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LA PRESSE PÉRIODIQUE

Premiers essais de journalisme en Turquie. «—Le Moniteur ottoman. -* La Gazette dEtat, — Liste des principaux journaux ou recueils périodiques à Gonstantinople.

Le créateur de la presse périodique en Turquie fut un Français, M. Alexandre Blacque, qui vint, au commencement de 1825, à Smyrne, où il fonda le Spectateur de V Orient. Toutefois, l'idée n'était pas absolument nouvelle. En 1795, Verninhac, envoyé extraordinaire de la République française près de Selim III, fit paraître pendant quelque temps une gazette en langue française, qui était imprimée par ses

(1) Loi organique, art. i92.

(2) Voy. p. 140.

(3) La Turquie du 11 juillet 1875.

soins au palais de France, à Fera. Vers 1811, pendani la campagne de Russie, l'ambassade faisait également distribuer, à l'arrivée de chaque courrier, des extraits imprimés des bulletins de la Grande armée. Le Spectateur de l'Orient, métamorphosé plus tard en Courrier de Smyme, fut donc la première feuille périodique politique qui parut en Turquie, et il exerça, sous ce nouveau titre, une influence marquée sur les événements qui signalèrent la fin de l'insurrection grecque, de 1825 à 1828.

En 1831, M. Blacque, appelé par sultan Mahmoud à Constantinople, y fonda le Moniteur ottoman, journal officiel du gouvernement, en langue française. L'année suivante, le 1®' de djémazi-ul-évvel 1247 (14 mai 1832) (1), parut le rafcmm-i-vefcaï « la Table des événements », qui était, en quelque sorte, la reproduction en langue turque du Moniteur ottoman. Il y avait néanmoins cette différence entre les deux feuilles, que la première se bornait à la publication des actes du gouvernement, tandis que le Moniteur ottoman avait, outre sa partie officielle, une partie non officielle ouverte à la discussion et à la défense des intérêts de la Porte. Un grand soin fut apporté d'ailleurs à la rédaction du Takvim-i'Vekaï, qui fut placé dans les attributions directes de l'historiographe de l'Empire.

M. Blacque mourut subitement à Malle en 1836 (2).

(1) Belin fixe la date de 1831, d'après le* chronogramme akf>âli^ gharrâ a circonstances brillantes », dont les lettres additionnées suivant leur valeur numérique donnent le chiffre ci-dessus.

(2) Sur les bruits qui coururent au sujet de cette mort, voy. d'Anbignosc, La Turquie nouvelle, i$39, H, 231.

l'instruction publique, — LA PRESSE PÉRIODIQUE. 169

Un ancien consul de Danemark, M. Franceschi, puis un Egyptien, Hassuna de Ghiez, qui le remplacèrent successivement dans la direction du Moniteur, succombèrent à deux ans et demi d'intervalle. De leurs mains le journal passa à celles de M. Lucien Rouet, secrétaire particulier de Rechid pacha, devenu plus tard consul de France à Constantinople. £n butte à l'hostilité des ambassades, il se soutint encore quelques années, au bout desquelles il cessa de paraître et fut remplacé par le Djeridèh4^havâdis (1843). Le Ta&tJm-i-v^&aï resta dès lors Tunique feuille officielle.

M. Dlacque, en quittant le Courrier de Sinyme, l'avait cédé à M. Bousquet-DeschampB, qui en changea de nouveau le titre en celui de Journal de Smyme. La ville de Smyme, qui avait été la première à posséder un journal, ne tarda pas à en avoir successivement un deuxième, puis un troisième, enfin jusqu'à cinq*

Le deuxième fut YÉcho de l'Orient, également en français, créé en 1838 par M. Bargigli, consul général de Toscane, et qui passa plus tard entre les mains de M. Couturier, négociant français.

 quelque temps de là, M. Edwards, ancien collaborateur de M. Deschamps, créa une troisième feuille, sous le titre de Y Impartial de Smyme, publiée d'abord en anglais, puis en français.

V Impartial est le seul de ces trois journaux en langue française qui se soit maintenu à Smyme. Le Journal de Smyme et YÉcho de l'Orient furent transférés successivement à Constantinople, où ils formèrent, par leur réunion, le Journal de Constantinople, Echo de l'Orient (1846). Quatre feuilles nouvelles, en langues

grecque, arménienne et hébraïque, prirent leur place à Smyrne.

