Legrand du Saülle, État physique et état mental
Enfin, chez les hystériques, la plupart des perceptions soit intérieures, soit extérieures, sont très insuffisantes, les rêveries plus ou moins conscientes, les hallucinations même se mélangent avec la perception normale. Peut-on espérer que, dans leurs interrogations, elles vont faire minutieusement le départ de tous ces phénomènes? Sauront-elles toujours séparer ce qui est un rêve et ce qui est réel ? Que de gens à peu près normaux ne savent pas le faire : « Je n’ose plus parler, me disait une malade, je sens bien que je ne vois plus les choses comme elles sont. Ne croyez pas ce que je vous dis, c’est peut-être faux. «Les mêmes difficultés se présentent dans l’examen de tous les aliénés; cependant, on ne dira pas que l’esprit de simulation est caractéristique des mélancoliques ou des persécutés.
J’ajouterai encore une remarque, c’est que ce sont les hystériques elles-mêmes qui ont contribué à établir cette réputation et qui s’accusent très souvent de mensonge à tort et à travers. Renée a aujourd’hui à chaque instant des idées fixes et des tics dont nous constatons bien la réalité et voici cependant comment elle s’exprime à propos des idées fixes plus anciennes qui ont disparu ; « Je me tenais de travers, je ne sais pas pourquoi. Mes camarades de pension m’ont dit que j’avais une hanche plus grosse que l’autre et que j’étais malade. Elles m’ont si bien persuadée qu’elles m’ont envoyée consulter un médecin. Vous figurez-vous que j’y ai été etque jeluiai demandé pourquoi j’avais la hanche plus grosse d’un côté. Le médecin me dit : « Vous ne vous tenez pas droite. » Et moi, c’est par trop fort, je lui ai soutenu que je me tenais droite. Je sais pourtant bien maintenant que je me tenais de travers; pourquoi ai-je dit le contraire? Que voulez-vous, j’ai menti, c’est évident. » Mais non, ce n’est pas évident du tout; elle était dans un état d’esprit particulier qu’elle ne comprend pas et qu’elle explique elle-même par l’hypothèse grossière du mensonge, comme le ferait encore aujour-
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d’hui un ignorant en présence d’un spasme par idée fixe. M. Paul Richer* a publié une lettre fort intéressante d’une hystérique qui devait présenter des phénomènes du même genre et qui veut, elle aussi, tout expliquer par la simulation, tout en reconnaissant cependant qu’elle n’avait pas les idées très claires. On verra de nombreux faits de ce genre chez les malades qui essayent d’expliquer leur somnambulisme ou leurs suggestions. Les médiums du spiritisme, quand ils sont devenus vieux et sont guéris de leur écriture automatique, prétendent eux-mêmes qu’ils ont simulé ^ Il ne faut pas toujours que le médecin accepte sans contrôle l’interprétation naïve que le malade donne de sa propre maladie mentale.
Ce problème de la simulation hystérique est, à mon avis, en grande partie une question de mots. Que doiton entendre par mensonge, par simulation ? Prend-on le mot comme on doit le faire dans son sens précis, comme désignant une tromperie réfléchie ef volontaire? Je dis qu’elle existe alors chez ces malades, comme chez les autres personnes, à titre de caractère individuel, ou comme résultat d’une mauvaise éducation. Je crois aussi que, dans des cas exceptionnels, elle peut exister à titre d’idée fixe suggérée et très accidentelle. Mais je ne pense pas que l’on puisse en faire un caractère spécifique de la maladie. Prend-on, au contraire, comme cela arrive trop souvent, ce mot simulation dans un sens infiniment vague, comme une modification quelconque de la vérité, comme une altération psychologique indéterminée, je dis que, dans ce cas, la simulation peut résumer toute l’hystérie et même toutes les maladies mentales possibles. Il est clair que toutes ces maladies consistent à penser et à sentir ce qu un homme normal ne devrait ni penser ni sentir. Le mot