‹ État mental des hystériques (volume 2)Chapitre 95 sur 102 · Autom. psyck · texte numérisé non relu

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devient vrai, si l’on veut, parce qu’il a perdu toute valeur, qu’il confond tous les phénomènes et n’est plus bon qu’à nous tromper. Le mensonge, comme le péché, sont des mots de la langue du moraliste qui ne doivent pas avoir de place dans la langue médicale.

Un dernier problème, enfin, a été soulevé fréquemment. Que faut-il penser du suicide des hystériques? Je ne puis que renvoyer le lecteur à la leçon de M. Pitres ‘ sur ce sujet, dont je partage les opinions. Les idées de suicide sont fréquentes chez ces malades et semblent un aboutissant naturel de leur disposition à la mélancolie et au désespoir. On peut aussi les rattacher à l’aboulie des hystériques : la mort semble un moyen si facile pour les paresseux de trancher tous les problèmes de la vie. Quant à l’exécution de cette idée, elle est analogue à celle de toutes les autres idées fixes impulsives. Si la désagrégation de l’esprit est grave, si l’idée fixe est forte, elle se réalise parfaitement. Legrand' du Saulle a rapporté trois cas de suicide suivi de mort chez des hystériques. M. Pitres en a rapporté un. M. Gilles de la Tourette un; parmi les malades que j’ai citées. Maria a été retirée de ta rivière à demi asphyxiée. Cette idée de suicide n’est donc aucunement une plaisanterie et je pense qu’un médecin doit prendre des précautions contre une semblable idée même quand elle se présente dans l’esprit d’une hystérique.

Très souvent, heureusement, les idées fixes impulsives ne sont pas exécutées. De même que Célestine ne casse pas les carreaux aussi souvent qu’elle en a envie, de même une malade ne se tue pas toujours parce qu’elle pense au suicide. En général, comme le dit M. Pitres, ces actes impulsifs sont mal préparés, précisément parce qu’ils ne sont ni réfléchis ni volontaires. La moindre difficulté, la moindre émotion intercurrente permet à la conscience de se ressaisir et change le cours des idées.

l. Pitres op . cit ., II, 47. Gilles

Tourette, op . cit ., 337.

Le récit suivant, fait par une malade, Berthe, dont j’ai souvent parlé, me dispensera de commentaires.

« Je l’aimais tant et grand'maman ne voulait pas !... Oh ! j’aurais résisté à tout, car je le sentais toujours à côté de moi pour me soutenir... Il fallait en finir... Je suis sortie de la maison la nuit, sans faire de bruit, pour aller me noyer dans le grand étang. Oh ! que c’était joli ; la montagne toute noire en face, la lune au travers des sapins et, dans l’eau brillante, des fleurs blanches qui riaient de moi. Je me suis mise à pleurer comme une bête et je suis rentrée sans plus savoir ce que j’étais venue faire. »

En étudiant ce caractère que je viens de résumer et d’attribuer aux hystériques, le lecteur fera sans doute une réflexion qui m’est souvent venue à l’esprit. Ces traits appartiennent peut-être aux hystériques, mais ils appartiennent aussi à bien d’autres malades, c’est là un caractère, en somme, assez banal. L’inattention, la faiblesse de pensée, la rêverie, l’aboulie, l’idée fixe, l’absence d’émotions nouvelles et l’excès des émotions banales sont des choses que l’on retrouve bien.souvent. Les malades atteints de la folie du doute, les obsédés, les impulsifs, nous présentent le même tableau : il est vrai qu’ils sont tout à fait les proches parents des hystériques. Bien mieux, si on lit les belles descriptions de M. Lombroso sur les criminels, on sera étonné de retrouver exactement les mêmes observations ; il semble que très souvent M. Lombroso fasse allusion à des hystériques abouliques. Les imbéciles, que décrivait récemment M. Sollier, quand ils ne sont pas trop inférieurs, ont les mêmes faiblesses et les mêmes défauts. Enfin il est une dernière comparaison qui s’impose. Ce défaut de synthèse, cette instabilité, cet égoïsme naïf accompagné de jalousie et de colère, se retrouvent exactement dans un état qui n’est aucunement maladif, dans l’enfance. Qui donc n’a pas dit cent fois, en examinant une hysté-

rique, que ce n’est qu’un grand enfant? L’hystérique, comme une grande catégorie de malades, n’a plus qu’une puissance de pensée égale k celle de l’enfant. Mais ce qui, chez l’enfant, est normal, parce qu’il n’agit pas seul, parce qu’il a peu de pensées à comprendre, devient maladif à vingt ans, quand l’esprit trop faible ne sait plus coordonner des souvenirs et des sentiments accumulés par les années. Le caractère de l’hystérique n’est rien d’autre que le caractère des esprits faibles, des enfants.

Si l’on cherche à retirer des descriptions précédentes les traits de caractères qui ne se retrouvent pas aussi nettement chez tous les esprits faibles en général et qui appartiennent à peu près en propre à l’hystérie, on remarquera surtout deux traits pai’ticuliers ; le caractère est mobile et contradictoire. La malade ne reste pas longtemps dans une même disposition morale, élle passe k chaque instant de l’alfection à l’indifférence, de la gaieté k la tristesse, de l’espérance au désespoir; elle semble être dans un équilibre instable et tomber à chaque instant soit d’un côté, soit de l’autre. D’autre part, il n’y a pas un seul trait de caractère qui ne soit k chaque instant contredit par quelque action en apparence tout k fait différente ; les hystériques paraissent inintelligentes et très vives, apathiques et émotionnables, hésitantes et entêtées. Ces deux caractères ne doivent plus nous surprendre, puisqu’ils ont été décrits dans tous les chapitres de ce livre. Ils ont toujours, k notre avis^ la même signification; ils montrent le défaut d’unité de l’esprit, la diminution de la synthèse personnelle et la conservation des phénomènes automatiques qui réapparaissent avec un développement exagéré.

Cet état mental se manifeste donc dans le caractère et dans les émotions comme dans les sensations et les souvenirs ; mais il nous a paru beaucoup plus net dans les phénomènes précis qui ont été étudiés à part.

les modifications du caractère. . 233

C’est par l’étude des stigmates mentaux que doit être diagnostiquée et comprise la maladie de l’hystérie. Chacun d’eux nous montre très bien que le sujet est diminué dans sa personnalité et qu’il n’est plus maître de sa propre pensée.

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