A partir de ce moment, le nombre des journaux ne cessa de s^accroître dans la capitale et dans les provinces. Gonstantinople seule, à la fin de l'année 1864, ne comptait pas moins de trente feuilles périodiques dans les différents idiomes du pays, y compris trois revues scientifiques et littéraires. Cependant aucune loi ne régissait la presse en Turquie. Un journal ne pouvait se fonder qu'en vertu d'un firman : ce qui constituait une sorte de privilège au profit du concessionnaire; mais rien n'était fixé quant au maintien et à la durée de ce privilège. D'autre part, l'octroi du fîrman était accompagné d'ordinaire d'une subvention de la Porte. Ainsi le journal n'avait ni sécurité ni indépendance. Une loi organique de la presse fut édictée au commencement de janvier 1865 (1). Cette loi établissait pour tous les journaux traitant de matières politiques ou administratives la nécessité de l'obligation préalable, et soumettait le jugement des délits et des contraventions commis par la voie de la presse, soit au Grand Conseil, soit aux tribunaux de police.

En même temps l'on créait, à la Sublime Porte, un bureau spécial, sous la dénomination de « bureau de la presse », pour appliquer les dispositions de la loi.

Deux ans après, à l'époque des troubles de Candie, la Porte, alarmée de l'opposition que les organes de la Jeune Turquie faisaient à la politique d'Aali pacha et de Fuad pacha, prit texte de quelques articles renfermant des attaques contre le principe même du gou-

(1) Le texte dans Nicolaïdès^ ni, 320.

l'instruction publique. — lA PRESSB PÉRIODIQUE, 171

vernement, pour substituer au jugement par les tribunaux Faction par voie administrative (1). Les journaux purent être avertis, suspendus, supprimes ad libitum. Cette mesure qui n'était présentée que comme provisoire, a été maintenue jusqu'à présent ; de telle sorte que la presse est régie actuellement, dans l'empire, tout à la fois par une loi organique et par une mesure d'exception, qui est une dérogation formelle à cette loi.

Il est très-difficile de donner une nomenclature complète et exacte des publications périodiques en Turquie, d'abord à cause du manque de renseignements précis, ensuite parce qu'un grand nombre de journaux n'ont qu'une durée éphémère, et cessent leur publication un ou deux mois après l'avoir commencée. Les salnâmèhsdes vilâïets fournissent bien les titres des diverses feuilles qui se publient dans la province en dehors du journal officiel du chef-lieu (2); mais ces indications n'ont été, comme je l'ai dit, nulle part réunies et centralisées. Pour Constantinople on

(1) « En raison de ces considérations d'ordre public, la Sublime Porte se réser^^ toutes les fois que l'intérêt du pays l'exigera, d'agir par voie administrative et indépendamment de la loi de la presse ea vigueur, contre ceux des journaux qui méconnaîtront les principes posés plus haut, dont l'observation est la condition essentielle d'une presse nationale. > Notification officielle Concernant la presse locale (12 mars 1867), dans Nicolaïdès, p. 325.

(2) A la suite de la nouvelle division de l'empire en vilâïets, le gouvernement a décidé la création d'une imprimerie dans chaque chef-lieu pour l'impression d'un journal bilingue officiel. Le premier journal de cette catégorie a été le Touna (le Danube), qui parait k Routschouk en turk et en bulgare, idiome local (Belin, p. 24). A Bosna-Seraî, le journal officiel se publie en turk et en serbe ; à Erzeroum, en turk et en arménien ; à Damas, en turk et en arabe, etc.

17S PREMIÈRfi PARTIE. — CHAPITRE V.

possède plus de données, mais très-peu sûres égale* ment, par la raison que j'indiquais tout à l'heure. Ainsi le dernier salnàmèh» paru en février^ mentionne six journaux en langue ottomane, qui n'existaient déjà plus deux mois après» si même ils avaient jamais existé. En revanche, la Turquie signalait à la même époque trois autres feuilles, également en turk, dont les noms ne se trouvent pas dans l'Annuaire o£Giciel. Sous le bénéfice de ces observations, voici, d'après les témoignages les plus récents, la liste des journaux qui se publient actuellement à Gonstantinople. Ils sont au nombre de quarante-sept, savoir :

Treize en turc :

Takvimri-v^î « la Table des événements », gazette officielle, imprimée à l'imprimerie impériale : divisée en deux parties, l'une officielle, l'autre non officielle, grand format; paraît deux fois par semaine, .

Djeridèh^wbavâdis « le Registre des nouvelles 9, fondé en 1259 (1843), politique et littéraire, grand format; parait tous les jours (1).

Bassiret « le Perspicace », quotidien, le principal organe du parti des « Vieux Turcs »•

Vakit «le Temps, — Istikbài « l'Avenir », — Sadâ^ kat « la Vérité » , organes de la « Jeune Turquie >.

im'Aod « l'Union » (1876),

SaAah € le Matin » .

Chems « le Soleil ».

Hayât « l'Aspic », humoristique.

. Djeridèh'-i-askeriyèh « Gazette militaire » , publiée

(1) Excepté le vendredi, comme tous les journaux oUomans. De même, les journaux non musulmans ne paraissent pas le dimanche.

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