‹ État mental des hystériques (volume 2)Chapitre 91 sur 102 · LES ÉMOTIONS · texte numérisé non relu

LES ÉMOTIONS

Les lacunes de la psychologie normale ont naturellement de fâcheuses conséquences pour la psychologie

l, Zimmermann, op. cit.^ 23 l. J.-J. Rousseau, Confessions, I, 395 Voir des exemples, Autom. psych.,

pathologique : l’émotion est un des phénomènes moraux les moins connus et ses modifications sont bien difficiles à déterminer.

Une des notions les plus nettes qui aient été acquises récemment sur ce point a bien été mise en lumière par les travaux de M. 'William James*. L’émotion n’est pas un phénomène simple, une manifestation de la faculté de la sensibilité, comme on disait autrefois, c’est un ensemble d’une grande quantité de phénomènes élémentaires, un état de conscience complexe : « Plus on y songe, disait Guyau, plus on est effrayé de la complexité de ce qu’on appelle un état de conscience et du nombre indéterminable de sensations simultanées qu’il suppose ^ » Pour être ému, et surtout pour être ému d’une certaine manière, il faut avoir dans la conscience les sensations de toutes sortes d’altérations momentanées qui ont lieu dans tous les organes. Les appareils respiratoires, le cœur, la peau, les viscères, la vessie elle-même « ce miroir de l’âme », suivant le mot d’un chirurgien, sont modifiés d’une manière spéciale dans toute émotion; sentir cette émotion, c’est sentir toutes ces modifications; que l’on ajoute à ces sensations les images du souvenir qui ressuscitent, les mouvements de toute espèce qui sont commencés, produits ou arrêtés, et on aura la notion de cette complexité d’un état émotif.

S’il en est ainsi, je puis appliquer aux émotions les remarques que j’ai déjà si souvent signalées sur les synthèses psychologiques. Il faut, pour les émotions comme pour les sensations, les souvenirs et les actes, distinguer les synthèses actuelles et nouvelles dans lesquelles doit être exécutée consciemment une combinaison nouvelle de sensations et d’images très complexes qui n’ont pas encore été présentées de cette manière et les répétitions plus ou moins automatiques des synthèses anciennes.

1. William James, What is an émotion. From Mind, 1884, principles of psychology, 1890, II, 442.

^ 2. Guyau, la Genèse de Vidée de temps , 1890, 18.

The

Il y a des émotions incessamment nouvelles, différant sans doute les unes des autres par des nuances et que nous pouvons percevoir, c’est-à-dire rattacher à notre personnalité à propos de chaque situation nouvelle, et des émotions anciennes autrefois constituées et qui se répètent aujourd’hui sans rapport avec la situation présente Ces notions ne sont pas purement théoriques, elles correspondent à des faits que l’on peut observer chez les malades.

Sans vouloir rechercher le paradoxe, je crois pouvoir dire que les hystériques ont en réalité moins d’émotions qu’on ne le croit généralement et que leur caractère principal est ici, comme toujours, une diminution des phénomènes psychologiques. Ces malades sont, en général, fort indifférentes, au moins pour tout ce qui ne se rattache pas directement à un petit nombre d’idées

Chez Renée, on a vu disparaître peu à peu le pût de la parure, la coquetterie, la vanité même. Chez d autres, l’amour de la propriété n’existe plus, elles perdent tout ce qui leur appartient et ne s’en préoccupent pas. Berthe, autrefois très peureuse, s’étonne elle-même de son calme; elle va et vient la nuit, regarde des ossements qui l’effrayaient jadis et me demande : « Pourquoi cela ne me fait-il plus rien?» Maria surtout est très curieuse à ce point de vue. Elle ne s’intéresse plus en aucune manière aux choses ni aux gens; accablée de malheurs, conséquences de sa maladie, et réduite à la dernière misère après avoir été dans 1 aisance, elle ne s’aperçoit pas que sa situation est grave. Elle perd de l’argent; quand il ne lui reste plus que quelques sous, elle égare ses vêtements, conserve à peine la robe qu’ellç a sur le corps et ne s’en émotionne aucunement. Il faut remarquer qu’elle est cependant encore intelligente et qu’elle pourrait calculer cette situation; elle le fp peu, mais assez pour s’étonner elle-même de son indifférence : « Autrefois, je tenais tant à mes affaires, main-

