II. I ■ . 1 ■ I ■ ■ ^ I
(1) En 1250, saint Louis, en reconnaissance des services que les Maronites lui avaient rendus pendant la croisade, leur octroya une charte par laquelle il s'engagea, pour lui et ses successeurs, à leur prêter aide et assistance, en toute occasion, comme aux Français eUa>mêmes, Quatre siècles après, Louis XIV, par lettres patentes du S6. août 4649, déclarait < prendre sous sa protection et spéciale saû* vegarde le très-révérend patriarche et toits les chrétiens maronites, êcclèsia8tiqv>es et séculiers, lesquels habitent particulièrement le Li^ ban >.
(2) Blue boolc, loc, laui. ; *- Poujade , Le Liban et la Syrie, 1860, donne à peu près le même nombre. La notice mentionnée précédemment de l'archevêque maronite de Saïda porte 482,000 âmes.
(3) Voy. ch. II.
(4) Cette dénomination de cheikh s'applique, dans la Montagne, à tous ceux qui, par leur naissance, leur âge, la nature de leurs fono tions, sont placés à la tête d'une agglomération d'individus : ainsi le supérieur d'un couvent, le chef d'un village, Vancien d'une famille nombreuse, etc.
52 inthodugtion.
Sous le rapport religieux, la population de l'empire ottoman se divise en :
Musulmans 18,938,000 (i)
Chrétiens 9,465,000
Israélites 150,000
BIUSULBIANS.
L'islamisme est professé par les Osmanlis, les Arabes» les Tatars, les Turkomans, les Tcherkesses, les Kurdes» et aussi par un certain nombre de Slaves et d'Albanais.
Les Slaves musulmans se composent de Serbes et de Bulgares. Les premiers sont les descendants des anciens nobles bosniaques, qui, au moment de la conquête, embrassèrent l'islamisme afin de garder leurs privilèges. Les Bulgares musulmans sont désignés sous le nom de Pomaks; ils habitent, au nombre de 55 à 60,000, le district de Lovdscha» dans le vilâïet du Danube (2).
Les Albanais musulmans se convertirent à peu près dans le même temps que les Bosniaques» mais sans parvenir comme eux à fonder une aristocratie féodale» au milieu de leurs compatriotes devenus chrétiens. Ils forment la majeure partie de la population skipétare.
(1) C'est, à 8,000 près, le chiffre donné par la Turquie, 23 juin
(2} D'où le nom de Potmk nahiyèh, donné à la contrée. Boue, II, 24.
Tchinganés et Mamins. — Au groupe musulman se rattachent encore, d'après les statistiques officielles, les Tchinganés et un petit groupe de juifs de Salonique, appelés mamins (en turk deunmèh), qui suivent extérieurement les pratiques de l'islamisme, bien qu'on les soupçonne de judaïser en secret. Ils sont de 6 à 7,000, ne se mariant qu'entre eux et vivant tout à fait isolés des musulmans , auxquels ils sont assimilés civilement (1).
Sectes musulmanes. — Enfin, il convient de classer parmi les musulmans un certain nombre de sectes , répandues dans la Syrie et le Liban , et qui se rattachent originairement à l'islamisme, comme les Metualis, les Druses, les Yezidis> etc.
Les Metualis sont musulmans chiites, et, comme tels, en abomination aux Osmanlis et aux Arabes sunnites (2).
Les Druses, bien qu'affectant les dehors de l'islamisme, suivent en secret, en vertu du taquiyèh, ou faculté de dissimuler la foi intérieure, la doctrine de Hakem (3), sectaire arabe du dixième siècle, qui prétendit fonder une religion nouvelle, en se donnant lui-même comme la Divinité. Au fond, il ne faisait que reproduire certaines idées des chiites sur Ali et sur le Medhi, dernier imam, qu'ils croient caché dans le monde jusqu'au jour marqué où il apparaîtra pour
(i) Voy. Porter, Observations on religion, etc., London, i768.
(2) Lettres sur la Turquie, I, 72.
