous ces actes sont des actions d’une conscience,les conséquences d’une sensation, d’une vision, d’une audition, d’une préférence; c’est ici l’explication physique qui est mystérieuse et mystique, c’est l’explication psychologique qui est l’hypothèse la moins ,coûteuse et la plus scientifique.

Mais si l’existence de ces phénomènes de conscience est incontestable, leur nature est, au contraire, très difficile à concevoir. Il ne faut pas oublier, en effet, que la personne sur laquelle toutes ces expériences ont été faites exprime son opinion sur les phénomènes de catalepsie partielle. Elle déclare qu’elle n’a absolument rien senti, qu’elle n’a eu aucune pensée à ce sujet et que, si elle en avait, elle n’aurait pas pu les manifester, car elle ne peut absolument pas remuer son bras sans le voir. Nous ne pouvons, pas mettre en doute sa parole, car elle nous affirme uniquement des faits bien

1. Despine, Psychologie naturelle, 1868, i. 490 et Étude scientifique sur le somnambulisme, 1880.

connus et admis de tous. Elle nous dit seulement qu’elle est anesthésique du côté gauche et qu’elle a le syndrome de Lasègue, ce que nous croyons vrai. Eh bien, je ne dis pas qu’elle ment, je dis qu’elle se trompe et qu’elle ignore; j’affirme cette notion paradoxale qui maintenant commence à se répandre en psychologie, c’est qu’il y a dans l’esprit de cette personne des phénomènes psychologiques qu’elle ignore. Qu’il me soit permis de citer un passage d’un psychologue déjà ancien, M. L. Dumont, qui répétait d’ailleurs sur ce point les idées de Maine de Biran : « Les mots conscience et inconscience sont pris tantôt dans un sens relatif et tantôt dans un sens absolu. On dira, par exemple, qu’un phénomène est inconscient (afin d’éviter la confusion je dirais plutôt subconscient) pour exprimer l’idée que le moi n’en a pas conscience, mais sans affirmer par là que le phénomène n’est pas conscient en lui-même et pour son propre compte. La physiologie tend à établir qu’il s’accomplit ainsi dans l’organisme, humain un nombre immense de faits de conscience qui sont, pour le moi, comme s’ils appartenaient à d’autres personnes’. » Ce sont de tels phénomènes que nous avons déjà été amené à supposer pour expliquer les caractères contradictoires de l’anesthésie et de l’amnésie : ils se manifestent maintenant par des mouvements extérieurs et leur importance dans la maladie de l’hystérie va grandir de plus en plus.

Ces phénomènes, tout en étant psychologiques, n’en ont pas moins, par le fait de leur isolement, des caractères très spéciaux-. Ils sont remarquablement simples, ne sont pas continuellement modifiés et arrêtés par d’autres faits qui se confondraient avec eux; ils obéissent aux trois lois fondamentales des phénomènes psychologiques isolés : 1“ Ils sont toujours accompagnés

d. L. Dumont, Théorie scientifique de la sensibilité- 1877, 102.

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