21ti ÉTAT SIENTAL DES HYSTÉRIQUES.

tenant tout m’est égal. » Mais il faut remarquer chez cette même malade quelques faits bien plus caractéristiques encore. Autrefois, elle aimait son mari et s’en montrait surtout fort jalouse, elle adorait ses deux enfants. Depuis qu’elle est malade, elle a peu à peu abandonné ses enfants qui ont été élevés par ses sœurs et elle a fini par quitter son mari. Depuis trois ans, au lieu de sa vie heureuse de jadis, elle traîne à Paris l’existence la plus misérable. Pas une fois elle ne s’est préoccupée de son mari ou de ses enfants ; elle a appris indirectement la mort de son mari : « C’est drôle, cela ne m’a rien fait du tout, je n’en ai pas été affligée, mais je vous assure que je n’en ai pas été contente non plus... Cela m’est égal, voilà tout. — Et si je venais vous dire que votre petit Louis (son enfant préféré autrefois) vient de mourir? — Qu’est-ce que vous voulez que cela me fasse? Je l’ai oublié. »

Une autre observation va préciser encore le caractère de cet état. De temps en temps, comme cela arrive chez toutes les hystériques. Maria sort momentanément de son état de faiblesse psychologique. Grâce au repos, à l’alimentation, àla suite de sommeils prolongés, elle perd ses stigmates, retrouve la sensibilité tactile et musculaire, les souvenirs, etc. On assiste alors à un singulier spectacle. Voici cette pauvre femme au désespoir, réclamant son mari, ses enfants, sa maison. Personne ne peut la renseigner ; alors elle pleure, refuse démanger, parle de suicide. On la croirait bien plus malade, alors que précisément elle commence à aller mieux. J’ai souvent remarqué ce fait, en essayant de traiter les aliénés : la première lueur de raison, la lutte contre leurs rêves, les bouleversent et leur amènent des troubles en apparence beaucoup plus graves que leur maladie calme antérieure. Maria est ainsi désolée de l’abandon de ses enfants, honteuse de toutes ses fautes, épouvantée de sa misère, jusqu’à ce que l’état hystérique revienne avec ses insensibilités et son indifférence. Il y a là une véritable apathie

psychologique, une psychapathie, si l’on peut ainsi dire, qui mérite d’être rattachée aux stigmates qu’elle accompagne.

A propos de cette indifférence de Maria pour son mari et ses enfants, je désire signaler incideinment un petit fait qui m’a beaucoup frappé, mais que je signale ayec toutes sortes de réserves comme une observation curieuse à laquelle je ne donne aucune portée générale. Il a été nécessaire de pratiquer chez Maria l’examen vaginal pour une métrite, et cet examen m’a permis de constater deux caractères psychologiques qui sont frappants pendant les périodes de grande psychapathie. 1» Elle n’a absolument aucune pudeur, quoiqu’elle ait reçu une éducation délicate; elle n’est pas obscène, elle est profondément indifférente; 5“ elle est absolument anesthésique des parties génitales et, probablement depuis fort longtemps, elle n’a pas la moindre notion de ce qu’on appelle le sens génital. J’ai surpris des conversations bizarres sur ce point. D’autres femrnes soutenaient devant elle que le plaisir 'était nécessaire pour la fécondation. « Mais, dit Maria, j’ai eu des enfants et je ne sais pas encore pourquoi on prétend qu’il y a là un plaisir. »