(3) El-HakemrBi-Atnr'AUah « gouverneur par Tordre de Pieu », troisième khalife fatimitc.
54 INTR01>UCTI0N.
établir son khalifat universel (1). La religion des Druses est encore très-imparfaitement connue. Chaque vendredi, après le coucher du soleil, ils s'assemblent dans les lieux consacrés à leur culte, et adressent à l'Être suprême une invocation dans le ton des lamentations des Israélites demandant la restauration du temple de Jérusalem. Leurs livres sacrés, au nombre de sept, sont enfermés dans un coffre en argent, qu'ils considèrent comme leur arche, et qu'une cachette mystérieuse dérobe à tous les regards.
On sait qu'ils se partagent en deux classes : les akkal c initiés » et les dj'âhel c ignorants »• Les premiers paraissent professer un pur déisme.
La religion des Yezidis apparaît comme un mélange confus du manichéisme, du mahométisme et des croyances des anciens Perses. Ses dogmes n'ont été formulés nulle part par écrit, et tout ce qui en a été rapporté repose sur des témoignages oraux, recueillis par divers voyageurs. Les Yezidis mentionnent à la vérité dans leurs conversations un livre appelé assouad (le noir), qu'ils disent avoir été composé, il y a cinq ou six siècles, par le cheikh Adi (2), et qui contiendrait leurs lois et leur morale. Mais comme ce livre n'a jamais été vu par personne, et que ceux qui en parlent
(1) Sylvestre de Sacy, Exposé de la religion des Druses, 1838, 2 vol. in-8**, — Mémoire du Rév. A. Tien, dans les Mémoires de la Société asiatique de Londres, 1865.
(2) Le tombeaa de ce cheikh se trouve à Amadia, 1« viUe sainte des Yezidis, située à une vingtaine de lieues au N.-E. de Mossoul. La tribu de Cheikh-ban, à qui est confiée la garde de ce tombeau, est réputée la plus noble de toutes, et le cheikh qui la gouverne est considéré comme le chef religieux de tous les Yezidis.
ne le connaissent pas, son existence parait très-problématique. Cette absence de loi écrite est la princi-pale cause de l'aversion que les musulmans témoignent à ces sectaires, qu'ils considèrent comme, idolâ*tres(l). On sait en effet que les mahométans établissent une grande distinction, parmi les non-musulmans, entre les kitabi^ c*est-à-dire ceux qui ont une révélation, un livre (kitab), comme les juifs^ les chrétiens, et les fwn-kitabi (2).
Un seul point paraît avoir été mis hors de doute, c'est le culte que les Yezidis rendent au diable, comme au principal agent de la Divinité. Les divers prophètes. Moïse, Jésus-Christ, Mahomet, ne sont à leurs yeux que des incarnations plu« ou moins parfaites de Satan (3).
Le même mystère enveloppait la doctrine des Anseh riyèhs, lorsque, il y a trente ans, un journal de Smyrne, VEcho de VOrient, annonça la prochaine publication d'un catéchisme de leur religion, d'après un manuscrit découvert en Syrie par M. J. Catafago. Ce catéchisme» divisé en deux parties, l'une dogmatique, l'autre pratique, était rédigé, pour ce qui regarde la doctrine, par demandes et par réponses. Il expliquait en quatre-vingt-dix-sept questions la théologie entière du nessaïrisme, qui ne serait, paraît-il, qu'un com*
(1) D'après la eroyance du bas peuple lurk, au jour du jugement les Juifs chevaneheront sar les épaules des Yezidis pour aller en enfer,
(2) Lettres sur la Turquie, U, 3. — Cf. Belin, n« 11.
(3) Voy. sur les Yezidis, outre les ouvrages cités précédemment, Ferrier, La Syrie sous le gouvernement d$ Méhimet-Ali , 1840i p.. «13.
posé d'emprunts faits au sabéisme, au mosaïsme, au christianisme et au mahométisme.
