‹ État mental des hystériques (volume 2)Chapitre 92 sur 102 · Fbré, Sensation et mouvement · texte numérisé non relu

Fbré, Sensation et mouvement

sont les plus rares ; la plupart ont reconnu avant nous qu’elles avaient perdu toute volonté et tout sentiment, et elles sont dégoûtées de leur existence misérable.

« Je me trouve folle, cela m’ahontit, » dit l’une. « Je suis bête, ce n’est pas la peine que l’on me connaisse comme cela, » dit une autre. Et toujours-le même refrain : « Je n’étais , pas ainsi autrefois. » Ces caractères sont peut-être moins pittoresques, mais ils sont plus vrais que ceux de la légende.

Un autre groupe d’émotions dérive de leur égoïsme; très préoccupées de leur faible personne, elles réclament tous les soins et tous les égards, elles demandent à autrui la force morale qu’elles n’ont pas en elles-mêmes, et se trouvant toujours impuissantes, elles se croient toujours négligées. Elles se représentent avec peine la force, le bonheur d’autrui, et • sont extrêmement jalouses, très irritables et très colères. La jalousie, cette grande passion des petits esprits, fait le tourment continuel des hystériques, elle est un complément presque nécessaire de la passion somnambulique que nous avons déjà signalée. Il y a quelquefois chez elles une véritable souffrance à la pensée du plaisir d’autrui. Je signale seulement toutes ces perturbations m-orales qui sont très curieuses et probablement très régulières comme tous les phénomènes de l’hystérie. Leur étude formera plus tard le point^ de départ de la morale, aujourd’hui la psychologie n’est pas encore capable de les analyser.

g 3 — quelques dispositions particulières

Je n’ai décrit que des traits généraux et simples du caractère, qui peuvent produire, par leurs combinaisons et sous l’influence de circonstances déterminées, toutes sortes d’attitudes et d’actes particuliers. 11 est impossible d’entrer dans cette description, qui se rap-

procherait plutôt du roman de mœurs que de la clinique médicale. Mais les hystériques, ayant attiré l’attention depuis longtemps, ont une réputation et une légende, et on leur prête certaines conduites spéciales comme tout à fait caractéristiques. Il est nécessaire de dire ce que je crois juste dans ces récits, et je le ferai en peu de mots.

Après avoir accusé les hystériques de tous les crimes de la sorcellerie, et leur avoir reproché de cohabiter tous les samedis avec le diable déguisé en bouc, on a longtemps conservé un souvenir vague de ces superstitions, et on a soutenu que ces malades avaient un caractère éminemment érotique. Cette croyance se rattachait à la théorie utérine de l’hystérie dont Briquet a fait si bonne justice. Aujourd’hui, cette querelle étant terminée, on peut examiner les choses de sang-froid. L’érotisme existe, à mon avis, dans l’hystérie comme toutes les idées fixes possibles. J’ai recueilli 4 observations sur 120, où il joue un rôle tout à fait prédominant. Cela n’a rien de bien étrange, les passions amoureuses, les désirs sexuels, doivent exister chez ces personnes, la plupart jeunes, absolument comme chez les autres. Les hystériques entendent parler d’amour, en voient et en lisent des descriptions, pourquoi leur esprit, si prompt à s’impressionner, si docile à toutes les influences, résisterait-il à celle-là ? Dans le délire hystérique surtout, dont je parlerai plus tard, les malades parlent très souvent d’amant, de mari, de viol, de grossesse, etc., mais on ne peut mettre dans son délire que ce que l’on a dans l’esprit. Ces-choses sont la grande préoccupation des personnes de cet âge et quelquefois des autres ; il est tout naturel qu’elles les manifestent dans leurs rêves. Est-il bien prouvé qu’un nombre égal de jeunes femmes ayant d’autres délires d’une origine quelconque ne parleraient pas exactement de la même manière?

On a beaucoup insisté également sur la coquetterie

de ces malades, « qui aiment à mettre des fleurs au chevet de leur lit, à s’orner la tête de rubans rouges et bleus, etc.‘ «.«Je ne suis pas disposé à accorder une grande importance à ce symptôme. Les hystériques m’ont paru beaucoup plus souvent négligentes que coquettes et la conservation du soin dans la toilette me paraît plutôt un signe favorable. Quand la coquetterie existe, elle se rattache naturellement à cette vanité, à cet égoïsme qui ont été signalés comme caractéristiques beaucoup plutôt qu’à l’érotisme proprement dit.

En un mot, à l’exception de quelques cas spéciaux et fort explicables, les hystériques en général ne sont pas plus érotiques que les personnes normales. Leur anesthésie physique et morale, ce resserrement de l’esprit sur lui-même, ne les prédispose pas aux passions amoureuses. Elles sont plus fréquemment frigides que sensuelles ; elles sont plutôt capables d’oublier leurs anciennes affections que de les augmenter. Il ne faut pas se tromper grossièrement, prendre pour de l’amour ce besoin enfantin qu’elles ont d’être conduites et consolées et considérer comme caractéristique d’une maladie un tempérament de quelques-unes.

Une question plus récente me semble aussi susceptible d’une solution du même genre. Beaucoup de moralistes ont prétendu que le caractère psychologique des hystériques était la disposition au mensonge, la dissimulation et surtout la simulation perpétuelle. J’ai déjà dit autrefois ce que je pensais de ce prétendu axiome^, et je suis heureux que M. Gilles de la Tourette ait approuvé ma discussion^. Je crois encore aujourd’hui que tous les défauts et tous les vices possibles peuvent se rencontrer chez les hystériques comme chez

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