Examinons maintenant les mêmes faits dans 1 autre période que j’ài signalée. Constatant que la sensibilité revenait sur tout le corps, j’ai voulu vérifier s’il y avait une modification semblable sur les parties génitales. La vérification a présenté une difficulté imprévue, car la pudeur de cette malade était devenue très délicate. La sensibilité génitale, comme je m’y attendais, était complète et, à ce même moment. Maria pleurait son mari et ses enfants. Que l’on interprète l’observation comme on voudra, je n’insiste que sur une seule chose : Les sentiments de famille, les émotions affectives, la pudeur et la sensibilité génitale disparaissent et réapparaissent simultanément chez cette femme. Lequel de ces phénomènes amène les autres à sa suite? La sensi-

bilité génitale est-elle un centre autour duquel les autres synthèses psychologiques se construisent? Je ne veux tirer aucune conclusion. Il faudrait rencontrer beaucoup de faits du même genre et les mieux analyser que je n’ai pu faire pour entreprendre l’étude de ces émotions.

C’est là, sans doute, un cas fort exagéré et c’est pour cela que je l’ai choisi ; mais si on examine les autres malades à ce point de vue, on verra plus souvent qu’on ne le croit des faits semblables. Les hystériques perdent surtout rapidement les sentiments sociaux, les émotions altruistes, peut-être parce qu’elles sont les plus complexes de toutes. Berthe, qui a conservé quelque temps de l’affection pour son frère, finit par s’en désintéresser complètement; elle se plaint elle-même de ne plus pouvoir aimer sérieusement. Marcelle, dès le début de sa maladie, se séparait de tout le monde. On a remarqué très vite qu’Isabelle voulait s’isoler. Toutes, en effet, arrivent très vite à une sorte de sauvagerie, de misanthropie qu’elles essayent en vain de dissimuler. Elles veulent, disent-elles, penser toutes seules; et en effet leur penchant à la rêverie entre pour quelque chose dans leur isolement. Mais, en réalité, elles n’aiment pas la société, elles perdent peu à peu leurs amitiés et leurs affections.. Durant leur maladie, elles sont ordinairement incapables d’acquérir des sentiments sérieux de reconnaissance et de sympathie. En exceptant la passion somnambulique qui est un phénomène tout spécial, elles oublient les personnes en quelques instants et en réalité ne les ont jamais aimées.

Il est bien évident qu’il y a ici, comme toujours, des variantes et des degrés selon la gravité de la maladie. Au début, Marcelle garde ses affections anciennes, mais ne peut faire la connaissance de personnes étrangères. D’autres auront simplement de la peine à comprendre les personnes qui les entourent, à pénétrer leurs sentiments, à sympathiser avec elles. « C’est étonnant, répète

Bertheà chaque iaslant, combien le inonde est changé; autrefois je rencontrais souvent des personnes bonnes et affectueuses, maintenant je n’en vois plus jamais. » Elle ne se figure pas qu’elle paraphrase un mot de Rousseau : «Pourquoi faut-il qu’ayant trouvé tant de bonnes gens dans ma jeunesse, j’en trouve si peu dans mon âge mûr? Lenr race est-elle épuisée* ?»

Cette disposition générale plus ou moins développée explique un caractère qui est bien connu : c’est l’égoïsme des hystériques. Despine l’avait déjà bien remarqué dans son observation d’Estelle. « Cette jeune fille, dit-il, ne s’occupe que d’elle; elle ne s’occupe des autres que par rapporta elle, ou bien elle ne le fait que par complaisance et toujours avec répugnance et fatigue, parce que le moi est le mobile de toutes ses actions . »

« C’est toujours leur personnalité qui domine, disait plus tard M. Huchard, leur moi qui est enjeu; c’est qu’elles sont souvent égoïstes, ne pensant qu à elles, a leurs petites comme à leurs grandes misères ^ » Cet égoïsme se manifeste de diverses façons; c’est lui qui se joint à ce besoin de soutien moral qu’elles éprouvent toutes et qui crée leur vanité, leur besoin d’étre remarquées, d’être écoutées, d’être dirigées.