€ D'un côté, l'on voit le système du culte du Soleil et de tous les autres astres, adorés tantôt sous leur forme propre, tantôt sous des emblèmes figurés, et divisés en plusieurs hiérarchies ou divinités graduelles.
« D'un autre côté. Ton observe le système d'une frtm>^ formée de trois principes dis^înc^^, mais indivisibles^ nommés : 1^ le Mana (le Sens ou la Signification) ; 2° VIsm (le Nom) ; S^ le floô (la Porte). Ces trois principes ne forment cependant qu'un seul pouvoir, une seule divinité. Le premier, par la coopération des deux autres y s'est manifesté aux hommes, à différentes époques, sous la forme humaine : la première fois, sous le nom d'Âbel ; la deuxième, sous le nom de Seth; la troisième, sous celui de Joseph ; la quatrième, de Josué ; la cinquième, d'Asaph ; la sixième, de Pierre (l'apôtre); la septième, d'Ali, fils d'Abou- Tâleb, que les Ansariyèhs regardent comme leur Dieu particulier et auquel ils donnent le titre figuré de « prince des abeilles » (emir-el-nahl)^ par allusion aux vrais croyants.
n La Divinité, après sa dernière manifestation aux hommes dans la personne d'Ali, a disparu et s'est cachée dans le Soleil ; mais elle n'a pas cessé d'exister sous l'espèce du vin que l'imam consacre dans la célébration de l'office. Les âmes des fidèles passent, après leur mort, dans les astres , et celles des pécheurs dans des corps animés, où elles évoluent jusqu'à ce qu'elles se soient purifiées et s'élèvent, elles aussi, dans les astres.
<c Quant à la partie pratique de la religion des Ansa-
LA POPDLATiON, LES RAGES £T LES RELIGIONS. 57
riyèhs, elle consiste en un grand nombre de prières (i) et de cérémonies aussi curieuses qu'intéressantes , telles que : l'initiation {teznir), la cérémonie du mariage, la célébration de la messe ou consécration du vin, etc. (2). »
Les Ansariyèhs se divisent en quatre sectes ou rites : Chemsi, «adorateurs du soleil y>\Camari, « adorateurs de la lune j>; Ketteizi, ce chaufournier », et Chemâli^ « de gauche ou gaucher » . Quant au sens mystique de ces deux dernières dénominations, on Tignore.
Les Ismaïliens sont les restes des anciens hachichin, <K mangeurs de hachich », des historiens des Croisades, d'où est venu par corruption notre mot assassin (3). Ils habitent, au nombre de 500 à 600 familles, à côté des Ansariyèhs, mais sans se mêler avec eux, Djebelel-Cadmous et DjebeNIrachout, ruontagnes à une journée de Lattakié, au-dessous de Merkeb (4). Leur cheïkh a sa résidence au château de Massiah , à quelques heures de Hama, à l'ouest dans la Montagne.
Nous ne mentionnons que pour mémoire les Que-
(1) M. H. Guys, ancien consul de France en Syrie, a donné quatre de ces prières, d'après un manuscrit arabe inédit qui paraît être le même que le document mentionné par YEcho de VOrient, Voy. Revue de VOrient de 1856, t. I, p. 433.
(2) Echo de VOrient, du 17 janvier 1846. — Cf. H. Guys, Voyage en Syrie, Paris, 1855; — V. Langlois, Religion et doctrine des NoussariyèhSy dans la Revue de VOrient, loc. laud,
(3) Sur ces sectaires et leur chef, si fameux sous le nom de Viettx de la Montagne, voy. Hammer, Histoire de Vordre des Assassins,
(4) Ferrier, La Syrie, elc, p. 265. — Cf. Guys, loc. laud., et VCEuvre des Ecoles d'Orient, numéro de janvier 1866.
damécés, petite peuplade entièrement idolâtre qui habite le versant oriental du Djebel-el-Gadmous et la petite vallée des Ouadi-el-Candil (plaine du Flambeau) (1).
Les Lazes sont une secte hybride qui passe pour pratiquer alternativement le mahométisme et le ehristianisme.