Il est vraiment curieux de voir leur personnalité si faible, leur moi si incomplet jouer un si grand rôle et absorber toutes les forces de leur intelligence. Cela s’explique néanmoins. Aimer autrui, c’est-à-dire corn' prendre autrui, c’est en réalité une activité mentale de luxe II faut, pour y parvenir, ajouter à la synthèse de nos propres phénomènes psychologiques ceux des autres et construire dans notre pensée une synthèse plus vaste que celle de notre propre personnalité. Ces pauvres êtres n’arrivent pas à se comprendre eux-mêines, ils n’ont pas assez de force pour construire complètement

d. J. J. Rousseau, Confessions, I, 261.

3'. M^^HuoHARuri^œurs des hyst. Archiv. de neuroL, 1882, 1 202.

leur propre personnalité : aussi est-il bien naturel qu’ils n’essayent pas de s’assimiler celle des autres. L’égoïsme est, chez les hystériques, un résultat de la faiblesse mentale, de la diminution de toutes les émotions sympathiques.

Nous sommes déjà accoutumés aux contrastes que présente l’état mental des hystériques, aussi ne seronsnous pas très surpris d’apprendre que ces malades apathiques, inémotionnables, sont en même temps, à un autre point de vue, extrêmement excitables et susceptibles d’émotions très exagérées. Chez certaines malades, la susceptibilité est en effet énorme; un accident quelconque, un mot, un regard provoquent un bouleversement tout à fait disproportionné. Witm. et Marguerite se fâchent pendant des semaines entières, parce que, disent-elles, on les a regardées de travers. Gélestine a des colères terribles. Louise sursaute de terreur et pleure dès qu’elle entend quelqu’un entrer. Berthe a des désespoirs inconsolables, etc.

Ces émotions, dont il faut reconnaître l’existence, ont, à mon avis, des caractères bien nets qui les séparent des émotions normales.

1“ Elles sont très exagérées dans leurs manifestations ; la facilité avec laquelle on les modifie par une distraction, le peu de traces qu’elles laissent d’ordinaire dans l’esprit nous montrent qu’il y a souvent bien peu de sentiment réel au-dessous de ces grands cris et de ce désespoir *.

2“ Quand l’émotion est réelle, elle n’est pas en rapport suffisant avec la circonstance qui l’a provoquée, elle est disproportionnée, sans nuances, sans justesse. Au lieu de changer incessamment suivant les mille incidents de la vie, elle a une régularité mécanique et reste toujours la même. Quand nous sommes irrités contre quelqu’un, nous pouvons l’être de cent ma-

l. Autom. psych., 214.

les modifications du caractère. 221

nières différentes, qui se traduisent unjourpar un geste, un jour par telle ou telle parole, un autre jour par des coups. Quand Gélestine se met en colère, ce' n’est pas si compliqué, elle a toujours et partout la même colère. Rougir, crier très fort, dire des injures, toujours les mêmes, frapper les gens à coups de poing et casser quelques carreaux, c’est absolument réglé. Quelquefois ce défaut d’adaptation de l’émotion aux circonstances est encore plus net et les malades ont des sentiments contradictoires inverses de ceux qu’ils devraient éprouver dans la réalité. Renée se met à pleurer quand elle devrait être heureuse; elle éprouve le besoin de dire des choses désagréables aux personnes qu’elle aime le plus, ou elle se prend à caresser ceux qu’elle déteste. R semble qu’il y ait un mécanisme qui règle tout ce développement des émotions et que ce mécanisme soit troublé comme dans les phénomènes de l’allochirie ou de l’étérocinésie.

3“ Chez une même malade, les émotions dillerentes sont très peu nombreuses. Il semble que chacune ait la sienne, toujours la même. Louise est une peureuse : toutes les impressions, quelles qu’elles soient, amènent la peur. Gélestine est une coléreuse, toute excitation, une surprise, une mauvaise nouvelle, aussi bien qu’une réprimande, provoquent une colère ou plutôt sa colère. Que l’on essayé d’émotionner Rerthe de diverses manières, par une douleur, une surprise, une moquerie, etc., elle réagira toujours de la même manière, par une sorte de désespoir qui est son état émotionnel à elle. Elle pâlit, pleure, étouffe, gémit ces paroles : « Que je suis malheureuse! Quel être inférieur je suis! Pourquoi vivre encore? je suis maudite. » Et ce sera toujours la même chose, on dirait quelle récite une leçon.

Et, en effet, elle récite : son émotion n est pas une émotion actuelle, ce n’est pas une synthèse de phénomènes créée par son esprit au moment où je lui parle

et en rapport avec le mot que j’ai prononcé. C’est une émotion ancienne construite peu à peu à la suite de ses malheurs de famille et de ses chagrins trop réels. Cette émotion s’est systématisée, et elle est toute prête à fonctionner maintenant, à tort et à travers. Il y a, en un mot, des émotions automatiques comme des actes automatiques, et celles-ci, comme toujours, sont conservées et exagérées chez les hystériques. Il est juste d’ajouter que cette exagération de l’émotion ancienne tient au caractère général de l’esprit des hystériques, au rétrécissement du champ de leur conscience qui les oblige à avoir sans cesse des idées isolées, sans pensées antagonistes, sans contrepoids. « Une impression donnée, disait justement M. Laurent, venant effacer brusquement les idées antérieurement existantes, l’hystérique se trouve dans la situation d’un homme qui apprend tout d’un coup, ou voit quelque chose à quoi il ne s’attend pas. Cette impression chasse les autres idées et, dominant l’intelligence, cause selon sa nature l’étonnement, la peur, la joie sans être contre-balancée par rien*. » Nous verrons avec plus de précision, en étudiant les suggestions, cette puissance que prend un phénomène automatique grâce à la faiblesse présente de la perception personnelle.

Après avoir remarqué ce caractère général des émotions qui subsistent chez ces malades, il faut voir sous quelles formes particulières elles se présentent le plus souvent, quelles sont les espèces d’émotions les plus fréquentes. Presque toutes les émotions simples, la joie, la gaieté, la surprise, la peur, etc., peuvent se développer, surtout chez celles qui ne sont pas assez malades pour ne plus comprendre du tout les situations nouvelles, et chacune de ces émotions envahira totalement l’esprit, avec cette exagération et cette ré-

1. L. Laurent, De l’état mental des hystériques. Archives cliniq. de Bordeaux, sept. 1892, 4.

gularité. Mais il faut reconnaître que les émotions tristes, déprimantes, sont de beaucoup les plus fréquentes. On a souvent signalé une distinction assez juste entre l’hystérie de l’homme et celle de la femme. On représente la femme hystérique comme agitée, remuante, gaie, riant aux éclats, faisant mille folies, et l’homme, au contraire, comme plus triste, plus mélancolique et inerte. Les choses se présentent le plus communément de cette manière, et il est certain que l’hystérie de l’homme, « ce renversement des lois constitutives de la société », selon Briquet*, est plus pénible, plus cruelle que celle de la femme. Un homme souffre plus de cette inertie, de cette destruction de toute force vive, et son affaiblissement moral étonne davantage.

Mais, derrière cette différence apparente, il y a un fond de ressemblance, et l’hystérie est toujours la même. C’est la mélancolie et la tristesse qui sont les sentiments dominants chez les femmes comme chez les hommes. Toutes les malades dont j’ai parlé sont tristes et désespérées; l’ennui continuel, le dégoût de la vie, la peur', les terreurs, l’extrême désespoir, voilà ce qu’elles expriment toutes continuellement. Les éclats de gaieté folle sont des accidents au milieu d’une tristesse très monotone. Elles justifient une pensée souvent exprimée par les philosophes, et reprise récemment par M. Féré, « la sensation de plaisir se résout dans une sensation de puissance, et la sensation de déplaisir dans un sentiment d’impuissance'^ » . J’irai même plus loin; et, malgré la vanité hystérique qui existe quelquefois, mais dont on a fort abusé, je dirai qu elles sont très souvent humbles, incapables de rien affronter, découragées pour un rien, et comme honteuses. Celles qui ne s’aperçoivent pas du tout de leur état

Page 1